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Historiques des Etats du Moyen-Orient

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  • Arabie Saoudite - 01/02/10

    De l’antiquité au premier royaume

    A l’époque antique, l’Arabie du nord et centrale, vaste territoire désertique et d’oasis isolés, est peuplée de bédouins qui circulent avec leurs troupeaux à la recherche de nouveaux pâturages, d’une population sédentaire habitant les oasis qui leur permettent de pratiquer une agriculture régulière, et d’une population également sédentaire, vivant dans les petites villes. L’organisation sociale se fait par l’appartenance tribale. Les langues parlées sont des dialectes de l’arabe. Cette société est mobile et certains se rendent dans les territoires voisins, notamment en Syrie et en Mésopotamie.

    Au VIIème siècle, un habitant de La Mecque appartenant à la tribu des Quraysh, Mahomet, reçoit la révélation de Dieu et créé une nouvelle religion, distincte du christianisme et du judaïsme : l’islam. En 622, il est chassé (hégire) de La Mecque pour une oasis appelée Yathrib, située à 350 km au nord, et qui prendra le nom de Médine. Il meurt en 632.

    De 632 à 660, se succèdent à La Mecque et à Médine quatre califes (le calife étant le remplaçant et successeur de l’Envoyé de Dieu) : Abû Bakr, beau père de Mahomet ; Umar ; Uthman et Ali, cousin et gendre du Prophète. Puis de 660 à 750, la dynastie des Omeyyades prend le pouvoir sur l’Arabie et sur la Syrie. Elle est remplacée par la dynastie abbasside, qui reste au pouvoir jusqu’en 1260. Sous cette dynastie, en Arabie, des bédouins rejoignent les Karmates au Xème siècle, et fomentent des révoltes en Syrie et en Irak. Leur chef Abu Saïd conquiert également l’Arabie de 894, où ils attaquent les pèlerins et s’emparent de la Pierre Noire de La Mecque en 929. Les Karmates restent en Arabie jusqu’à la fin du XIème siècle. Puis les Mamelouks (1250-1517) s’y installent, où ils profitent des avantages économiques liés aux pèlerinages effectués dans les villes saintes de La Mecque et de Médine. Au début du XVIème siècle, les Ottomans mettent fin au règne des Mamelouks et au XVIIème siècle, la région côtière du Hedjaz où se trouvent La Mecque et Médine est sous domination ottomane, les Ottomans n’entrant pas dans le centre aride de l’Arabie.

    Le premier royaume saoudien de 1745 à 1819

    Au XVIIIème siècle, dans la région du Nedj, une alliance est conclue entre le prédicateur réformateur Mohammad Ibn Adb al-Wahhab et le chef de clan de l’oasis de Diriyad (à 10 km au nord de Riyad), Mohammad Ibn Saoud. Ibn Adb al-Wahhab est à l’origine de la création du wahhabisme. Ses prises de position radicales le font expulser de son oasis natale par les Oulémas du Nedj. Il arrive ainsi dans l’oasis de Diriyad. Les deux hommes s’allient, signent un pacte en 1745 et se partagent les attributions du pouvoir.

    Le wahhabisme s’étend à mesure des conquêtes territoriales de la famille Saoud. Mohammad Ibn Séoud, qui règne de 1725 à 1765, puis son fils Abd al-Aziz (1765-1803) conquièrent progressivement le Nedj et prennent Riyad en 1773, puis la région du Hassa en 1793, le Qatar en 1794 (Bahreïn et Koweït résistent) et vont jusqu’à Oman. La dynastie des Saoud naît à partir de la prise de Riyad. En revanche, Adb al-Aziz ne parvient pas à cette époque à conquérir La Mecque. Poursuivant sa conquête, il conquiert néanmoins la Mésopotamie en 1801 ainsi que la ville de Karbala en Irak en 1802 (ville sacrée pour les chiites, qui abrite le tombeau de l’imam Hussein, fils d’Ali). En 1803, à la mort d’Adb al-Aziz, son fils Saoud II lui succède et poursuit la politique de conquête entreprise par sa famille. Il parvient à prendre le Hedjaz et ses villes saintes : La Mecque en 1803 et Médine en 1805, villes dans lesquelles il ordonne la destruction des ornements, des tombeaux de saints et des tentures, considérés comme des objets d’idolâtrie. Par la prise de Djeddah en 1806, les Saoud occupent tout le Hedjaz. Mais Saoud II poursuit ses conquêtes et occupe l’Assir, le Yémen et la région du Golfe. Au final, le royaume des Saoud comprend le Hedjaz, le Assir, le Nedj et le Yémen et s’étend également jusqu’à l’Irak au nord et à l’Océan indien au sud.

    Palais des Saoud à Diriyah
    iStockphoto


    Cette expansion est vivement ressentie par les Ottomans car elle menace directement l’Empire, et par les Britanniques craignant pour la sécurité de la route des Indes passant par le Golfe. Le sultan Mahmud II décide donc de lancer une campagne militaire contre les Saoud et charge le Pacha d’Egypte, Méhémet Ali, de l’organiser. Celui-ci nomme son fils, Tousoun Pacha à la tête d’une expédition en 1811. Huit milles soldats égyptiens débarquent à Yanbu sur la mer Rouge, mais même s’ils reprennent Médine, Djeddah et La Mecque, cette expédition est suivie d’une seconde. La mort de Saoud II en 1814 et l’accession au pouvoir de son fils Abdallah donnent l’occasion à l’armée égyptienne de reprendre l’offensive et de consolider ses acquis territoriaux. Les Wahhabites sont battus, Médine est reprise en 1816, La Mecque en 1818 et le Nedj en 1819. Diriyah, la capitale des Saoud est brulée et Abdallah, fait prisonnier, est tué à Constantinople.

    Le deuxième royaume

    Malgré la guerre menée par les forces égyptiennes et la destruction du premier royaume saoudien, celui-ci réussit à se relever. Vers 1820, Turki al-Saoud, membre d’une autre branche de la famille Saoud, prend le pouvoir, s’empare de Riyad pour en faire la nouvelle capitale des Saoud, réussit à reprendre le Nedj et rétablit le wahhabisme. Il est assassiné en 1834, mais son fils Fayçal al-Saoud le remplace. Ayant le dessein de reprendre la lutte contre les Ottomans et l’armée égyptienne, il souhaite engager la lutte militaire, mais il est battu par les Egyptiens dans le Nedj. Ceux-ci avancent jusqu’au Golfe, et ne se retirent d’Arabie qu’en 1841.
    A cette époque, la famille Saoud se divise : les luttes internes profitent à Mohammad Ibn Rachid, chef de la tribu des Al Chammars, qui prend le pouvoir. Le fils de Fayçal, Abd al-Rahman al-Saoud tente alors de s’imposer en 1891, mais il échoue et se réfugie au Koweït avec sa famille où il trouve protection auprès de l’émir al-Sabah.

    Le troisième royaume

    Le fils d’Abd al-Rahman al Saoud, Abd al Aziz Ibn Saoud, réfugié au Koweït, entreprend au début du XXème siècle de reconstituer le royaume de la famille Saoud. Accompagné d’une cinquantaine de compagnons, il quitte le Koweït et reprend Riyad aux Al Chammar en 1902. La Sublime porte, redoutant la renaissance des Saoud, fait appel à l’armée irakienne (l’Irak étant une province de l’Empire ottoman) pour lutter contre les hommes d’Ibn Saoud. Après diverses batailles et tractations diplomatiques, les troupes commanditées par l’Empire ottoman se retirent du Nedj en 1905. En 1906, Ibn Saoud cumule le titre politique d’émir du Nedj et celui religieux d’imam des Wahhabites. Il souhaite poursuivre la réalisation de son royaume sur l’Arabie entière, mais doit tenir compte dans ses projets de la présence de la Grande-Bretagne dans la région du Golfe et des Ottomans dans le Hedjaz, où ils ont nommé Hussein, de la famille des Hachémites, chérif de La Mecque.

    Portrait non daté du roi Saoud ben Abdelaziz Al Saoud (12 janvier 1902 - 23 février 1969), fils de Abdelaziz ben Abderrahman Al Saoud, le fondateur de la dynastie saoudienne, et de Wadhba. Il fut roi de l’Arabie saoudite de 1953 à 1964. Undated picture of Saud bin Abdulaziz Al Saud (15 January 1902 – 23 February 1969) was King of Saudi Arabia from 1953 to 1964. AFP


    Profitant du contexte de la montée de la guerre mondiale et de celle des Balkans en 1912, Ibn Saoud reprend la région du Hassa aux Ottomans. Un traité est signé avec la Sublime porte le 29 juillet 1913, par lequel les Ottomans le reconnaissent comme roi du Hassa et du Nedj.
    La Première Guerre mondiale est déclenchée le 2 août 1914. Par le jeu des alliances, l’Empire ottoman, allié de l’Allemagne, entre en guerre contre la Triple entente. Ibn Saoud n’est pas directement impliqué dans ce conflit, mais il est approché à la fois par les Britanniques et par les Ottomans, qui recherchent son soutien. De son côté, Ibn Saoud cherche à intégrer le Hedjaz dans son royaume. De nombreuses tractations avec Londres se déroulent entre fin 1914 et janvier 1915, sans succès. Elles aboutissent néanmoins avec la signature d’un traité le 26 décembre 1915 par lequel les Britanniques reconnaissent les possessions d’Ibn Saoud sur le Nedj et le Hassa, territoires que celui-ci ne peut céder sans l’accord des Britanniques. En parallèle, des négociations sont menées entre les Britanniques et le chérif Hussein de la Mecque. Par un échange de lettres, la correspondance Hussein-MacMahon, les Britanniques obtiennent l’entrée en guerre du chérif contre les Ottomans. La révolte arabe est ainsi lancée au printemps 1916. Mais cette alliance entre le chérif Hussein et les Britanniques freine les ambitions d’Ibn Saoud sur le Hedjaz. A nouveau sollicité par les Britanniques, ce dernier refuse de déclarer la guerre aux Ottomans. A la fin du conflit mondial, les relations sont très tendues entre Ibn Saoud et Hussein de La Mecque et en 1919, l’armée de Hussein attaque les Saoud, mais elle est battue par l’armée d’Ibn Saoud.

    L’après-guerre est marqué par les conquêtes d’Ibn Saoud. Outre le Nedj et le Hassa, il conquiert en 1920 l’Assir au sud-ouest de l’Arabie et en 1921 le Nord contrôlé par la tribu des Al Chammar. Avec Hussein de la Mecque, les relations se tendent à nouveau. A la suite de l’abolition du califat par le président turc Mustafa Kemal en mars 1924, Hussein se proclame « calife à la place du calife ». Ibn Saoud décide alors d’envahir le Hedjaz. Le 5 septembre 1924, la ville de Taëf tombe et La Mecque se rend le 14 octobre. Hussein est contraint à l’exil. Le 8 janvier 1926, Ibn Saoud est proclamé roi du Hedjaz et sultan du Nedj et de ses dépendances, et il est reconnu par la France, la Grande-Bretagne et l’URSS. Le 18 septembre 1932, il créé le royaume d’Arabie saoudite par la fusion du royaume du Hedjaz et de celui du Nedj.

    Le royaume d’Arabie saoudite de 1932 à nos jours

    Ibn Saoud règne jusqu’en 1953 et s’attache à unifier son nouveau royaume. Sur le plan de la politique intérieure, il nomme son fils Saoud prince héritier du royaume, afin de garantir le pouvoir contre les luttes familiales. Ses autres fils obtiennent des fonctions dans l’administration, le pouvoir restant ainsi aux mains de la famille Saoud. Sur le plan de la politique extérieure, Ibn Saoud cherche à se prémunir contre les fils de Hussein, Fayçal devenu roi d’Irak en 1921 et Abdallah roi de Transjordanie cette même année, dont il craint les projets d’unité arabe ainsi que la possible volonté de reconquête du royaume hachémite du Hedjaz. Des incursions sont notamment menées à partir d’Irak et de Transjordanie vers l’Arabie Saoudite. La Seconde Guerre mondiale voit la montée en puissance des Etats-Unis dans la région, et notamment en Arabie saoudite, riche en pétrole.

    Photo d’archives non datée du roi Fayçal d’Arabie Saoudite priant / AFP


    A la mort d’Ibn Saoud le 9 novembre 1953, son fils Saoud devient roi. Mais de fortes rivalités l’opposent à son frère Fayçal, qui a déjà été ministre des Affaires étrangères pendant le règne de son père Ibn Saoud, et qui devient Premier ministre en 1958. Sur le plan régional, la rivalité entre Hachémites et Saoud s’estompe afin de faire face tant à la montée du Bass en Irak qu’à celle du nassérisme en Egypte. Sur le plan intérieur, Saoud et Fayçal s’opposent par leurs modes de vie et par leur capacité à gouverner. C’est notamment visible lors de la guerre du Yémen qui débute en septembre 1962 lorsque les militaires renversent par un coup d’Etat le régime monarchique en place, et instaurent une république qui est notamment reconnue par les Etats-Unis et par l’Egypte. Cette dernière envoie des troupes au Yémen afin de soutenir la nouvelle république, laissant craindre à l’Arabie saoudite, en faveur de la restauration d’un régime monarchique au Yémen, un changement d’hégémonie dans la région. Afin de sécuriser le pays, et malgré les dissensions politiques avec son frère Saoud, Fayçal redevient Premier ministre en octobre 1962. L’Arabie saoudite accepte finalement le changement de régime au Yémen mais obtient le départ des troupes égyptiennes. En 1963, avec l’appui de la famille royale, Fayçal dépose son frère et devient roi en novembre 1964. S’appuyant sur les revenus du pétrole, Fayçal affermit la position de l’Arabie saoudite sur le plan politique. Sur le plan religieux, il soutient les organisations islamistes dans la région, afin de faire contrepoids au nassérisme et au socialisme arabe. Assassiné le 28 mars 1975 par un de ses neveux, il est remplacé à la tête du royaume par son frère Khaled.

    Khaled règne de 1975 à 1982. Ce souverain à la santé fragile est confronté à la prise de la grande mosquée de La Mecque en novembre 1979. Dans le contexte de la révolution iranienne de février 1979 et de la prise du pouvoir par l’ayatollah Khomeyni, des hommes revendiquent la fin du règne des Saoud, la mise en place d’une république islamique et le départ des Occidentaux d’Arabie saoudite. La prise d’otage de la grande mosquée se termine par l’intervention du GIGN français et des forces de police saoudiennes après quinze jours de siège.

    Le roi Fahd succède à Khaled de 1982 à 2005. Il se heurte dès son arrivée au pouvoir à des difficultés économiques, liées au contrechoc pétrolier, c’est-à-dire à la baisse des cours du pétrole des années 80, et renforcées par les conséquences de la guerre du Golfe de 1991 que l’Arabie saoudite aurait financée à hauteur de 50 milliards de dollars. Sur le plan de la politique intérieure, le roi Fahd tente une ouverture politique, par la publication le 1er mars 1992 d’un texte de trois Statuts, dont un Statut fondamental qui rappelle que le régime politique est une monarchie gouvernée par les successeurs d’Ibn Saoud. Un Conseil consultatif de 60 membres nommés pour quatre ans par le roi est également créé cette même année. Ce nombre est porté à 90 à l’été 1997. En 1995, le roi Fahd transmet une partie de ses prérogatives à son demi-frère Abdallah, en raison de problèmes de santé. Malgré cette ouverture politique et les tentatives de résoudre la crise économique par l’augmentation de la production pétrolière, la contestation monte dans la société saoudienne, qui réclame plus de réformes. A la mort du roi Fahd en août 2005, Abdallah prend le pouvoir après 10 ans de régence.

    Picture taken in May 2002 shows crown Prince Abdullah talking on the phone at his palace in Riyadh. The popular crown prince has been named ruler of the world’s top oil exporter following the death 01 August 2005 of his half-brother King Fahd. AFP PHOTO/AMMAR ABD RABBO

    Abdallah est confronté à plusieurs problématiques depuis son arrivée au pouvoir, qui sont le terrorisme et la nécessité de mettre en œuvre des réformes. Depuis le 11 septembre 2001, l’Arabie saoudite est notamment touchée par des attentats, entre mai 2003 et décembre 2004, revendiqués par Al Qaïda. Une série de mesures est prise afin de lutter contre le terrorisme, dont un contrôle des milieux extrémistes religieux, des mesures de sécurité et l’organisation d’une conférence sur la sécurité en 2005. Concernant les réformes, tout en maintenant l’équilibre de la société saoudienne et du régime politique, le roi Abdallah fait procéder à des élections municipales en février 2005 et il accroît le rôle du Conseil consultatif, dont les membres passent à 150 en juin.

    L’imbrication du politique et du religieux

    La Mecque
    iStockphoto

    _L’Arabie Saoudite s’est constituée de l’alliance de la dynastie Saoud avec le prédicateur Mohammad Ibn Adb al-Wahhab. Si le wahhabisme, interprétation rigoriste de l’Islam, est associé dès le premier royaume au pouvoir politique, la conquête du Hedjaz et des villes de La Mecque et de Médine en 1924 confère aux Saoud le titre de gardiens des Lieux saints. Le pèlerinage à La Mecque, l’un des cinq piliers de l’Islam, contribue également à la notoriété de l’Etat saoudien et à sa légitimité religieuse. A la suite de la conquête du Hedjaz, les guerriers d’Ibn Saoud convertis au wahhabisme, appelés Ikhwans, empêchent les pèlerins des pays arabes d’effectuer le pèlerinage, les considérant comme hérétiques. Mais le roi Ibn Saoud, ramenant l’ordre, permet à tous les musulmans de faire le hadj à La Mecque.

    Outre l’accueil des pèlerins, ce qui nécessite des infrastructures adaptées : aéroport, hôtels, centres médicaux… l’Arabie Saoudite s’implique dans la formation des étudiants qui étudient dans les universités religieuses du pays.

    Médine
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    Le religieux est également prégnant dans le droit saoudien (constitutionnel, civil, pénal et administratif), par l’application de la charia, c’est-à-dire de la loi islamique. Les oulémas, théologiens garants de la tradition religieuse, veillent notamment à son respect dans les décisions prises par le roi mais également dans tous les aspects de la vie quotidienne. Ils sont notamment opposés à l’émancipation des femmes.
    Le pouvoir royal, tout en respectant les avis des oulémas, procède néanmoins à des réformes sur le plan politique, comme la promulgation le 1er mars 1992 du Statut fondamental.

    L’économie et le pétrole

    A la suite des prospections réalisées par la compagnie américaine California Arab Standard Oil Company (CASOC), du pétrole est découvert dans le Hassa, dans la région de Dhamman en mai 1938. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la CASOC prend le nom de ARAMCO (janvier 1944) et les prospections se poursuivent. De cette époque datent les liens entretenus entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite, comme l’atteste la rencontre organisée en février 1945 entre le président américain Roosevelt et le roi Ibn Saoud à bord du croiseur américain Quincy où, parmi les questions à l’ordre du jour est celle du pétrole : en échange du monopole d’exploitation des gisements d’Arabie saoudite par les Etats-Unis, ceux-ci s’engagent à protéger militairement l’Arabie Saoudite. Cet accord est conclu pour 60 ans.

    La commercialisation du pétrole est lancée à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. La production passe ainsi de 550 000 barils en 1950 à environ 10 millions de barils jour en 2006. Premier exportateur et premier producteur de pétrole, l’Arabie saoudite détient des réserves estimées à 250 milliards de barils, ce qui représente le quart des réserves mondiales de pétrole. Elle possède également du gaz, dont les réserves la placent au 4ème rang mondial. L’exploitation du pétrole a permis à l’Arabie saoudite de se doter d’une infrastructure très moderne (réseau routier et aéroports).

    Dans un souci de diversification, les autres domaines économiques se développent, comme ceux de l’agriculture et de l’industrie. Des grands projets sont réalisés comme la création d’usines de dessalement de l’eau, agrandissement des ports, construction d’habitations, développement du réseau téléphonique, création en cours d’un pôle économique appelé King Abdullah City au nord de Djedda.
    L’Arabie saoudite entre également dans une phase de privatisation du secteur secondaire et du secteur des services et fait aussi appel à des investissements étrangers depuis 2004. Elle adhère à l’OMC en novembre 2005.

    L’évolution de la société saoudienne

    Comme pour les autres Etats du Golfe, la découverte du pétrole modifie profondément les structures de la société saoudienne. La société était tribale et nomade et l’économie tournée vers l’agriculture et l’activité pastorale. Le pétrole modifie cette société qui se sédentarise et qui profite d’une économie faste.

    La population est d’environ 27 millions dont 9 millions d’étrangers. Cette main d’œuvre, qui garde sa nationalité d’origine, vient des Etats arabes voisins ainsi que d’Asie à partir des années 1990.
    Les recettes pétrolières provoquent l’exode rural (le taux d’urbanisation est de 80% en 2008) et favorisent le développement de l’éducation, avec la création d’écoles primaires, secondaires et d’universités dans les années 1990. L’Etat se heurte néanmoins au problème du chômage qui touche particulièrement les jeunes adultes.

    La politique extérieure

    La politique extérieure saoudienne est tournée vers le maintien de sa sécurité. En ce sens, les liens entretenus avec les Etats arabes voisins ainsi que ses liens avec les Etats-Unis contribuent à la recherche de la stabilité. Avec les Etats arabes, l’Arabie saoudite est signataire de la charte de la Ligue des Etats arabes du 22 mars 1945, avec six autres Etats. Avec les Etats-Unis, les relations sont entretenues dès la Seconde Guerre mondiale mais elles se tendent avec les attentats du 11 septembre 2001.

    L’Arabie saoudite ne se dote d’un ministère des Affaires étrangères et d’ambassades à l’étranger qu’en 1950, mais elle montre son implication dans les affaires régionales à partir de cette date. La diplomatie saoudienne intervient lors de la guerre du Liban afin de trouver une solution au conflit (accord de Taëf de 1990), soutient la Palestine mais ne s’engage pas directement contre Israël, apporte son aide financière à l’Irak pendant la guerre Iran-Irak en raison de la crainte de la révolution iranienne et d’une déstabilisation de la région. En ce sens, elle crée le Conseil de coopération des Etats du Golfe en 1982 avec les Etats voisins, dont le siège est à Riyad. En plus de cette aide diplomatique, l’Arabie Saoudite offre son aide financière à des gouvernements et à des fonds.

    L’invasion du Koweït par l’Irak en août 1990 (l’Emir du Koweït et sa famille se réfugient en Arabie saoudite) puis le déclenchement de la guerre du Golfe le 17 janvier 1991 font de l’Arabie saoudite le centre tactique de la coalition. Elle accueille les troupes étrangères et participe à hauteur de 50 milliards de dollars à la guerre contre l’Irak.

    A la suite de la guerre du Golfe, l’Arabie saoudite se sent menacée dans sa sécurité, sur le plan intérieur. L’opinion publique saoudienne critique en effet les orientations pro-américaines suivies pendant la guerre du Golfe ; c’est essentiellement le fait des intellectuels et des milieux d’affaires qui remettent en cause la famille royale. Cette contestation intérieure l’oblige à la prudence sur le plan diplomatique. C’est notamment visible dans le dossier israélo-palestinien, même si elle accorde une aide à l’autorité palestinienne à la suite des accords d’Oslo.

    Les attentats du 11 septembre 2001 provoquent des tensions entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite, en raison de la participation de Saoudiens aux attentats, en raison également du financement de groupes considérés comme terroristes. Même si l’Arabie saoudite ne participe pas aux opérations en Afghanistan en 2001, ni à celles en Irak en 2003, les relations s’apaisent en 2005 devant l’enjeu que représente le pétrole mais aussi afin de maintenir la stabilité de la région face à la situation en Irak.
    Les 28 et 29 mars 2007, la diplomatie saoudienne participe au 19ème sommet de la Ligue des Etats arabes qui se tient à Riyad. Le thème de la conférence est celui de la relance du processus de paix initié par les Etats arabes à Beyrouth en 2002, et un appel est lancé à Israël afin qu’il accepte ce plan de paix.

    Bibliographie :
    Olivier DA LAGE, Géopolitique de l’Arabie saoudite, Editions Complexe, Bruxelles, 2006, 143 pages.
    Philippe DROZ-VINCENT, Ghassan SALAME, "Arabie saoudite", Encyclopédie Universalis 2008.
    Albert HOURANI, Histoire des peuples arabes, Points Seuil, Paris, 1993, 732 pages.
    David RIGOULET-ROZE, Géopolitique de l’Arabie saoudite, Armand Colin, Paris, 2005, 308 pages.
    Site du ministère des Affaires étrangères, Arabie saoudite, présentation de l’Arabie saoudite.

  • Bahrein - 01/02/10

    Le protectorat britannique du XIXème siècle à 1971

    Comme dans le reste du Golfe, les Britanniques sont présents à Bahreïn dans le domaine commercial dès le XVIIIème siècle. Mais les rivalités entre les tribus du Golfe, notamment entre celles de Mascate, de Bahreïn et du Koweït, et l’expansion des Wahhabites, tant dans la péninsule arabique que sur le littoral, poussent les Britanniques à intervenir afin de sauvegarder la sécurité de la route des Indes.

    Fort de Bahreïn
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    Dans ce but, au XIXème siècle, divers traités de paix sont signés à l’initiative des Britanniques, afin de pacifier la région, dont les plus importants sont le traité de 1820 et le traité de paix perpétuelle de 1853. Le cheikh de Bahreïn n’a pas signé le traité de paix perpétuelle avec les Britanniques, mais en 1860, afin d’asseoir son pouvoir contre les autres tribus de la région, il conclut un traité avec la Perse. La Grande-Bretagne y voyant une atteinte à ses intérêts, intervient militairement et contraint le cheick de Bahreïn à signer un traité de paix perpétuelle avec elle en mai 1861. Plusieurs conditions sont posées par la Grande-Bretagne : le cheikh doit reconnaître les traités déjà signés entre la Grande-Bretagne et ses prédécesseurs, il peut recevoir l’aide militaire de la Grande-Bretagne en échange de quoi il s’engage à ne pas faire la guerre, enfin la Grande-Bretagne bénéficiera de liens commerciaux particuliers. Ce traité est complété par un autre signé en 1880 : les cheikhs de Bahreïn (présent et à venir) ne peuvent contracter de liens avec d’autres Etats, sans l’aval de la Grande-Bretagne.

    Mosquée al-Fateh à Manama
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    Déjà confronté aux rivalités avec ses voisins belliqueux (Perses, Wahhabites, Omanis), Bahreïn doit également faire face aux luttes de pouvoir internes à la famille al-Khalifa. L’actuelle dynastie est fondée par le cheikh Ahmad Ibn Muhammad al-Khalifa en 1783, après avoir chassé les Perses qui occupèrent Bahreïn du XVIIème au XVIIIème siècle. A sa mort en 1796, Bahreïn est gouverné par ses deux fils, Sulman et Abdallah. Ce système de double souverain, en vigueur jusqu’en 1869, est à l’origine de nombreuses querelles familiales et explique les interventions britanniques soucieuses de sécuriser la région. En 1869, les Britanniques nomment le cheikh Isa Ibn Ali al-Khalifa au pouvoir, afin de mettre un terme aux discordes familiales et aux attaques contre les Qataris (les al-Khalifa occupent le Qatar de 1766 à 1867, ce qui provoque guerres et représailles de part et d’autre). Isa Ibn Ali al-Khalifa s’appuie alors sur les Britanniques pour garantir son autorité face aux Perses et aux Ottomans. Un nouveau traité est signé en 1880, qui assoit encore davantage l’influence britannique sur la politique extérieure de Bahreïn. En 1923, des conflits entre plusieurs populations se développent à Bahreïn, et les Britanniques remplacent le cheikh Isa Ibn Ali al-Khalifa par son fils Hamad, qui reste au pouvoir jusqu’à sa mort en 1933. Son fils Sulman lui succède. Les Britanniques poursuivent leur contrôle sur Bahreïn par l’établissement en 1935 d’une base militaire et par le transfert en 1946 du siège de la résidence britannique d’Iran à Manama, capitale de Bahreïn. En 1961, le fils de cheikh Sulman, cheikh Issa Ibn Salman al-Khalifa prend le pouvoir qu’il conserve jusqu’en 1999.

    Sur le plan économique, Bahreïn bénéficie, comme les autres émirats du Golfe, de la notoriété de la pêche des perles, des constructions navales et de la pêche de poisson. Bahreïn se distingue cependant des autres émirats par une agriculture performante dans une région désertique, en raison de la présence de sources d’eau douce. En mai 1932, du pétrole est découvert à Bahreïn. La production de pétrole permet de faire face à la concurrence des perles de culture japonaises, moins chères que celles pêchées dans le Golfe. De même, les revenus du pétrole assurent à Bahreïn un développement économique supérieur à ceux des autres émirats (qui découvrent du pétrole un peu plus tard : 1938 pour le Koweït, 1939 pour le Qatar, mais dont l’exploitation est retardée à la fin des années 1940 en raison de la guerre).

    En 1956, à la suite de la crise de Suez, la Grande-Bretagne augmente ses capacités militaires dans le Golfe, et notamment à Bahreïn. Mais en 1968, invoquant des restrictions budgétaires, elle annonce son intention de se désengager de la région courant 1971, mais dit vouloir aider, avant son départ, à la réalisation d’une fédération composée de neuf émirats : les sept émirats (qui constituent aujourd’hui les Emirats Arabes Unis), Bahreïn et le Qatar. Son but est de préserver ses intérêts et de maintenir la sécurité de ces neuf émirats. Au cours d’une conférence à Dubaï, les cheikhs des neuf émirats décident le 27 février 1968 de créer une fédération. Sur cette base, d’autres négociations se déroulent, afin de décider de l’emplacement de la capitale, du président de la fédération, des modalités de vote et du nombre des représentants de chaque émirat. Mais les négociations sont rendues difficiles par les désaccords entre les différents émirats (la conférence du 24 octobre 1969 se solde par un échec), ainsi que par l’évolution politique de la région, qui fait évoluer la vision de chacun concernant la nécessité d’une fédération : en avril 1970, l’Iran renonce à revendiquer Bahreïn, et en juillet, un coup d’Etat est réalisé à Oman par le fils du roi.

    En effet, de par sa position géographique stratégique, ses richesses agricoles et perlières, Bahreïn attire les convoitises régionales, et notamment iraniennes. L’Iran affirme en 1927 et en 1928 que Bahreïn est un territoire qui lui appartient et demande par conséquent la fin des relations spéciales avec la Grande-Bretagne. L’Iran s’appuie sur des raisons historiques : la Perse a notamment entretenu des relations avec la région du Golfe à la période sassanide (de 226 à 651 après J. C.), puis s’est emparée du littoral du Golfe au VIème siècle jusqu’à l’apparition de l’islam à la faveur de luttes internes entre les peuples du Golfe, puis de 1622 à 1783. Les revendications iraniennes sur Bahreïn se poursuivent jusqu’en 1970, puis sont abandonnées à partir de cette date.
    Ces événements modifient la perception des émirats face à la création d’une fédération. Bahreïn, dont la sécurité n’est plus menacée par l’Iran, remet notamment en question les décisions acceptées auparavant, et au final la création de la fédération.

    En Grande-Bretagne, le nouveau gouvernement conservateur arrivé au pouvoir en juin 1970 maintient - après concertation avec les cheikhs du Golfe - la décision du gouvernement travailliste prise en 1968 de quitter la région en 1971. Cette décision relance les négociations entre les cheiks afin de créer une fédération. Mais aucun accord n’est trouvé, et l’idée d’une fédération à neuf échoue avec la proclamation par Bahreïn de son indépendance le 15 août 1971 suivie par celle du Qatar le 1er septembre. La proclamation de l’indépendance de Bahreïn entraîne l’abolition des traités signés avec la Grande-Bretagne, mais les liens d’amitié subsistent entre les deux Etats.

