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Entretien

Entretien avec Sébastien Abis – La géopolitique alimentaire au Moyen-Orient

Pouvez-vous revenir sur les enjeux de la géopolitique alimentaire au Moyen-Orient, et expliquer votre intérêt pour cette question ?

Il semble encore difficile, dans le monde contemporain, de faire abstraction de l’importance de l’agriculture et de la variable alimentaire pour comprendre certaines dynamiques de développement dans le monde, ainsi que certaines insécurités qui persistent – sur le plan humain, territorial mais aussi logistique ou stratégique. Avec l’année 2018 qui commence, nous avons une réalité globale qui, malgré les accélérations du monde et ses transformations, ne se dément pas : il faut se nourrir pour être capable de vivre. Cela peut sembler évident, mais il est très important de le rappeler pour ne pas perdre de vue que lorsqu’on parle d’agriculture, on parle d’alimentation d’abord et que la première fonction de l’agriculture est bien de nourrir les gens.

Or la population mondiale est en croissance continue, et dans certaines régions, la hausse démographique s’avère très prononcée. Quand on regarde la région du Moyen-Orient, nous avons tous les ingrédients d’une tension alimentaire protéiforme. En quelque sorte, le bassin méditerranéen représente un miroir grossissant des défis agricoles et alimentaires mondiaux. En effet, la hausse de la population s’accompagne de mutations socio-économiques, ce qui conduit à une transformation rapide des modes de consommation alimentaire, et qui accélère les demandes et les transformations des propres comportements nutritionnels. Nous sommes par ailleurs dans la région du monde où nous avons, en termes de ressources naturelles, tous les éléments de la rareté : pour produire, en agriculture, il faut de l’eau, de la terre et un climat qui soit à la fois favorable et stable. Or, nous sommes en Méditerranée dans la zone la plus pauvre de la planète : il n’y a presque plus de terres arables disponibles et l’eau est inégalement répartie pour globalement être rare. Cela explique que l’augmentation de la production dans ces pays provient à la fois de l’irrigation, de la diminution des pertes en eau, de l’optimisation des rendements… en somme un développement plus vertical que spatial tant les réserves foncières sont épuisées. L’agriculture dans le désert ne sera qu’une niche. Cette région méditerranéenne est également considérée comme l’un des points chauds du réchauffement climatique. Alors que le climat a toujours été compliqué, les changements météorologiques se révèlent encore plus prononcés que dans d’autres régions de la planète. Cela n’augure rien de favorable pour les conditions agricoles et la sécurité alimentaire. À cela s’ajoute l’instabilité politique. Or, l’absence d’une vision sur du long terme et l’absence de la paix aggravent les insécurités humaines. Lorsqu’il y a des guerres quelque part, la pauvreté se propage, ce qui engage de nouvelles difficultés alimentaires pour les populations. Toutefois, le problème qui se pose n’est pas seulement celui des quantités, moins disponibles, de produits ; cela peut être aussi des ponts et des routes coupés, qui font que la logistique est entravée, que la circulation des matières vitales est moins fluide, que leur commercialisation est obérée. Tout cela fait qu’en temps de guerre, très rapidement, les inconnues alimentaires ressurgissent.

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Sébastien Abis est Directeur du Club DEMETER et chercheur associé à l’IRIS.

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Analyse historique

La Révolte arabe : l’Empire trahi (1/2) ?, par Tancrède Josseran

La République turque s’est construite en 1923 sur une rupture géographique et culturelle. Porteurs d’un projet révolutionnaire, les Kémalistes estimaient que l’avenir de leur pays allait de pair avec le rejet de l’Orient et de ses mirages. Un nouvel Etat, un pré carré aux dimensions de l’Anatolie, une nouvelle épopée nationale ; voilà l’œuvre qu’entreprend Mustapha Kemal (1881-1938) au lendemain de la Première Guerre mondiale sur les décombres de la théocratie ottomane.

Les Kémalistes ont connu la débâcle des guerres balkaniques, l’humiliation de la défaite et du traité de Sèvres (1920). Ils répudient sans état d’âme le cosmopolitisme impérial synonyme de déclin. Dès lors, l’Islam et par extension l’arabisme deviennent le miroir négatif d’un idéal de civilisation. La « révolte arabe » de 1916 sanctionne un point de non-retour.

