Décryptage de l'actualité au Moyen-Orient
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Iran

  • Reportage photo : Ispahan, « la moitié du monde », capitale des Safavides - 10/07/18

    Surnommée nesf-e jahân par les Persans ou « la moitié du monde », la ville d’Ispahan a été la capitale de la dynastie des Safavides entre 1588 et 1715. Abritant plus de 2500 ans d’histoire, Ispahan fut d’abord un lieu de rassemblement des armées achéménides, avant de prendre son essor architectural et économique sous la dynastie des Seldjoukides (XI-XIIIème siècles). Mais l’invasion de la ville par le fameux conquérant Tamerlan en 1387 met un terme à ce développement. Suite au refus des habitants d’Ispahan de payer le tribut du vainqueur, Tamerlan ordonne à ses soldats de lui livrer les têtes de 70 000 Ispahanais avec lesquelles il dresse une sanguinaire pyramide.

  • La dualité des bases téléologiques du chiisme originel à travers la figure centrale de l’imâm - 02/07/18

    La compréhension occidentale de la géopolitique actuelle du Moyen-Orient s’appuie sur de nombreux modèles analytiques opposant les musulmans chiites et sunnites. Le terme de « Croissant chiite », par exemple, désignerait une région géopolitiquement cohérente de Téhéran à Damas qui rassemblerait d’importantes minorités ou majorités chiites et fidèles au régime iranien de l’Ayatollah Khamenei. Si ce concept permet une lecture politique limitée de cette région complexe, d’un point de vue religieux elle n’a que très peu de sens. En effet, la grande majorité des populations chiites du « Croissant chiite », particulièrement en Irak, est bien plus loyale aux paroles de l’Ayatollah iraquien Ali al-Sistani qui rejette totalement le régime théocratique iranien. Né à Machhad (Iran) en 1930, Ali al-Sistani devient un véritable guide populaire dans l’Irak d’après guerre (2003), ce qui fait écho à la base même de la religion chiite : la figure de l’imam.

  • Les Etats-Unis au Moyen-Orient (8) : les décisions de Donald Trump (2017-2018) - 28/06/18

    Décret pour interdire l’obtention de visas dans certains pays à majorité musulmane, reconnaissance de Jérusalem comme capitale israélienne, retrait de l’accord sur le nucléaire iranien, Donald Trump multiplie les décisions qui ébranlent le statu quo au Moyen-Orient. Ces décisions participent-elles d’une stratégie ou d’une politique cohérente du nouveau président dans la région ? En quoi sont-elles en rupture avec celles de l’Administration d’Obama ? En quoi démontrent-elles les principes et les contradictions observées dans les positions américaines vis-à-vis du Moyen-Orient depuis la fin de la Guerre Froide ?

  • La Révolution constitutionnaliste en Iran (1905-1911) - 22/06/18

    Evénement largement méconnu au regard de son importance politique, la Révolution constitutionnaliste (1905-1911) mène pourtant à une rupture historique capitale en Iran : la naissance d’une monarchie constitutionnelle. En effet, lorsque le souverain Qadjar Mozaffaredin Shah signe l’ordonnance qui établit le Parlement iranien (le Majlis) pendant l’été 1906, il met aussi fin à trois millénaires de monarchie absolue en Iran. Le Majlis est une assemblée élue directement par le peuple, détenant le pouvoir législatif, et qui peut se poser en contre-pouvoir face au Shah. Les grands spécialistes de l’Iran contemporains tels que Bernard Hourcade, Jean-Pierre Digard ou Yann Richard s’accordent sur le fait que cette crise sociale et politique marque l’entrée de l’Iran dans son XXème siècle politique (1). Mais cette révolution constitutionnaliste est une innovation, non seulement en Iran, mais dans toute la région. En effet, l’Iran est le premier pays musulman du Moyen-Orient à se doter d’une constitution et d’un Parlement représentatif du peuple.

  • La modernisation jacobine de l’Etat iranien sous Reza Shah (1921-1927) - 18/06/18

    Bien moins illustre que son fils Mohammad Reza qui fut le dernier Shah d’Iran, Reza Shah Pahlavi est pourtant l’empereur de Perse ayant le plus contribué à la modernisation de son pays pendant l’entre-deux-guerres. Officier cosaque issu d’une lignée militaire, ce monarque s’inscrit directement dans l’héritage du pouvoir fort et centralisateur de Nader Shah (1688-1747). Les parallèles pouvant être tracés entre la trajectoire des deux hommes sont, en effet, saillants. Reza Shah Pahlavi (1878-1947) est le fondateur de la dynastie éponyme qui gouverne l’Iran jusqu’à la Révolution islamique de 1979. Lorsqu’il se saisit du pouvoir en 1921, Reza Shah met en place une politique de modernisation à grande échelle dans un pays qui selon l’ambassadeur britannique en place à l’époque, Percy Cox, est dans un état de « sous-développement abyssal ».