    Bahreïn de 1971 à nos jours

    The Emir of Bahrain Sheikh Hamad bin Issa al-Khalifa raises the document proclaiming Bahrain as a kingdom in Manama 14 February 2002. The emir announced that Bahrain will hold elections to restore parliament on October 24, proclaiming the Gulf archipelago a kingdom and himself king. BAHRAIN NEWS AGENCY / AFP


    Sur le plan intérieur, la monarchie de Bahreïn est gouvernée de 1961 à 1999 par cheikh Issa Ibn Salman al-Khalifa. Sous son règne, de 1972 à 1975, un bref régime parlementaire est mis en place, avec une assemblée élue en 1972 et une constitution rédigée en 1973. Mais l’opposition bloquant souvent certains projets du gouvernement, l’assemblée est dissoute en 1975. En décembre 1992, il met en place un Conseil consultatif, premier organe représentatif depuis la dissolution de l’assemblée. En 1999, Hamad Ibn Issa al-Khalifa prend le pouvoir, suite à la mort de son père. Il modifie la monarchie absolue en monarchie constitutionnelle en 2001, remet en fonction l’assemblée et se proclame roi le 14 février 2002. La monarchie de Bahreïn devient à cette date un royaume, dirigée par un roi sunnite, alors que la majorité (70%) de la population est chiite. Le roi Hamad Ibn Issa al-Khalifa met en place de nombreuses réformes politiques, notamment la remise en fonction de l’assemblée, l’organisation d’élections municipales et législatives, l’octroi du droit de vote aux femmes et la nomination de deux d’entre elles au gouvernement en 2004.

    Sur le plan de la politique extérieure, le roi signe le 31 décembre 2000 un pacte de défense commune ainsi qu’un projet de monnaie commune (prévue pour 2010) avec l’Arabie saoudite, le Koweït, les Emirats arabes unis, le Qatar et Oman. Bahreïn est membre du Conseil de coopération des Etats arabes du Golfe (CCEAG) et accueille le sommet de décembre 2004, ainsi que celui de 2005 réunissant le CCEAG et l’Union européenne. Il entretient également des liens commerciaux et touristiques avec l’Arabie Saoudite (les deux Etats sont reliés par un pont de 25 km). Avec le Qatar, un pont de plus de 40 km est en construction et doit relier les deux Etats. Des liens militaires et commerciaux sont entretenus avec les Etats-Unis, ces deux Etats ayant notamment signé un accord de coopération dans le domaine du nucléaire civil en mars 2008, lors de la venue du roi Hamad Ibn Issa al-Khalifa à Washington.

    L’économie et le pétrole

    Centre financier de Manama
    iStockphoto

    L’économie de Bahreïn se caractérise par trois secteurs d’activité : le pétrole, l’aluminium et les finances. Contrairement à ses voisins, Bahreïn ne dispose pas de grandes réserves de pétrole et produit environ 8 millions de tonnes par an. Il est néanmoins un grand centre de raffinage du pétrole saoudien. Bahreïn comble ses modestes réserves pétrolières par d’autres activités, notamment industrielles. En 1971, grâce aux investissements de l’Arabie Saoudite et du Koweït, Bahreïn développe l’industrie de l’aluminium : fonderie de la société Alba, usines produisant des câbles et des barres en aluminium. Sur le plan financier, Bahreïn est la première place du Golfe dès 1975. En 2006, environ 400 banques et assurances (dont environ 24 banques et 11 assureurs islamiques) sont présentes à Bahreïn.


    Bibliographie
    Salem AL-JABIR AL-SABAH, Les Emirats du Golfe, histoire d’un peuple, Paris, Fayard, 1980, 261 pages.
    André BOURGEY, « Bahreïn », Encyclopédie Universalis 2009.
    Le Monde, hors-série février-mars 2009, Etats du Golfe, la renaissance arabe, 98 pages.
    Site du Ministère des Affaires étrangères, Bahreïn, Présentation du Bahreïn.

  • Egypte - 01/02/10

    L’Égypte n’a cessé de fasciner les occidentaux. L’ancienneté de son histoire, qui se confond avec la préhistoire et le rayonnement de sa culture dès le IIIème millénaire avant Jésus-Christ, ont permis à ce pays de rester dans la mémoire occidentale, en dépit des périodes moins glorieuses où elle dut subir les dominations grecque et romaine, arabe et coloniale avant de retrouver avec l’avènement de la république égyptienne en 1952 une place dans le concert des nations.

    L’Egypte ancienne

    On distingue généralement les grandes étapes de l’Égypte ancienne à partir de la préhistoire, puis de l’époque pharaonique et enfin l’entrée dans la soumission durant la période gréco-romaine. De plus, il apparaît que le fil conducteur de ce pays reste son fleuve, le Nil, source de richesses agricoles et minières, et également voie de communication pour le commerce avec l’Orient.

    Durant la préhistoire, il semblerait que des traces de population et de culture paléolithique soient apparues plus tardivement en Égypte qu’au Proche-Orient, et que le passage d’une économie de prédation à une économie de production, fut lui aussi plus tardif (aux environs de -5000 au lieu des -8000 ans).
    Dès lors, en dépit de ces retards, comment en moins de deux millénaires, l’Égypte est-elle devenue un des premiers Etats du monde ?
    Entre -5000 et -3000, le long du Nil, les populations se sédentarisent progressivement avec la pratique de l’élevage et de l’agriculture, et avec le développement de l’industrie de la pierre.

    Aux environs de -3300, on retient un changement important avec l’apparition de l’écriture, la constitution de cimetières pour les élites autour de certaines villes telles que Nagada ou Abydos. Selon la tradition, un roi légendaire, Ménès, aurait constitué l’État égyptien par la réunification de la haute Égypte avec la basse Égypte où il aurait installé sa capitale à Memphis.

    Dès lors, s’ouvrait ce qu’il est convenu de nommer la période pharaonique de l’ancienne Égypte entre -3150 et -332, période durant laquelle se sont succédées une trentaine de dynasties de pharaons.
    On convient généralement de diviser cette longue période en 3 empires (l’ancien empire, le moyen empire, le nouvel empire) espacés entre eux de trois périodes intérimaires, la dernière ouvrant la voie à la basse époque à partir de -672.

    Que peut-on retenir de cette longue période qui fit la grandeur de l’Égypte durant l’Antiquité ?
    - la présence du Nil, fleuve autour duquel se développent les richesses agricoles et minières du pays. Les pharaons, au gré de l’histoire, de leurs politiques et de leurs conquêtes, installent leur capitale non loin de ses rives, en haute Égypte (notamment à Thèbes) ou en basse Égypte (à Memphis ou à Tanis).
    - l’apparition dès -2500 d’une organisation administrative rationnelle et efficace dans la gestion des affaires et des richesses avec à sa tête un vizir assisté par des scribes.
    - l’émergence à cette même époque d’une culture esthétique et architecturale qui ne cessa de se manifester autour du culte des morts et notamment par des sépultures royales : bâtiments de pierres tels que des mastaba ou des pyramides.
    - une religion qui établit un lien entre le roi pharaon et la divinité (le dieu solaire, Rê, Amont…)
    - des politiques extérieures faites de conquêtes, et parfois de défaites, en remontant le cours du Nil vers la Syrie et le long de la Méditerranée orientale et jusqu’au golfe persique.
    - chacune de ces périodes connues ses apogées, comme celle du pharaon Ménès, dans l’ancien empire qui s’étend de -2700 à -2200.

    Temple d’Hathor à Abou Simbel
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    Mais c’est le nouvel empire, à partir de -1552, que l’histoire retient avec l’avènement de la XVIIIème dynastie. C’est l’époque des grandes conquêtes dont les butins et les tributs augmentent encore les richesses internes au royaume. C’est la constitution d’une armée de métier, permettant à l’Égypte de contrôler les espaces nécessaires au commerce, y compris la Palestine et la Syrie.
    C’est la période des pharaons célèbres de l’époque amarnienne avec Amenhotep IV, dont la femme, Néfertiti fut un personnage essentiel de son règne. Ils transportèrent la capitale de Thèbes à El Amarna, construite de toutes pièces, changèrent de nom leur dynastie devenue Akhénaton, et donnèrent à Aton la primauté divine occupée jusqu’alors par Amon-Rê.

    Ramses II Temple de Louxor
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    Avec la XIXème dynastie, les Ramsès accèdent au trône avec la figure emblématique de Ramsès II qui régna plus de 66 ans. La capitale était placée dans le delta à Pi-Ramsès, même si les villes de Memphis et de Thèbes conservent leur rôle prédominant.
    Néanmoins, cette période des XVIIIème et XIXème dynasties marque l’apogée de la domination extérieure de l’Égypte et bientôt aussi ses difficultés à maintenir le contrôle qu’elle exerçait sur le Proche-Orient, son autorité même sur le delta du Nil étant menacée par les Hittites, les Nubiens, les Libyens et les Syro-Palestiniens.
    Entre -1069 et -332, c’est-à-dire de la XXème à la XXXème dynastie, l’Egypte connut plus de périodes de déclin que de gloire. Des rivalités de famille vinrent s’ajouter aux pressions des pays voisins, tantôt ennemis, tantôt alliés, en particulier les Assyriens, les Babyloniens et les Perses, notamment à partir de la basse période qui commence avec les années -672.
    A partir du VIIIème siècle, les villes grecques d’Asie Mineure se développent et installent leurs premiers établissements en Égypte et notamment à Memphis.
    Le roi Amasis (570-526 avant Jésus-Christ) favorise la présence de commerçants grecs moyennant la perception d’un impôt. Il estime en effet que le développement de la présence grecque en Égypte permet d’enrichir le pays. Cette présence se manifeste également un peu plus tard par la constitution d’armées de mercenaires grecs.

    L’Egypte gréco-romaine

    Vers -343, la domination perse est vécue de plus en plus difficilement par l’Égypte. Darius III Conoman monte sur le trône en -335 mais il est défait par Alexandre le Grand. À partir de ce moment, les campagnes d’Alexandre se poursuivent au Proche-Orient, avec pour priorité les positions grecques et perses de la Méditerranée qu’il convient de renforcer au bénéfice de la Grèce. Accueilli en libérateur en -331, Alexandre le Grand est reconnu par le clergé égyptien comme roi de descendance divine. Il fait restaurer les temples et les monuments, notamment à Thèbes. Mais il a surtout le génie de fonder un port directement sur la mer, Alexandrie, qui sera à la fois l’origine d’une grande ville à la population cosmopolite et source de richesses et de rayonnement. Alexandre meurt en -323.
    Après sa mort, l’Égypte connait une période « d’indépendance » durant laquelle se succèdent 14 rois « Ptolémée » et 7 reines « Cléopâtre ». Une nouvelle période florissante est vécue avant que l’Égypte ne s’enfonce à nouveau dans les luttes et les rivalités de pouvoir. C’est à ce moment que Rome, ayant notamment besoin de blé, prend le contrôle de l’Égypte en -48.
    César fait alors la connaissance de Cléopâtre, qu’il épouse. Ils ont un fils, Ptolémée-Césarion. Mais dans les luttes et les rivalités qui marquent la succession de César, Cléopâtre prend appui sur Marc-Antoine qui est battu à Actium en -31. Marc-Antoine et Cléopâtre se donnent la mort et l’Égypte passe sous l’étroite domination romaine.
    Sous Auguste, l’Égypte devient une province impériale mais elle conserve l’organisation mise en place par les Ptolémée, et est gérée par un préfet nommé par Rome. Une organisation spécifique est mise en place pour les villes grecques et pour les diasporas juives. Au premier siècle après Jésus-Christ, on note l’apparition de l’Égypte chrétienne avec la création de l’église d’Alexandrie par Saint-Marc aux environs des années 75.
    L’exercice de l’autorité des empereurs sur les villes égyptiennes est plus ou moins turbulent selon les périodes.
    À partir du règne d’Adrien (117-138) apparaissent de nouvelles périodes de révolte et de contre révolte, à la fois politiques et religieuses, dont des persécutions chrétiennes.
    Mais le déclin de Rome est inexorable à partir de Septime Sévère (193-211) et se manifeste notamment par la succession au pouvoir d’aventuriers qui se font proclamer empereur. Cette turbulence dure jusqu’en l’an 310 mais n’empêche pas la progression du christianisme en Égypte qui devient une dépendance de l’empire d’Orient (empire byzantin) entre 330 et 390.
    Entre 395 et 639, on peut parler d’une « Égypte byzantine » qui, du Vème siècle au début du VIIème siècle, est d’une rare opulence. Alexandrie joue un rôle prépondérant dans la prospérité et le rayonnement intellectuel et religieux du pays. A cette époque également nait une église copte orthodoxe, à la suite d’un certain nombre de conciles qui se tiennent dans des villes égyptiennes et au cours desquels apparaissent des divergences théologiques.
    Cette période se termine vers 615 par l’invasion des troupes perses conduites par le roi Khosvo II. Les Perses sont chassés en 639 par Amr, lieutenant du calife Omar successeur de Mahomet.

    L’Egypte arabe

    Après les rivalités Byzance-Perse, la conquête arabe marque sa prédominance jusqu’au XVème siècle. Durant cette période, la prospérité de l’Égypte est liée à son agriculture et à sa position géographique unique dans le commerce avec l’Inde.

    C’est à partir de 645-650 que la puissance arabe s’établit dans la région et notamment en Égypte. Certains laissent à penser que les Arabes furent accueillis en libérateurs par une population lassée des périodes de dominations grecque, romaine et byzantine.
    La période arabe est marquée par plusieurs autorités successives jusqu’en 1450.

    Entre 650 et 850, l’Égypte est soumise à l’autorité directe du califat qui réside, selon les dynasties qui se succèdent en Egypte, à Damas, Médine ou Bagdad. L’autorité est déléguée à un préfet. L’Égypte, riche en produits agricoles et en produits de l’artisanat paie de grosses redevances au califat.
    À partir de 846 les califes ont recours à des préfets turcs qui recherchent leur indépendance et leur autonomie financière. Selon les dynasties au pouvoir en Egypte, les périodes alternent entre le contrôle du califat et l’indépendance à son égard. C’est ainsi qu’entre 846 et 969 se succèdent en Égypte les dynasties des Toulounides et des Ikhshidides qui assurent une large autonomie au pays, profitant de la faiblesse du califat.

    Saladin
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    À partir de 969, la dynastie Fatimide règne en Egypte et installe la résidence royale au Caire. Sous cette dynastie, en 1094, commence la période troublée des croisades. Les Fatimides s’effondrent à partir du milieu du XIIème siècle pour laisser place aux Ayyoubides dont la figure emblématique est Saladin. C’est lui qui restructure l’armée et qui s’oppose ainsi avec succès aux croisés jusqu’à la paix de 1191. L’empire est alors dirigé depuis Le Caire.
    Au XIIIème siècle, les luttes intestines entre Ayyoubides et une nouvelle tentative infructueuse des croisés amènent les Mamelouks au sultanat. Durant cette même période, les rivalités territoriales avec l’Occident et les croisés conduisent à des accords commerciaux profitables pour la région.
    Le régime des sultans mamelouks se divise en deux groupes distincts : les Mamelouks bahrides et les Mamelouks circassiens. Ce sont les Mamelouks bahrides qui parviennent à éliminer définitivement les croisés avec la prise de Saint-Jean-d’Acre en 1291, puis à repousser les hordes mongoles. Puis cette dynastie s’affadit à son tour pour laisser place aux Circassiens en 1382. L’Égypte est néanmoins sauvée des hordes Tamerlan, qui, après avoir pris Damas, se retournent contre le sultan ottoman Bajazet en 1400.

    Cependant, vers 1498, l’ouverture de la route des Indes par le cap de Bonne-Espérance provoque la ruine momentanée de l’Égypte dont le grand port d’Alexandrie est réduit à un port de cabotage pendant plus d’un siècle.


    L’Egypte ottomane et coloniale

    Entre le XVIème et le XIXème siècle, la période de la domination ottomane de l’Égypte est généralement considérée comme une période de déclin, de « siècles obscurs », jusqu’à l’intervention de Bonaparte. En effet, en dépit de la brièveté de la présence française entre 1798 et 1801, on considère que celle-ci marque un tournant dans l’histoire de l’Égypte qui sera de plus en plus sous l’influence occidentale, même si les puissances coloniales maintiennent jusqu’au XXème siècle la fiction de l’autorité de la sublime Porte.

    Jusqu’au XIXème siècle, il est généralement admis que l’Égypte est dans une période de déclin, même si certaines étapes méritent néanmoins d’être rappelées.
    Certes on assiste à un affaiblissement de son rayonnement intellectuel, avec l’absence de philosophes, de savants ou de grands mystiques. Cependant l’Égypte reste durant cette période une pièce maîtresse dans l’Empire ottoman par sa position géographique et par son économie.
    Au début du XVIème siècle, l’autorité des Mamelouks s’est dangereusement affaiblie en face d’un soulèvement chiite en Iran et un contrôle renforcé des Portugais qui, à partir de leurs positions dans l’Océan indien, menacent les voies maritimes partant du golfe Arabo-Persique et du nord de la mer Rouge. En 1511, un nouveau sultan ottoman, Sélim Ier décide d’intervenir lui-même dans la région, écrase le souverain d’Iran chah Ismaïl en 1514 et restaure son autorité sur l’Égypte entre 1517-1518.
    L’Égypte est alors gouvernée par un Pacha, vice-roi nommé par le gouvernement de Constantinople. Mais ce pacha n’a pas autorité sur l’armée, et pour éviter qu’il ne se constitue une influence personnelle par clientélisme, il est très fréquemment remplacé : on compte 110 pachas entre 1571 et 1798. Les quelques velléités de révolte et d’indépendance durant cette période sont rapidement réprimées par Constantinople.
    En dépit de l’affaiblissement du rayonnement culturel de l’Égypte, il convient de signaler l’influence de l’architecture ottomane dans ce pays, qui se manifeste par l’édification de plusieurs centaines de monuments, au Caire notamment. On cite souvent trois mosquées : celle de Suleyman Pacha édifiée en 1528, celle de Malika Safiya en 1610 et celle de Muhammad Abu Dahab en 1771.

    L’intervention de Bonaparte en juillet 1798 a pour objectif à la fois d’affaiblir l’Angleterre dans la région et d’étendre l’idéal révolutionnaire et scientifique à l’extérieur. Les Anglais (amiral Nelson), ayant détruit la flotte française à Aboukir, les Français sont obligés de s’installer et de mettre de l’ordre dans le pays, avec un soulèvement populaire en fin d’année 1798. Après le départ de Bonaparte en août 1799, Kléber qui lui succéde est assassiné en 1800. Un autre général français, Abdallah Menou, converti à l’islam, lui succéde. Durant les trois années de l’occupation française, les structures du pays sont restaurées et les finances réorganisées. Mais en dépit de ce redressement commercial et administratif, et en dépit de la restauration d’une autorité des ulémas et notables locaux, la présence française est difficilement supportée. Assiégée par les Britanniques, l’armée française doit quitter le pays en septembre 1801.
    Un général de brigade albanais, du nom de Méhemet Ali, réussit à prendre le pouvoir et à s’y maintenir en dépit des rivalités entre Mamelouks et Turcs. Il affermit progressivement son autorité en combattant les wahhabites d’Arabie entre 1811 et 1818, et en occupant les villes saintes de La Mecque et de Médine. De 1820 à 1823, il s’attaque au Soudan, cherche à contrôler le cours supérieur du Nil. Cette politique d’expansion se poursuit en direction de la Syrie, de la mer Rouge et finit par inquiéter sérieusement l’Angleterre qui craint pour la sécurité de la route des Indes. Aussi cette politique est stoppée par les puissances anglaise, française et russe en 1840. Méhemet Ali doit abandonner la Syrie, est contraint de réduire son armée à 18 000 hommes, mais obtient le pouvoir héréditaire en Égypte. Il meurt en 1847 et un de ses héritiers, Saïd, reprend des actions d’envergure à partir de 1854. Il est notamment à l’origine du percement du canal de Suez. L’Égypte devient de plus en plus indépendante du sultan. En 1863, Ismaïl succède à Saïd, mais la situation financière est désastreuse en raison de dépenses excessives, obligeant l’Égypte à vendre les parts qu’elle détient dans la société du canal de Suez au Premier ministre britannique Disraëli.
    En raison de tensions entre l’Égypte, la Turquie et l’Angleterre, cette dernière occupe l’Égypte en 1882 après avoir bombardé Alexandrie. L’occupation britannique se prolonge jusqu’en 1914, des gouverneurs nommés par la puissance occupante tiennent le pouvoir à côté des héritiers de Méhemet Ali.

    Entre 1914 et 1922, sous le prétexte de la Première Guerre mondiale, et en raison de l’alliance entre la Turquie et l’Allemagne, l’Égypte devient officiellement un protectorat britannique. Après une période difficile pour l’autorité britannique à partir de 1919, un accord intervient en février 1922 entre les deux Etats et porte sur quatre points :
    - la sécurité des communications
    - la défense militaire
    - la protection des étrangers
    - la protection des minorités
    A cette fin, la Grande-Bretagne maintient des troupes en Égypte.

    En 1923, un nouveau roi, le roi Fouad 1er, est à la tête du pouvoir et la Constitution du 19 avril 1923 confirme la souveraineté égyptienne. L’économie est relancée, à partir des propriétés terriennes, de la culture du coton et des industries légères dont le textile, et du développement des banques. Le roi se trouve confronté avec la volonté de la bourgeoisie de s’intéresser aux affaires politiques (parti Wafd).
    Le traité de 1936 confirme l’indépendance de l’Égypte et les troupes anglaises se replient à proximité du canal. Elle entre à la Société des Nations le 26 mai 1937.

    En 1939, la Grande-Bretagne renforce sa présence militaire et le roi Farouk, au pouvoir depuis 1938 à la suite de Fouad 1er, doit faire face à la fois aux pressions britanniques, à l’opposition du parti Wafd et aux tentatives d’influence de l’Axe.
    Entre 1946, date de la fin de la guerre, et 1952, l’Égypte rentre dans une période de turbulences sociales, économiques et internationales. Avec la fin de la guerre, le retrait partiel de l’armée britannique entraîne la fin d’une économie de guerre qui employait de nombreux ouvriers égyptiens, provoquant ainsi des troubles sociaux. Sur le plan international, l’Égypte parraine la naissance de la ligue Arabe avec l’Irak, la Syrie, le Liban et l’Arabie Saoudite. Par ailleurs en 1948, l’armée égyptienne pénètre le territoire palestinien destiné à l’État d’Israël (premier conflit israélo-arabe). L’échec de cette initiative, ainsi que les difficultés économiques et la vie dispendieuse du souverain entraînent des troubles qui provoquent un coup d’état militaire en 1952.


    L’Egypte républicaine

    Picture dated in the early 50s shows King Faruq of Egypt. Faruq was forced to abdicated by the Free Officers movement in favor of his son Fuad 23 July 1952. AFP

    A partir de cette période qui s’ouvre en juillet 1952 avec le renversement du roi Farouk par les Officiers Libres, commence la période de l’Égypte contemporaine. Mais celle-ci ne peut oublier les quelque 5000 ans de son histoire dont les éléments fondateurs restent :
    - le Nil, c’est-à-dire l’alimentation en eau et la prospérité de l’agriculture
    - la position géographique de ce pays, carrefour des transactions commerciales et des mouvements de population entre l’Occident méditerranéen et l’Inde, le canal de Suez ayant remplacé les caravanes
    - la tradition des équilibres religieux et politiques :
    - une extraordinaire adaptation aux mouvements religieux, depuis les dieux des pharaons jusqu’à l’islam en passant par les juifs, les chrétiens coptes, en conservant à chaque fois des positions modérées qui ne portent pas atteinte à l’unité du pays.
    - une grande expérience pour se jouer des puissances qui voudraient exercer leur hégémonie depuis les Grecs, les Romains, les Turcs, l’Empire ottoman et les puissances occidentales.
    C’est sans doute à la lumière de ces acquis historiques que l’on peut mieux appréhender les deux questions actuelles lancinantes de ce pays, à savoir le voisinage de l’État d’Israël et la tentation de l’intégrisme islamique.


    La période Nasser

    Après une période de confusion, la république est proclamée en janvier 1953 et Gamal El Nasser s’impose en février 1954 comme chef de gouvernement puis Président du conseil supérieur de la révolution.

    Dans cette période de rivalités est-ouest, entre l’URSS et les États-Unis, chacun des partis essaye de se concilier l’alliance des pays tiers. Mais, avec d’autres pays plus soucieux de faire monter les enchères et leurs ressources propres que de faire allégeance à l’un des deux camps, l’Égypte lance à Bandung en 1955 le mouvement des pays non-alignés.
    C’est dans ce même climat de jeu de bascule que Nasser lance un programme de mise en valeur du Nil, à la fois source de richesse pour l’agriculture par l’irrigation et source d’énergie hydro-électrique. _ C’est le fameux projet du barrage d’Assouan représentant 125 milliards de mètres cube d’eau, pouvant irriguer 850 000 ha de terres désertiques et produire 10 milliards de kilowatts heure par an.
    L’abandon provisoire ou définitif par les États-Unis de l’intérêt porté à ce projet entraîne de la part de Nasser des décisions aux conséquences inattendues :
    - la nationalisation du canal de Suez est décidée par Nasser en juillet 56
    - mais au même moment, les modifications du pouvoir intervenues en URSS incitent les Hongrois à se soulever contre l’URSS en octobre 1956
    - c’est donc aussi en octobre 1956 que la France et la Grande-Bretagne lancent une opération militaire en vue de récupérer le contrôle du canal de Suez, tandis qu’Israël lance une offensive contre l’Égypte : la crise de Suez débute le 29 octobre.

    Egyptian President Gamal Abdel Nasser adresses the Egyptian people during a radio speech to announce free elections to elect a new Parliament and the liberalization of the regime 31 March 1968. STF / AFP

    Néanmoins, le pouvoir de Nasser sort renforcé de cette situation inextricable, en raison d’un accord inattendu URSS-USA, obligeant par ultimatum les troupes franco-britanniques à se retirer du canal, tandis qu’un accord entre Le Caire et Moscou en 1958 permet le lancement du financement du barrage d’Assouan, avec des concours financiers complémentaires de la part des États-Unis, de la Chine, de l’Italie et de la Grande-Bretagne.
    Profitant de son prestige et de son autorité internationale, Nasser reprend la politique traditionnelle d’extension de proximité en proposant la fusion de l’Égypte et de la Syrie en un seul État : la République Arabe Unie (R.A.U.) sous l’autorité de Nasser, en 1958.
    Mais en dépit du développement de son aura sur la scène internationale, entre 1960 et 1966, avec des projets d’union socialiste arabe et de détournement du cours du Jourdain d’une part, et la tenue au Caire de sommets internationaux tels que l’organisation de l’unité africaine en juillet 1964 et le deuxième sommet des pays non-alignés en novembre 1964, une détérioration progressive de l’image de Nasser est enregistrée dans les pays arabes et aux États-Unis. Dès septembre 1961, un coup d’état en Syrie met fin à la R.A.U., signe d’une certaine prise de distance des pays arabes à l’égard d’un leader trop encombrant. De plus la situation économique en Égypte se détériore de façon inquiétante.
    Nasser tente alors de ressouder en 1966 les liens entre les pays arabes du Proche-Orient en faisant monter une tension que certains qualifient d’artificielle à l’encontre d’Israël, qu’il voudrait asphyxier en interdisant l’accès au golfe d’Akaba. La réaction israélienne est immédiate. Entre le 5 et le 10 juin 1967, Israël lance une guerre éclair, la guerre des six jours, détruisant l’aviation égyptienne et occupant le Sinaï, la Cisjordanie, Jérusalem, le Golan et la bande de Gaza. Le canal de Suez devient inutilisable. Les pertes égyptiennes sont considérables.
    Après plusieurs années de tentatives de reprise de contrôle de la situation, Nasser meurt en septembre 1970 après avoir accepté un cessez-le-feu provisoire avec Israël.


    La période Anouar el Sadate

    A la suite de Nasser, Anouar el Sadate se trouve confronté à une succession difficile :
    - une économie très faible puisqu’une fois encore dans l’histoire de l’Égypte, le commerce ne passe plus par Suez mais par le cap de Bonne-Espérance et que l’agriculture est entièrement à réaménager
    - l’armée est hors d’état de faire la guerre.

    Picture dated February 1972 of Egyptian President Anwar el-Sadat (1918-1981). Sadat became president in October 1970 and sought settlement of the conflict with Israel and met with Israeli Premier Menahem Begin in Jerusalem in 1977 and at Camp David, USA in 1978. They both were awarded with the Nobel Peace Prize in 1978 for their attempt to find a solution of the Middle East conflict. Following critics by other Arab statemen and hard-line Muslims, he was assassinated in Cairo by extremists in1981. STF / AFP

    Le dirigeant égyptien tente une nouvelle fois de s’appuyer à la fois sur Moscou et sur Washington pour reconstituer son armée et redresser son économie. Dans le même temps, des pourparlers continuent avec les pays arabes en vue de se concerter face à Israël.
    Malgré cette période d’incertitude, une nouvelle attaque contre Israël au Golan (guerre du Kippour) est lancée en octobre 1973 mais à nouveau URSS et USA obtiennent un cessez-le-feu au moment où l’armée égyptienne était dangereusement menacée.
    Entre 1973 et 1981, s’est instaurée une politique diplomatique en vue de progresser dans la paix dans cette région sous l’influence grandissante des États-Unis.
    En dépit des pressions exercées par différents pays arabes, notamment l’Algérie, la Libye, la Syrie et l’Irak pour dissuader Sadate d’adopter une politique de paix avec Israël, un accord de paix tripartite (entre Israël, l’Égypte et les Etats-Unis), est signé à camp David en septembre 1978, tandis que le canal de Suez est réouvert en octobre 1975. Il est accompagné d’un plan de redressement économique de l’Egypte. Israël évacue le Sinaï en avril 1982. Cependant, en raison de l’hostilité croissante de certains pays arabes à l’encontre de la politique menée par Anouar el Sadate, celui-ci est assassiné en octobre 1981 par des islamistes fondamentalistes.


    La période Moubarak

    Newly reelected President of Egypt, Hosni Mubarak, adresses the new parliament and the Nation here Oct 23. Mubarak has served as Egypt’s 3rd President after succeeding President Sadat who was killed by assassins bullets 6 Oct. 1981. NORBERT SCHILLER / ARCHIVES / AFP

    Hosni Moubarak est au pouvoir depuis octobre 1981. Au plan international, il reprend l’exercice d’équilibre déjà connu entre l’URSS et les États-Unis jusqu’en 1989, auquel s’ajoutent d’autres exercices aussi difficiles avec les milieux islamiques fondamentalistes.

    Le Caire. Crédit photo : Béatrice Mariais


    La première préoccupation reste la situation économique qui, en dépit des plans de relance et des aides liées aux accords de camp David, continue de se dégrader tandis que l’endettement monte jusqu’à 50 milliards de dollars en 1991. Ce n’est qu’à partir de 1997 que l’on enregistre un redressement significatif de la situation économique. Depuis lors, l’économie égyptienne évolue au gré des fluctuations de l’économie mondiale mais avec un assainissement des finances publiques et une amélioration de la rentabilité du secteur public.

    La question majeure de l’Egypte de Moubarak reste incontestablement les relations avec les pays arabes et avec Israël. Chaque fois que des tensions existent entre les pays arabes, directement ou par l’intermédiaire des mouvements fondamentalistes, et Israël, l’Egypte est obligée de prendre ses distances. En revanche elle conserve toute sa place lorsque le volet diplomatique devient dominant : c’est ainsi que le siège de la ligue Arabe est revenu au Caire en 1990.

