Décryptage de l'actualité au Moyen-Orient
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Iran

  • La modernisation jacobine de l’Etat iranien sous Reza Shah (1921-1927) - 18/06/18

    Bien moins illustre que son fils Mohammad Reza qui fut le dernier Shah d’Iran, Reza Shah Pahlavi est pourtant l’empereur de Perse ayant le plus contribué à la modernisation de son pays pendant l’entre-deux-guerres. Officier cosaque issu d’une lignée militaire, ce monarque s’inscrit directement dans l’héritage du pouvoir fort et centralisateur de Nader Shah (1688-1747). Les parallèles pouvant être tracés entre la trajectoire des deux hommes sont, en effet, saillants. Reza Shah Pahlavi (1878-1947) est le fondateur de la dynastie éponyme qui gouverne l’Iran jusqu’à la Révolution islamique de 1979. Lorsqu’il se saisit du pouvoir en 1921, Reza Shah met en place une politique de modernisation à grande échelle dans un pays qui selon l’ambassadeur britannique en place à l’époque, Percy Cox, est dans un état de « sous-développement abyssal ».

  • Bahman Mirza Kadjar (1810-1884) : victime et observateur avisé des mutations socio-politiques de la Perse des Kadjars (1/2) - 08/06/18

    À bien des égards, la vie de Bahman Mirza Kadjar (1810-1884) peut apparaître comme un rendez-vous manqué avec l’histoire. Frère de sang de Mohammad Shah, fils de Abbas Mirza, il est un temps vice-roi de l’Azerbaïdjan, une province d’ordinaire attribuée au prince héritier. Réputé pour son autorité et sa bonne gouvernance, ce petit-fils de Fath Ali Shah finit pourtant sa vie exilé à Susha, en territoire russe. Privé de la plupart de ses biens et tributaire de la pension que lui verse le Tsar, sa famille tout entière est frappée d’exclusion en Perse. Pour autant, son parcours est d’un grand intérêt historique, tant il illustre les mutations politiques et sociales que connaît l’Iran au XIXe siècle.

  • Le voyage du frère jésuite Bazin dans la Perse de Nader Shah (2/2) - 24/05/18

    « L’avarice sordide et les cruautés inouïes qui fatiguèrent sa nation et occasionnèrent sa perte, les excès et les horreurs ou se porta ce caractère violent et barbare, firent couler bien des larmes et bien du sang en Perse : il en fut l’admiration, la terreur et l’exécration » (1), tel est le portrait que le frère jésuite Bazin dresse de son protecteur dans la Perse du XVIIIème siècle, Nader Shah. Arrivé en Perse en 1741, le clerc de la compagnie de Jésus suit le Shah de Perse sur les routes de l’immense empire où il est témoin de violentes répressions commises sur les gouverneurs locaux. Le jugement qu’il en donne, chargé de la représentation occidentale dominante formulée dans L’Esprit des Lois de Montesquieu (2), nous offre une perspective d’analyse intéressante sur Nader Shah. Cela étant dit, il convient de garder à l’esprit qu’il ne s’agit que d’une représentation de l’empereur de Perse qui en dit au moins autant sur l’Europe des Lumières que sur la Perse. Durant la seconde partie du voyage de frère Bazin en Perse (1744-1747), on note une certaine évolution sociale du clerc puisqu’il devient en 1746 le premier médecin de Nader Shah. Il serait donc intéressant d’ajouter à la problématique de l’article précédent cette notion d’évolution potentielle dans les lettres du frère jésuite, évolution qui pourrait être symptomatique du progrès social de leur auteur.

  • Des Achéménides aux Kadjars : la référence à l’Antiquité perse dans la politique culturelle de Fath Ali Shah - 22/05/18

    Le règne de Fath Ali Shah (1797-1834) marque le renforcement de l’État perse au sortir d’un siècle de guerre civile. Mais si son père lui a légué un empire pacifié où les familles les plus influentes ont été matées par les armes, les guerres désastreuses contre la Russie (1804-1813 et 1826-1828), dans le cadre du Grand Jeu, fragilisent son pouvoir de l’extérieur. Issu d’une dynastie récente en mal de légitimité, Fath Ali Shah ne peut pas vraiment compter sur son armée pour asseoir sa stature impériale. C’est probablement pour ces raisons (en plus d’un goût personnel très prononcé pour les arts) qu’il se livre durant tout son règne à une vraie politique de propagande artistique. En témoigne la série de ses portraits en majesté, amplement diffusés sous forme de cadeaux d’apparat, ou encore les exemplaires richement illustrés de son Shahinshanameh. Cet ouvrage se veut la suite du célèbre Shanameh de Ferdowsi en continuant son récit jusqu’aux exploits du souverain Kadjar.