  • Bahman Mirza Kadjar (1810-1884) : victime et observateur avisé des mutations socio-politiques de la Perse des Kadjars (1/2) - 08/06/18

    À bien des égards, la vie de Bahman Mirza Kadjar (1810-1884) peut apparaître comme un rendez-vous manqué avec l’histoire. Frère de sang de Mohammad Shah, fils de Abbas Mirza, il est un temps vice-roi de l’Azerbaïdjan, une province d’ordinaire attribuée au prince héritier. Réputé pour son autorité et sa bonne gouvernance, ce petit-fils de Fath Ali Shah finit pourtant sa vie exilé à Susha, en territoire russe. Privé de la plupart de ses biens et tributaire de la pension que lui verse le Tsar, sa famille tout entière est frappée d’exclusion en Perse. Pour autant, son parcours est d’un grand intérêt historique, tant il illustre les mutations politiques et sociales que connaît l’Iran au XIXe siècle.

  • Le voyage du frère jésuite Bazin dans la Perse de Nader Shah (2/2) - 24/05/18

    « L’avarice sordide et les cruautés inouïes qui fatiguèrent sa nation et occasionnèrent sa perte, les excès et les horreurs ou se porta ce caractère violent et barbare, firent couler bien des larmes et bien du sang en Perse : il en fut l’admiration, la terreur et l’exécration » (1), tel est le portrait que le frère jésuite Bazin dresse de son protecteur dans la Perse du XVIIIème siècle, Nader Shah. Arrivé en Perse en 1741, le clerc de la compagnie de Jésus suit le Shah de Perse sur les routes de l’immense empire où il est témoin de violentes répressions commises sur les gouverneurs locaux. Le jugement qu’il en donne, chargé de la représentation occidentale dominante formulée dans L’Esprit des Lois de Montesquieu (2), nous offre une perspective d’analyse intéressante sur Nader Shah. Cela étant dit, il convient de garder à l’esprit qu’il ne s’agit que d’une représentation de l’empereur de Perse qui en dit au moins autant sur l’Europe des Lumières que sur la Perse. Durant la seconde partie du voyage de frère Bazin en Perse (1744-1747), on note une certaine évolution sociale du clerc puisqu’il devient en 1746 le premier médecin de Nader Shah. Il serait donc intéressant d’ajouter à la problématique de l’article précédent cette notion d’évolution potentielle dans les lettres du frère jésuite, évolution qui pourrait être symptomatique du progrès social de leur auteur.

  • Des Achéménides aux Kadjars : la référence à l’Antiquité perse dans la politique culturelle de Fath Ali Shah - 22/05/18

    Le règne de Fath Ali Shah (1797-1834) marque le renforcement de l’État perse au sortir d’un siècle de guerre civile. Mais si son père lui a légué un empire pacifié où les familles les plus influentes ont été matées par les armes, les guerres désastreuses contre la Russie (1804-1813 et 1826-1828), dans le cadre du Grand Jeu, fragilisent son pouvoir de l’extérieur. Issu d’une dynastie récente en mal de légitimité, Fath Ali Shah ne peut pas vraiment compter sur son armée pour asseoir sa stature impériale. C’est probablement pour ces raisons (en plus d’un goût personnel très prononcé pour les arts) qu’il se livre durant tout son règne à une vraie politique de propagande artistique. En témoigne la série de ses portraits en majesté, amplement diffusés sous forme de cadeaux d’apparat, ou encore les exemplaires richement illustrés de son Shahinshanameh. Cet ouvrage se veut la suite du célèbre Shanameh de Ferdowsi en continuant son récit jusqu’aux exploits du souverain Kadjar.

  • Le voyage du frère jésuite Bazin dans la Perse de Nader Shah (1/2) - 17/05/18

    « En 1741 j’étais à Derbent, ancienne ville située sur les bords de la mer Caspienne, lorsqu’il y arriva couvert de gloire, et chargé de toutes les richesses de l’Inde ; c’est là que je l’ai vu pour la première fois » (1) écrit le frère Bazin pour relater sa rencontre initiale avec celui qui allait devenir pendant les dernières années de son règne, son maitre et patient, Nader Shah. Nader Kouli (1688-1747) est un roturier du Khorasan devenu Shah de Perse en 1736 sous le titre de Nader Shah. Il est de son vivant connu en Europe pour ses exploits militaires, notamment en Hindoustan, son usurpation du trône et sa cruauté légendaire. Il incarne pour de nombreux auteurs contemporains l’archétype du despote oriental. Le frère Bazin quant à lui est un membre de la compagnie de Jésus qui se rend en Orient, à l’instar de nombreux missionnaires, avec pour objectif, selon ses propres mots de « servir utilement la Religion dans un pays où elle est sans cesse exposée à des insultes et à des persécutions » (2). Lors de son séjour de six ans en Perse, le frère jésuite accompagne l’empereur de Perse dans tous ses déplacements et devient même son premier médecin en 1746.

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