    Le Caire. Crédit photo : Béatrice Mariais


    Au plan interne, la démocratie est difficile à mettre en place, un mélange entre islamisme radical et modéré ajoutant à la confusion. Mais la question des attentats est permanente depuis 1990, en dépit des efforts de Moubarak pour renforcer les services de sécurité.
    Le président Moubarak est à nouveau élu en 2005 pour un mandat de 6 ans. Les prochaines élections auront lieu en 2011.

    Qu’il s’agisse des dynasties des pharaons ou de la dynastie des présidents de la République Arabe d’Egypte, du deuxième millénaire avant Jésus Christ ou du troisième après Jésus Christ, l’Egypte est toujours l’objet des attentions des Grands de ce Monde, des convoitises de ses voisins et des ambitions de l’expansion de certaines religions.

    Bibliographie

    Sophie DESPLANCQUES, L’Egypte ancienne, PUF, Paris, 2007, 127 pages.
    Sandrine GAMBLIN, Robert SANTUCCI, Nada TOMICHE, Gaston WIET, « Egypte », Encyclopédie Universalis 2008.
    Henry LAURENS, Le grand jeu, Orient arabe et rivalités internationales, Paris, Armand Colin, 1991, 447 pages.

  • Émirats Arabes Unis - 01/02/10

    La présence britannique jusqu’à l’indépendance en 1971

    Dès le XVIIIème siècle, les Britanniques sont présents dans le Golfe afin de sécuriser la route des Indes. C’est à partir du XIXème siècle qu’ils s’impliquent politiquement, notamment dans la région qui deviendra les Émirats arabes unis en 1971.
    L’implication politique de la Grande-Bretagne est concomitante avec, d’une part l’expédition de Bonaparte en Egypte en 1798 qui lui fait craindre l’expansion territoriale française sur la route menant à l’Inde, et d’autre part, les conflits entre les différents peuples du Golfe, également perçus comme une menace à la sécurité de la route des Indes.

    Bateaux traditionnels des Emirats
    iStockphoto

    Dès le début du XIXème siècle, les Britanniques s’attachent donc à pacifier par plusieurs traités les territoires des futurs Emirats arabes unis, appelés au début du XIXème siècle Etats de la Côte des Pirates. On retiendra, entre autres, le traité général de paix de 1820 signé par les cheikhs, qui décide la fin de la piraterie et du pillage, et condamne l’esclavage. Celui signé en 1853, appelé « traité de paix perpétuelle », garantit la présence britannique dans la région et dans un sens plus large les voies de communication entre Londres et l’Inde, impose aux cheikhs de ne plus faire la guerre sur mer et empêche la venue de toute autre présence européenne.

    Entre les XIXème et XXème siècles, à côté d’Oman, se constituent sur la côte, à la place des deux entités installées à Abu Dhabi et à Ras al-Khaimah, sept émirats indépendants sous le protectorat de la Grande-Bretagne : Abu Dhabi, Dubaï, Sharjah, Ajman, Umm al-Qaiwain, Ras al-Khaimah et Fujaïrah.

    La ville d’Abu Dhabi, créée aux alentours de 1761 par la tribu des Béni Yas, est dominée dans un premier temps par les Wahhabites. Un traité général de paix est signé par le cheikh Tahnun Ibn Shakhbut en 1820. Se poursuivent alors sous son règne, de 1818 à 1833, des troubles avec des membres de sa famille et avec l’émir du Nejd, Turki Ibn Abdallah. Lui succèdent Khalifah Ibn Shakhbut de 1833 à 1845, puis Sa’id Ibn Tahnun de 1845 à 1855. Le cousin de Sa’id, Zayed Ibn Khalifah règne de 1855 à 1909. A sa mort, plusieurs de ses fils lui succèdent mais ils s’éliminent les uns les autres. Le cheikh Shakhbut Ibn Sultan arrive néanmoins à régner de 1928 à 1966.

    Dubaï est rattaché à Abu Dhabi jusqu’en 1833, puis à cette date, en raison de querelles internes à la tribu des Béni Yas, certains membres de la tribu s’installent à Dubaï. Comme pour Abu Dhabi, de nombreux cheikhs se succèdent au pouvoir : Obaid Ibn Sa’id et Maktum Ibn Buti gouvernent ensemble de 1833 à 1836 ; puis Maktum Ibn Buti seul de 1836 à 1852 ; son frère Sa’id de 1852 à 1859 ; le neveu de Sa’id, Hashar Ibn Maktum, de 1859 à 1886 ; le frère de Hashar, Rashid Ibn Maktum prend alors le pouvoir de 1886 à 1894. Maktum Ibn Hashar prend le pouvoir de 1894 à 1906 ; puis son cousin, Buti Ibn Suhail de 1906 à 1912 ; et enfin son cousin Sa’id Ibn Maktum jusqu’en 1958.

    Sharjah est au centre de nombreuses luttes de pouvoir, avec Oman jusque dans les années 1830, avec les Wahhabites et également avec les Britanniques soucieux de rétablir la paix. Là aussi, les cheikhs se succèdent au pouvoir. On retiendra le long règne de cheikh Sultan Ibn Saqr de 1814 à 1866 ; celui de son fils, Khalid Ibn Sultan, de 1866 à 1868 ; celui de Salim Ibn Sultan, frère de Khalid Ibn Sultan, de 1868 à 1883. A cette date, il est remplacé par son neveu, Saqr Ibn Khalid, jusqu’en 1924. Son cousin cheikh Sultan Ibn Saqr prend le pouvoir à sa suite jusqu’en 1951. Cet émirat est important pour les Britanniques, qui en font une base militaire et aérienne en 1946.

    Ajman et Umm al-Qaiwain, émirats indépendants de Sharjah depuis 1820, et signataires du traité général de paix avec les Britanniques en 1820, s’allient indifféremment avec les autres cheikhs des émirats.

    Ras al-Khaimah dépend de 1820 à 1869 de l’autorité de Sharjah. Son indépendance, à la suite de la prise de pouvoir en 1921 par Sultan Ibn Salim (fils du cheikh Salim Ibn Sultan émir de Sharjah de 1868 à 1883) est reconnue par les Britanniques. Son neveu Sarq Ibn Muhammad le renverse en 1947.

    Fujaïrah, sous l’autorité de Sharjah, devient indépendant en 1952.

    A la suite de 1956 et de la crise de Suez, les Britanniques se désengagent de l’Egypte, mais augmentent leur présence militaire dans la région du Golfe, notamment à Bahreïn, Sarjah et Aden. Mais en 1968, ils annoncent leur volonté de quitter militairement le Golfe pendant l’année 1971. Afin de garantir l’indépendance et la sécurité des émirats du Golfe, et de préserver ses intérêts dans la région, Londres décide d’aider les sept émirats qui constitueront les EAU, ainsi que Bahreïn et Qatar, à créer une fédération. De leur côté, les cheikhs de ces neufs émirats se réunissent au cours d’une conférence à Dubaï et décident le 27 février 1968 la création d’une fédération. Sur cette base, d’autres négociations se déroulent, afin de décider de l’emplacement de la capitale, du président de la fédération, des modalités de vote et du nombre des représentants de chaque émirat. Mais les négociations sont rendues difficiles par les désaccords entre les différents émirats (la conférence du 24 octobre 1969 se solde par un échec), ainsi que par l’évolution politique de la région : en avril 1970, l’Iran renonce à revendiquer Bahreïn, et un coup d’Etat est réalisé à Oman par le fils du roi en juillet de la même année. Ces événements modifient la perception des émirats face à la création d’une fédération. Bahreïn, dont la sécurité n’est plus menacée par l’Iran, remet notamment en question les décisions acceptées auparavant. Quant au nouveau pouvoir mis en place à Oman, il assure aux émirats du Golfe une protection contre les incursions venant du sud Yémen. Ces événements concourent au final à ralentir la réalisation de la fédération, car les différents émirats, ne se sentant plus menacés dans leur sécurité, maintiennent leurs positions au lieu de rechercher un consensus.

    United Arab Emirates President Sheikh Zayed Ben Sultan al-Nahyan © poses with the rulers of the seven UAE federation member states in February 1972, just after Ras al-Khaimah became the seventh member. WAM / AFP


    En Grande-Bretagne, le nouveau gouvernement conservateur arrivé au pouvoir en juin 1970 maintient - après concertation avec les cheikhs du Golfe - la décision du gouvernement travailliste prise en 1968 de quitter la région en 1971. Cette décision relance les négociations entre les cheikhs afin de créer une fédération. Mais aucun accord n’est trouvé, et l’idée d’une fédération à neuf échoue avec la proclamation par Bahreïn de son indépendance le 15 août 1971 suivie par celle du Qatar le 1er septembre. De leur côté, six émirats sur sept décident de créer les Emirats arabes unis le 18 juillet 1971, Ras al-Khaimah refusant d’y participer. L’indépendance des Emirats arabes unis est proclamée le 2 décembre 1971. De façon concomitante, l’Iran occupe trois îles du Golfe : Abu Musa, la Grande Tumb et la Petite Tumb. Le gouvernement iranien demande en effet la reconnaissance de ses droits sur ces trois îles stratégiques pour l’accès au Golfe en échange de quoi il reconnaîtra les Emirats arabes unis. En février 1972, Ras al-Khaimah rejoint finalement les Emirats arabes unis.

    L’économie des Emirats arabes unis sous le protectorat britannique

    Deux grandes phases caractérisent l’économie des Emirats arabes unis : celle de la pêche des perles et de l’activité maritime, puis celle du pétrole.

    Sous le protectorat britannique, la pêche des perles, dont l’activité remonterait selon des sources archéologiques à l’époque assyrienne, se poursuit. Celle des poissons et le commerce se développent. La pêche des perles constitue la principale source de revenu du Golfe. Les perles sont vendues en Inde, en France et en Grande-Bretagne. Mais cette production entre en concurrence avec les perles de culture japonaises vers 1930. Surtout, la crise de 1929 se répercute sur les achats de perles des Européens. Ces deux faits entrainent le déclin progressif de la production perlière du Golfe, jusqu’en 1950. La pêche des poissons est également importante car elle permet de nourrir la population. Enfin, l’activité navale constitue le troisième volet de l’économie : la construction navale et le commerce des marchandises font du Golfe une région stratégique. Les marins du Golfe transportent des marchandises en direction de l’Inde, de la mer Rouge et de l’Afrique de l’Est.

    Le pétrole

    Dès les années 1930, dans le cadre de la recherche du pétrole, l’Irak Petroleum Company obtient des concessions à Sharjah et Dubaï en 1937, à Ras al-Khaimah en 1938, à Abu Dhabi en 1939 et à Umm al-Qaiwain en 1945. En 1958, du pétrole est découvert à Abu Dhabi, dont le gisement le plus important est celui de Murban. En 1966, du pétrole est découvert à Dubaï, et en 1973 à Sharjah. Les réserves des Emirats arabes unis sont ainsi estimées à 7,8% des réserves mondiales, ce qui place les EAU en cinquième position, derrière l’Arabie Saoudite (21% des réserves mondiales en 2008), l’Iran (11% en 2008), l’Irak (9,3% en 2008) et le Koweït (8% en 2008). La production en pétrole des EAU est de 139,5 millions de tonnes en 2008, les plaçant au 8ème rang mondial. Les conséquences de la découverte et de l’exploitation du pétrole sont nombreuses, notamment pour la population et l’économie.

    Les mutations sociales et économiques liées au pétrole

    Dubaï. Crédit photo : Isabelle Dasque


    La découverte et l’exploitation du pétrole ont permis aux Emirats arabes unis d’élever leur niveau de vie et de construire de nouvelles infrastructures. Cet essor économique a conduit les Emirats arabes unis à faire appel à de la main d’œuvre étrangère, d’origine arabe, indienne, pakistanaise, thaïlandaise, coréenne ou philippine, elle même attirée par la diversité des emplois proposés. A titre indicatif, la main d’œuvre asiatique représente 73% de la main d’œuvre totale aux Emirats arabes unis en 1985. En dehors de l’activité pétrolière, les Emirats arabes unis ont développé leurs infrastructures : routes et autoroutes traversant le désert, écoles et hôpitaux, magasins, hôtels… et leur secteur tertiaire : banque, services, tourisme. Dubaï est représentatif de cet essor, avec la construction de centres commerciaux gigantesques, d’une piste de ski, d’îles en forme de palmier, de tours (la tour Burj Dubai haute de 800 mètres) et de complexes hôteliers de luxe.

    Les Emirats arabes unis de 1971 à nos jours

    Picture dated 21 October 1972 show the founding fathers of the United Arab Emirates, Sheikh Zayed Ben Sultan al-Nahyan (L) and Sheikh Rashid ben Said al-Maktoum. Sheikh Zayed, the ruler of Abu Dhabi, became UAE president upon independence while al-Maktoum, ruler of Dubai since 1958, became vice-president. WAM / AFP

    Sur le plan politique, la gestion des affaires de la fédération des Emirats arabes unis est supervisée par le Conseil suprême, constitué des sept cheikhs des émirats. Il est assisté d’un Conseil fédéral qui est l’exécutif de la fédération. Le cheikh d’Abu Dhabi est le président de la fédération et celui de Dubaï est le vice-président. De 1971 à 2004, le cheikh Zayed Ibn Sultan préside la fédération. A sa mort, son fils cheikh Khalifa ben Zayed lui succède à la présidence. L’actuel émir de Dubaï, cheikh Marktoum Ibn Rached al-Maktoum est le vice-président de la fédération. Des élections législatives se déroulent pour la première fois en décembre 2006 afin de renouveler la moitié des sièges du Conseil national fédéral : sur les 40 membres qui composent le Conseil national fédéral, 20 sont élus par les grands électeurs (désignés par les émirs des sept royaumes de la fédération) et 20 sont choisis par les émirs.
    Sur le plan régional, un pacte de défense mutuel est signé le 31 décembre 2000 entre les EAU, le Koweït, l’Arabie saoudite, Bahreïn, Oman et Qatar. En décembre 2002, un projet d’union douanière est décidé, et entre en vigueur le 1er janvier 2003.

    Vue d’Abu Dhabi
    iStockphoto

    Abu Dhabi, de par sa taille (il est le plus grand des Emirats avec 73% du territoire) et de par ses réserves pétrolières (93%) est le centre politique, diplomatique et économique des Emirats arabes unis. Cheikh Zayed Ibn Sultan a beaucoup œuvré pour le développement d’Abu Dhabi, notamment sur le plan des infrastructures, avec la construction du port, Mina Zayed, et de zones industrielles et sur le plan agricole, avec la création dans les années 1970 d’un centre expérimental afin de « faire fleurir le désert ». Son fils poursuit une politique similaire. Abu Dhabi développe aussi, depuis 2001, une politique de coopération avec la France, sur le plan scientifique, culturel et universitaire : ainsi, l’université de Paris IV Sorbonne a ouvert une antenne en 2006, ainsi que HEC. Le Louvre va également ouvrir en 2012 un musée sur l’île de Saadiyat. Sur le plan militaire, un accord conclu avec la France le 15 janvier 2008 lui permet d’ouvrir une base militaire permanente.

    Dubaï est remarqué pour son dynamisme économique et commercial. Elle est notamment la première place financière des EAU. Sur le plan commercial, Dubaï est doté d’un port, Mina Rachid, dans lequel accostent les pétroliers géants, et d’une zone franche portuaire appelée Jabel Ali située près de la ville de Dubaï. Jabel Ali est utilisée pour l’industrie (fonderie d’aluminium, usine de liquéfaction du gaz, centrale thermique, usine de dessalement de l’eau de mer, industrie chimique) et pour le commerce, grâce à son port artificiel. Dubaï est également renommé pour ses réalisations architecturales et touristiques.
    Quant aux cinq autres émirats, ils tentent de s’imposer face à Abu Dhabi et à Dubaï.

    Vue de Dubaï
    Istockphoto


    Bibliographie
    Salem AL-JABIR AL-SABAH, Les Emirats du Golfe, histoire d’un peuple, Paris, Fayard, 1980, 261 pages.
    André BOURGEY, « Emirats arabes unis », Encyclopédie Universalis 2008.
    Le Monde, « Etats du Golfe, la renaissance arabe », hors-série février-mars 2009, 98 pages.
    Site du ministère des Affaires étrangères, Emirats arabes unis, Présentation des Emirats arabes unis.

  • Irak - 01/02/10

    De l’antiquité à la fin de l’Empire ottoman

    Entre le Tigre et l’Euphrate, en Mésopotamie, la civilisation apparaît au IVème millénaire avant J. C. Vers 3500 avant J. C., les Sumériens, inventeurs de l’écriture, s’installent dans les plaines mésopotamiennes. Vers 2350 avant J. C., ils sont soumis par Sargon d’Akkad qui unifie la Mésopotamie et qui crée l’Empire akkadien. Mais son autorité est remise en questions par les Sumériens. Les descendants de Sargon sont en outre fragilisés par des incursions de nomades et l’Empire akkadien s’effondre vers 2230 avant J. C. Après une période trouble, les Sumériens reprennent possession de leur empire, qui est à nouveau unifié par le roi Our-Nammou.

    Détail de la porte d’ishtar, dans l’ancienne cité de Babylone
    iStockphoto


    A leur tour, vers 2000 avant J. C., les Sumériens subissent des attaques diverses et disparaissent progressivement. Ils sont remplacés par les Babyloniens dont le roi Hammourabi (1792-1750), souverain prestigieux (auteur du code des lois), réussit à unifier la Mésopotamie. Mais le royaume babylonien décline en 1595 avant J. C. à la suite des invasions hittites et kassites. Les Kassites remplacent alors les Babyloniens dans le centre de la Mésopotamie tandis que les Hourrites créent au nord de la Mésopotamie le royaume de Mitanni. Vers 1500 avant J. C., les Assyriens s’imposent aux dépens de Mitanni et conquièrent dès le Xème siècle avant J. C., en plus de la Mésopotamie, la Syrie, le Liban, l’Egypte et l’Anatolie. Mais l’Empire assyrien décline à son tour et ne peut faire face à l’attaque des Mèdes menée vers 610. A la faveur de la fin de l’Empire assyrien, Babylone renait. Le roi Nabuchodonosor (604-562) est à la tête d’un grand royaume composé de la Mésopotamie, de la Syrie et de la Palestine. Cet empire disparaît néanmoins à la suite de la conquête des Perses menée par Cyrus en 539. La Mésopotamie fait ensuite partie de l’Empire grec à la suite de la conquête d’Alexandre le Grand en 330, puis elle passe sous la domination des Séleucides en 312 et des Parthes de 141 avant J. C. à 224 après J. C. Pendant cette période, l’Empire romain mène des incursions, notamment en 116 sous l’empereur Trajan et avec l’empereur Septime Sévère en 195. La période sassanide s’étend ensuite de 226 à 651, tandis que les Arabes commencent leurs conquêtes dès 636.

    La dynastie omeyyade, dont la capitale est Damas, s’établit en Irak, suivie par la dynastie abbasside qui place l’Irak au centre de l’Empire. Bagdad devient alors la capitale. En 1258, Bagdad est incendié à la suite des invasions mongoles. Les Mongols restent en Irak jusqu’en 1534, date de l’arrivée des Ottomans. Au XIXème siècle, sous l’Empire ottoman, dans le souci de protéger et de sécuriser la route des Indes, les Britanniques installent des zones d’influence dans la province arabe de l’Empire ottoman et dans la région du Golfe. En Irak, composé des trois vilayets de Mossoul, de Bagdad et de Bassorah, les Britanniques sont présents à Bassorah dès 1764 et à Bagdad dès 1798.

    L’alliance entre la Turquie et l’Allemagne signée le 2 août 1914 précipite l’Empire ottoman dans la guerre lors du déclenchement du conflit mondial. Plusieurs fronts sont ouverts contre l’Empire ottoman par les Britanniques : en Egypte et en Irak. Souhaitant obtenir une zone d’influence dans le sud de l’Irak afin de contrôler la région du Golfe et de sécuriser la route du pétrole en provenance de Perse (Iran), les Britanniques interviennent militairement : l’armée reprend Bassorah le 21 novembre 1914 puis Bagdad en mars 1917. L’armée britannique est soutenue par le chérif Hussein de La Mecque qui, à la suite de tractations avec Londres par les accords Hussein-MacMahon de 1915, lance à partir du Hedjaz la révolte arabe le 10 juin 1916. Les fils de Hussein, Abdallah et Fayçal, mènent les combats, le premier dans le Hedjaz, où il prend La Mecque puis Médine, le second au nord, où il prend Akaba en juin 1917, progresse en Transjordanie, et prend Damas le 1er octobre 1918 avec les troupes britanniques.

    A Painting dated in the early 20s, shows al-Sharif Hussein (1856-1931) descendant of the Moslem prophet Mohammed and founder of Hashemite dynasty. King of the Hejaz from 1916 until 1924 and head of the Arab Nationalist Movement in 1916. AFP

    De façon concomitante aux accords Hussein-MacMahon et dans le même temps que les combats se déroulent, Français et Britanniques se partagent la province arabe de l’Empire ottoman par les accords Sykes-Picot signés en mai 1916. Ces accords attribuent des zones d’administration directe à la France sur la Cilicie et sur le littoral syrien et à la Grande-Bretagne sur la basse Mésopotamie. Elles obtiennent également des zones d’influence sur les territoires réservés au futur royaume arabe d’Hussein de La Mecque : la France en Syrie intérieure (entre Damas et Alep) et la Grande-Bretagne en Mésopotamie (région de Bagdad). Les avancées militaires (de la prise de Bassorah en 1914 à celle de Bagdad en 1917) confirment les volontés diplomatiques d’une installation britannique en Irak, avec une monarchie constitutionnelle qui serait gouvernée par le fils de Hussein, Abdallah.

    Dans le contexte des déclarations du président américain Wilson et de la notion du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes (XIIème points de la déclaration de Wilson), les Britanniques, par consultation populaire en décembre 1918 et janvier 1919, sondent l’opinion irakienne sur le régime politique qu’ils souhaiteraient voir en Irak. Les chiites sont opposés à une présence britannique et prônent un Etat gouverné par un roi arabe. Leur opposition devient de plus en plus marquée tandis que la Grande-Bretagne organise son mandat obtenu à la conférence de San Remo d’avril 1920 (elle obtient également un mandat sur la Palestine et sur la Transjordanie, et la France sur la Syrie et sur le Liban).

    Le mandat britannique

    Tandis que l’opposition chiite s’organise en Irak en 1920 contre la présence britannique (début de la révolte irakienne le 3 mai 1920), la France fait face à celle de Fayçal en Syrie : à la suite de l’entrée des troupes arabes conduites par Fayçal et de la création du royaume arabe de Damas, la nouvelle puissance mandataire est contrainte d’utiliser la force militaire en juillet 1920. La France met ainsi fin à l’éphémère royaume arabe de Fayçal.

    Quant aux Britanniques, ils répriment par la force la révolte des chiites en avril 1921, mais le pays ne sera réellement pacifié qu’en 1925. Dans le même temps, le mandat britannique s’organise : les Britanniques placent Fayçal sur le trône d’Irak le 23 août 1921, alors que celui-ci a été chassé de Syrie par la France en juillet 1920. Le régime irakien est celui de la monarchie assistée d’un Sénat et d’une Chambre. Le roi Fayçal s’appuie sur des proches qui ont participé avec lui à la révolte arabe, dont Nuri Saïd. A la suite de l’intronisation de Fayçal, les Britanniques souhaitent que l’Irak reconnaisse leur mandat par un traité. Celui-ci est signé le 10 octobre 1922 malgré l’opposition de l’opinion irakienne mais n’est ratifié que le 10 juin 1924, toujours en raison des oppositions internes. Le mandat est ainsi reconnu et la Grande-Bretagne met en place son administration : cette dernière peut s’opposer aux décisions du gouvernement irakien et un haut-commissaire britannique contrôle la politique irakienne. Une constitution, rédigée par le Foreign office, est également adoptée le 21mars 1925.

    Sur le plan de la politique intérieure, le roi Fayçal et ses proches ont l’ambition d’organiser un Etat fort. Diverses mesures sont ainsi mises en place : la création de l’armée (décret du 6 janvier 1921) permet de renforcer la cohésion nationale et la légitimité du roi, et la création d’écoles primaires et secondaires permet de développer l’appartenance nationale ainsi que l’idée de l’unité arabe auprès des jeunes.

    A la fin des années 1920, la question de la fin du mandat irakien est posée par la diplomatie britannique. Cette dernière a toujours envisagé de donner l’indépendance à brève échéance. C’est ainsi que dès 1929, les Britanniques procèdent aux négociations d’indépendance. Un traité est signé le 30 juin 1930, qui prévoit de donner l’indépendance à l’Irak en 1932. A cette date également, l’Irak entrera à la Société des Nations. Les Britanniques conserveront des intérêts militaires en Irak pour une durée de 25 ans ainsi que des liens de coopération diplomatique. Comme décidé par le traité de 1930, le mandat britannique prend fin le 30 mai 1932 et l’Irak est le premier Etat arabe à entrer à la SDN.

    La monarchie hachémite de l’indépendance à la révolution de juillet 1958

    L’indépendance met au grand jour deux problèmes latents, déjà perceptibles avant la mise en place du mandat : les oppositions entre sunnites et chiites et les problèmes des minorités religieuses. Même s’ils s’unissent dans un premier temps aux Ottomans pendant la Première Guerre mondiale pour faire front contre les Britanniques, sunnites et chiites s’opposent traditionnellement. En 1933, les chiites reprochent l’implication politique des sunnites, à leurs dépends. Cette même année, la question des minorités est sur le devant de la scène, avec les Assyriens. La commission des mandats de la SDN, au moment où était négociée l’indépendance, avait fait part de sa volonté que les minorités (chrétiennes et israélites) reçoivent la protection de l’Etat irakien. Le fait que la SDN souligne la nécessité d’être attentif à cette question met en évidence qu’elle ne va pas de soi. En dépit des recommandations de la SDN, la crise assyrienne se déclenche à l’été 1933. Les Assyriens, chrétiens originaires d’Anatolie en Turquie, et réfugiés en Irak pendant la Première Guerre mondiale, souhaitent créer un Etat autonome en Irak. En juillet, après être entrés en Syrie avec leurs armes, ils sont repoussés par les autorités mandataires françaises vers l’Irak, où des combats s’engagent entre l’armée irakienne et les Assyriens. Nombre d’entre eux se réfugient alors en Syrie, mais également aux Etats-Unis et ceux qui restent en Irak sont progressivement intégrés.

    Le roi d’Irak Ghazi Ier pose en grand uniforme, en avril 1939 au Palais Royal de Bagdad. C’est en 1921 que Fayçal Ier fut proclamé Roi du Royaume d’Irak, devenant ainsi le fondateur de l’Etat d’Irak. Ghazi Ier, son fils, lui succède, suivi du Régent Abdul Illah, jusqu’à la majorité de Fayçal II qui fut le dernier Roi d’Irak. Le 14 juillet 1958, l’Armée, dirigée par le Général Kassem, renverse la royauté, décime la famille royale et déclare la première République d’Irak. Entre coups d’Etat et morts accidentelles, cinq présidents de la République succèdent au Général Kassem. Le dernier est Saddam Hussein depuis 1979. AFP PHOTO


    Dans le même temps, la santé du roi Fayçal décline. Il meurt au cours d’une visite en Suisse le 7 septembre 1933. Son fils Ghazi lui succède, mais il s’implique peu dans la vie politique. Divers gouvernements se succèdent sous son règne, marqués par des mutations politiques (élections manipulées, montée des partis d’opposition socialiste et communiste, début d’une politique panarabe), et des troubles sociaux (révolte kurde d’août 1935 matée par l’armée irakienne). En mars 1935, les élections portent à la tête du gouvernement Yasin al-Hachimi, officier ottoman rallié à Fayçal en 1920. Il oriente notamment le pays dans une politique panarabe et renforce les liens avec les nationalistes syriens, palestiniens et égyptiens.

    Mais son pouvoir est de courte durée et Yasin al-Hachimi est exilé à la suite du coup d’Etat perpétré le 29 octobre 1936 par Bakr Sidqi, et qui porte au pouvoir Hikmat Sulayman. Le nouveau gouvernement s’oriente, au contraire de Yasin al-Hachimi, dans une politique non arabiste et réformiste. Proches du parti socialiste Ahali, ils entreprennent les réformes de l’Etat (mesures sociales, lutte contre la corruption, développement économique), mais ce programme est contesté par les notables irakiens. Sur le plan de la politique extérieure, Bakr Sidqi et Hikmat Sulayman se rapprochent de la Turquie et de l’Iran. Un pacte est notamment signé le 8 juillet 1937 entre les trois Etats ainsi qu’avec l’Afghanistan, garantissant le respect aussi bien des frontières communes que de la souveraineté de chacun des Etats. Cette prise de position, à l’encontre de la politique arabe suivie précédemment, est là encore vivement critiquée par les arabistes, qui expriment leur opposition : des officiers panarabes assassinent Bakr Sidqi le 11 août 1937 et contraignent Hikmat Sulayman à quitter le pouvoir le 17 août.

    le roi d’Irak Fayçal II (G), accompagné de Nouri Pacha El-Saïd, président du Conseil des ministres irakien, arrive à la frontière libano-syrienne, le 23 juin 1939, pour passer l’été au Liban selon le conseil de ses médecins. Depuis la mort au mois d’avril 1939 du roi Ghazi Ier, son fils, le roi Fayçal II, se trouve être le monarque le plus jeune du monde. C’est en 1921 que Fayçal Ier fut proclamé Roi du Royaume d’Irak, devenant ainsi le fondateur de l’Etat d’Irak. Ghazi Ier, son fils, lui succède, suivi du Régent Abdul Illah, jusqu’à la majorité de Fayçal II qui fut le dernier Roi d’Irak. Le 14 juillet 1958, l’Armée, dirigée par le Général Kassem, renverse la royauté, décime la famille royale et déclare la première République d’Irak. Entre coups d’Etat et morts accidentelles, cinq présidents de la République succèdent au Général Kassem. Le dernier est Saddam Hussein depuis 1979. AFP PHOTO


    Le roi Ghazi nomme alors un ancien compagnon de Fayçal, Jamel al-Madfai, chef du gouvernement. Mais Nuri Saïd, contraint à l’exil à la suite du coup d’Etat du 29 octobre 1936, revient sur la scène politique à la faveur de la mise en place de ce nouveau gouvernement. S’appuyant sur l’armée, dont le rôle politique est dorénavant prépondérant (coup d’Etat de 1936, intervention dans l’assassinat de Bakr Sidqi), il reprend le pouvoir en décembre 1938. Quelques mois plus tard, le 4 avril 1939, le roi Ghazi meurt dans un accident de voiture. Fayçal II lui succède, mais il n’a que 4 ans. Le cousin de Ghazi, Abdallah, assure alors la régence jusqu’en mai 1953. Dans le même temps, Nuri Saïd reprend la diplomatie panarabe suivie avant le coup d’Etat de 1936 et, en lien avec les événements de Palestine, se fait le défenseur de la cause palestinienne. C’est ainsi qu’il accueille le grand mufti de Jérusalem, Hadj Amine al-Husseini en octobre 1939, dès le début de la Seconde Guerre mondiale. Cette politique fait de l’Irak le lieu d’expression du nationalisme arabe. En mars 1940, en raison de complications politiques internes, Nuri Saïd cède sa place de chef du gouvernement à Rachid Ali, et devient ministre des Affaires étrangères. Ce nouveau gouvernement entreprend d’entrer en contact avec l’Allemagne, en raison notamment des liens entretenus par certains nationalistes arabes avec le IIIème Reich, mais surtout afin de marquer l’indépendance de l’Irak vis-à-vis de la Grande-Bretagne. Cette volonté de proximité avec l’Allemagne n’est pas appréciée par les Britanniques, soucieux de préserver les voies de communication et l’acheminement du pétrole, essentielles pour les Alliés en cette période de guerre. Ils enjoignent ainsi le régent Abdallah de renvoyer Rachid Ali. Ce dernier est alors remplacé par Taha al-Hachimi (frère de Yassin al-Hachimi et ministre de la Défense du gouvernement sortant) le 30 janvier 1941. Dans le même temps, le grand mufti de Jérusalem, déjà en contact avec les Allemands, poursuit ses liens avec eux. La tension monte et Taha al-Hachimi ne parvient pas à s’imposer. Son gouvernement est renversé en avril 1941 (lui et le régent Abdallah se réfugient en Transjordanie) et Rachid Ali reprend la tête du gouvernement. Londres réagit vivement : il ne reconnaît pas le nouveau gouvernement irakien et, afin de contrer ce qu’il considère comme une menace sur la route des Indes, décide d’envahir militairement l’Irak. Des troupes britanniques débarquent ainsi à Bassorah, dans le but de remonter vers le nord de l’Irak. Fin avril, l’armée irakienne riposte mais elle est défaite par l’aviation britannique. Elle signe un armistice le 31 mai, tandis que Rachid Ali s’enfuit en Iran.

