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Entretien

Entretien avec Özgür Türesay - Le spiritisme ottoman (1860-1923) et les travaux menés par Alexandre Toumarkine (1/2)

Qu’est-ce que le spiritisme ? Et quelle est la différence entre spiritisme et mysticisme ?

Le spiritisme est une croyance en la communication avec les morts. On peut alors leur poser des questions etc. Le mysticisme est plus général et s’inscrit dans le champ religieux.
Le spiritisme est une religion pour certains, pour d’autres c’est la religion de la science ou alors de la science expérimentale. La science psychique est tout ce qui est immatériel, ce que l’on va appeler plus tard « psychologie », « psychanalyse ». Avant que ces disciplines ne se constituent, le spiritisme revendiquait une partie des champs qu’elles allaient explorer.

Nait-il en même temps que les doctrines scientistes dans l’Empire ottoman et la diffusion du Vulgärmaterialismus ?

Oui et non. Le spiritisme dérive en quelque sorte du magnétisme théorisé par Mesmer à la fin du XVIIIe siècle. Il existe des courants de pensée, des types de croyances que l’on peut généralement appeler ésotériques aujourd’hui et qui étaient dites plutôt occultistes au XIXe siècle. Le spiritisme dérive de ces courants, de ces traditions, dans un contexte scientiste et positiviste en Europe. Il nait dans les années 1850 en Europe et aux Etats-Unis, et remplace plus ou moins le magnétisme. On trouve des spirites dans l’Empire ottoman, à travers les Levantins, les communautés européennes installées à Istanbul, à Izmir (peut-être ailleurs aussi, mais on n’a pas encore de sources qui nous en informent). Ensuite, vient la première mention écrite chez les musulmans, dans les années 1870, tout comme les Grecs d’Istanbul. A partir de là, ce sont surtout des activités de publication. C’est un problème pour l’historien, car on ne sait pas grand-chose sur les pratiques, nos sources étant des imprimés, des périodiques, parfois des pamphlets, des livres, des articles etc. Après la Révolution de 1908, il y a une pléthore de publications pendant deux ans : de périodiques, de pamphlets anti-spirites de la part des hommes de religion, mais aussi de la part des médecins qui vont fonder la psychologie dans l’Empire finissant et dans la Turquie naissante. Puis viennent les guerres balkaniques, la Première Guerre mondiale, la guerre de libération de Turquie. Cette décennie de guerres arrête toutes les publications dans tous les domaines. Mais l’histoire du spiritisme devient par la suite tentaculaire dans la République, surtout à partir des années 1960-70, mais je ne travaille pas sur cette période.

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Özgür Türesay est historien de la fin de l’Empire ottoman, maître de conférences à l’Ecole pratique de hautes études (EPHE) après avoir enseigné à l’Université Galatasaray d’Istanbul. Il a soutenu sa thèse en 2008 à l’INALCO sur Ebüzziya Tevfik (Être intellectuel à la fin de l’Empire ottoman : Ebüzziya Tevfik (1849-1913) et son temps), intellectuel ottoman « hors du commun ». Il vient de publier aux éditions Atlande, Le Moyen-Orient, 1839-1876. Tout en continuant ses recherches sur l’histoire intellectuelle et politique de la fin de l’Empire, et animant un séminaire à l’EPHE sur le journal officiel ottoman dans les années 1830, il travaille aussi en parallèle sur le spiritisme ottoman, dans un projet global sur les mouvements religieux dans la Turquie contemporaine, piloté par Alexandre Toumarkine.

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Analyse de l’actualité

Donald Trump et Jérusalem : derrière le symbole, une potentielle redéfinition des enjeux entourant le conflit israélo-palestinien (1/2), par Ines Gil

Le 6 décembre 2017, le Président américain reconnait Jérusalem comme « capitale d’Israël ». A quelques exceptions près, l’ensemble de la communauté internationale condamne la décision. Dans les jours qui suivent, le Conseil de Sécurité des Nations unies se réunit en urgence et la Turquie invite les dirigeants des pays musulmans pour une session extraordinaire portant sur la décision américaine. Côté palestinien, Mahmoud Abbas déclare le vendredi 9 décembre « jour de colère », et le Hamas appelle à la « troisième intifada ». Seuls les Israéliens semblent se réjouir de cette nouvelle, qui constitue « une grande victoire » selon le Premier ministre israélien Netanyahou. En 1995, une loi avait été votée par le Congrès américain prévoyant le déménagement de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. Mais son application avait constamment été repoussée par les présidents successifs. Dans les faits, la déclaration de Donald Trump ne change pas la situation de Jérusalem, car Israël a annexé la partie Est de la ville (1) en 1980. Cependant, elle semble rompre avec des décennies de politique étrangère américaine, qui prônait la constitution d’un Etat palestinien et la partition de Jérusalem, avec Jérusalem Ouest comme capitale israélienne et Est comme capitale palestinienne. Cette déclaration est suivie de vives réactions dans les chancelleries du monde entier, d’une recrudescence des violences dans les Territoires palestiniens, et surtout, elle révèle certaines dynamiques à l’œuvre autour du dossier israélo-palestinien.
Pour cet article, Ines Gil a mené des entretiens avec plusieurs chercheurs, spécialistes de l’histoire et des questions contemporaines d’Israël et des Territoires palestiniens.

Une décision symbolique et opportune pour Donald Trump

Annoncé dès septembre 2016 lors d’une rencontre entre Donald Trump et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, le déménagement de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem était une promesse de campagne du candidat républicain à la présidence américaine. Elle visait à attirer « l’électorat évangéliste, qui est fortement pro-israélien », selon Vincent Lemire, historien spécialisé sur l’histoire de Jérusalem, car « les évangélistes considèrent que l’existence d’Israël est une condition préalable au retour du Messie ». Cependant, lors de sa visite en Israël en mai 2017, récemment élu Président, Donald Trump ne fait aucune annonce sur Jérusalem, créant la déception chez les partisans d’un déménagement de l’ambassade. Consécutivement à son voyage, il repousse l’application du Jérusalem Act (2). Selon Marc Lefèvre, Porte-Parole de La Paix Maintenant (organisation de soutien à Shalom Akhshav en Israël), ce sont les services de sécurité israéliens qui « avaient alors demandé à Trump d’éviter toute déclaration sur Jérusalem, de crainte de voir la situation sécuritaire se dégrader dans le pays » (3).

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Ines GIL est journaliste à LCI.
Elle est diplômée d’un Master 2 Journalisme et enjeux internationaux, à Sciences Po Aix et l’EJCAM.
Elle a auparavant réalisé un Master en Relations Internationales à l’Université Saint Joseph de Beyrouth, et une formation en Sciences Politiques et Langue arabe à l’Université de Birzeit (Territoires palestiniens).

Les clés du Moyen-Orient est un site d’information sur l’histoire et l’actualité du Moyen-Orient. Selon la ligne éditoriale du site : « Comment l’histoire explique l’actualité », les évènements actuels du Moyen-Orient sont ainsi replacés et analysés dans leur contexte historique. Ces expertises scientifiques, réalisées par des professeurs d’université, des docteurs, des chercheurs, des militaires et des membres du secteur privé, sont publiées dans les rubriques « Repères historiques », « Analyse de l’actualité », « Portraits et entretiens » et « Infos culture ».

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