  • Le voyage du frère jésuite Bazin dans la Perse de Nader Shah (1/2) - 17/05/18

    « En 1741 j’étais à Derbent, ancienne ville située sur les bords de la mer Caspienne, lorsqu’il y arriva couvert de gloire, et chargé de toutes les richesses de l’Inde ; c’est là que je l’ai vu pour la première fois » (1) écrit le frère Bazin pour relater sa rencontre initiale avec celui qui allait devenir pendant les dernières années de son règne, son maitre et patient, Nader Shah. Nader Kouli (1688-1747) est un roturier du Khorasan devenu Shah de Perse en 1736 sous le titre de Nader Shah. Il est de son vivant connu en Europe pour ses exploits militaires, notamment en Hindoustan, son usurpation du trône et sa cruauté légendaire. Il incarne pour de nombreux auteurs contemporains l’archétype du despote oriental. Le frère Bazin quant à lui est un membre de la compagnie de Jésus qui se rend en Orient, à l’instar de nombreux missionnaires, avec pour objectif, selon ses propres mots de « servir utilement la Religion dans un pays où elle est sans cesse exposée à des insultes et à des persécutions » (2). Lors de son séjour de six ans en Perse, le frère jésuite accompagne l’empereur de Perse dans tous ses déplacements et devient même son premier médecin en 1746.

  • L’escalade des tensions entre Israël et l’Iran sur le territoire syrien, au lendemain du retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien - 12/05/18

    Ines Gil est journaliste, basée à Tel-Aviv (Israël).
    Elle est diplômée d’un Master 2 Journalisme et enjeux internationaux, à Sciences Po Aix et l’EJCAM.
    Après 1 an d’études en Relations Internationales à Beyrouth (Liban), elle se rend dans les Territoires palestiniens pour suivre une formation en arabe et Sciences politiques à l’Université de Birzeit, puis elle réalise un stage auprès d’Amnesty International, à Tel Aviv, durant 6 mois. En août 2017, elle se rend à Mossoul et au Kurdistan irakien en tant que Journaliste freelance.
    De 2015 à 2016, elle était Déléguée adjointe Moyen-Orient et Afrique du Nord à l’Institut Open Diplomacy.

  • Mirza Fatali Akhundov : de l’universalisme des Lumières au nationalisme persan - 11/05/18

    Figure intellectuelle du XIXe siècle dans l’Empire russe et dans le monde persan, Mirza Fatali Akhundov (1812-1872) est un personnage singulier à étudier. Apprécié des milieux intellectuels comme du gouvernement impérial qu’il a servi avec ardeur toute sa vie, il a été présenté durant toute la période soviétique comme le premier penseur matérialiste du monde musulman, et donc à ce titre comme le pionnier du communisme en terre d’Islam. L’historiographie iranienne en fait aussi le premier artisan du discours nationaliste persan. Il apparaît pourtant en Azerbaïdjan comme le père fondateur de la littérature azérie, et donc à cet égard comme un héros national de premier plan.
    Comment un même individu aurait-il pu être à la fois tsariste, communiste et nationaliste, qui plus est garant de deux identités nationales différentes ?

  • La Perse dans la pensée française du XVIIIème : de l’exotisme magique au royaume de la violence orientale - 09/05/18

    Depuis l’avènement de la République islamique en 1979, l’Iran est de nouveau un objet d’étude privilégié de l’analyse géopolitique. Le cadre théocratique dans lequel s’inscrit l’Etat iranien interroge sur de nombreux points les chercheurs occidentaux. En dépit des nombreuses sanctions internationales mises en place par les Etats-Unis en 1995 face au programme nucléaire iranien, le nouvel essor du tourisme en Iran n’a pas attendu l’accord de Vienne signé en Juillet 2015 pour se manifester. En effet, les chiffres du tourisme ont explosé en Iran passant de 1 546 millions de visiteurs en 2003 à plus de 3 300 millions en 2011 en raison de la richesse culturelle extraordinaire du pays (1). Les sites touristiques tels que Persépolis, capitale des Achéménides rassemblant des merveilles architecturales construites en plus de deux siècles ou encore la splendide mosquée Rose de Shirâs, témoignent en effet de la profondeur historique de l’Iran. Une telle fascination pour la Perse n’est pas chose nouvelle puisque dès la seconde partie du XVIIème siècle, les voyageurs et auteurs français s’y intéressent.

  • Compte rendu de l’exposition « L’Empire des roses, chefs-d’œuvre de l’art persan du 19e siècle » au musée du Louvre-Lens, scénographie de Christian Lacroix, 28 mars-23 juillet 2018 - 02/05/18

    Organiser une exposition sur l’art kadjar se heurte à des difficultés de taille. Tout d’abord, le destin mouvementé de la dynastie a entraîné une grande dispersion des œuvres dans le monde. Les puissances qui ont exercé leur influence sur la Perse, Angleterre et Russie, en ont un grand nombre, tandis que les membres de la famille royale, forcés à l’exil, les ont essaimées au gré de leurs besoins financiers en Europe comme aux Etats-Unis. Par ailleurs, le relatif discrédit qui a pesé sur cet art d’une cour sous influence étrangère (en comparaison de l’art de la puissante dynastie safavide) en a d’abord fait plus un objet de collection privée que de grand musée national. Il faut donc pour toute rétrospective convaincre un grand nombre d’institutions et de particuliers. Un défi que la volonté de rapprochement de l’Union européenne avec l’Iran dans le cadre de l’accord du nucléaire de 2011 a sans conteste aidé à relever. Les œuvres présentées par le Louvre-Lens sont exceptionnelles de qualité et de variété. A côté d’une impressionnante collection de portrait en pieds monumentaux des souverains de la dynastie, la commissaire de l’exposition Gwenaëlle Fellinger, et la commissaire associée Hana Chidiac, ont réussi à réunir des costumes, des ouvrages, et des objets de la vie quotidienne. L’ensemble offre une vision saisissante d’une époque charnière de l’histoire de l’Iran.

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