    Dans le même temps, le mandat français en Syrie et au Liban connaît des turbulences. En mai 1940, la défaite de la France et l’armistice qui s’en suit est lourd de conséquence pour les mandats et pour le reste de l’empire, potentiellement placés sous la domination de l’Allemagne. Le gouvernement de Vichy ainsi que la nouvelle administration mandataire mise en place au Levant doivent obéir aux demandes allemandes et acceptent que des avions allemands atterrissent sur les aéroports de Syrie et du Liban, envoyés pour porter secours aux Irakiens. Mais l’aide aérienne allemande arrive trop tard, l’armée britannique étant déjà intervenue en Irak.

    Le régent Abdallah revient alors sur le trône d’Irak ainsi que Jamel al-Madfai. Ce dernier forme un nouveau gouvernement le 3 juin 1941 tandis que les Britanniques occupent l’Irak jusqu’en 1945. Jamel al-Madfai est remplacé par Nuri Saïd le 9 octobre, et ce dernier mène une active répression politique contre les officiers nationalistes irakiens.

    La fin de la Seconde Guerre mondiale laisse l’Irak dans une situation difficile, tant dans le domaine économique que sur le plan de la politique intérieure, en raison d’une forte opposition à la présence britannique. Afin d’obtenir une cohésion nationale, le régent Abdallah nomme en 1947 à la place de Nuri Saïd un nouveau chef de gouvernement, le chiite Salih Jabr, qui entreprend de renégocier le traité anglo-irakien de 1930 dans un sens plus favorable à l’Irak. Signé le 15 janvier 1948, ce nouveau traité ne sera pas appliqué par l’Irak : le traité marque le recul de la présence britannique en Irak mais n’en signifie pas pour autant son départ. Nuri Saïd est alors rappelé au pouvoir.

    Sur le plan régional, l’Etat d’Israël est créé le 14 mai 1948 et la première guerre israélo-arabe dans laquelle l’armée irakienne intervient (ainsi que les armées libanaise, syrienne, égyptienne et jordanienne) est déclenchée le 15 mai. Elle se termine le 11 mars 1949 et se solde par la défaite des Arabes. Dans ce contexte régional complexe, également marqué par le coup d’Etat militaire fomenté par Nasser en juillet 1952 mettant fin à la monarchie égyptienne, ainsi que dans celui de la guerre froide, la politique intérieure irakienne reste troublée. A l’automne 1952, suite aux événements égyptiens, des émeutes éclatent exprimant le mécontentement populaire contre la monarchie hachémite. Elles sont réprimées par l’armée et la loi martiale est appliquée. Cette même année, des généraux hostiles à la politique pro-occidentale suivie par le gouvernement irakien et influencés par la révolution égyptienne, décident de renverser la monarchie hachémite. Ils constituent en 1956 le groupe des Officiers libres (même nom que les officiers égyptiens). Le roi Fayçal II, qui atteint la majorité le 2 mai 1953, accède au trône d’Irak le 22 mai.

    Sur le plan de la politique extérieure, l’Irak signe le Pacte de Bagdad le 24 février 1955, de même que la Grande-Bretagne, la Turquie, l’Iran et le Pakistan. Les nationalistes irakiens refusent cette orientation politique pro-occidentale, tandis que se développent, à la faveur de la guerre froide, des relations entre Nasser et l’Union Soviétique. La crise de Suez de 1956 provoque des manifestations anti britanniques, qui sont réprimées par le gouvernement irakien. La création de la République Arabe Unie (RAU) le 1er février 1958 entre l’Egypte et la Syrie provoque le rapprochement des deux Etats hachémites d’Irak et de Jordanie dans une confédération appelée Union Arabe, le 14 février 1958, et dont Nuri Saïd devient le Premier ministre. La décision d’envoyer des troupes irakiennes afin de soutenir la Jordanie en difficulté avec la RAU provoque la révolution irakienne. En effet, l’armée, au lieu de se rendre en Jordanie, se retourne contre la monarchie et provoque un coup d’Etat le 14 juillet 1958. Les officiers Abdel Karim Kassem et Abdel al-Salam Aref en sont les instigateurs. Le roi Fayçal II et la famille royale sont assassinés, et le Premier ministre Nuri Saïd meurt également (il se suicide ou est assassiné). La république est proclamée.

    La république du général Kassem (1958-1963)

    Kassem et Aref se partagent les attributions du pouvoir, Kassem est Premier ministre, ministre de la Défense et commandant en chef de l’armée et Aref est vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur et commandant en chef adjoint. Le gouvernement se compose pour la majorité de militaires et une nouvelle constitution est mise en place.

    Mais les deux hommes s’opposent concernant le positionnement politique de l’Irak. Tout en se déclarant en faveur du nationalisme arabe, Kassem se fait le défenseur de l’indépendance irakienne et du maintien de son intégrité, et ses partisans sont le parti communiste, les chiites et les kurdes. Aref est pour le rattachement de l’Irak à la RAU, ses partisans sont en faveur de Nasser et nombre d’entre eux appartiennent au parti Baas. Tout oppose les deux hommes et Aref est arrêté par le général Kassem en décembre 1958 et condamné à mort (il sera finalement mis en détention à perpétuité).

    Dans ce contexte politique instable, un coup d’Etat est organisé dans la ville de Mossoul, siège du commandement militaire pour l’Irak du nord, où les officiers se réclament de Nasser et sont hostiles au communisme. Le 8 mars 1959, une réunion communiste se tient à Mossoul. Elle sert de prétexte à l’armée pour attaquer la ville. En représailles, Kassem fait bombarder Mossoul et des groupes armés kurdes et communistes attaquent les nationalistes. Forts de ce succès, les communistes demandent à participer au gouvernement. Les oppositions au régime se poursuivent et le 7 octobre 1959, le général Kassem échappe à un assassinat organisé par le parti baas auquel participe le dénommé Saddam Hussein. Le parti Baas est réprimé.

    From left, seated : Iraqi politician Abdul Salam Arif (1921-1966) and Iraqi Prime minister brigadier Abdul-Karim Qassem (1914-1963), are surrounded by the members of Iraqi pan-Arab Ba’ath (Renaissance) party in the 1960s in Baghad. On July 1958, Qassem and his followers overthrew the monarchy and Qassem was named the Premier of the newly formed Republic of Iraq. He was killed in February 1963 after a phony trial. Abdul Salam Arif (1921-1966) assumed then the presidency. AFP PHOTO


    L’instabilité politique contraint Kassem à autoriser les partis politiques le 1er janvier 1960, ce qui lui permet dans le même temps de mettre un frein au parti communiste, devenu prépondérant dans la vie politique irakienne. Outre les tensions dans la vie politique, Kassem se heurte à la question kurde. Alors que les relations sont cordiales avec le pouvoir à la suite du coup d’Etat de 1958, et que le leader kurde, Moustapha Barzani, en profite pour rentrer d’URSS où il s’était réfugié pendant la Seconde Guerre mondiale, la situation se dégrade progressivement, les Kurdes souhaitant la reconnaissance de droits spécifiques qui ne leurs sont pas accordés. Il s’en suit une révolte à l’automne 1961 difficilement réprimée par l’armée irakienne, car les officiers kurdes se rangent du côté des rebelles.

    Sur le plan extérieur, profitant de la nouvelle indépendance du Koweït, Etat riche en pétrole et protectorat britannique de 1899 au 19 juin 1961, Kassem revendique cet Etat en vertu de liens entretenus entre les deux territoires à l’époque ottomane, pendant laquelle le Koweït fut rattaché à Bassorah. Le 25 juin 1961, Kassem masse des troupes à la frontière irakienne afin d’annexer le Koweït, déclenchant les protestations arabes (dont celles de Nasser, qui ne souhaite pas que l’annexion du Koweït par l’Irak renforce sa puissance au détriment de l’Egypte) et l’arrivée de troupes britanniques le 1er juillet afin de porter secours à leur ancien protectorat.
    Dans ce contexte, le parti Baas, qui a mis à profit sa mise à l’écart pour se réorganiser, fomente un coup d’Etat le 8 février 1963. Son organisateur est le général Ahmed Hassan al-Bakr, déjà impliqué en 1958 dans des tentatives de complot contre Kassem. Kassem est arrêté et exécuté le 9 février. Abdel Salam Aref (protagoniste de la révolution de 1958 et arrêté par le général Kassem) devient alors président de la République et le général Bakr président du Conseil.

    La république des frères Aref (1963-1968)

    Le nouveau gouvernement baassiste mène des actes de répression contre les communistes, en représailles à leur intervention à Mossoul en mars 1959. Les partisans de l’ancien président Kassem connaissent également la répression. Mais le Baas irakien n’est pas unifié et la situation est encore compliquée par les divergences avec le Baas syrien, qui prend le pouvoir en Syrie avec les nassériens lors du coup d’Etat du 8 mars 1963. Abdel Salam Aref profite de ces divergences pour interdire le parti Baas en Irak en novembre 1963 et pour appuyer son pouvoir sur les nassériens et se rapprocher de l’Egypte. Quant au baassiste Bakr, il préfère démissionner de ses fonctions gouvernementales. Le rapprochement avec l’Egypte se concrétise par un alignement de l’Irak sur la politique entreprise par Nasser : mise en place de mesures sociales (les nationalisations) et développement du socialisme. Mais les ministres irakiens pro-nassériens, estimant qu’Abdel Salam Aref tarde à réaliser l’union avec l’Egypte, démissionnent le 10 juillet 1965. Plusieurs gouvernements se succèdent alors, jusqu’à la mort accidentelle d’Abdel Salam Aref le 13 avril 1966.

    Abdel Rahman Aref, frère d’Abdel Salam Aref, prend alors la présidence. Sa première mesure est de mettre fin à la révolte kurde qui sévit dans le nord du pays en acceptant de signer le 29 juin 1966 un accord avec le leader kurde Moustapha Barzani. Cet accord reconnaît les droits des Kurdes, qui sont inscrits dans la constitution. Cet accord permet un retour au calme temporaire. Abdel Rahman Aref doit également faire face aux nassériens, qui préparent un coup d’Etat. Mais celui-ci est déjoué par l’armée. Un autre coup d’Etat se prépare, marquant le retour des baassistes au pouvoir. Le 17 juillet 1968, les baassistes, dont le général Bakr, entourent le palais présidentiel et Abdel Rahman Aref se rend aussitôt.

    La présidence du général Bakr (1968-juillet 1979)

    Après un moment de flottement, le pouvoir est définitivement attribué aux baassistes. Le général Bakr devient président de la République et Saddam Hussein, qui a participé à la réalisation du coup d’Etat, s’impose progressivement. Sur le plan de la politique intérieure, le nouveau gouvernement doit faire face à la question kurde et à celle de l’affirmation du pouvoir baassiste.

    Concernant la question kurde, l’autonomie kurde est reconnue par le pouvoir le 11 mars 1970 et le 11 mars 1974, une région autonome du Kurdistan est établie, mais ses délimitations ne sont pas acceptées par Barzani et ses partisans. Soutenus par l’Iran, Israël et les Etats-Unis, les Kurdes reprennent la lutte en avril 1974. Le gouvernement irakien parvient néanmoins à reprendre en main la situation, de façon diplomatique, en négociant avec l’Iran un accord à Alger signé le 6 mars 1975, par lequel l’Iran cesse d’apporter son aide militaire aux Kurdes en échange de la reconnaissance par l’Irak des frontières du Chatt al-Arab. Les Kurdes, privés de leur soutien iranien, acceptent l’autonomie proposée en 1974.

    Sur le plan politique, un pacte national réunissant le parti Baas, le parti communiste et le parti démocratique kurde est signé en 1973, mais en dépit de ce pacte, qui permet à deux ministres communistes d’entrer au gouvernement, seuls les baassistes détiennent le pouvoir au sein du Conseil de Commandement de la révolution. Les communistes, qui dénoncent cet état de fait, sont exclus du gouvernement en 1977 et des militants subissent une répression en mai et juillet 1978.

    Sur le plan des relations extérieures, des liens sont entretenus entre le régime baassiste et l’Union soviétique et un traité est signé en avril 1972. En dépit de l’orientation initiale de l’idéologie du Baas vers le socialisme, des liens commerciaux se créent également avec l’Occident (France, Grande-Bretagne, Etats-Unis), dans le domaine de l’armement et du nucléaire.

    La présidence de Saddam Hussein

    Le 16 juillet 1979, le général Bakr démissionne pour raison de santé et Saddam Hussein est élu président de la République. Il est également secrétaire général du Baas, chef du commandement de la révolution et chef des armées. Ses nouvelles fonctions lui attirent des oppositions au sein du parti Baas, notamment de la part des pro-syriens. 21 d’entre eux sont exécutés en août 1979. Saddam Hussein a ainsi les coudées franches, l’opposition étant décimée, tant du côté des communistes (mai et juillet 1978) que du côté des baassistes chiites. Il s’affirme comme le maître de l’Irak, soutenu par une minorité sunnite à la tête du pouvoir.

    Sur le plan des institutions, Saddam Hussein institue deux Assemblées par la loi du 16 mars 1980 : une Assemblée législative pour la région autonome du Kurdistan et une Assemblée nationale pour l’ensemble de l’Irak. Cette dernière est composée de 250 députés élus au suffrage universel direct. Lors de la première élection du 20 juin 1980, 175 députés bassistes sont élus.

    This black and white reproduction of a picture taken in 1960 shows Iraqi President Saddam Hussein when he was just a member of the Baath Party. The photo is one of many on display at the Nasr or Victory Museum in Baghdad which is dedicated to the Iraqi leader and includes paintings made of and for him, uniforms and weapons he used during the 1991 Gulf War and official gifts he received during his two-decade reign. The 10th anniversary of the Gulf War, when a US-led international coalition unleashed a war to liberate Kuwait from Iraqi occupation, is coming up 16 January 2001. AFP


    Sur le plan des relations internationales et régionales, Saddam Hussein entreprend de se positionner comme le nouvel homme fort du monde arabe. Dans ce but, il rédige une charte arabe en février 1980, composée de huit articles, destinée garantir la sécurité des Etats arabes. Cette charte est également rédigée dans le contexte de la révolution islamique iranienne qui porte au pouvoir l’ayatollah Khomeini en février 1979, et qui fait craindre à Saddam Hussein un embrasement de la communauté chiite. Dans ce contexte, Saddam Hussein s’attaque aux chiites, tant en Irak qu’en Iran.

    En Irak, la communauté chiite représente 60% de la population dans les années 1960, ce qui en fait la communauté majoritaire du pays. Dans le même temps, les chiites sont progressivement éliminés du pouvoir et du parti Baas, notamment en août 1979, alors que la révolution en Iran les remet sur le devant de la scène. Cette communauté, prépondérante par rapport aux sunnites qui sont au pouvoir, est perçue comme une menace par Saddam Hussein, tant pour la stabilité politique de l’Irak que pour celle de la région. Les chiites d’Irak, organisés autour de l’ayatollah irakien Baqr al-Sadr dans les deux villes saintes de Karbala et de Najaf, où gravitent également d’autres chiites comme l’ayatollah iranien Khomeini, expulsé d’Irak en octobre 1978, connaissent dès 1974 la répression du pouvoir irakien qui craint la prise de contrôle de l’Irak par les chiites (dont le programme est de réaliser la révolution islamique). La répression irakienne contre les chiites se renforce avec la révolution iranienne de février 1979, et 20 000 chiites d’origine iranienne sont obligés de fuir l’Irak et de se réfugier en Iran, tandis que les religieux chiites irakiens, dont l’ayatollah Baqr al-Sadr, et leurs familles sont exécutés, à la suite notamment de la tentative d’assassinat du ministre Tarek Aziz en avril 1980. Tandis que les chiites irakiens tentent de reconstituer leurs forces, Saddam Hussein attaque la nouvelle république islamique en septembre 1980.

    La guerre entre l’Irak et l’Iran est déclenchée dans le contexte immédiat de l’opposition de Saddam Hussein aux chiites et de l’aide qui leur est apportée par l’Iran, mais d’autres raisons expliquent ce conflit. La question de la délimitation des frontières entre les deux Etats a été réglée par l’accord d’Alger du 6 mars 1975, mais des incidents frontaliers éclatent entre les deux Etats de février à juillet 1980. D’autre part, la révolution islamique inquiète les Etats de la région et notamment ceux du Golfe. Enfin l’Iran interprète la charte arabe de février 1980 comme un acte hostile. Devant les violences frontalières, Saddam Hussein estime le 17 septembre que l’accord d’Alger est caduc et l’armée envahit l’Iran le 22 septembre 1980. Par cette attaque, Saddam Hussein souhaite régler les questions frontalières. Mais d’autres objectifs motivent sa décision : mettre fin à la république islamique et asseoir la position de l’Irak dans la région. La guerre Iran-Irak se termine le 20 août 1988.

    Pendant la guerre contre l’Iran, le pouvoir de Saddam Hussein s’affermit. Confirmé à la tête du parti Baas le 27 juin 1982, il poursuit la répression contre les chiites et les kurdes. Après l’exécution de l’ayatollah Baqr al-Sadr en avril 1980, les chiites irakiens se replient en Iran, où ils créent le Conseil supérieur de la révolution irakienne, chargé d’instaurer en Irak une république islamique. Des attentats sont perpétrés en Irak de 1982 à 1988 mais également à l’étranger, contre les intérêts irakiens. Quant aux kurdes, en dépit de l’accord d’Alger signé le 6 mars 1975, ils poursuivent la lutte, notamment au sein du parti démocratique du Kurdistan (PDK) de Barzani qui se rapproche de l’Iran à la suite de la révolution islamique. Dans la guerre Iran-Irak, ils aident l’Iran dans la prise du Kurdistan. Les kurdes du PDK sont rejoints en novembre 1986 par les partisans de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) de Jalal Talabani (organisation créée à la suite de l’accord d’Alger). La reprise du Kurdistan par l’armée irakienne en juin 1988 donne lieu à des répressions contre les kurdes, notamment par l’utilisation de gaz chimique. A la suite des accords de cessez-le-feu entre l’Irak et l’Iran le 20 août 1988, l’Irak poursuit la répression militaire contre les kurdes, provoquant l’exode des populations vers la Turquie et l’Iran limitrophes.

    La fin de la guerre avec l’Iran et le cessez-le-feu du 20 août 1988 laissent l’Irak très affaibli : sa dette extérieure est de 70 milliards de dollars (dont la moitié en provenance des Etats du Golfe) et le coût de la reconstruction est évalué à 60 milliards de dollars. Dans ce contexte, des élections législatives sont organisées en avril 1989 : 100 sièges sont obtenus par le Baas et 150 sièges par les autres organisations politiques. La volonté hégémonique de Saddam Hussein lui fait poursuivre une politique extérieure en direction des Etats arabes, par la création d’un Conseil de coopération arabe composé de l’Irak, de la Jordanie, de l’Egypte et du Yémen du nord. Il entretient également des relations tendues avec l’Occident et avec Israël qui craignent la fabrication d’armes chimiques irakiennes pouvant toucher Israël. Dans le même temps, Saddam Hussein accuse les Etats-Unis de soutenir Israël dans sa politique expansionniste et les Etats du Golfe d’entretenir des liens avec les Etats-Unis. La tension monte à partir de juillet 1990 quand le Koweït est directement impliqué par les accusations de Saddam Hussein. Les pourparlers diplomatiques entre l’Irak, le Koweït et les Etats-Unis se soldent par un échec et l’armée irakienne envahit le Koweït le 2 août 1990. Sur le plan diplomatique, afin de renforcer sa position régionale, l’Irak renoue le 15 août avec l’Iran, et lui propose la remise en application de l’accord d’Alger. Dans le même temps, l’ONU vote le 25 août la résolution 665, qui place l’Irak sous embargo (il ne peut plus exporter de pétrole), et afin de faire face à une pénurie, l’Arabie Saoudite et les Etats du Golfe augmentent leur production. Mais, en dépit de la réconciliation entre l’Irak et l’Iran, Téhéran, en raison de pressions syriennes, refuse d’aider l’Irak à contourner l’embargo.

    L’invasion du Koweït par l’armée irakienne est motivée par la nécessité d’obtenir de nouvelles ressources, mais aussi par des revendications territoriales. Le 17 janvier 1991, la guerre du Golfe est déclenchée par l’opération Tempête du désert. Le cessez-le-feu est signé le 3 mars 1991.

    L’Irak sous tutelle étrangère

    Après l’opération Tempête du désert et le départ des troupes de la coalition le 15 juillet, l’Irak perd sa souveraineté et passe sous tutelle de l’ONU. L’agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) est autorisée par une résolution de l’ONU à contrôler les armes nucléaires. Une autre commission, l’UNSCOM, est également créée afin de contrôler les armes chimiques, biologiques et balistiques. Enfin l’Irak est soumis à un contrôle strict de son territoire et a interdiction de le survoler dans la zone située au nord du 36 ème parallèle. Sur le plan intérieur, Saddam Hussein fait à nouveau face aux kurdes et aux chiites. Ces derniers subissent la répression à la suite de leur soulèvement en février et mars 1991 : Karbala, Najaf et Bassorah sont détruites et l’on dénombre des milliers de victimes. Quant aux kurdes, ils fuient en Turquie, à la suite d’attaques de l’armée de l’air irakienne.

    Début 1993, l’Irak mène à nouveau des incursions au Koweït et installe des missiles dans la zone d’exclusion aérienne, provoquant la riposte des Etats-Unis : des raids aériens sont menés au sud le 13 janvier et un missile est tiré contre Bagdad le 17 janvier. L’Irak reconnaît finalement officiellement le Koweït en novembre 1994.

    L’embargo voté par l’ONU porte sur les exportations de pétrole, principale ressource du pays. Ses conséquences se font sentir rapidement au niveau humain et sanitaire : mortalité infantile et malnutrition, et au niveau monétaire : chute du dinar irakien. C’est dans ce contexte que le programme « pétrole contre nourriture » est mis en place le 14 avril 1995 par la résolution 986 de l’ONU : des exportations limitées de pétrole permettent à l’Irak d’acheter des médicaments et de la nourriture, dont les premières livraisons arrivent en Irak en mars 1997. A partir de ce moment, l’Irak reprend ses relations diplomatiques et commerciales avec l’Occident mais aussi avec les Etats arabes de la région, sauf avec le Koweït et l’Arabie Saoudite.

    Sur le plan de la politique intérieure, Saddam Hussein continue à contrôler le pouvoir (élections de 1995 et de 2002 qui le réélisent avec un taux de participation de 100%), entouré de ses proches (famille et amis provenant de la même ville que lui, Tikrit). Le pays connaît la corruption et les difficultés matérielles, tandis que l’exode de la population se renforce. Saddam Hussein est toujours confronté à la contestation des chiites et des kurdes. Les chiites connaissent la répression, notamment les religieux. Les villes de Nadjaf et Karbala sont également contrôlées par le pouvoir. Avec les Kurdes, Saddam Hussein se montre moins répressif, car cette communauté, à l’inverse des chiites, ne souhaite pas rentrer en concurrence avec le pouvoir mais revendique son autonomie. La tension nait de la mésentente entre le PDK de Massoud Barzani, fils de Mustapha Barzani, et l’UPK de Jalal Talabani, qui évolue au milieu des années 1990 en guerre civile dans le Kurdistan irakien. A la demande de Massoud Barzani, les troupes de Saddam Hussein occupent le Kurdistan. La guerre se poursuit néanmoins entre le PDK et l’UPK jusqu’en 1998, et un accord est trouvé grâce à la médiation américaine.

    La diplomatie américaine (fin 1990 - début 2003)

    Depuis la guerre du Golfe de 1991, la diplomatie américaine est tentée de renverser Saddam Hussein. Sur le terrain, les armes nucléaires sont détruites en 1994, mais les années suivantes, les inspections de l’UNSCOM deviennent difficiles à réaliser car l’Irak refuse de coopérer. Devant ces difficultés, l’UNSCOM évacue son personnel en novembre 1998. Cette même année, le président Bill Clinton signe le 31 octobre le Iraq Liberation Act voté par le Congrès américain, permettant de soutenir financièrement l’opposition au régime, exilée à l’étranger. A la suite du départ de l’UNSCOM, et devant la menace que des armes de destruction massives ne soient pas détruites, le président Clinton ainsi que la Grande-Bretagne décident de bombarder l’Irak au cours de l’opération « renard du désert » qui débute le 16 décembre 1999.

    Les attentats du 11 septembre 2001 renforcent la volonté de la nouvelle administration Bush de renverser Saddam Hussein, qui est associé à « l’axe du mal », au même titre que la Corée du Nord et que l’Iran, dans le discours sur l’état de l’Union prononcé par Bush le 29 janvier 2002. Cette même année, la tension ne fait que monter, la diplomatie américaine s’employant à prouver que l’Irak est un soutien aux terroristes, à qui il fournirait des armes de destruction massives. De nombreuses réunions diplomatiques sont tenues par la diplomatie occidentale afin de déterminer la suite des opérations (retour des inspecteurs de l’ONU et/ou recours à la force militaire contre l’Irak), mais, contre toute attente, l’Irak accepte le 17 septembre 2002 que les inspecteurs de l’ONU reviennent enquêter sur place. Les inspecteurs de l’ONU se rendent donc en Irak dès la fin novembre pour poursuivre leurs inspections, avec à leur tête Hans Blix. Dans le même temps, les négociations se poursuivent au Conseil de sécurité de l’ONU, et les avis divergent entre les Etats-Unis d’un côté, la France et la Chine de l’autre. La résolution 1441 de l’ONU est votée le 8 novembre 2002 exigeant que l’Irak mette fin à ses programmes d’armes de destruction massive. L’Irak accepte cette résolution et annonce également ne plus détenir d’armes de destruction massive. Mais cette déclaration est considérée comme mensongère par les Etats-Unis, qui poursuivent leur préparation à l’imminence d’une guerre, notamment lors du discours de l’état de l’Union prononcé par le président Bush le 28 janvier 2003. Cependant, les arguments américains laissent perplexe une partie de l’Europe, dont la France, qui demande, avant de prendre une quelconque décision, que les inspections se poursuivent. Le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin s’exprime en ce sens le 7 mars 2003 au Conseil de sécurité de l’ONU. Mais les Etats-Unis passent outre et lancent un ultimatum à l’Irak le 17 mars 2003.

    UN disarmament experts visit 11 December 2002 the Al-Karama complex, in Baghdad’s northern suburb of Al-Taji, which specialized before the 1991 Gulf War in producing guidance and control systems, including gyroscopes, for Al-Hussein missiles. UN experts stepped up their hunt for Iraq’s suspected weapons of mass destruction after the arrival of more inspectors. AFP PHOTO / Karim SAHIB

    La guerre du Golfe 19 mars-1er mai 2003 et l’occupation de l’Irak

    En l’absence de réaction de Saddam Hussein, la guerre du Golfe (opération Liberté pour l’Irak), est déclenchée le 19 mars 2003 par des bombardements sur Bagdad, suivis dès le 20 mars par l’entrée des troupes terrestres, jusque là stationnées au Koweït, à Bahreïn et au Qatar, l’Arabie Saoudite ayant refusé l’utilisation de son territoire. Les 150 000 soldats américains et britanniques prennent Bassorah le 7 avril, Bagdad le 9 avril, Mossoul le 10 avril, Kirkouk le 11 avril et Tikrit le 14 avril. Saddam Hussein et ses proches s’enfuient et le pays sombre dans le chaos : pillages, fermeture des administrations et des écoles. Les combats prennent fin officiellement le 1er mai.

    Après la guerre, l’Irak est exangue et le désordre généralisé. Le général américain Jay Garner est nommé administrateur civil provisoire de l’Irak. Il est remplacé en mai par Paul Bremer, entouré de conseillers américains et britanniques, qui mettent en place des réformes économiques et sociales. Mais la situation reste très instable, et des attentats sont perpétrés contre les forces américaines dès avril, tandis que le pays est dans le chaos : les anciens cadres baassistes sont poursuivis, les militaires sont licenciés, les services sont difficilement remis en état de marche (eau et électricité).

    Sur le plan intérieur, les chiites reviennent sur le devant de la scène, après avoir subi la répression de Saddam Hussein : deux tendances coexistent, celle de Muqtada al-Sadr, fils de Baqr al-Sadr assassiné par Saddam Hussein en avril 1980, à la tête de la milice appelée armée du Mahdi et celle de l’ayatollah Sistani, basé dans la ville sainte de Najaf. Particulièrement hostiles à la présence américaine, les partisans de Muqtada al-Sadr contrôlent la banlieue de Bagdad et mènent des actions contre les Américains. Les partisans de Muqtada al-Sadr et ceux de Sistani s’opposent également entre eux.

    La résolution 1483 du Conseil de sécurité de l’ONU votée le 22 mai 2003 permet aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne de contrôler l’Irak, où un représentant de l’ONU est également nommé, le Brésilien Sergio Vieira de Mello. Les oppositions à la présence américaine se multiplient, notamment celles des sunnites qui veulent une fin rapide de l’occupation. Cette opposition sunnite s’est formée dans le « triangle sunnite » situé à l’ouest de Bagdad, dans la région de Falluja, dont les moyens d’action sont la guérilla et les attentats suicides. Malgré ces difficultés, une nouvelle résolution de l’ONU, la résolution 1500 reconnaît la mise en place du Conseil de gouvernement d’Irak le 14 août 2003 : institué pour la première fois le 13 juillet, ce conseil est composé de 25 Irakiens, mais il reste sous le contrôle américain.

    Mais la situation reste très tendue, comme le montrent les attentats contre l’ambassade de Jordanie à Bagdad le 7 août et contre le quartier général de l’ONU le 19 août 2003 dans lequel Sergio Vieira de Mello est tué ainsi que d’autres membres de l’ONU. Outre les bassistes, d’autres mouvances luttent également contre les forces américaines. Les attentats se poursuivent en octobre et novembre, faisant de nombreuses victimes. Dans ce contexte difficile pour les Américains, ceux-ci arrêtent Saddam Hussein le 13 décembre 2003, mais son arrestation n’a pas d’impact sur les opposants à la présence américaine car les attentats se poursuivent.
    En dépit des violences, le processus démocratique se poursuit, même s’il connaît des retards. Le 8 mars 2004, le Conseil de gouvernement vote une constitution qui prévoit les attributions du Président de la république, du Premier ministre et de l’Assemblée. Dans le même temps, une guérilla urbaine est menée à Falluja, obligeant les Etats-Unis à intervenir dans le « triangle sunnite ». Ils parviennent à reprendre la ville à la suite de la bataille de Falluja d’octobre-novembre 2004 qui se solde par de nombreuses victimes et dévaste la ville. Le processus démocratique se poursuit et le 2 juin 2004, le conseil et la coalition désignent le sunnite Ghazi al-Yaouar à la Présidence de la république. Iyad Allaoui, irakien baasiste à ses débuts, puis dans l’opposition et ayant travaillé pour la CIA devient son Premier ministre et Paul Bremer quitte l’Irak après avoir transféré le pouvoir au gouvernement intérimaire le 28 juin. John Negroponte devient alors ambassadeur des Etats-Unis à Bagdad. Depuis le 2 juin 2004, l’Irak a retrouvé sa souveraineté, qui a été reconnue par la résolution 1546 de l’ONU adoptée le 8 juin 2004.