Les Arabes sont accusés d’avoir pactisé avec les Anglais. Trois idées forces reviennent mécaniquement à l’évocation de la révolte : la forfaiture, l’alliance avec l’ennemi, la fourberie de la méthode qui consiste à attaquer par derrière. La génération du feu écrit Alp Tekin (1883-1961), théoricien de la jeune république « avait d’autres soucis que les futiles recherches d’une rhétorique verbeuse dénuée de sens. S’annexer les milliers de religieux ignorants qui ne faisaient que répandre la mentalité du ‘Kismet’, faite de nonchalance contemplative ? Non ! Ils ne pouvaient plus tolérer de pareils éléments de pourriture » (1).

Or, durant plus d’un millénaire, Turcs et Arabes ont partagé la même communauté de destin dans l’universel : l’Islam et l’Empire ottoman.
Le véritable grief des Arabes à l’égard des Turcs est paradoxal.
Les Arabes reprochent aux Turcs de ne pas avoir été assez fidèle à l’ottomanisme, d’avoir renié l’universalisme de l’islam au profit de conceptions, plus étroites, plus nationales. En d’autres termes, l’Empire se serait trahi lui-même.

Unis sous le croissant

Au cours de leur longue cavalcade vers l’ouest, les Turcs ont côtoyé peuples et croyances. De l’Asie centrale au Nil, les vaincus ont été soumis. Mais, revanche du vaincu sur les vainqueurs, les Turcs délaissent le chamanisme des steppes et adoptent l’Islam. L’alphabet et le vocabulaire arabe suivent. En 1058, le chef des Turcs seldjoukides, Tugrul Bey (990-1063) entre à Bagdad et reçoit du Calife abbasside le titre de Sultan. Les mains débiles du Calife arabe abandonnent aux nouveaux convertis la charge des affaires temporelles. A charge pour eux de repousser croisés et Byzantins.
Peuple choisi de Dieu, les Turcs prennent le relais des Arabes.
Ainsi, le Coran regorge de versets qui insistent sur une mission particulière : « Nous avons demandé à l’envoyé d’Allah, laquelle de ces deux villes, Rome ou Constantinople, sera-t-elle prise en premier ? L’envoyé d’Allah répondit : C’est la ville d’Héraclius [empereur byzantin du VII siècle, vainqueur de la Perse], c’est-à-dire Constantinople, qui sera soumise la première. »
La chute de Byzance (1453), réalise la prophétie et consacre la vocation universelle du nouvel Empire ottoman. La conquête des lieux saints de l’Islam (Médine, La Mecque) un siècle plus tard confère au Sultan le titre de Calife, de commandeur des croyants. Désormais, turcité et arabité sont réunies sous la même enseigne. Empire cosmopolite, la Sublime Porte n’établit aucune différence ethnique ou raciale. La Charia (loi religieuse) règle la vie des croyants au sein de l’Umma (communauté des croyants).

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Tancrède Josseran est diplômé en Histoire de Paris-IV Sorbonne et attaché de recherche à l’Institut de Stratégie Comparée (ISC).
Spécialiste de la Turquie, il est auteur de La Nouvelle puissance turque…L’adieu à Mustapha Kemal, Paris, éd, Ellipses, 2010. Il a reçu pour cet ouvrage le prix Anteois du festival de géopolitique et de géoéconomie de Grenoble ; et de Géopolitique du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord – du Maroc à l’Iran, avec Florian Louis, Frédéric Pichon, paru en 2012 aux éditions PUF.

Les clés du Moyen-Orient est un site d’information sur l’histoire et l’actualité du Moyen-Orient. Selon la ligne éditoriale du site : « Comment l’histoire explique l’actualité », les évènements actuels du Moyen-Orient sont ainsi replacés et analysés dans leur contexte historique. Ces expertises scientifiques, réalisées par des professeurs d’université, des docteurs, des chercheurs, des militaires et des membres du secteur privé, sont publiées dans les rubriques « Repères historiques », « Analyse de l’actualité », « Portraits et entretiens » et « Infos culture ».

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