    L’après guerre

    Iraq’s new President Jalal Talabani smiles as he talks to the press following a meeting by the National Assembly in which he was voted in along with two deputies 06 April 2005, in Baghdad’s fortified Green Zone. Iraq’s parliament chose former Kurdish rebel fighter Talabani as the first freely elected president in its history, paving the way for the creation of a new government next week. AHMAD AL-RUBAYE / AFP


    Alors que des élections sont prévues pour le 30 janvier 2005, la situation est toujours aussi tendue en raison de la guérilla et des attaques réalisées par les opposants sunnites qui visent à la fois les populations civiles chiites et les forces américaines. Les sunnites souhaitent faire échouer les élections de 2005, qui se tiennent néanmoins comme convenu le 30 janvier. Les sunnites ne vont pas voter tandis que les chiites et les kurdes, en dépit des intimidations sunnites, s’y rendent. Après plusieurs semaines d’attente définitive des résultats, le leader kurde Jalal Talabani est élu président de la République le 6 avril et le chiite Ibrahim al-Jaafari, chef du parti chiite al-Dawa, devient Premier ministre. Il forme un gouvernement dans lequel les sunnites sont en minorité et les chiites et les kurdes détiennent la majorité des ministères. Le 15 décembre 2005, de nouvelles élections législatives sont organisées afin d’élire l’Assemblée. Sur 275 sièges, les chiites de l’Alliance irakienne unifiés en obtiennent 128, la Coalition kurde 53 et la liste sunnite du Front irakien de la concorde 44.

    En mai 2006, un gouvernement d’unité nationale est dirigé par Nouri al-Maliki, toujours sous la présidence de Jalal Talabani. Les attentats se poursuivent. Dans ce contexte, le gouvernement britannique annonce le 13 mars qu’il retirera 10% de ses troupes en mai. Le 8 juin, les troupes américaines annoncent la mort du responsable d’al-Qaïda pour l’Irak, Abou Moussab al-Zarkaoui. Mais le cycle de violence fait que les Etats-Unis décident de renforcer leur présence militaire en Irak. Les orientations américaines sont néanmoins remises en question par des responsables politiques américains, qui prônent le retrait militaire et le renforcement des relations diplomatiques avec l’Irak et les Etats de la région, notamment avec la Syrie et l’Iran qui ont rétabli leurs relations diplomatiques avec l’Irak en novembre. Début 2007, le président Bush décide de l’envoi de nouvelles troupes en Irak tandis que le gouvernement britannique annonce en février le redéploiement de ses troupes, qui remettent aux Irakiens la sécurité des zones qu’elles quittent progressivement. Dans un contexte de violences, le parlement irakien vote en janvier 2008 une loi permettant la réconciliation nationale, notamment le retour des membres du parti baas à la vie politique. Le parlement poursuit les réformes de l’Irak par l’adoption d’une loi permettant la reprise des élections locales pour octobre 2008. Les efforts de réconciliation nationale se poursuivent. En mars 2008, une conférence réunissant les différents acteurs politiques sunnites, chiites et kurdes est tenue, mais elle n’aboutit à aucune décision. Dans le même temps, le cycle de la violence se poursuit, avec des attentats suicides, des enlèvements et des affrontements. C’est notamment visible de mars à mai, dans la ville de Bassorah, occupée jusqu’en décembre 2007 par l’armée britannique, et dans laquelle des violences sont commises contre les forces irakiennes par l’armée du Mahdi de l’imam Moktada Sadr. Les violences s’étendent aux autres villes chiites, dont Bagdad. Un accord est signé entre Moktada Sadr et les autorités irakiennes le 12 mai, prévoyant que Sadr city (quartier de Bagdad sous contrôle de Moktada Sadr) passe son contrôle de l’armée irakienne. Mais cet accord n’empêche pas les violences de reprendre. Sadr City est néanmoins reprise le 20 mai par l’armée irakienne. Pendant l’été, l’armée irakienne poursuit la reprise et le contrôle des provinces irakiennes, soutenue par l’armée américaine, alors que le climat de violence se renforce. L’ONU est également impliquée dans le processus de reconstruction de l’Irak, et signe le 13 août un accord avec le gouvernement portant sur l’aide humanitaire, le développement et la reconstruction du pays. A partir de septembre 2008, le gouvernement américain annonce qu’il va procéder début 2009 au retrait de 8000 hommes, afin d’augmenter les effectifs en Afghanistan. 150 000 soldats américains restent néanmoins en Irak. Il n’en demeure pas moins que les provinces sous contrôle américain, comme celles sous contrôle britannique, sont progressivement remises aux forces irakiennes, comme la province de Babylone, dont la sécurité est transférée des Américains aux Irakiens le 23 octobre.

    Sur le plan intérieur, le Parlement irakien décide en septembre 2008 d’organiser des élections provinciales au plus tard le 31 janvier 2009. En outre, alors que le mandat de l’ONU qui régit la présence des soldats de la coalition en Irak doit prendre fin le 31 décembre 2008, des négociations entre la diplomatie américaine et les instances gouvernementales irakiennes aboutissent à la signature d’un accord le 4 décembre 2008, prévoyant un plan de retrait de l’armée américaine en deux étapes : retrait des villes fin juin 2009 et retrait total d’Irak pour la fin 2011. Comme prévu, les élections provinciales se tiennent dans les provinces irakiennes le 31 janvier 2009 (dans 14 provinces sur 18), et sont remportées par la liste Coalition pour l’Etat de droit du Premier ministre chiite Nouri al-Maliki. Mais à mesure que le redéploiement des troupes américaines s’effectue, afin de parvenir au retrait final fin 2011, les violences reprennent, notamment en mars-avril, et sont attribuées à al-Qaïda. A partir du 30 juin 2009, les forces irakiennes prennent le relais des troupes américaines à Bagdad et dans les grandes villes irakiennes. Les soldats américains sont regroupés dans des bases, en dehors des villes. Le 1er août, les soldats australiens et britanniques quittent l’Irak.
    Le 7 mars 2010, des élections législatives sont organisées.

    Bibliographie

    Loulouwa AL RACHID, Brigitte DUMORTIER, Philippe RONDOT, « Irak », Encyclopédie Universalis 2008.
    Henry LAURENS, Le grand jeu, Orient arabe et rivalités internationales, Armand Colin, Paris, 1991, 447 pages.
    Henry LAURENS, L’Orient arabe à l’heure américaine, de la guerre du Golfe à la guerre d’Irak, Hachette Littératures, Paris, 2008, 452 pages.
    Pierre-Jean LUIZARD, La question irakienne, Fayard, Paris, 2004, 476 pages.
    Site de la Documentation française, chronologie internationale, Moyen-Orient.
    Site du ministère des Affaires étrangères, Irak, Présentation Irak.

  • Israël - 01/02/10

    L’indépendance et la formation de l’Etat d’Israël

    Le 14 mai 1948, David Ben Gourion proclame la création de l’État d’Israël et signe la déclaration d’indépendance. Le 15 mai, les Britanniques mettent fin au mandat en Palestine. Le même jour, les États arabes (Égypte, Jordanie, Syrie, Irak, Liban) déclarent la guerre à Israël. Ce premier conflit israélo-arabe dure du 15 mai 1948 à janvier 1949, et provoque le départ de Palestiniens vers les États arabes voisins (de un million en 1947, ils sont 180 000 en Israël à l’issue de la première guerre).

    Picture dated 14 May 1948 shows Israeli Prime Minister David Ben Gourion flanked by members of his provisionnal gouvernement reading Israel’s declaration of independence in Tel Aviv. On November 29, 1947, the United Nations’ General Assembly voted resolution 181 on the division of Palestine in two states, one Jewish and one Arab. The State of Israel was proclamed on 14 May 1948 by the Jewish National Council and was recognized by the United States and the Soviet Union 15 and 17 May the same year. Arab States of Lebanon, Syria, Jordan, Egypt and Iraq crossed the borders from north, east and south with their regular armies 15 May 1948. Agreements signed in 1949 between Israel and the Arab States ended the 1948 Arab-Israeli War, and established the armistice lines between Israel and the West Bank, also known as the Green Line, until the 1967 Six-Day War. GPO / AFP

    Le 16 mai, au début du conflit, Haïm Weizmann est élu à la présidence par le Conseil provisoire. Ce Conseil, mené par David Ben Gourion, gouverne le pays jusqu’à la mise en place d’un gouvernement élu.
    Initialement prévues le 1er octobre 1948, les élections législatives sont repoussées au 25 janvier 1949, en raison de la guerre. La gauche sioniste gagne les élections législatives et, le 16 février, l’Assemblée vote la Loi de Transition, qui doit rester en vigueur jusqu’à l’élaboration de la Constitution. Cette Loi inscrit le principe de la démocratie parlementaire laïque, le suffrage universel et la séparation des pouvoirs. Le 16 février également, Haïm Weizmann est confirmé à la présidence de la République. Celui-ci nomme David Ben Gourion Premier ministre, qui restera à la tête du gouvernement jusqu’en 1963, hormis l’intermède de Moshe Sharett de 1954 à 1955. Le 10 mars 1949, le premier gouvernement israélien prend ses fonctions. Mais alors que la nouvelle Assemblée a notamment pour tâche de rédiger la Constitution, David Ben Gourion décide d’ajourner sa rédaction, invoquant le contexte de la guerre et de la construction du nouvel État.

    Outre l’aspect politique, la nation israélienne se construit avec l’arrivée de nouvelles populations qu’elle doit absorber. Dès la création de l’État d’Israël, 100 000 immigrants arrivent, suivis en 1949 de 240 000 nouvelles arrivées, puis de 170 000 en 1950 et de 175 000 en 1951. En 1956, la population s’élève à 1,6 million. Ces populations viennent d’Europe de l’est, du Maghreb et du Moyen-Orient. Cet afflux provoque une crise économique que les aides financières américaines et les réparations allemandes vont permettre de résoudre progressivement.
    Sur le plan régional, les relations sont difficiles après-guerre avec l’Égypte, la Syrie et la Jordanie. L’Égypte refuse notamment à Israël l’accès au canal de Suez et pour faire contrepoids à la présence israélienne dans le Néguev, l’Égypte occupe en novembre 1949 les îles de Tiran et de Sanafir situées à l’entrée du golfe d’Akaba. Les difficultés territoriales et frontalières entre la Syrie et Israël - et plus particulièrement la problématique du partage de l’eau du Jourdain - provoquent des raids israéliens. Avec la Jordanie, les relations sont également tendues, en raison des infiltrations de Palestiniens en Israël, qui sont suivie, en représailles, d’opérations commando israéliennes en Jordanie. Hormis les difficultés territoriales, Israël est confronté début 1950 à un boycott économique organisé par les États arabes.

    La montée vers la crise de Suez

    Dans ce contexte de très grande tension, les relations continuent de se dégrader avec l’Égypte. Nasser prend le pouvoir en novembre 1954 et cherche à renforcer son arsenal militaire. Un contrat d’armement est notamment passé avec la Tchécoslovaquie en août 1955 pour un montant de 320 millions de dollars. En outre, l’Égypte et la Syrie signent un traité de défense mutuelle le 17 octobre 1955. Ce renforcement militaire, ainsi que le passage de combattants palestiniens de la bande de Gaza (sous administration égyptienne depuis la première guerre israélo-arabe) vers Israël préoccupent l’État hébreu qui envisage une action militaire contre l’Égypte. L’armée israélienne lance ainsi une attaque le 1er et le 2 novembre 1955 sur la bande d’al-Auja, tuant des soldats égyptiens.
    D’autre part, afin de faire face à la militarisation égyptienne, Israël recherche également des aides extérieures. La France, en proie au nationalisme arabe en Algérie (FLN), soutenu par l’Égypte, livre des armes et des avions à Israël. Les Britanniques entrent également dans le camp des opposants à Égypte, en raison de la nationalisation du canal de Suez décidée par Nasser le 26 juillet 1956. En effet, dans le cadre de la mise en valeur économique du pays, Nasser souhaite construire un barrage sur le Nil, afin de réguler le fleuve. L’emplacement choisi est Assouan. Nasser sollicite pour sa construction l’aide financière et technique des États-Unis, mais ces derniers refusent en raison de l’orientation pro soviétique de Égypte. En représailles, Nasser décide de nationaliser la compagnie du canal de Suez, dont les revenus permettront de financer la construction du barrage d’Assouan.

    Israël, la France et la Grande-Bretagne décident alors d’intervenir militairement contre Égypte, le premier afin de faire cesser les actions militaires égyptiennes à Gaza, de détruire l’armement égyptien et de prendre le contrôle de l’entrée du golfe d’Akaba, la France et la Grande-Bretagne afin de reprendre le canal de Suez. La crise de Suez débute le 29 octobre 1956 par l’attaque israélienne contre Égypte. Mais en dépit de la victoire terrestre des armées israélienne, française et britannique, les trois États sont contraints, sous la pression américaine et soviétique, d’évacuer Égypte : les armées française et britannique évacuent la région du canal de Suez en décembre 1956 et l’armée israélienne quitte Gaza et le Sinaï en mars 1957.

    Vers la guerre des six jours

    Sur le plan intérieur, à la suite de la crise de 1956, l’Etat d’Israël continue à se consolider, privilégiant comme bases fondatrices la sécurité du territoire et les droits historiques sur la Palestine. Cette politique, déjà suivie par Ben Gourion dès 1947, se poursuit à la suite de la crise de Suez. En ce sens, Israël reçoit toujours les aides militaires de la France, mais également celles de l’Allemagne de l’ouest (dans le contexte des réparations données aux victimes de la Shoah). Sur le plan politique, le Premier ministre David Ben Gourion est remplacé en 1963 par Levi Eshkol, qui restera en poste jusqu’en 1969, et dont la politique se caractérise par une plus grande souplesse. Les ventes d’armes à Israël sont un enjeu pour les puissances dans le contexte de la guerre froide. Ainsi, quand l’Allemagne de l’ouest interrompt ses ventes d’armes à Israël, laissant à la France seule le marché israélien, les États-Unis décident d’intensifier leurs livraisons, commencées à la fin 1962. Outre le renforcement des liens entre les États-Unis et Israël sur le plan de l’armement, les relations diplomatiques se resserrent sous la présidence de Johnson (1963-1969) : visite du Premier ministre Levi Eshkol en mai 1964 à Washington, au cours de laquelle le président réaffirme la volonté américaine de défendre l’intégrité territoriale du Moyen-Orient (sa déclaration est comprise comme la défense territoriale d’Israël). Dans le cadre de la guerre froide et de la course aux armements, Johnson annonce également en 1965 aider Israël à s’armer.

    A portrait dated probabely in the 1960s in Israel of Israeli Prime Minister Levi Eshkol. CENTRAL PRESS / AFP

    Fin 1966, les tensions, qui n’ont jamais totalement cessé entre Israël et ses voisins, et qui s’expriment sous la forme d’incidents frontaliers, reprennent notamment entre la Syrie et Israël. A la suite de plusieurs opérations menées tant par les Palestiniens, sans doute soutenus par la Syrie, que par Israël, la Syrie bombarde des implantations israéliennes. Israël réplique le 7 avril 1967 par une bataille aérienne au cours de laquelle des avions syriens sont abattus. Début mai, Israël annonce son intention de poursuivre les actes de représailles contre la Syrie afin de faire cesser les opérations menées par les Palestiniens soutenus par la Syrie. Dans ce contexte de vive tension, l’URSS annonce savoir que des troupes israéliennes sont massées le long de la frontière avec la Syrie, du côté israélien. Même si cette nouvelle est démentie par les responsables israéliens, l’Égypte décide de mobiliser en soutien à la Syrie : le 15 mai, l’armée égyptienne se concentre dans le Sinaï. Le lendemain, Nasser demande le retrait des forces de l’ONU positionnées depuis la crise de Suez à la frontière entre Égypte et Israël. Le 18 mai, Israël mobilise. Le 22 mai, l’Egypte décide d’interdire l’accès du golfe d’Akaba (où elle est présente depuis 1949 sur l’île de Tiran) à la marine israélienne. Le 25 mai, le ministre israélien des Affaires étrangères Abba Eban entreprend une tournée diplomatique en Europe. Il rencontre notamment le général de Gaulle à Paris, qui lui recommande de ne pas attaquer les Etats arabes et qui décide de mettre en place un embargo sur les armes françaises à destination du Moyen-Orient. La tension monte en Israël, et l’opinion politique est partagée entre les partisans de la guerre autour de Ben Gourion et ceux favorables à l’option diplomatique autour du gouvernement en place de Levi Eshkol. Le 1er juin, l’entrée au gouvernement de deux nouveaux ministres, Moshe Dayan au ministère de la Défense et Menahem Begin comme ministre sans portefeuille, conduit à retenir l’option de la guerre. De son côté, Nasser forme des alliances militaires avec la Jordanie (1er juin) et avec l’Irak (4 juin). Le 5 juin, Israël déclenche les hostilités militaires. La guerre des six Jours commence. A l’issue de la guerre, Israël annexe le Sinaï égyptien et la bande de Gaza sous administration égyptienne ; la Cisjordanie et Jérusalem-Est sous contrôle jordanien depuis 1950 ; le Golan syrien.

    De la guerre des six jours à la guerre du Kippour

    A la suite de la guerre d’octobre 1967, l’Etat hébreu occupe et administre Gaza et la Cisjordanie. Sur le plan diplomatique, le conflit a de nombreuses répercussions pour Israël. Avec l’Égypte, des incidents frontaliers éclatent dès l’été 1968 dans la région du canal de Suez. Avec les États-Unis, l’élection de Nixon en janvier 1969 met en évidence la volonté américaine de trouver une solution au conflit israélo-arabe. Le secrétaire d’Etat William Rogers propose le 9 décembre 1969 le « plan Rogers » : cessez-le-feu et poursuite des négociations séparées entre les parties. Mais ce plan n’est pas accepté. Dans le même temps, les violences se poursuivent entre Israël et Égypte. En mars 1969, Nasser bombarde les positions israéliennes sur le canal, dans le but de reprendre le Sinaï, entrainant en retour les bombardements israéliens. En janvier 1970, les raids israéliens touchent les faubourgs du Caire. Cette montée en puissance des tensions provoque l’intervention de la diplomatie américaine et les nouvelles propositions de William Rogers, en juin 1970 : application de la résolution 242 (votée le 22 novembre 1967 et prévoit « le retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés lors du récent conflit », la cessation de l’Etat de guerre, la reconnaissance de tous les États du Moyen-Orient, la libre circulation sur le canal de Suez, la création de zones démilitarisées) ainsi que le cessez-le-feu entre Israël et l’Égypte. Israël, l’Égypte et la Jordanie acceptent finalement à l’été les propositions Rogers, après un refus initial. Cette acceptation provoque en Israël le départ de la droite du gouvernement. Dans le même temps, les Etats-Unis poursuivent leurs ventes d’armes à Israël.

    Sur le plan intérieur, Levi Eshkol meurt en 1969. Il est remplacé à la tête du gouvernement par Golda Meir, membre du parti travailliste, qui restera Premier ministre jusqu’en 1974. En Égypte, à la suite de la mort de Nasser le 28 septembre 1970, Anouar el-Sadate lui succède le 15 octobre (il accède au pouvoir avec 90% des voix). Il prend de nouvelles orientations diplomatiques tant avec Israël à qui il propose des concessions, appuyées par les États-Unis mais qui sont refusées par l’Etat hébreu, qu’avec l’URSS avec laquelle il prend progressivement ses distances. En juillet 1972, 20 000 conseillers militaires et techniques soviétiques en charge de l’instruction des armes soviétiques quittent l’Egypte. Sadate tente également de se rapprocher des Etats-Unis. Mais en dépit des ouvertures et concessions diplomatiques proposées par Sadate, la situation reste bloquée. L’Égypte, suivie par la Syrie, se prépare à la guerre. Le 6 octobre 1973, la guerre du Kippour est déclenchée.

    La recherche de la paix

    American Secretary of State Henry Kissinger (Right) stand next to Israeli Prime Minister Golda Meir (Left) during a visit in Israel, on February 27, 1974. Soviet and U.S. intervention stopped the Yom Kippur war, and on January 18, 1974, Egypt and Israel signed their first “disengagement” agreement separating their military forces along a 20-mile north-south line on the east side of the Suez Canal. RADIOPHOTO / AFP

    Cette guerre, gagnée sur le plan militaire par Israël, laisse un goût amer à la population. Le parti travailliste reste au pouvoir à la suite des élections législatives du 31 octobre 1973, malgré les critiques qui lui sont adressées à l’issue de la guerre du Kippour. En avril 1974, le Premier ministre Golda Meir démissionne, et le travailliste Itzhak Rabin lui succède à la tête du gouvernement jusqu’en 1977. Pendant son mandat, les négociations se poursuivent avec l’Égypte sur la question du Sinaï, sous la houlette du secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger. Mais en 1975, Kissinger reconnaît l’échec de sa politique, l’Égypte et Israël ne parvenant pas à trouver un terrain d’entente. Aux États-Unis, Ford accède à la présidence le 9 août 1974, à la suite de l’affaire du Watergate et de la démission du président Richard Nixon. Ford reprend le dossier du Moyen-Orient et instaure une nouvelle politique, qui se traduit notamment par une réduction de l’aide militaire à Israël. Le 5 juin 1975, le président égyptien Sadate décide de rouvrir le canal de Suez, évitant ainsi un éventuel nouveau conflit avec Israël. La diplomatie américaine propose également à Israël son aide militaire s’il accepte la reprise des négociations avec l’Égypte sur la question du Sinaï. Un accord, appelé Sinaï II, signé le 4 septembre 1975 entre l’Égypte et Israël, décide du retrait israélien sur une petite partie du Sinaï (zone du canal et puits de pétrole du golfe de Suez). En janvier 1976, un nouveau président est élu aux États-Unis, Jimmy Carter. Comme convenu, la nouvelle administration apporte son aide à Israël, tant sur le plan militaire que sur celui de la politique extérieure (aide à la sécurité d’Israël). En parallèle, l’Égypte accepte l’aide militaire américaine en mars 1976. Mais Sadate souhaite aller plus loin dans le processus de paix avec Israël. Dans le même temps, dans les territoires occupés, des colonies juives illégales commencent à s’installer, répondant à la volonté religieuse de certains de créer un grand Israël.

    En Israël, aux élections législatives de mai 1977, les travaillistes, au pouvoir depuis la création de l’Etat d’Israël, sont remplacés par la droite (Likoud). Menahem Begin est Premier ministre de 1977 à 1983. Sous son gouvernement, les relations avec les Palestiniens et avec Égypte évoluent. Avec les Palestiniens, la colonisation juive dans les territoires occupés se poursuit et tend les relations, d’autant plus que l’intention du Likoud est de créer un grand Israël. Avec l’Égypte, des entretiens secrets sont entamés en août et en septembre 1977 entre responsables égyptiens et israéliens, tandis que se prépare une nouvelle conférence à Genève, dans la continuité des négociations entamées dans cette ville en décembre 1973, à laquelle l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine) entend être présente. L’Égypte, la Syrie et la Jordanie acceptent d’y participer, tandis que le Premier ministre Begin en accepte la tenue mais sans la participation de l’OLP. L’ordre du jour de la conférence, décidé par les Etats-Unis et par l’Union soviétique, est le retrait de l’armée israélienne des territoires occupés depuis 1967 ainsi que la question des droits des Palestiniens. Mais l’Égypte craint que la conférence de Genève ne compromette des négociations en vue d’une paix rapide avec Israël. Sadate décide par conséquent de se rendre en Israël et, le 19 novembre 1977, il arrive à Jérusalem. Sa venue suscite un grand enthousiasme dans la population israélienne. Dans son discours prononcé à la Knesset (Parlement israélien), Sadate annonce qu’il reconnaît Israël et demande en échange qu’Israël quitte les territoires occupés depuis 1967 et qu’il reconnaisse les droits des Palestiniens. Mais Begin, s’il est prêt à la paix avec Égypte, ne reconnait pas les droits des Palestiniens. Cette reconnaissance de l’Etat d’Israël par Sadate place Égypte au ban des États arabes : l’Algérie, la Libye, la Syrie, l’Irak, le Yémen et l’OLP rompent leurs relations diplomatiques avec elle. En revanche, le Soudan, le Maroc et la Tunisie soutiennent l’Egypte. C’est alors que les États-Unis reviennent sur la scène des négociations et que le président Carter invite les Israéliens et les Égyptiens à une conférence à Camp David, résidence d’été des présidents américains. Celle-ci se tient du 5 au 17 septembre 1978. Le 17 septembre, après des négociations difficiles, deux traités sont signés, l’un portant sur la paix entre l’Égypte et Israël et l’autre portant sur la paix au Proche-Orient.

    Première intervention israélienne contre la résistance palestinienne au Liban

    Israël agit également en direction du Liban, où la guerre civile s’est déclenchée le 13 avril 1975. La résistance palestinienne est installée à Beyrouth et dans le sud Liban depuis la première guerre israélo-arabe de 1948-1949 et depuis les événements 15 septembre 1970 en Jordanie (septembre noir). Des opérations palestiniennes sont perpétrées contre Israël depuis le Liban. Ainsi, à la suite d’une attaque palestinienne en mars 1978, l’armée israélienne envahit le Sud Liban jusqu’au fleuve Litani. Cette opération, qui provoque la fuite de 200 000 Libanais vers Saïda et Beyrouth, est condamnée par le conseil de sécurité de l’ONU qui crée la FINUL (force intérimaire des Nations unies au Liban) afin de rétablir la sécurité et l’autorité du gouvernement libanais dans le Sud Liban. L’armée israélienne se voit dans l’obligation d’évacuer mais elle met en place une « ceinture de sécurité », c’est-à-dire une bande d’environ 10 km de profondeur, s’étendant de la côte à la ville de Merjayoun, et laissée à la milice du colonel libanais Saad Haddad. Cette milice, aidée par l’armée israélienne, interdit à l’armée régulière libanaise de reprendre position dans le Sud Liban. Les combats sont nombreux entre la milice de Haddad et les forces libanaises et palestiniennes, tandis que les bombardements de l’aviation israélienne se poursuivent dans le Sud Liban.

    Les relations avec la Syrie et avec l’OLP sur le sol libanais

    A column of Israeli armor toward the Lebanese border 06 June 1982 in an invasion of southern Lebanon against Palestinian guerillas in an attempt to drive them out of range of Israel’s northern settlements. AFP PHOTO/UPI

    En juin 1981, Menahem Begin est réélu. Il reste au pouvoir jusqu’en 1983, date à laquelle il démissionne. Pendant ce deuxième mandat, deux décisions majeures sont prises : la première concerne la Syrie et la seconde a trait au Liban et à la lutte contre l’OLP. Alors qu’en août 1981, le roi saoudien Fahd dévoile son plan de paix pour le Moyen-Orient, Israël décide le 14 décembre 1981 d’annexer le Golan conquis lors de la guerre de 1967. Begin explique cette annexion par le refus syrien de négocier avec Israël. Cette annexion est suivie en 1982 par l’action militaire d’Israël au Liban, toujours en pleine guerre civile. Israël envisage en effet de mettre un terme à la résistance palestinienne et à l’OLP installées à Beyrouth et dans le Sud Liban afin de protéger son territoire des attaques palestiniennes lancées depuis le Liban. Cette option est préconisée par Begin, par son ministre des Affaires étrangères Itzhak Shamir et par celui de la Défense Ariel Sharon. L’opération israélienne paix en Galilée débute le 6 juin 1982. Officiellement, elle est déclenchée en représailles à l’assassinat de l’ambassadeur israélien à Londres le 3 juin, perpétré par le groupe Abou Nidal. L’opération Paix en Galilée est très vivement critiquée par l’opinion publique israélienne. Pour elle, Israël doit mener des attaques défensives, afin de protéger sa sécurité, comme cela a été le cas pour les guerres précédentes, alors que celle perpétrée au Liban est offensive. Les massacres des camps de réfugiés palestiniens au Liban, Sabra et Chatila, perpétrés par les phalanges libanaises sous le regard des troupes israéliennes entrées à Beyrouth le 15 septembre (afin d’assurer la sécurité de la ville à la suite de l’assassinat du nouveau président libanais Bachir Gemayel), renforcent le sentiment d’horreur, aussi bien en Israël que dans la communauté internationale. Des manifestations se déroulent à Tel Aviv, auxquelles participent 400 000 Israéliens. D’autres manifestations de la population civile et des réservistes de l’armée sont également organisées. Suite à ces manifestations, le gouvernement israélien agit dans deux directions. Sur le plan diplomatique, il veut trouver un accord avec le Liban, afin de garantir sa sécurité sur la frontière nord. Sur le plan juridique, il lance une commission d’enquête, la commission Kahane, afin de déterminer les causes des massacres des camps de Sabra et Chatila. Après de longues négociations, un accord est signé le 17 mai 1983 entre le Liban et Israël. Mais celui-ci est abrogé le 5 mars 1984 par le président libanais Amine Gemayel, sous la pression de la Syrie.

    Sur le plan intérieur, de nouvelles élections placent Itzhak Shamir à la tête du gouvernement de septembre 1983 à septembre 1984. De 1984 à 1986, Shimon Pérès est Premier ministre, puis à nouveau Itzhak Shamir de 1986 à 1992. Sous le gouvernement de Shimon Pérès, le retrait de l’armée israélienne du Sud Liban est décidé, pour des raisons de politique intérieure mais aussi afin d’arrêter la guérilla chiite menée par le Hezbollah et par Amal qui se développe contre sa présence. En effet, la population israélienne souhaite sortir de la guerre au Liban, qui provoque des pertes humaines et génère un coût financier important. Le retrait israélien commence en janvier 1985 et se termine en juin. Une zone de sécurité de 20 km de profondeur est constituée en territoire libanais, et confiée à l’armée israélienne ainsi qu’à la milice dirigée par le général libanais Antoine Lahad (devenu le chef de la milice à la suite de la mort de Saad Haddad). Profitant du départ de l’armée israélienne, l’OLP se réinstalle dans les camps palestiniens du Sud Liban.

    Israël et la première intifada

    Les relations se dégradent entre Israël et les Palestiniens, en raison notamment de la politique israélienne de colonisation des territoires occupés. Le 7 décembre 1987, une révolte appelée intifada, dans laquelle les Israéliens sont la cible de jets de pierre des jeunes Palestiniens, débute dans les territoires occupés. Cette révolte, dirigée par l’OLP (seul représentant des Palestiniens dont le but est de parvenir à la création d’un Etat palestinien) exprime le refus de la population de vivre sous l’administration israélienne. Les autorités israéliennes répriment la révolte par la force dans un premier temps. Mais cette répression n’arrête pas l’intifada, qui s’étend. Sur la scène internationale, l’opinion s’émeut de la situation dans les territoires occupés. Une résolution (résolution 605) est votée le 22 décembre par le conseil de sécurité de l’ONU, qui déplore la politique israélienne à Gaza et en Cisjordanie. La diplomatie américaine se positionne également en médiatrice, afin de faire avancer le dossier israélo-palestinien. Une initiative est lancée sous la présidence de Reagan en février et en mars 1988, avec la tournée au Moyen-Orient du secrétaire d’Etat Schultz. Mais le plan qu’il propose (organisation de négociations entre Israël et les Palestiniens concernant les territoires occupés) est refusé par le Premier ministre israélien Shamir. Dans le même temps, l’OLP, qui s’est positionnée comme un acteur majeur avec l’intifada, proclame le 15 novembre 1988 la création de l’Etat palestinien et accepte le plan de partage présenté par l’ONU en novembre 1947. Le nouvel Etat est reconnu par la Ligue des États arabes. Le 7 décembre 1988, Arafat, à la tête de l’OLP, annonce être « prêt à négocier avec Israël (…) sur la base des résolutions 242 et 338 des Nations unies » et « s’engage à vivre en paix avec Israël et ses autres voisins et de respecter leur droit à vivre en paix dans des frontières sûres et reconnues internationalement (…) ». Mais les propositions palestiniennes ne sont pas acceptées par le gouvernement israélien (Shamir est réélu le 22 décembre 1988). En mai 1989, Shamir soumet au vote de la Knesset des propositions concernant la tenue d’élection dans les territoires occupés mais auxquelles les représentants de l’OLP ne pourraient pas se présenter. Ces propositions ne sont acceptées que partiellement par la nouvelle administration Bush arrivée au pouvoir en janvier 1989, et par Arafat. Le nouveau secrétaire d’Etat James Baker propose alors un plan en octobre 1989, mais les propositions américaines se soldent par un échec.

    La relance du processus de paix à l’issue de la guerre du Golfe de 1990

    En 1990, sur le plan intérieur, la question de la préparation des élections dans les territoires occupés provoque des dissensions au sein du gouvernement d’union nationale de Shamir (formé depuis 1984 par l’alliance entre le Likoud et les travaillistes), qui démissionne le 15 mars 1990. Chargé par le président Haïm Herzog de former un nouveau gouvernement, Shimon Pérès échoue. A la suite d’accords entre les partis politiques, un nouveau gouvernement est formé le 11 juin 1990 avec Shamir à sa tête. C’est alors que le 2 août 1990, l’Irak de Saddam Hussein envahit le Koweït. Dans ce contexte, la guerre du Golfe est lancée par les Etats-Unis et par la coalition internationale le 17 janvier 1991. Israël se trouve être la cible de missiles irakiens Scud, qui touchent les villes de Tel Aviv et de Haïfa. Cette guerre est l’occasion pour certains de faire un parallèle entre la situation du Koweït et celle des territoires occupés par Israël et relance la volonté internationale de trouver une solution au conflit israélo-palestinien. Les négociations reprennent à l’initiative du président Bush. Dès mars 1991, James Baker reprend sa tournée diplomatique au Moyen-Orient. Toutes les parties sont représentées dans les nouvelles négociations : des Palestiniens des territoires occupés, Israël et la Syrie. La conférence qui s’ouvre à Madrid le 30 octobre 1991 s’articule autour de deux grandes revendications : celle des Palestiniens qui demandent un transfert de souveraineté et celles des Israéliens qui demandent la poursuite de la colonisation et la fin des actes de violence à son encontre. Israël réaffirme également sa souveraineté sur le territoire israélien. A la suite de la conférence de Madrid, où aucune décision n’est prise, les discussions se poursuivent à Washington le 9 décembre, mais là encore, aucune avancée n’est constatée. Dans un contexte de violence dans les territoires occupés, les élections législatives du 23 juin 1992 permettent aux travaillistes de revenir à la tête du pouvoir par 44 sièges (contre 32 pour le Likoud). Itzhak Rabin est chargé par le président Haïm Herzog de former un gouvernement. Le nouveau gouvernement travailliste accepte en août d’arrêter l’installation de nouvelles colonies à Gaza et en Cisjordanie, mais décide que celles déjà implantées pourront rester en place. Rabin semble vouloir relancer les négociations de paix et les rencontres reprennent à Washington à l’initiative américaine. En août, les discussions portent également sur la question du retrait israélien du Golan Syrien, acquis lors de la guerre de 1967 et annexé le 14 décembre 1981.

    En parallèle, les négociations avec l’OLP, déjà entreprises sous le gouvernement Shamir, s’intensifient avec Rabin. En septembre 1992, des responsables israéliens et de l’OLP se rencontrent à Oslo, capitale de la Norvège, où les négociations de paix se poursuivent. C’est ainsi que le 9 septembre 1993, deux lettres sont signées par Yasser Arafat et adressées, l’une au Premier ministre israélien Rabin et l’autre au ministre norvégien des Affaires étrangères Johan Jorgen Holst. Dans la première, Arafat reconnaît le droit pour Israël de vivre dans la paix et la sécurité, il accepte les résolutions 242 et 338 et souhaite avancer dans les négociations de paix. Rabin répond à la lettre d’Arafat le 10 septembre et reconnaît l’OLP comme le « représentant du peuple des palestinien », et dit accepter de traiter avec elle pour les négociations de paix. Dans la seconde missive, Arafat annonce vouloir mettre fin à l’intifada. A la suite de cet échange de lettre, une déclaration appelée Déclaration de principes sur des arrangements intérimaires d’autonomie est signée entre Arafat et Rabin le 13 septembre à Washington. Le texte de la déclaration prévoit la mise en place d’une autonomie transitoire à Gaza et sur une partie de la Cisjordanie (dans une zone à définir dans la région de Jéricho) pour une période de cinq ans, puis de parvenir à une autonomie complète de la Cisjordanie. L’armée israélienne doit quitter Gaza et la région de Jéricho avant le 13 juillet 1994, même si elle continue à assurer la sécurité des frontières et celle des colonies juives. L’autonomie transitoire signifie également le transfert des pouvoirs aux Palestiniens, avec la création de l’Autorité palestinienne, en charge de la gestion civile des populations dans la Bande de Gaza et en Cisjordanie. Des ministères sont crées, des forces de police, des administrations. L’Autorité n’a cependant pas de pouvoir en politique étrangère (rôle de l’OLP).

    Relations entre Israël et le Hamas dans les territoires occupés

    (L-R) Jordan’s King Hussein, Israeli Prime Minister Yitzhak Rabin, US President Bill Clinton, PLO Chairman Yasser Arafat and Egyptian President Hosni Mubarak tour the White House Rose Garden on September 13, 1995 before ceremonies for the signing of an Israeli-PLO agreement on Palestinian autonomy in the West Bank. (ELECTRONIC IMAGE) AFP PHOTO J. DAVID AKE / - / AFP

    En Israël et dans les territoires occupés, cette déclaration est diversement accueillie. Les colons juifs et le Likoud la refusent ainsi que le Hamas qui poursuit les opérations contre les colons dans les territoires occupés. Cela provoque la répression israélienne et notamment l’intervention de l’armée contre le Hamas en octobre 1993. Mais la violence continue entre le Hamas et les colons juifs. Le 25 février 1994, un colon israélien de la ville d’Hébron tue 52 Palestiniens. Dès lors, la violence s’installe dans les territoires occupés, entre colons et Hamas. Dans le même temps, les négociations entamées depuis les accords d’Oslo de 1993 se poursuivent, afin de tenir l’échéance des cinq ans, à l’issue de laquelle les territoires doivent parvenir à l’autonomie complète. Le 13 mai 1994, à la suite de la signature d’un accord intérimaire entre Rabin et Arafat, et selon la date retenue à Oslo, l’armée israélienne se redéploie de Gaza et de la région de Jéricho. Le 25 mai, l’armée s’est retirée des deux territoires, mais elle reste présente dans les colonies juives. L’administration de l’OLP quitte Tunis (siège de l’OLP depuis l’opération paix en Galilée en 1982) et s’installe à Gaza. Mais Arafat se heurte aux actions du Hamas, en lutte contre la présence des colons juifs. Les attentats reprennent à Gaza à l’été ainsi qu’en Cisjordanie et en Israël. Dans ce contexte, des négociations sont à nouveau entamées début 1995 et aboutissent à la signature des accords d’Oslo II le 28 septembre 1995 entre Rabin et Arafat. L’autonomie est étendue à l’ensemble de la Cisjordanie, et l’armée israélienne doit quitter dans les six mois les agglomérations de Cisjordanie à l’exception d’Hébron où sont présents de nombreux colons. Quant au retrait dans les villages, il est prévu qu’il se poursuive jusqu’en mai 1997.

    Les négociations et le processus de paix signé par Itzhak Rabin ne sont pas acceptés par une partie de la droite israélienne, qui souhaite toujours la création du grand Israël et ne peut donc accepter le départ israélien de Gaza et de Cisjordanie. Le 4 novembre 1995, Rabin est assassiné par extrémiste israélien, opposé à l’avancée de la paix avec les Palestiniens. Le 22 novembre, Shimon Pérès est nommé Premier ministre. Il décide de poursuivre la même voie que son prédécesseur et le retrait de Cisjordanie se poursuit. Mais en 1996, les attentats perpétrés par le Hamas reprennent (le 25 février, des attentats font 27 morts à Jérusalem et à Ashkelon), à la suite de l’assassinat de l’artificier du Hamas Yahia Ayache le 5 janvier par Israël.

    Évolution des relations avec les États arabes

    Sur le plan régional, Israël intervient de façon diplomatique et militaire. Avec la Jordanie, une déclaration de paix est signée entre Rabin et le roi Hussein le 25 juillet 1994. Elle est complétée par un traité de paix le 27 octobre. Avec la Syrie, des négociations s’ouvrent aux États-Unis, à Wye Plantation, en décembre 1995, au sujet du retrait israélien du Golan. Elles sont nombreuses et laborieuses, le président syrien Assad voulant un retrait total et Israël un retrait partiel. Aucune solution n’est trouvée. Avec le Liban, Israël relance les opérations militaires dès la fin 1995, en raison des actions menées dans le début des années 1990 par le Hezbollah contre l’armée israélienne dans la zone de sécurité du Sud Liban. L’aviation israélienne bombarde les positions du Hezbollah dans le Sud Liban dès le 11 avril 1996, au cours de l’opération appelée Raisins de la colère, tandis que le Hezbollah réplique en bombardant la Galilée. Le 26 avril, un cessez-le-feu est signé entre Israël et le Hezbollah, grâce à une médiation américaine et française.

    La politique de Benyamin Nétanyahou

    En Israël, les élections législatives du 29 mai 1996 portent au pouvoir le chef du Likoud, Benyamin Nétanyahou. Celui-ci ne poursuit pas la politique de Rabin. Il refuse notamment l’idée d’un Etat palestinien et ne veut pas restituer le Golan à la Syrie. Il décide également de reprendre la colonisation dans les territoires occupés. Les violences recommencent en septembre 1996 à Jérusalem-Est, et provoquent la reprise des négociations de paix, à l’initiative des Etats-Unis. L’administration de Bill Clinton organise une réunion à Washington les 1er et 2 octobre, avec Yasser Arafat, Benyamin Nétanyahou et le roi Hussein de Jordanie. Au cours de cette réunion, les négociations avancent sur la question du retrait de l’armée israélienne à Hébron. Un traité est signé entre Arafat et Nétanyahou le 15 janvier 1997 sur la question du retrait d’Hébron et des zones rurales de Cisjordanie, prévu entre mars 1997 et août 1998. Le 17 janvier 1997, les troupes israéliennes commencent à quitter Hébron. Néanmoins, l’implantation des colonies juives se poursuit près de Jérusalem-Est sur la colline de Har Homa, provoquant l’arrêt des négociations de paix par Arafat. Les attentats revendiqués par le Hamas se poursuivent pendant toute l’année 1997. Afin de relancer le processus de paix, le président Clinton organise une rencontre à Wye Plantation le 15 octobre 1998 entre Arafat et Nétanyahou. Après plusieurs jours de négociation, un accord est signé le 23 octobre, décidant du retrait de l’armée israélienne de 13% de la Cisjordanie, de l’ouverture d’un aéroport à Gaza (qui sera effective le 24 novembre) et du renforcement de la sécurité. Le statut définitif de Jérusalem doit également être évoqué dans des négociations à venir. Ce texte suscite le mécontentement de la droite israélienne qui accuse Nétanyahou d’avoir trahi la cause israélienne. Du côté palestinien également, le Hamas et les intégristes le refusent. En Israël, l’accord est ratifié par la Knesset le 17 novembre et le retrait israélien commence le 20 novembre.

    La reprise des négociations avec le gouvernement d’Ehoud Barak

    En Israël, la Knesset est dissoute le 21 décembre, et des élections anticipées sont prévues pour le 17 mai 1999. Elles sont remportées par le travailliste et ancien chef d’Etat-major Ehoud Barak. Le nouveau gouvernement, formé d’une coalition de partis (travaillistes, gauche, partis religieux et parti russophone), décide de reprendre les négociations de paix avec la Syrie, d’appliquer les accords signés avec la Palestine et de quitter militairement le Liban. Cette décision intervient alors que des violences reprennent dans le Sud Liban (attentat le 28 février contre un général israélien dans la zone de sécurité revendiqué par le Hezbollah ; en juin tirs de roquettes par le Hezbollah sur le nord d’Israël, qui riposte par une attaque aérienne). Comme décidé par le nouveau gouvernement d’Ehoud Barak, les négociations reprennent avec l’Autorité palestinienne le 3 septembre, sur la base de l’application des accords de Wye Plantation de 1998, qui sont complétés par la décision du retrait israélien de 42% de la Cisjordanie, sauf de Jérusalem-Est, ainsi que la libération de prisonniers palestiniens par Israël. Le texte est signé en Egypte à Charm el-Cheikh le 4 septembre. De même, les négociations reprennent avec la Syrie les 15 et 16 décembre à Washington.

    En 2000, la vie politique d’Israël est entachée par des scandales politiques, mettant notamment en cause le président israélien Weizmann. Celui-ci démissionne le 10 juillet. Sur le plan régional, les négociations avec la Syrie, qui reprennent en janvier 2000, restent au point mort, en raison de l’opposition de l’opinion publique israélienne à un retrait du Golan et des décisions syriennes de traiter dans le même temps d’autres questions (eau, sécurité et reprise d’une normalisation des relations entre les deux Etats). Avec le Liban, le cycle des attaques-représailles se poursuit en février 2000, et le 5 mars, le gouvernement israélien décide du retrait total de l’armée stationnée depuis janvier 1985 dans la zone de sécurité. Le retrait s’achève fin mai, et le Hezbollah s’installe dans tout le Sud Liban. Quant aux Palestiniens, ils annoncent le 3 juillet vouloir créer un Etat palestinien indépendant pour le 13 septembre. Les négociations reprennent avec Israël, à nouveau à l’initiative des Etats-Unis. Une conférence, organisée à Camp David par Bill Clinton, débute le 11 juillet. Le contexte est très tendu, car dans le même temps, plusieurs ministres israéliens, hostiles à une conférence de paix à Camp David, ont donné leur démission, fragilisant ainsi la position d’Ehoud Barak qui n’a plus de majorité au Parlement. Au cours des négociations, les Palestiniens demandent le retour aux frontières de 1967, mais les Israéliens refusent de quitter la Cisjordanie dans sa totalité, acceptant d’en rendre 78%. Les négociations butent également sur la question de l’esplanade des Mosquées à Jérusalem, où les Israéliens peuvent se rendre mais n’ont pas le droit de prier, depuis 1967. Leur demande d’y prier est refusée par Arafat, qui craint le désaccord des musulmans. Les Israéliens acceptent que l’autorité palestinienne puisse gérer les quartiers arabes situés à Jérusalem-Est. En revanche, ils refusent de partager la souveraineté sur la ville comme le demandaient les Palestiniens. La conférence se termine le 25 juillet.

    La seconde intifada et l’arrivée au pouvoir d’Ariel Sharon

    Israeli Prime Minister elect Ariel Sharon smiles during a Likud party rally in Tel Aviv early 07 February 2001. Arch-hawk Sharon stormed to an unprecedented landslide Israeli election win over caretaker Prime Minister Ehud Barak, who announced his resignation as Labour leader and MP after suffering a massive voter backlash over months of bloodletting in the region. AFP PHOTO/Thomas COEX

    Le 31 juillet, la Knesset élit le député du Likoud Moshe Katsav, à la présidence de la République. C’est le premier président de droite à être élu. En septembre, la tension se renforce avec la visite, le 28 septembre, du chef du Likoud Ariel Sharon sur l’esplanade des Mosquées. Des affrontements consécutifs à cette visite éclatent entre Palestiniens et Israéliens et provoquent la seconde Intifada. Devant les difficultés, le Premier ministre Ehoud Barak annonce sa démission le 9 décembre. Les violences se poursuivent en 2001 dans les territoires occupés. Différentes médiations sont proposées, tant par les Français et les Américains le 4 octobre, que par les Américains et les Egyptiens le 16 octobre. Elles ne sont pas suivies d’effet. Les attentats suicides se poursuivent dans les territoires contre les colons israéliens, et l’armée israélienne riposte par des attentats ciblés contre les responsables de la sécurité palestiniens. Sur e plan intérieur, les élections portent au pouvoir le 6 février 2001 Ariel Sharon avec 62,5% des voix (Ehoud Barak en obtient 37,5%) et celui-ci compose un gouvernement d’union nationale (Likoud, parti travailliste, partis religieux ultra-orthodoxes). Les violences se poursuivent entre l’armée israélienne et les Palestiniens, et font de nombreuses victimes des deux côtés. En mai 2001, la commission Mitchell, dirigée par l’ancien sénateur américain George Mitchell, chargée de déterminer l’origine de la seconde intifada, livre les conclusions de son enquête : Israël doit geler toute nouvelle construction de colonie et arrêter les destructions des biens palestiniens. L’Autorité palestinienne quant à elle doit faire cesser les actes commis par les Palestiniens. Mais les attentats suicides se multiplient contre Israël, qui riposte. Les Etats-Unis interviennent alors, par l’intermédiaire du directeur de la CIA George Tenet. Il propose le 12 juin 2001 un plan calqué sur le rapport Mitchell : arrêt des violences commises par les Palestiniens, désarmement des deux parties, retrait des forces israéliennes des territoires autonomes et gel des colonies. Le 13 juin, il décrète le cessez-le-feu. Mais les attentats reprennent en fin juin et juillet, notamment des attentats ciblés contre des responsables islamistes, tandis que des Palestiniens, dont des membres du Hamas, commettent un attentat-suicide à Jérusalem le 9 août. En réaction, l’armée israélienne entre en Cisjordanie et tue le 27 août l’un des chefs de l’OLP, Abou Ali Moustapha, à Ramallah.

    L’après 11 septembre 2001

    Suite aux attentats du 11 septembre 2001, les actes de violence s’accroissent, avec des attentats commis de part et d’autre. C’est dans ce contexte que se réunissent le 26 septembre le chef de l’Autorité palestinienne Arafat et le ministre israélien des Affaires étrangères Pérès. Ils décident de mettre en œuvre les plans Mitchell et Tenet, mais les actes de violence se poursuivent. Dans ce contexte, et alors que les troupes américaines sont entrées en Afghanistan, le président Bush dit reconnaître le droit à un Etat pour les Palestiniens dans la mesure où le droit à l’existence de l’Etat d’Israël est respecté. Mais l’implication américaine, par l’envoi d’émissaires, n’arrête pas la violence. En décembre, à la suite d’attentats du Hamas contre des Israéliens en Cisjordanie, Israël considérant qu’Arafat est responsable de la situation, rompt les relations avec l’Autorité palestinienne et encercle militairement Ramallah. Arafat demande que les groupes armés palestiniens arrêtent les violences contre Israël, le Hamas et le Jihad islamique cessent alors les attentats.

    En janvier 2002, un bateau chargé d’armes qui serait en provenance d’Iran et à destination de l’Autorité palestinienne, est intercepté par Israël. Dans ce conteste tendu, et en dépit de la trêve, les attaques du Hamas et du Fatah reprennent le 9 janvier à la suite de l’attaque d’un poste militaire israélien par le Hamas. Le cycle de violences-représailles s’intensifie, faisant que le Premier ministre Ariel Sharon envisage en février la construction d’un mur entre Israéliens et Palestiniens dans les territoires occupés. En mars, les violences sont telles que l’administration américaine intervient. Elle est à l’initiative de la résolution 1397 votée le 13 mars, qui mentionne pour la première fois un Etat palestinien. Les Etats arabes tentent également de trouver une solution au conflit, lors du Sommet de la Ligue arabe qui se tient à Beyrouth fin mars. Les Etats arabes proposent à Israël une normalisation des relations en échange de l’évacuation par Israël des territoires occupés depuis 1967. Malgré ces avancées diplomatiques, les violences se poursuivent toujours, notamment à Ramallah où des bureaux de l’Autorité palestinienne sont détruits et encerclés par l’armée israélienne. L’ONU vote alors le 30 mars la résolution 1402, demandant le retrait de l’armée israélienne de Ramallah. Mais début avril, les opérations israéliennes se poursuivent en Cisjordanie, notamment dans les villes d’Hébron, de Bethléem (la basilique de la Nativité, dans laquelle se sont réfugiés des combattants palestiniens, est assiégée par jusqu’au 10 mai), de Naplouse, et dans le camp de Jenine. L’intervention israélienne dans le camp de Jenine donne lieu le 20 avril à la résolution 1405 de l’ONU afin de déterminer les faits. Dans le même temps, la diplomatie américaine obtient des Israéliens leur départ de Ramallah. Le 2 mai, l’armée israélienne quitte Ramallah.

    Israël commence mi juin les travaux de construction du mur de séparation entre la Cisjordanie et Israël, d’une longueur de 350 km. Les attentats du Hamas se poursuivent en juin, et Israël, en représailles, réoccupe la Cisjordanie. En septembre, malgré l’accord du 18 août signé entre les Israéliens et les Palestiniens (refusé par le Hamas et par le Jihad islamique) à propos du retrait israélien de Gaza et de la prise de contrôle par l’Autorité palestinienne, des actions sont commises par l’armée israélienne. Le cycle des attentats-représailles se poursuit à l’automne. La diplomatie américaine intervient alors afin de trouver une solution au conflit israélo-palestinien. A l’automne 2002, une « feuille de route », élaborée par les Etats-Unis, l’ONU, l’UE, la Russie (qui constituent le quartet), doit permettre d’aboutir à la création d’un Etat palestinien avant 2005. Ce plan ne change rien sur le terrain, où les attentats se poursuivent. Sur le plan intérieur, des élections législatives anticipées sont prévues pour janvier 2003. Au cours de la campagne, deux tendances s’expriment : celle des travaillistes prêts à reprendre les négociations avec les Palestiniens, celle du Likoud en faveur d’un Etat palestinien aux pouvoirs réduits.

    Publication de la « feuille de route »

    Les élections du 28 janvier 2003 portent au pouvoir le Likoud, et Ariel Sharon constitue un gouvernement d’union nationale. Les attentats continuent en Israël et dans les territoires palestiniens tandis que, sur le plan extérieur, la guerre du Golfe débute le 19 mars. La situation politique évolue en Palestine, avec la nomination par Arafat le 18 mars du numéro deux de l’OLP, Mahmoud Abbas, comme Premier ministre. La nomination d’un Premier ministre, condition essentielle posée par les Etats-Unis à la publication de la « feuille de route », permet d’entamer le processus de paix. Alors que la guerre en Irak connaît des avancées positives pour la coalition, la « feuille de route » est publiée le 30 avril. Son but est de parvenir à régler le conflit israélo-palestinien avant 2005. Les responsables politiques palestiniens doivent mettre fin au « terrorisme » et « instaurer un régime démocratique fondé sur la tolérance et la liberté ». De son côté, Israël doit « faire le nécessaire pour qu’un Etat palestinien démocratique soit établi », et doit démanteler ses colonies.

    Il n’en demeure pas moins que la violence continue en mai, tandis que les Premiers ministres Mahmoud Abbas et Ariel Sharon se rencontrent le 4 juin afin de lancer la feuille de route. Le Premier ministre palestinien entre également en négociation avec le Hamas, afin de parvenir à arrêter les attentats. Le Hamas accepte une trêve fin juin, suivi par le Jihad islamique, le Fatah et le FPLP. Malgré ces avancées, les Américains estiment que le processus n’est pas assez rapide, de même que les Israéliens qui craignent le réarmement des groupes armés palestiniens pendant cette période de trêve. La tension est donc palpable, et la violence renait à la suite d’une opération israélienne. Le Hamas et le Jihad islamique mettent alors fin à la trêve en août. Le 6 septembre, Mahmoud Abbas démissionne et Arafat nomme Ahmad Qorei, principal négociateur des accords d’Oslo, Premier ministre. Israël poursuit ses attaques ciblées contre des responsables palestiniens (6 septembre : tentative d’assassinat du chef spirituel du Hamas, cheikh Ahmad Yassine), mais également contre des membres basés en Syrie (5 octobre : raid israélien contre une base présumée du Jihad islamique près de Damas).

    Fin 2003, des initiatives de paix sont lancées conjointement par des Israéliens et des Palestiniens (plan Yossi Beilin/Yasser Abed Rabbo d’octobre 2003 sous l’égide de la Suisse ; plan Nusseibeh/Ayalon). Dans ce contexte, Sharon annonce en février 2004 vouloir mettre fin aux colonies israéliennes dans la bande de Gaza, en raison notamment de leur coût financier. Le plan Sharon est diversement apprécié. Les Etats-Unis l’approuvent le 14 avril ainsi que le Quartet le 4 mai. En revanche, il est rejeté par le Likoud à 60% le 2 mai.

    Violences entre Israël et le Hamas

    En parallèle des ces décisions diplomatiques, les attentats se poursuivent. A la suite d’un attentat le 14 mars à Tel-Aviv faisant 11 victimes israéliennes, revendiqué par le Hamas et les martyrs d’Al Aqsa, l’armée israélienne, lors d’une attaque ciblée, tue cheikh Yassine le 22 mars. Son successeur, Abdel Aziz al-Rantissi est également tué le 17 avril. A Gaza, les Israéliens mènent également des opérations en mai, afin d’arrêter l’acheminement d’armes et de combattants entre Gaza et l’Egypte. Sur le plan interne, la proposition de Sharon concernant l’abandon des colonies dans la bande de Gaza est adoptée le 6 juin par le gouvernement israélien, mais ce gouvernement d’union nationale est très divisé sur ce projet. L’autre problématique est celle du mur de séparation entre la Cisjordanie et Israël : le 9 juillet, la cour internationale de justice, saisie en décembre 2003 par l’ONU, déclare que la construction du mur est une atteinte à l’autodétermination des Palestiniens et demande le versement d’indemnités. Le 20 juillet, une résolution est votée par l’ONU, demandant la destruction du mur et le paiement de réparations. Concernant le retrait de la bande de Gaza, les colons israéliens s’y opposent et le 25 juillet, environ 150 000 colons israéliens font une chaîne humaine entre Gaza et Jérusalem afin de protester contre le retrait qui doit s’effectuer avant la fin 2005. La crise politique et sociale est telle que l’on craint l’assassinat du Premier ministre. En outre, fin août, les attentats du Hamas se poursuivent, en réponse aux attentats ciblés israéliens. Une opération appelée Jour de repentir est également menée du 30 septembre au 15 octobre par les Israéliens dans la bande de Gaza, afin de mettre fin aux tirs de roquettes vers Israël. Le climat est toujours très tendu en Israël en raison du retrait prochain de la bande de Gaza. Cette tension se répercute au niveau politique. Même si le plan de retrait est voté à la Knesset le 26 octobre, une grande partie du Likoud (parti du Premier ministre) y est hostile. C’est ainsi qu’en décembre, les travaillistes entrent au gouvernement aux côtés du Likoud, afin de maintenir la coalition gouvernementale majoritaire à la Knesset (à la suite du limogeage par Sharon de 5 ministres du parti laïque Shinouï). Dans ce nouveau gouvernement, le travailliste Shimon Peres est chargé du plan de retrait de Gaza. Entre temps, le 11 novembre, Arafat, dont la santé s’est détériorée, meurt à Paris. Mahmoud Abbas devient alors président de l’OLP et est élu président de l’Autorité palestinienne. Ahmad Korei est confirmé dans ses fonctions de Premier ministre.

    En 2005, plusieurs décisions sont prises. En février, le gouvernement israélien prévoit le retrait de Gaza pour le mois d’août. Cette décision est confirmée avec Mahmoud Abbas lors d’une réunion le 21 juin avec Ariel Sharon. En outre, le gouvernement israélien prévoit le départ de quatre villes au nord de la Cisjordanie. Le 15 mars, Israël rend à l’Autorité palestinienne la sécurité de la ville de Jéricho, en Cisjordanie ; une décision analogue est prise le 21 mars concernant la ville de Tulkarem. Il n’en demeure pas moins qu’en mai, la tension renait à Gaza à la suite de la mort d’un combattant du Hamas. Sur le plan international, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis demandent que la « feuille de route » soit respectée, en particulier le démantèlement des colonies juives de Cisjordanie. Comme prévu, et en dépit de l’hostilité d’une partie de la population au retrait de Gaza, celui-ci commence le 17 août et se termine le 22 août. Au total, 8000 colons quittent les colonies de Gaza. A l’automne 2005, les attentats se poursuivent contre les Israéliens et le Hamas annonce ne pas poursuivre la trêve commencée en mars. Les tirs de roquettes se poursuivent à partir de la bande de Gaza contre Israël, qui riposte fin décembre par un raid aérien contre une base du FPLP basée à Beyrouth.

    Le gouvernement d’Ehoud Olmert

    En 2006, Ariel Sharon qui avait annoncé son intention de démissionner de ses fonctions et de créer un nouveau parti centriste appelé Kadima, est victime d’un accident cérébral ; Ehoud Olmert, vice Premier ministre, assure l’intérim. Pendant cette année, la violence se poursuit en Cisjordanie. C’est dans ce climat que des élections anticipées se déroulent en Israël le 28 mars. Le parti Kadima, dont fait parti Ehoud Olmert, arrive en tête avec 22% des voix (29 sièges sur 120). Ehoud Olmert devient Premier ministre et constitue un gouvernement composé des partis Kadima, travailliste, Shass et de celui des retraités. En Palestine, les élections législatives de janvier assurent la victoire du Hamas, avec 76 sièges sur 132, le Fatah en obtient 43, le FPLP et FDPLP en remportent 13. Pour Israël, cette élection est durement vécue, car le Hamas refuse de le reconnaître. Cette élection entraine la fin du versement des taxes par Israël à l’Autorité palestinienne. Le 25 juin, à la suite d’un raid israélien dans le sud de la bande de Gaza, les Palestiniens enlèvent le soldat israélien Gilad Shalit. S’en suit l’opération israélienne appelée Pluie d’été menée contre les intérêts palestiniens dans le sud de la bande de Gaza au cours de laquelle des membres du Hamas sont arrêtés par l’armée israélienne, dont des ministres et des responsables politiques. Les Israéliens entrent également dans le nord de Gaza, d’où sont tirées des roquettes contre Israël. Le 4 juillet, une roquette est tirée du nord de la bande de Gaza sur la ville israélienne d’Ashkelon. La tension générée par cette attaque est renforcée par l’emprisonnement de deux soldats israéliens à la frontière israélo-libanaise par le Hezbollah. Dans ce climat de tension exacerbé, la guerre Israël-Hezbollah est déclenchée le 12 juillet sur le territoire du Liban et se termine le 14 août par le redéploiement de l’armée israélienne du Sud Liban. Les opérations militaires reprennent néanmoins avec les Palestiniens en novembre : l’armée israélienne intervient du 1er au 7 novembre dans la ville de Beit Hanoun, dans le nord de Gaza, dans le but d’arrêter les tirs de roquettes en direction d’Israël. Cette opération fait 56 morts palestiniens. Mais les tirs de roquettes reprennent à Beit Hanoun en direction d’Israël, entrainant sa riposte.

    US President George W. Bush applauds Israeli Prime Minister Ehud Olmert ® and Palestinian President Mahmud Abbas © after the leaders spoke 27 November 2007 during the Annapolis Conference at the US Naval Academy in Annapolis, Maryland. The Annapolis conference is aimed at restarting the stalled Middle East peace process. AFP PHOTO/Mandel NGAN

    En 2007, Israël maintient sa politique envers le Hamas et refuse de coopérer avec lui tant que les conditions de la feuille de route (reconnaissance d’Israël et fin de la violence) ne seront pas respectées. En avril, les affrontements reprennent tant dans la bande de Gaza qu’en Cisjordanie et en mai, alors que les tirs de roquettes se poursuivent de la bande de Gaza vers Israël, l’armée israélienne bombarde les positions du Hamas à Gaza. Sur le plan intérieur, Shimon Peres est élu à la présidence de la République par la Knesset le 13 juin, en remplacement de Moshe Katsav. Les affrontements se poursuivent tandis que le président américain Georges Bush organise le 27 novembre un sommet sur la paix à Annapolis, dans le Maryland, réunissant Ehoud Olmert, Mahmoud Abbas et 38 autres Etats. Le but du sommet est de relancer le processus de paix et notamment la question de la création d’un Etat palestinien et celle d’un règlement global du conflit israélo-palestinien. Au terme de la conférence, Ehoud Olmert et Mahmoud Abbas acceptent la reprise de la feuille de route et indiquent qu’ils mettront tout en œuvre afin de trouver un accord avant la fin du mandat présidentiel américain en 2008.

    En janvier 2008, les violences se poursuivent à Gaza, avec des tirs de roquettes du Hamas vers Israël et des raids israéliens à Gaza. Le 15 janvier, la bande de Gaza est bouclée par l’armée israélienne, empêchant le ravitaillement des habitants de Gaza. La frontière entre l’Egypte et Gaza est alors ouverte par le Hamas le 24 janvier, afin de permettre le ravitaillement de la population palestinienne. Fin février, une nouvelle offensive est lancée par Israël contre Gaza, toujours afin de faire cesser les tirs de roquettes vers les villes israéliennes de Ashkelon et de Sdérot. Cette opération dure jusqu’au 3 mars, mais les tirs de s’arrêtent pas pour autant. En avril, le Hamas décide de mettre fin au blocus mis en place en janvier par Israël à Gaza et des attaques sont alors menées contre les points de contrôle israéliens. Une médiation égyptienne permet la reprise des négociations, avec l’acceptation du Hamas de cesser les combats et d’Israël de lever partiellement le blocus : la trêve est effective le 19 juin, pour une période de six mois. Dans ce contexte de violence, Israël fête les 60 ans de sa création le 14 mai et des cérémonies sont organisées, notamment en présence du président américain Bush.

    Difficultés politiques israéliennes et opérations contre le Hamas

    En politique intérieure, le Premier ministre Ehoud Barak annonce renoncer à ses fonctions le 30 juillet 2008 en raison de son implication dans des affaires de corruption et des critiques dont il est l’objet à la suite de la guerre contre le Hezbollah libanais. Le 17 septembre, des primaires se déroulent au parti Kadima. La ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni les remportent d’une courte avance contre le ministre des Transports Shaul Mofaz (43% contre 42%). A la suite de la démission d’Ehoud Barak, le président Shimon Peres charge Tzipi Livni de former un nouveau gouvernement dans un délai de 42 jours. Mais en raison de difficultés avec le parti Shass et avec la Liste unifiée de la Torah, elle y renonce et demande que des élections législatives anticipées soient organisées (elles sont prévues pour le 10 février 2009). Avec la Palestine, en dépit de la trêve signée le 19 juin, les attaques reprennent dans la Bande de Gaza en novembre, et Israël boucle Gaza. Dans ce contexte, à la suite de la conférence d’Annapolis du 27 novembre 2007, la résolution 1850 adoptée par le conseil de sécurité de l’ONU le 16 décembre réaffirme le soutien au processus de paix. Mais quelques jours plus tard, la trêve conclue le 19 juin entre le Hamas et Israël à Gaza pour une période de six mois n’est pas reconduite par le Hamas : la raison avancée est le non respect de la trêve par Israël. Dans ce contexte de grande tension, alors que les tirs de roquettes se poursuivent contre Israël à partir de la Bande de Gaza, l’opération « plomb durci » est déclenchée par Israël le 27 décembre, dans le but de faire cesser les tirs de roquette touchant le sud d’Israël. Les raids aériens ont pour objectif les camps du Hamas, des bâtiments officiels et les infrastructures. Les tunnels reliant Rafah à l’Egypte, permettant le passage d’armes, sont également bombardés. Le 28 décembre, l’ONU demande la fin des violences, le 30 décembre, un cessez-le-feu immédiat est demandé par les Etats-Unis, l’ONU, la Russie et l’UE, mais il est refusé par Israël qui démarre les opérations terrestres. Elles durent du 3 au 18 janvier, et pendant cette période, des responsables du Hamas sont tués, des écoles et des camps sont touchés par des bombardements. Un plan d’arrêt des combats est présenté le 6 janvier par le président français Nicolas Sarkozy et par le président égyptien Hosni Moubarak. Alors que la situation humanitaire devient très difficile pour les Palestiniens, Israël accepte le ravitaillement de Gaza. L’ONU adopte également la résolution 1860 qui demande « un cessez-le-feu immédiat (…) menant au retrait complet des forces israéliennes de Gaza ». Mais il est rejeté par le Hamas et par Israël. Les opérations militaires se poursuivent et plusieurs bâtiments sont détruits le 15 janvier à Gaza-ville (hôpital, bureau de presse, entrepôt de l’ONU) tandis que le ministre de l’Intérieur, membre du Hamas, est tué au cours d’un raid. Le 17 janvier, l’ONU vote une résolution analogue à la résolution 1860. Le même jour, Israël accepte le cessez-le-feu pour le 18 janvier, mais il est refusé par le Hamas qui accepte néanmoins une trêve d’une semaine, afin que l’armée israélienne se retire de Gaza, ce qui est fait le 20 janvier. Le bilan de la guerre s’élève du côté palestinien à 1300 tués dont 420 enfants et à 5300 blessés. Sur le plan diplomatique, une réunion est organisée par les présidents français et égyptiens à Charm el-Cheikh à laquelle participe des Etats membres de l’UE, le secrétaire général des Nations unies Ban Kimoon, le président palestinien Mahmoud Abbas et des chefs d’Etat arabes, afin de mettre en place une trêve durable et de lever le blocus israélien sur Gaza.

    Sur le plan intérieur, des élections législatives se déroulent le 10 février 2009, le parti Kadima au pouvoir remporte 28 sièges et le Likoud 27, les autres partis se partageant le reste des sièges. Le président Shimon Peres doit alors choisir le nouveau Premier ministre entre Tzipi Livni, à la tête de Kadima et Benyamin Nétanyhaou, à la tête du Likoud, afin de former un gouvernement de coalition. Le chef du Likoud est choisi comme Premier ministre et forme le nouveau gouvernement de coalition, allant des travaillistes, avec le ralliement d’Ehoud Barak (nouveau ministre de la Défense) aux partis d’extrême droite. En revanche, Kadima refuse de participer au gouvernement. Benyamin Nétanyhaou, dans un discours prononcé le 14 juin, dit accepter la création de l’Etat palestinien, à la condition que l’Etat d’Israël soit également reconnu par les dirigeants palestiniens, que le futur Etat palestinien soit démilitarisé, que la question des réfugiés et de leur retour ne soit pas soulevée, que Jérusalem soit la capitale de l’Etat hébreu et que le Hamas soit renversé.

    Bibliographie
    Elie BARNAVI, Une histoire moderne d’Israël, Flammarion, Paris, 1991, 347 pages.
    Les collections de L’Histoire, Israël-Palestine, avril 2008.
    Henry LAURENS, L’Orient arabe à l’heure américaine, de la guerre du Golfe à la guerre d’Irak, Hachette Littératures, Paris, 2008, 452 pages.
    L’Histoire, Israël, de Moïse aux accords d’Oslo, Points Seuil, Paris, 1998, 572 pages.
    Questions internationales n°27, Israël, la Documentation française, novembre-décembre 2007.
    Site de la Documentation française, chronologie internationale, Moyen-Orient.
    E. U., « Israël-Etat d’Israël », Encyclopédie Universalis 2008.

  • Jordanie - 01/02/10

    De l’antiquité à la Première Guerre mondiale

    Les traces de vie en Jordanie remontent à la préhistoire, vers 200 000 avant J. C. A partir de 8000, à l’époque néolithique, les peuples se sédentarisent et l’agriculture se développe, notamment autour du Jourdain. De la fin du néolithique (vers 3300), et jusqu’à 1200, la Jordanie doit faire face aux influences des Palestiniens et des Egyptiens, puis à partir de 1200, des Hébreux. Suivent les Assyriens vers 734, puis les Babyloniens vers 586 et les Mèdes de 559 à 404.

    Pétra
    iStockphoto

    Alexandre le Grand conquiert la région en 330, ouvrant ainsi la période hellénistique, puis en 64, la conquête de Pompée fait entrer la Jordanie dans l’Empire romain, en même temps que le Liban, la Syrie et la Palestine. A partir de 395 après J. C., à la suite du partage de l’Empire romain en Empire d’Occident et Empire d’Orient, la Jordanie est sous domination byzantine. Les Perses sassanides l’occupent brièvement de 614 à 629. Avec la conquête arabe, Pétra est prise en 631 par les troupes de Mahomet et Amman en 635, puis la Jordanie est successivement gouvernée par les dynasties omeyyade (660 à 750) et abbasside (750-1258). Après avoir pris Antioche en 1098 puis Jérusalem en juillet 1099, les croisés entrent en Jordanie et s’installent de 1115 à 1189 dans la région de Moab, où ils créent un royaume franc. Des châteaux sont édifiés, comme ceux de Montréal-Chaubak et de Kérak. Mais la prise de Jérusalem par Saladin en 1187 entraîne le déclin progressif des Francs, et le château de Montréal-Chaubak est repris en 1189. En 1260, les Tatars mongols envahissent la Jordanie, puis les Mamelouks conduits par le sultan Baïbars dominent la région de 1290 jusqu’au début du XVIème siècle. En 1516, les Mamelouks sont écrasés par les Ottomans, qui conquièrent la Jordanie, la Syrie, le Liban et la Palestine actuels.

    Sous l’Empire ottoman, la puissance turque reste précaire en Jordanie, qui dépend sur le plan administratif et territorial du sandjak de Damas (composé de la Jordanie et de la Palestine). Ce territoire est néanmoins une des étapes sur le trajet des caravanes se rendant en pèlerinage dans les Lieux Saints (conquis dès 1517 par l’Empire ottoman). La forteresse de Qatraneh est notamment utilisée comme lieu de repos par les caravanes dans leur périple. La création d’une ligne de chemin de fer reliant Constantinople au Hedjaz (construit par l’Allemagne, le Bagdadbahn passe par la Jordanie) et mise en service en 1907 marque la volonté de la sublime Porte de développer un moyen de transport rapide et efficace, ainsi que les activités commerciales. Le passage de la principale ligne de transport fait de la Jordanie un territoire stratégique.

    La Première Guerre mondiale

    Par le jeu des alliances, le traité signé entre l’Allemagne et la Porte le 2 août 1914 entraine l’Empire ottoman dans la guerre contre la France, la Grande-Bretagne et la Russie. L’armée ottomane se bat dans le Caucase dès 1914, en Mésopotamie dès la fin 1914 où les Britanniques reprennent Bassorah le 21 novembre, en Egypte dès l’hiver 1915 et dans les Dardanelles dès février 1915. La prise de Bassorah permettant aux Britanniques de sécuriser la région du Golfe, ils poursuivent leur campagne et prennent Bagdad en mars 1917. En même temps que les actions militaires se déroulent, les Alliés s’emploient à faire reconnaître leurs ambitions territoriales dans la province arabe de l’Empire ottoman par la diplomatie. En effet, Français comme Britanniques possèdent de nombreux intérêts dans cette région et souhaitent transformer leurs zones d’influences en possessions territoriales. Se rencontrent ainsi plusieurs intérêts : les Hachémites de La Mecque qui souhaitent la fin de la tutelle ottomane, les Français et les Britanniques qui souhaitent se partager la province arabe de l’Empire ottoman. En ce sens, la correspondance Hussein-MacMahon de 1915 assure les Britanniques de la participation armée des Hachémites du Hedjaz en échange de la création d’un royaume arabe et de la reconnaissance du califat arabe. En parallèle, les accords Sykes-Picot signés entre les Britanniques et les Français en mai 1916 découpent la province arabe de l’Empire ottoman.

    Hussein de La Mecque déclenche la révolte arabe le 10 juin 1916, et l’armée des Hachémites, commandée par les deux fils de Hussein, remporte plusieurs victoires : Abdallah chasse les Turcs du Hedjaz ; Fayçal reprend Akaba le 6 juillet 1917 et entre en Transjordanie (c’est-à-dire la partie à l’est du Jourdain. La Transjordanie deviendra la Jordanie le 24 avril 1950). De leur côté, les troupes britanniques commandées par le général Allenby et accompagnées d’un petit contingent français, reprennent Jérusalem le 11 décembre 1917. Le 1er octobre 1918, les troupes de Fayçal et les troupes britanniques entrent à Damas et le 7 octobre, une division navale française débarque à Beyrouth. A la suite de l’intervention britannique sur Damas, la Transjordanie est définitivement conquise. Ces victoires libèrent la province arabe de la domination ottomane. En octobre 1918, les Britanniques partagent la province arabe en trois zones militaires : la Palestine en zone britannique, le littoral du Liban jusqu’à la Cilicie en zone française et l’intérieur des terres en zone hachémite. Cette zone sous contrôle militaire hachémite correspond au partage effectué par les accords Sykes-Picot de 1916 qui donnent à la France et à la Grande-Bretagne une zone d’influence dans l’Etat arabe indépendant. C’est ainsi que la Jordanie actuelle est placée dans la zone d’influence britannique.

    Le mandat britannique de 1922 à 1946

    En dépit des promesses faites aux Hachémites par la Grande-Bretagne, la possibilité de créer un royaume arabe ne leur est pas accordée. En avril 1920, des mandats sont en effet attribués à la conférence de San Remo à la France sur la Syrie et le Liban et à la Grande-Bretagne sur la Palestine, la Transjordanie et l’Irak. En décembre 1920, Abdallah arrive à Maan et menace de prendre les armes contre les Français, en soutien à son frère Fayçal et au royaume arabe de Damas (les troupes hachémites étant présentes dans cette zone à la suite de la Première Guerre mondiale). En réaction, les Français menacent d’intervenir militairement en Transjordanie, et ce faisant, de dépasser les limites territoriales fixées par les accords Sykes-Picot. En juillet 1920, les Français mettent fin par les armes à l’éphémère royaume arabe et Fayçal, contraint de quitter la Syrie, devient souverain d’Irak le 21 août 1921, à la demande des Britanniques. Mais les avis s’opposent concernant la Transjordanie : certains Britanniques souhaitent la création d’une grande Palestine intégrant la Transjordanie tandis que d’autres sont réticents à l’établissement d’une administration britannique en Transjordanie, pour des raisons financières. La solution retenue est finalement celle de la création d’un émirat de Transjordanie sous contrôle britannique. En mars 1921, le secrétaire aux Colonies Wilson se rend au Caire et à Jérusalem et nomme Abdallah au trône de Transjordanie. La séparation de la Transjordanie et de la Palestine est cependant mal perçue par les sionistes qui estiment que ce territoire fait partie de la Palestine. De son côté, Abdallah souhaite obtenir le trône de Palestine en plus du trône de Transjordanie afin de réconcilier les Arabes et les Juifs, en échange d’une reconnaissance du foyer national juif. Il poursuivra ce rêve tout au long de son règne.

    Photo datée de 1950 de Abdallah Ibn al-Hussein, qui se proclama roi de Transjordanie en 1946, devenue royaume hachémite de Jordanie en 1948. Abdallah, grand-père du roi Hussein de Jordanie, fut assassiné par un jeune palestinien à Jérusalem en 1951. ROYAL FAMILY ALBUM / AFP


    L’émirat est placé sous mandat britannique par le Société des Nations le 16 septembre 1922. En 1925, le gouvernement de l’émirat obtient les pouvoirs administratifs et législatifs, même si la Grande-Bretagne contrôle la diplomatie et la défense de la Transjordanie. Sur le plan militaire, une légion arabe est constituée en 1923, avec à sa tête un officier britannique, le major John Bagot appelé Glubb Pacha. La Transjordanie doit en effet assurer sa défense contre les Saoud, qui ont conquis le Hedjaz en 1924, alors gouverné par les Hachémites. En 1928, l’émirat se dote d’une constitution, qui affirme le caractère héréditaire de l’émirat et définit les attributions de l’émir : nomination et révocation du Premier ministre, préparation des élections et convocation du Conseil exécutif (dont les membres sont élus pour la première fois en février 1929). Ce conseil est transformé en Conseil des ministres en 1939.

    Lors de la Seconde Guerre mondiale, la Transjordanie soutient la Grande-Bretagne. La légion arabe intervient notamment en 1941 en Irak, et en juin 1941 en Syrie et au Liban lors de la guerre du Levant. Après la guerre, une série d’accords donne l’indépendance à la Transjordanie : celui du 27 juin 1945 marque son émancipation et celui du 22 mars 1946 met fin au mandat britannique. Les relations privilégiées sont néanmoins maintenues avec la Grande-Bretagne : le traité du 15 mars 1948 met en place une alliance militaire entre les deux Etats, la Grande-Bretagne pouvant notamment utiliser les bases militaires et aériennes transjordaniennes. L’émirat est alors transformé en royaume de Transjordanie et Abdallah est couronné roi. Sur le plan extérieur, la Transjordanie signe la charte de la Ligue des Etats arabes le 22 mars 1945 au Caire.

    La question de l’unité arabe à la faveur de la première guerre israélo-arabe

    De 1946 à 1948, l’histoire de la Jordanie est liée à l’évolution politique de son voisin, la Palestine sous mandat britannique. Le roi Abdallah poursuit différents rêves d’unité arabe (volonté d’obtenir le trône de Palestine dès 1921, celui de Syrie qui aurait été promis par les Britanniques la même année, volonté de créer dès les années 1930 une grande Syrie composée de la Syrie, du Liban, de la Palestine et de la Transjordanie). La fin du mandat britannique en Palestine et la création de l’Etat d’Israël lui fournissent l’occasion de réaliser son rêve d’unité.

    Le plan de partage de la Palestine voté par l’ONU le 29 novembre 1947 prévoit la création de deux Etats, l’un juif et l’autre arabe ainsi que l’internationalisation de Jérusalem placée sous le contrôle de l’ONU. Le mufti de Jérusalem, Hadj Amin al-Husseini, est pressenti pour être le chef du nouvel Etat arabe, mais de nombreux Palestiniens refusent sa nomination. De son côté, Abdallah s’y oppose également en raison de la mésentente avec le mufti, et propose aux autorités sionistes le partage de la Palestine. L’ouverture transjordanienne est acceptée par les responsables sionistes. Pour ce faire, Abdallah propose l’intervention de la légion arabe dans la partie arabe de la Palestine afin de maintenir l’ordre. Les Britanniques refusent dans un premier temps, mais la montée des tensions dans la partie arabe ainsi que leur refus d’une Palestine gouvernée par le mufti les poussent à accepter la proposition jordanienne. Le 7 février 1948, les autorités britanniques décident de laisser entrer la légion arabe dans la partie arabe de la Palestine le jour de leur départ. Abdallah informe les sionistes de cet accord avec les Britanniques.

    Lorsque, le 15 mai, les Britanniques mettent fin à leur mandat en Palestine (la veille, David Ben Gourion a proclamé la création de l’Etat d’Israël), l’armée jordanienne se déploie dans la partie arabe de la Palestine. Mais certains sionistes y sont déjà entrés, mettant en cause les arrangements entre les Jordaniens et les autorités sionistes. En parallèle, ce même jour, l’Egypte, la Syrie, le Liban, l’Irak ainsi que la Jordanie déclarent la guerre à Israël : la première guerre israélo-arabe est lancée. La légion arabe jordanienne, composée de 4 500 militaires (les forces arabes sont composées de 24 000 hommes au début du conflit pour 30 000 Israéliens) entre dans la partie arabe prévue par le plan de partage de l’ONU et, le 19 mai, dans la partie arabe de Jérusalem. L’intervention jordanienne était initialement prévue dans la partie arabe, et non à Jérusalem, mais la crainte des populations arabes d’une entrée des Israéliens dans la ville pousse le roi à agir. La Légion arabe occupe la majeure partie de la Cisjordanie (c’est-à-dire la quasi totalité de la partie arabe prévue par le plan de partage de l’ONU de 1947) et les combats s’arrêtent à la suite du cessez-le-feu du 18 juillet 1948. Cependant, en dépit du cessez-le-feu, l’armée israélienne reprend l’offensive le 15 octobre contre les Egyptiens. Les combats se terminent le 7 janvier 1949. La Transjordanie obtient donc la Cisjordanie et la partie arabe de Jérusalem.

    De la fin du règne d’Abdallah à celui d’Hussein (1949-1953)

    La première guerre israélo-palestinienne a pour conséquence l’arrivée massive de réfugiés palestiniens (environ 500 000) en Jordanie. Outre cet afflux de population, le roi Abdallah doit également faire face à plusieurs problématiques consécutives à la guerre israélo-arabe. Les Etats arabes contestent l’annexion de la Cisjordanie qui met fin à la Palestine. Ils reprochent également au roi de s’être lié à Israël pour parvenir à ce but. Sur le plan politique, la volonté jordanienne d’intégrer les Palestiniens s’ajoute à la construction de l’Etat nouvellement indépendant. Des élections législatives se tiennent en avril 1950 et donnent 20 sièges sur 40 aux représentants de la Cisjordanie. Le 24 avril 1950, ce nouveau parlement vote l’annexion de la Cisjordanie et de la partie arabe de Jérusalem par la Jordanie. Cette reconnaissance politique de l’annexion suscite le mécontentement des nationalistes palestiniens et, le 20 juillet 1951, Abdallah est assassiné par l’un d’eux à la mosquée al-Aksa de Jérusalem.

    Portrait non daté du roi Talal Ibn Abdallah, père du roi Hussein de Jordanie, dont le régne fut de courte durée, 1951 à 1952. ROYAL FAMILY ALBUM / AFP


    Son fils ainé Talal lui succède. Il est proclamé roi le 5 septembre 1951. Talal poursuit les réformes constitutionnelles par la rédaction de la constitution du 1er janvier 1952, qui fait suite à celle de 1928. Deux chambres constituent l’Assemblée : le Sénat, dont les membres sont nommés par le roi et la Chambre des députés, dont les membres sont élus. Mais, souffrant de troubles psychiques, Talal est écarté du pouvoir par le Parlement le 11 août 1952 et son fils Hussein le remplace à la tête du royaume, à la suite d’une courte régence qui lui permet d’atteindre l’âge de la majorité. Il est couronné roi le 2 mai 1953. Talal meurt en 1972 à Istanbul.

    Le règne d’Hussein (1953- février 1999)

    Sur le plan intérieur, dès son arrivée au pouvoir, Hussein doit faire face à la contestation politique de l’opposition, constituée des nationalistes, du parti Baas et du parti communiste créé en 1951. Cette opposition réclame l’intégration des Palestiniens et la fin du traité anglo-jordanien du 15 mars 1948.

    Sur le plan extérieur, Hussein est également confronté aux incidents frontaliers entre Israël et la Jordanie : dès 1953, les infiltrations de Palestiniens allant de Jordanie vers Israël, afin de tenter de récupérer leurs biens, sont remplacées par des infiltrations de commandos palestiniens, auxquelles les Israéliens répliquent par des incursions en Jordanie visant les populations civiles, comme celle du 14 octobre 1953 contre le village jordanien de Kibya qui fait 69 morts. Afin de faire face à ces incursions, la Légion arabe mène des actions contre les commandos palestiniens, qui ont pour effet d’arrêter les raids de représailles israéliens. La création du Pacte de Bagdad en 1955, conçu par la diplomatie américaine dans le contexte de la guerre froide afin de lutter contre le communisme, et qui regroupe la Turquie, l’Irak, la Grande-Bretagne, le Pakistan et l’Iran, tente le roi Hussein. Mais il se heurte à l’opposition baasiste et communiste. Déjà critiqué par le soutien qu’il reçoit de la Grande-Bretagne depuis le traité de 1948, accusé de mener une politique favorable à Israël et afin d’éviter le déclenchement d’émeutes, Hussein renonce à ce projet d’adhésion, met également fin au traité de 1948 avec la Grande-Bretagne le 13 mars 1957 et limoge en mars 1956 le général britannique Glubb Pacha, commandant en chef de la Légion arabe. La crise de Suez lui donne l’occasion de montrer son soutien aux Etats de la région, par sa proposition de participation militaire aux côtés de l’Egypte et de la Syrie.

    Hussein Ibn Talal, King of Jordan, 07 November 1987, prior the emergency Arab summit. NABIL ISMAIL / AFP


    Tout en affermissant sa souveraineté, Hussein renforce sa lutte contre le communisme et procède à un remaniement de son gouvernement. Le 10 avril 1957, il se sépare de son Premier ministre pro nassérien Suleiman Nabulsi. Il s’assure ainsi la protection américaine dans le cadre de la doctrine Eisenhower. Le départ du Premier ministre s’accompagne le 13 avril d’une tentative de coup d’état par le chef d’Etat major Ali Abu Nuwar, mais cette tentative est déjouée par Hussein. Les liens se distendent de fait avec l’Egypte et la Syrie, et la création de la République Arabe unie (RAU) le 1er février 1958 entre la Syrie et l’Egypte marque la rupture avec la Jordanie. Elle crée alors le 14 mars 1958 avec son cousin Fayçal II d’Irak une Union arabe, mais cette éphémère union se termine le 14 juillet 1958 par la révolution irakienne qui chasse la famille royale hachémite du pays. Afin d’éviter tout événement similaire en Jordanie, les troupes britanniques se déploient à Amman le 16 juillet, pour une période de cinq mois.

    Les années 1960 sont marquées par de nombreux attentats en Jordanie, en raison des oppositions politiques et des difficiles relations avec l’Egypte, la Syrie et la Palestine. La fin de la RAU en septembre 1961 permet de relâcher les tensions, mais pour un temps seulement, et les difficultés politiques reprennent à l’occasion de conflits régionaux, comme celui du Yémen, auquel l’Egypte apporte son soutien. Afin de lutter contre ces attentats, Hussein frappe l’opposition communiste et baasiste. Sur le plan extérieur, à partir de 1964, les Sommets arabes, dont le premier se tient le 13 janvier 1964 au Caire à l’initiative de Nasser, permettent une amélioration des relations. Mais cette accalmie est de courte durée puisque les tensions reprennent à la suite de la création de l’OLP lors du Sommet arabe du Caire de 1964. Les commandos palestiniens, galvanisés par la création de l’OLP, reprennent leurs actions à partir de l’Egypte, de la Syrie et de la Jordanie. En représailles, les Israéliens effectuent des raids contre la Jordanie, comme celui du 13 novembre 1966 contre le village de Samou. En 1967, la tension régionale se renforce avec la décision de Nasser de fermer le détroit de Tiran à la navigation israélienne le 22 mai. Le 1er juin, Hussein se rend à la volonté égyptienne de signer un pacte de défense commune, suivie le 4 juin par l’Irak.

    Le 5 juin, Israël riposte. Il déclenche la guerre des six jours par des attaques aériennes et terrestres sur l’Egypte, sur la Cisjordanie et sur le Golan syrien. La Jordanie capitule le 6 juin après l’offensive israélienne sur la Cisjordanie et sur Jérusalem-Est, l’Egypte capitule le 7 juin. Le Golan est attaqué le 9 juin et l’armée syrienne, capitulant le jour même, se replie à Damas.

    Les conséquences de la guerre des six jours sont importantes pour la Jordanie, qui perd Jérusalem-Est (annexée à Israël par un vote de la Knesset le 28 juin 1967) et la Cisjordanie qui est totalement occupée. Outre ces pertes territoriales, la Jordanie doit faire face à l’arrivée de 200 000 réfugiés palestiniens, en provenance de Cisjordanie, et qui rejoignent ceux de 1949. La population de Jordanie se compose alors de 56% de Palestiniens.

    Dans ce contexte, le roi doit faire face à l’influence grandissante de la résistance palestinienne, et notamment à celle de Yasser Arafat, fondateur du Fatah. La résistance palestinienne s’implante dans un premier temps dans les territoires occupés de Cisjordanie, mais ses actions suscitent les représailles israéliennes. Arafat et ses hommes poursuivent alors dès 1968 leur résistance à partir de la Jordanie, ce qui a pour conséquence la reprise des raids israéliens sur les camps palestiniens qui y sont installés. Le quartier général de la résistance palestinienne s’installe dans la capitale jordanienne, Amman, et les camps deviennent des bases de résistance. Les Palestiniens circulent armés dans la ville et les tensions sont inévitables avec les forces militaires et la police jordanienne. Le roi Hussein négocie alors l’accord suivant : fin de la circulation armée des Palestiniens en échange de l’interdiction aux forces jordaniennes d’entrer dans les camps palestiniens. Mais les heurts se poursuivent jusqu’en 1970 entre Jordaniens et Palestiniens. Début septembre 1970, alors que les troubles s’aggravent et que le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) détourne des avions civils européens et américains sur un aéroport jordanien, le roi Hussein, fort de l’appui américain, décide de mettre fin à la résistance palestinienne. Le 15 septembre 1970 (septembre noir), l’armée jordanienne attaque les camps palestiniens installés en Jordanie. L’initiative jordanienne provoque la contestation arabe, et Nasser organise à partir du 23 septembre au Caire un Sommet arabe auquel se rendent Yasser Arafat et le roi Hussein. Un cessez-le-feu est imposé à partir du 27 septembre, mais l’armée jordanienne poursuit les combats jusqu’en juillet 1971, brisant ainsi la résistance palestinienne, qui s’installe au Liban.

    Le pouvoir jordanien est ainsi réaffirmé et le roi annonce le 15 mars 1972 vouloir créer sous son autorité un Royaume arabe uni réunissant la Transjordanie et la Cisjordanie. Mais Israël rejette ce projet, affirmant que la Cisjordanie appartient au peuple juif. L’OLP et les Etats arabes de la région le refusent également. Hussein, renonçant à la Cisjordanie, entreprend alors de recentrer l’organisation politique de la Jordanie : l’Assemblée (constituée du Sénat et de la Chambre des députés) est dissoute le 23 novembre 1974 et un nouveau gouvernement est constitué dans lequel ne restent que quatre ministres originaires de Cisjordanie. En février 1976, un amendement constitutionnel ajourne les élections législatives et en avril 1978, afin de répondre au principe de la monarchie parlementaire inscrit dans la constitution de 1952, un Conseil consultatif de 60 membres, qui habitent en Transjordanie, est créé.

    Sur la scène régionale, le roi se rapproche de la Syrie en 1973, en dépit des oppositions passées : en septembre 1973, le président Hafez el Assad et le roi Hussein se rencontrent au Caire et décident de réaliser l’unité de leurs deux Etats. Ce projet ne sera pas concrétisé. La Jordanie ne participe pas au conflit israélo-arabe d’octobre 1973 (guerre du Kippour), mais envoie néanmoins des blindés pour aider la Syrie, montrant ainsi sa solidarité avec les Etats arabes. A la suite de la guerre de 1973, différents sommets sont organisés afin de normaliser les relations avec les Palestiniens. C’est ainsi que le Sommet du Caire de 1977 permet le rapprochement du roi Hussein et du chef de l’OLP Yasser Arafat. En revanche, Hussein ne soutient pas l’Egypte dans sa politique de normalisation avec Israël, notamment sa reconnaissance de l’Etat d’Israël lors des négociations de Camp David (7 au 17 septembre 1978). Comme les participants du Sommet arabe de Bagdad (qui se déroule du 2 au 5 novembre 1978), la Jordanie condamne cette reconnaissance et rompt ses liens diplomatiques avec l’Egypte.

    Le déclenchement de la guerre Iran-Irak en septembre 1980 provoque un regain de tension dans la région. Alors que la Jordanie soutient l’Irak, la Syrie est en faveur de l’Iran. La Jordanie et la Syrie massent dès septembre des troupes à leur frontière. Dans ce contexte tendu, la question du Royaume arabe uni (union de la Cisjordanie et de la Transjordanie) revient à l’ordre du jour en 1982. Pour Israël, la Transjordanie doit accueillir les Palestiniens, ce qui leur donnerait la possibilité d’avoir une nouvelle patrie. L’administration américaine est quant à elle favorable à l’autonomie de la Cisjordanie (et de Gaza), associée à la Jordanie (plan Reagan du 1er septembre 1982). Quant au roi Hussein, il propose le 20 septembre une confédération de la Cisjordanie et de la Jordanie. Dans le cadre du projet du Royaume arabe uni, des consultations sont menées entre Yasser Arafat et le roi Hussein, précédées par leur réconciliation en octobre 1982 à Amman. Ce rapprochement n’est pas apprécié par la Syrie. En décembre, le principe de la confédération est acquis par les deux parties. Mais en février 1983, Arafat ajoute une condition : créer une confédération sur la base d’une Palestine indépendante. Cette condition est refusée par la Jordanie, les Etats-Unis et Israël. Les négociations reprennent néanmoins en 1984. Sur le plan intérieur, de façon concomitante, le roi réunit l’Assemblée, suspendue depuis 1974 et composée de 50 % de députés palestiniens. La reprise des négociations permet d’aboutir à un accord le 11 février 1985, mais il échoue le 19 février 1986 en raison de divergences entre Arafat et Hussein. Sur le plan régional, les relations diplomatiques se rétablissent avec l’Egypte le 25 juillet 1984 et dès 1985, les relations avec la Syrie tendent à se normaliser : des visites officielles sont effectuées de part et d’autre. Le 31 juillet 1988, le roi Hussein annonce la rupture des liens administratifs avec la Cisjordanie et met fin à son rêve de Royaume arabe uni, laissant à l’OLP le soin de s’occuper du problème palestinien.

    En 1989, sur le plan intérieur, des mécontentements populaires s’expriment avec force contre les mauvaises conditions économiques (dette, inflation, chômage). Afin de calmer ces mécontentements populaires, le roi fait des concessions politiques. Il remet en vigueur la Constitution et des élections législatives sont organisées le 8 novembre. Sur 80 sièges, 31 sont gagnés par les islamistes, dont 20 par les Frères Musulmans.

    Dans ce contexte économique et social difficile, l’Irak envahit le Koweït le 2 août 1990. La guerre du Golfe est déclenchée le 17 janvier 1991. Dans la continuité de sa position lors de la guerre Iran-Irak, le roi Hussein soutient l’Irak. Il accueille également les réfugiés (environ 660 000 personnes) en provenance d’Irak et du Koweït, contraints de quitter ces Etats en raison de l’embargo économique mis en place contre l’Irak, ainsi que la population émigrée en provenance des Etats du Golfe, notamment palestinienne, yéménite et jordanienne accusée se soutenir l’Irak. L’Arabie Saoudite prend également des sanctions économiques contre la Jordanie, par la fermeture de son marché aux produits jordaniens. Sur le plan intérieur, les décisions du roi sont en revanche bien perçues par la population palestinienne de Jordanie et par la communauté palestinienne dans son ensemble.
    Une fois la guerre terminée, le roi entend se rapprocher des puissances occidentales et des Etats du Golfe. Sur le plan intérieur, le roi entreprend en avril 1990 la poursuite de la démocratisation de son pays : une commission est chargée de mettre en place une charte nationale qui adopte en juin 1991 le pluralisme politique. Dans le même temps, sur le plan régional, Hussein accepte de participer au processus de paix et notamment à la conférence qui se tient à Madrid du 30 octobre au 3 novembre 1991. Une délégation composée de Palestiniens et de Jordaniens est conduite par Kamel Abou-Jaber, ministre jordanien des Affaires étrangères.

    En 1992, le roi Hussein annonce être malade. Mais sa succession est déjà préparée : depuis 1967, son frère Hassan est le prince héritier. En octobre 1993, les accords d’Oslo sont signés entre Israël et l’OLP et portent sur la formation d’une autorité palestinienne sur la bande de Gaza et sur la Cisjordanie, mettant fin aux ambitions du roi sur la Cisjordanie. En novembre 1993, des élections législatives ont lieu, et marquent le recul des islamistes. Des négociations sont également menées entre la Jordanie et Israël, afin de normaliser les relations. Le 25 juillet 1994 à Washington, Hussein et le Premier ministre Rabin déclarent mettre fin à l’état de guerre entre les deux Etats, et le nouveau Parlement jordanien ratifie le 26 octobre 1994 le traité de paix signé avec Israël, en dépit des contestations des Frères musulmans qui refusent toute normalisation avec l’Etat hébreu. L’accord avec Israël donne à Hussein la fonction de gardien des lieux saints de Jérusalem, provoquant le mécontentement de l’OLP. Les élections de 1997 se déroulent dans un climat social tendu, lié aux difficultés économiques et au refus de la population de la normalisation des relations avec Israël. Les candidats proches du pouvoir remportent néanmoins 64 sièges sur 80.

    Le traité de paix de 1994 avec Israël permet à la Jordanie un rapprochement avec les puissances occidentales, et notamment avec les Etats-Unis qui annulent la dette jordanienne, comme également la Banque mondiale et la Grande-Bretagne. En outre, la Jordanie reçoit des prêts de l’Union Européenne. Les Etats du Golfe l’aident également, en dépit de la prise de position du roi en faveur de Saddam Hussein pendant la guerre du Golfe.
    En 1998, la santé du roi Hussein décline. Il se rend fréquemment aux Etats-Unis pour se faire soigner. Son frère Hassan assure alors la régence. En janvier 1999, Hussein annonce un changement dans sa succession : son fils Abdallah lui succédera, en raison de divergences politiques avec son frère pendant son absence. Hussein meurt le 7 février 1999.

    Le règne d’Abdallah II

    Abdallah poursuit la politique entreprise par son père et consolide le régime. Comme sous le règne de Hussein, le régime est autoritaire, la police très présente et la société reste conservatrice. Les élections législatives, qui devaient se tenir en juin 2001 sont repoussées jusqu’à juin 2003, pour des raisons de sécurité liées au déclenchement de la seconde Intifada en 2000. Les législatives du 17 juin 2003 confirment l’élection de candidats proches du pouvoir exécutif.

    Jordan’s King Abdullah II and his wife Queen Rania arrive at a reception to mark his formal ascension to the throne, at Raghadan palace in Amman 09 June 1999. Abdullah became king after the death of his father, King Hussein, 07 February 1999. JAMAL NASRALLAH / AFP
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    En revanche, sur le plan économique, le roi Abdallah suit une politique différente de celle de son père. Abdallah décide d’ouvrir l’économie jordanienne au libéralisme économique : entrée à l’OMC en 2000, accords commerciaux avec l’Union européenne et accord de libre-échange avec les Etats-Unis signé en 2001.
    La proximité avec les Etats-Unis, consécutive à l’accord de paix signé avec Israël en 1994, fait entrer la Jordanie dans l’orbite occidentale, même si le roi Abdallah veille à ses relations avec les Etats voisins. Les liens sont étroits avec l’administration Bush qui fournit des aides à la Jordanie, tandis que celle-ci s’aligne sur les décisions américaines lors de la crise irakienne, dans la lutte contre le terrorisme et dans le processus de paix. Tout en devant assurer la stabilité interne du royaume, la Jordanie est confrontée à deux réalités régionales : la Palestine et l’Irak. Elle est concernée d’une part par le conflit israélo-palestinien pour des raisons historiques mais également pour des raisons démographiques car les Palestiniens représentent la moitié de sa population et d’autre part par la crise irakienne car elle a accueilli des réfugiés irakiens à hauteur de 10% de sa population.

    En 2007, sur le plan intérieur, des élections municipales se déroulent en juillet, et sont marquées par l’élection de femmes dans les conseils municipaux. En novembre, les élections législatives confirment celles de 2003 par le recul des islamistes et la stabilité du pouvoir.

    Bibliographie

    Philippe DROZ-VINCENT et Philippe RONDOT, « Jordanie », Encyclopédie Universalis 2008.
    Louis-Jean DUCLOS, La Jordanie, PUF, Paris, 1999, 127 pages.
    Henry LAURENS, Le grand jeu, Orient arabe et rivalités internationales, Armand colin, Paris, 1991, 447 pages.
    Site du ministère des Affaires étrangères, Jordanie, présentation de la Jordanie.

  • Koweit - 01/02/10

    Du XVIIIème siècle à l’indépendance

    Vers 1715, trois familles de la tribu al-‘Utub, les al-Sabah, les al-Khalifa et les al-Jalahima, s’installent à Koweït, après avoir quitté le Nejd à la fin du XVIIème siècle et s’être arrêtées pendant une cinquantaine d’année à Qatar, dans la région de Zubara. Ces trois familles vivent du commerce et deviennent riches et influentes, si bien qu’elles renversent la tribu de Beni Khaled, qui régnait alors sur la région du Koweït. La famille al-Sabah prend progressivement le pouvoir, et le cheikh Abdallah Ibn Sabah, qui règne de 1764 à 1815, renforce la notoriété de Koweït. A partir de 1773, Koweït devient notamment une étape stratégique pour la Grande-Bretagne, tant pour l’acheminement du courrier que pour celui du commerce vers l’Inde. Au début du XIXème siècle, Koweït est confronté, comme les autres émirats du Golfe, aux Wahhabites qui occupent le littoral, mais Koweït résiste. L’intervention des Britanniques, soucieux de préserver la sécurité de la route des Indes, assure le calme dans la région en 1819. En 1815, à la mort du cheikh Abdallah, son fils Jabir lui succède jusqu’en 1859, puis le fils de ce dernier, Sabar jusqu’en 1866. Son fils Abdallah II lui succède jusqu’en 1892. Pendant le règne d’Abdallah, une campagne militaire est lancée par le gouverneur turc de Bagdad, aux côtés duquel le cheikh participe en offrant son aide militaire. Le gouverneur turc le remercie en lui donnant des terres à Bassorah, et notamment des palmeraies. Koweït se retrouve ainsi de façon très souple dans l’orbite du gouverneur ottoman de Bagdad.

    En 1892, à la mort d’Abdallah II, ses deux fils Muhammad et Jarrah gouvernent Koweït. Mais des divergences de vue apparaissent sur la politique interne du pays avec leur demi frère Moubarak. Celui-ci les assassine en 1896 et prend le pouvoir. Afin d’assurer sa sécurité et celle de Koweït, et afin de réduire l’autorité ottomane de Bagdad, Moubarak se tourne vers les Britanniques. Ces derniers, après avoir refusé, signent finalement avec le Koweït un traité secret de protection en 1899, pour des raisons géostratégiques, et notamment pour éviter l’entrée des Russes au Koweït, rivaux de la Grande-Bretagne dans la région. Ce traité entre en application en 1901 : l’armée britannique intervient à la suite de l’échec de l’armée du Koweït dans la bataille qui l’oppose à l’émir de Hayel soutenu par les Turcs. En 1904, les Britanniques installent un agent politique à Koweït. Koweït est alors à la fois sous protection britannique et sous suzeraineté ottomane.
    Lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale, le cheikh Moubarak suit les Britanniques dans leur lutte contre l’Empire ottoman. Il meurt en 1915 et est remplacé par son fils Jabir Ibn Moubarak, qui ne règne qu’un an, et qui s’illustre comme son père par son orientation politique pro-britannique. En revanche, sa politique en matière d’impôt et de commerce est plus souple. A sa mort en 1916, son frère Salim Ibn Moubarak, pro-turc, s’aliène les Britanniques par le soutien apporté aux Turcs pendant la guerre. Mais sa lutte contre les volontés expansionnistes des Saoudites en direction du Koweït vers 1920 l’oblige à solliciter l’intervention britannique. A sa mort en 1921, son neveu Ahmed Ibn Jabir lui succède et doit faire face aux problèmes territoriaux avec les Saoudites et l’Irak : sir Percy Cox, haut-commissaire britannique en Irak, règle les problèmes frontaliers par la conférence d’Ougayr en 1922. L’Irak obtient une partie du Nejd et Ibn Séoud reçoit une partie du Koweït.

    L’indépendance du Koweït

    Sur le plan politique, sous l’impulsion de familles de notables koweïtiens, le cheikh Ahmed Ibn Jabir signe en 1921 une charte mettant en place une assemblée consultative. Formée de 12 membres désignés, cette première assemblée est éphémère. Le nouveau cheikh est également confronté à des difficultés économiques dans les années 1930, ainsi qu’aux mauvaises relations avec l’Irak. En 1938, du pétrole est découvert à Burgan, mais son exploitation ne commence qu’en 1946, à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Sur le plan constitutionnel, une nouvelle assemblée est organisée en juillet 1938, afin de moderniser le pays et de contrer les campagnes irakiennes hostiles au Koweït. Ses 14 membres, appartenant à l’élite koweïtienne, sont élus. Mais cette assemblée est dissoute en janvier 1939, en raison du déclenchement de la guerre et des orientations pro-irakiennes de certains de ses membres.
    En 1950, le cheikh Abdallah prend le pouvoir à la mort de son cousin Ahmed Ibn Jabir. Sous son règne, l’exploitation du pétrole se développe et la modernisation politique et économique du pays se poursuit. Répondant à la demande koweïtienne, la Grande-Bretagne accorde l’indépendance le 19 juin 1961. L’indépendance nouvelle du Koweït attise les convoitises de l’Irak : en juin, le président irakien Kassem, prenant pour prétexte le rattachement du Koweït à Bassorah pendant l’époque ottomane, revendique l’appartenance du Koweït à l’Irak et masse des troupes à la frontière. La Grande-Bretagne envoie alors des troupes le 1er juillet 1961 afin de porter secours au Koweït, faisant que l’Irak renonce à annexer le Koweït.

    Koweït de 1961 à nos jours

    En politique intérieure, quelque temps après l’indépendance, une constitution est élaborée. Une Assemblée constituante de 20 membres est élue le 30 décembre 1961, en charge de travailler sur le texte de la Constitution. Celle-ci est promulguée le 11 novembre 1962. Ses articles rappelle que le Koweït est un émirat héréditaire, que le pouvoir exécutif est confié aux descendants de l’émir Moubarak. L’émir nomme le Premier ministre et est assisté d’un Conseil des ministres. L’Assemblée nationale, composée de 50 députés élus au suffrage universel direct, détient le pouvoir législatif, qu’elle partage avec l’émir.
    En 1965, l’émir Abdallah meurt, et son frère Sabah prend le pouvoir jusqu’en 1978. Plusieurs élections législatives se déroulent : les premières en janvier 1963, suivies d’autres en 1967 où les nationalistes l’emportent, puis en 1971 et en 1975. En août 1976, l’Assemblée est dissoute, en raison des oppositions de certains à l’émir et à ses décisions. Sous l’émirat de Jabir, qui règne de 1978 à 2006, l’Assemblée est rétablie en 1981 à la suite des élections législatives, mais elle est à nouveau suspendue en 1986, en raison de la montée de l’opposition à la famille régnante.

    Sheikh Jaber al-Ahmad al-Sabah, Emir of Kuwait, prays as he disembark his plane 14 March 1991 upon his arrival at Kuwait International Airport after more than seven months in exile during the Iraqi occupation of his country. A US-led multinational coalition evicted Iraqi occupation forces in February 1991 at the end of the six-week conflict. Three years later, Iraq officially recognized the state of Kuwait and its UN-demarcated borders. MP Uday Saddam Hussein, the elder son of the Iraqi president, has renewed 15 January 2001 claims to Kuwait as forming part of a "Greater Iraq", in an except of a report to parliament in Baghdad. BOB PEARSON / AFP


    En 1990, les revendications territoriales de l’Irak sur le Koweït se précisent : le Koweït est envahi le 2 août 1990 et la guerre du Golfe est déclenchée le 16 janvier 1991. Pendant la durée de la guerre, le gouvernement se réfugie à Taëf en Arabie Saoudite, et rentre au Koweït le 14 mars 1991. La guerre du Golfe laisse beaucoup de traces, tant sur le plan matériel, avec notamment la destruction des puits de pétrole, que sur le plan politique, avec les oppositions d’une partie de la société : la bourgeoisie koweïtienne demande à être plus intégrée au pouvoir. Dans ce contexte social troublé, des élections législatives sont organisées le 5 octobre 1992. Les deux tiers des sièges reviennent à l’opposition qui obtient l’entrée au gouvernement de six députés. L’opposition réclame une plus grande ouverture politique, un rôle accru de l’Assemblée, et une évolution du régime en monarchie constitutionnelle. Les décisions de la famille al-Sabah dans le domaine pétrolier contribuent aux tensions avec l’Assemblée. Le 14 avril 1994, le gouvernement est remanié afin de diminuer l’influence des islamistes, qui demandent une révision de la constitution et la mise en place de la loi islamique. En 1996, des élections législatives sont organisées le 7 octobre, et sont remportées par la majorité. Les mauvaises relations obligent cependant l’émir à dissoudre l’Assemblée en 1999 et en 2006. En 2005, les femmes accèdent au droit de vote.

    File picture dated 22 February 2005 shows Kuwaiti Prime Minister Sheikh Sabah al-Ahmad al-Sabah in Kuwait City. The Kuwaiti government named 24 January 2006 Sheikh Sabah as the oil-rich state’s new emir, Justice Minister Ahmad Baqer told AFP after an emergency cabinet meeting. Earlier in the day, Kuwait’s parliament voted ailing Emir Sheikh Saad al-Abdullah al-Sabah out of office after barely a week in power, concluding one of the gravest crises in the oil-rich state’s history. AFP PHOTO/YASSER AL-ZAYYAT

    _En janvier 2006, cheikh Saad devient émir à la mort de cheik Jabir, mais l’Assemblée le destitue pour des problèmes de santé. Cheikh Sabah al-Ahmad al-Sabah, à la demande du Parlement, devient le nouvel émir. De nouvelles élections parlementaires anticipées se déroulent le 29 juin 2006, mais les tensions demeurent vives entre le pouvoir politique et l’Assemblée, ainsi qu’entre les communautés sunnite et chiite. Ces tensions entrainent la démission du gouvernement de cheikh Nasser Mohammad al-Ahmad al-Sabah, neveu de l’émir, le 18 mars 2008, qui proteste contre l’intervention du Parlement dans ses activités. Le 19 mars, le cheikh Sabah al-Ahmad al-Sabah dissout le Parlement et annonce la tenue de nouvelles élections qui voient la montée des islamistes. A l’issue des élections, cheikh Nasser Mohammad al-Ahmad al-Sabah forme un nouveau gouvernement. La crise de mars est suivie par une nouvelle crise en novembre. Le 25 novembre, le Premier ministre et son gouvernement démissionnent en raison d’un différend politique. L’émir charge alors le Premier ministre sortant, cheikh Nasser Mohammad al-Ahmad al-Sabah, de former un nouveau gouvernement le 17 décembre. L’instabilité politique se poursuit en mars 2009, avec une nouvelle démission de cheikh Nasser Mohammad al-Ahmad al-Sabah le 16, opposé à des députés islamistes. Le 18 mars, l’émir dissout le Parlement et prépare des élections pour la mi mai. Les législatives du 16 mai voient le recul des islamistes ainsi que l’élection de 4 femmes parmi les 50 députés.

    Le pétrole et l’économie

    L’économie de Koweït est essentiellement basée sur l’exploitation du pétrole. Ses réserves (estimées à 8,1% pour 2008) situent Koweït à la quatrième place mondiale. En 1973, Koweït produit 3 millions de barils par jour, en 1980 la production est ralentie afin de ne pas surexploiter les ressources et tombe à 1,3 millions de barils par jour. En 2004, la production est de 2,3 millions de barils par jour. Elle est aujourd’hui de l’ordre de 2,6 millions de barils par jour (137,3 millions de tonnes par an). En 1991, Koweït ouvre la prospection pétrolifère aux investissements étrangers, dans le projet appelé Kuwait Project et se diversifie également dans le raffinage de pétrole. Trois usines raffinent 900 000 barils par jour. Koweït se spécialise également dans le transport de pétrole. Ses exportations, qui lui rapportent 64 milliards de dollars en 2008, se font principalement en direction des pays asiatiques.
    Après une période favorable dans les années 2000 consécutive à la hausse des prix du pétrole, Koweït est touché par la crise financière, en raison de la baisse des prix du pétrole et des pertes financières des banques, notamment la Gulf Bank qui annonce avoir perdu 1,3 milliard de dollars en octobre 2008.

    L’évolution de la société

    Tours, Koweït city
    iStockphoto

    Comme pour les autres Etats de la région, la société s’est transformée avec les revenus du pétrole. Elle se caractérise par la minorité des citoyens koweïtiens, qui représentent 35% de la population (population totale de 2,6 millions d’habitants). La majorité est constituée de population en provenance des Etats arabes (les Palestiniens arrivent au Koweït dès 1948, à la suite de la première guerre israélo-arabe, Libanais et Egyptiens) et de population en provenance d’Asie du sud-est arrivée dans les années 1980. Ces populations ont largement contribué au développement du pays.
    A l’issue de la guerre du Golfe, des représailles (arrestations et assassinats) s’exercent à l’encontre des Palestiniens, accusés d’avoir collaboré avec les Irakiens. Le but est de les contraindre à l’exil et seulement 5% des Palestiniens qui étaient au Koweït y restent.
    Les citoyens koweïtiens disposent de nombreuses aides de la part de l’État : gratuité scolaire, gratuité des soins de santé, prestations sociales. Les bénéfices liés au pétrole permettent en effet cette politique sociale.

    Les relations extérieures

    La menace irakienne oblige le Koweït à mener une politique extérieure active, afin de garantir sa sécurité. En juillet 1961, la demande du Koweït d’entrer à l’ONU, à la suite de son indépendance, est refusée par l’URSS, en soutien à l’Irak. En revanche, son entrée est acceptée dans la Ligue des États arabes le 20 juillet. A la suite de l’évolution régionale (fin du régime du général Qasim en février 1963 à la suite du coup d’État baassiste), l’URSS accepte l’entrée du Koweït à l’ONU le 14 mai 1963. Les relations se normalisent également avec l’Irak, qui reconnaît l’indépendance du Koweït le 14 octobre.
    A la suite de la consolidation de son indépendance, le Koweït s’implique dans la politique régionale, et plus particulièrement dans le règlement de la question palestinienne, mais aussi dans le règlement des conflits qui opposent les États du Golfe. Il s’implique aussi dans la réalisation de la fédération des États du Golfe, après l’annonce du retrait britannique en 1968. Enfin, il aide financièrement les États arabes par le Fonds koweïtien de développement économique arabe, créé en décembre 1961 et contribue dans les États du Golfe à la construction de mosquées, d’habitations, d’écoles et d’hôpitaux.
    A la suite de la guerre du Golfe, le Koweït, qui était partisan de l’arabisme et du non-alignement, se rapproche des puissances occidentales, sur lesquelles il s’appuie pour sa sécurité. Des contrats de ventes d’armes et des accords de sécurité sont notamment conclus entre le Koweït et les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne. Les liens sont particulièrement étroits avec les États-Unis : sur le plan diplomatique où le Koweït s’aligne sur les décisions américaines, sur le plan militaire avec la signature d’un pacte de défense en septembre 1991 renouvelé en 2001 et avec la présence de bases militaires américaines, et sur le plan économique avec le renforcement des échanges. La recherche de la sécurité restant une priorité pour le Koweït, diverses réunions s’organisent afin de parler de l’avenir de l’Irak : en février et en octobre 2006, en mai 2007 et le 22 avril 2008. Il n’en demeure pas moins que les relations diplomatiques reprennent entre les deux États : le 14 novembre 2007, le président irakien Jalal Talabani rencontre l’émir Sabah et le 17 juillet 2008 Ali al-Momen est nommé ambassadeur à Bagdad.
    Dans ses relations régionales, le Koweït assure la présidence du Conseil de coopération des États arabes du Golfe en 2004. Le 4 avril 2006, l’Arabie saoudite, Bahreïn, le Koweït, les Émirats arabes unis, le Qatar et Oman décident de créer un Conseil monétaire afin de mettre en place une monnaie commune en 2010. Le Koweït s’investit également avec ses voisins. A la suite de la guerre du Liban en juillet 2006, il l’aide financièrement à hauteur de 800 millions de dollars. Il entretient de bonnes relations avec l’Iran mais reste attentif au développement de son programme nucléaire. Concernant la Palestine, il soutient le président Mahmoud Abbas et condamne les attaques israéliennes contre Gaza en décembre 2008 et janvier 2009. La conférence de la Ligue des États arabes concernant la crise financière et la reconstruction de Gaza se tient au Koweït les 19 et 20 janvier 2009.

    Bibliographie

    Salem AL-JABIR AL-SABAH, Les Émirats du Golfe, histoire d’un peuple, Paris, Fayard, 1980, 261 pages.
    Philippe DROZ-VINCENT et Ghassan SALAME, « Koweït », Encyclopédie Universalis 2009.
    Le Monde, hors-série février-mars 2009, États du Golfe, la renaissance arabe, 98 pages.
    Site de la Documentation française, chronologie internationale, Moyen-Orient.
    Site du ministère des Affaires étrangères, Koweït, Présentation du Koweït.

  • Liban - 01/02/10

    L’Antiquité

    Le Liban est, vers le XVème siècle avant Jésus-Christ, occupé par les Phéniciens. Installés le long de la côte, ces marchands et marins, inventeurs de l’alphabet, fondent des villes. Vers le VIIème siècle avant J.-C., les Assyriens envahissent la Phénicie, qu’ils doivent quitter sous la pression militaire des troupes égyptiennes des Pharaons. Au IVème siècle avant J-C, le Liban est occupé par les armées d’Alexandre le Grand. S’ouvre alors la période hellénistique pendant laquelle la Phénicie est gouvernée par les Séleucides, dynastie de militaires qui s’empare du pouvoir à mort d’Alexandre. Puis, à l’époque romaine, Pompée s’empare en 64 avant notre ère de la province syrienne (composée à l’époque antique du Liban, de la Syrie, de la Palestine et de la Jordanie) qui devient une province de l’Empire romain pendant quatre siècles. De 395 – à la suite du partage de l’Empire romain en deux Empires (l’Empire d’Occident et l’Empire d’Orient, Byzance) – à 634, le Liban est sous domination byzantine. A la suite de la conquête arabe et de la prise de Damas en 635, le Liban est gouverné par les dynasties omeyyade (660 à 750), abbasside (749-1258) et fâtimide (909-1171).

    Temple de Bacchus à Baalbek
    iStockphoto

    Les croisades

    Les croisades mettent en contact en 1098 les chrétiens d’Occident et les musulmans d’Orient avec le siège puis la prise d’Antioche. Puis les Croisés descendent le long des côtes pour rejoindre Jérusalem. Ce n’est qu’à la suite de la prise de Jérusalem en juillet 1099 que les croisés occupent les villes de la côte libanaise, et malgré la résistance de celles-ci, les Francs s’établissent dans la plaine libanaise dès 1110. Mais la prise de Jérusalem par Saladin en 1187 entraîne le déclin progressif des Francs, qui capitulent sous les attaques des Mamelouks conduits par le sultan Baïbars dans les années 1290. Les Mamelouks dominent jusqu’au début du XVIème siècle. En 1516, ils sont écrasés par les Ottomans, qui conquièrent la Syrie, le Liban et la Palestine actuels. Leur domination dure jusqu’en 1918.

    L’Empire ottoman

    Pendant toute la période ottomane, le Liban est une partie de la province syrienne de l’Empire ottoman. Sur le plan administratif, le découpage de la province syrienne est le suivant : chaque province (vilayet) est partagée en districts (sandjak). La Syrie, le Liban et la Palestine actuels sont ainsi partagés en trois vilayet : celui de Damas (constitué de Sidon, Beyrouth, Jérusalem, Gaza et Palmyre), celui d’Alep (constitué du nord syrien) et celui de Tripoli (constitué de Hama et de Homs). Ce découpage est maintenu jusqu’en 1861. Sur le plan de la politique intérieure, à l’issue de la conquête ottomane, le Mont-Liban (partie centrale de la chaîne de montagnes qui surplombe la côte) est gouverné par les émirs Maan, druzes installés depuis le XIème siècle dans le Chouf, dont le chef, Fakhreddine, fait allégeance aux Ottomans. Par cet acte, Fakhreddine 1er devient l’émir druze le plus puissant du Liban. En 1590, son petit fils Fakhreddine II devient à son tour émir du Chouf et étend ses possessions territoriales au Liban nord, à la plaine de la Bekaa, à Beyrouth, à Sidon et Tyr, contribuant ainsi à former l’unité libanaise. Il devient alors grand émir du Liban et accroît ainsi sa puissance politique mais également sa puissance territoriale par de nouvelles conquêtes : Antioche au nord, Palmyre à l’est et Safad au sud. Mais sa puissance irrite la Sublime Porte. Exilé à Constantinople avec sa famille, il est condamné à mort le 13 avril 1635. Par ses réalisations, il est considéré comme le créateur du Liban tant sur le plan de l’identité libanaise que sur le plan politique. Lui succèdent alors deux émirs Maan, Melhem, neveu de Fakhreddine II puis son fils Ahmed, qui meurt en 1697 sans descendance.

    Saïda, 1993
    Crédit photo : A.L. Chaigne-Oudin

    La famille Chehab, famille alliée des Maan, accède alors au pouvoir, en l’absence de descendant direct des Maan. Béchir Chehab est ainsi choisi, puis à sa mort en 1706 l’émir Haidar gouverne jusqu’en 1729, puis son fils Melhem lui succède. Après une période trouble, le fils de Melhem, Youssef, converti au maronitisme, prend le pouvoir en 1770. C’est la première fois qu’un émir chrétien gouverne le Liban, province de l’Empire ottoman. Pendu en 1788 à la suite de plusieurs complots, son neveu Béchir II lui succède comme nouvel émir du Liban. Sous son règne, Bonaparte débarque à Alexandrie le 1er juillet 1798. La campagne de Bonaparte a pour but de couper la route des Indes à la Grande-Bretagne. Les armées françaises entrent ainsi en Syrie en 1899, prennent Jaffa en Palestine, puis mettent le siège devant Acre. Mais l’armée française ne réussit pas à s’emparer de la forteresse d’Acre et rentre en Egypte, brisant ainsi le rêve de Bonaparte d’occuper l’Asie Mineure.

    Byblos, 1993
    Crédit photo : A.L. Chaigne-Oudin

    Par ses réalisations, Béchir II contribue à faire renaitre le Liban dans ses frontières tracées par Fakhreddine II. Mais, contraint à l’exil en Egypte en raison de différends avec la sublime Porte, Béchir II est pris en amitié par le vice-roi d’Egypte, Mehemet Ali, qui voit en lui un allié précieux afin de l’aider à conquérir la Syrie sous domination ottomane. Dans ce but, Béchir II accepte de lui prêter son armée. Une nouvelle expédition en direction de la Syrie est ainsi lancée en 1831 par Ibrahim Pacha, fils de Mehemet Ali, mais l’aide apportée par Béchir II se retourne contre lui, d’autant plus que les puissances occidentales, redoutant la faiblesse de l’Empire ottoman, lui prêtent leur concours. Ayant la France pour unique allié, Ibrahim Pacha est ainsi contraint à se replier en Egypte. Quant à Béchir II, ayant prêté appui à l’Egypte, il quitte le Liban pour l’exil. Son successeur, Béchir III, est le dernier gouverneur de la famille Chehab. Ses actions politiques ne font qu’envenimer les relations, déjà tendues, entre les maronites et les druzes, et influencées par les menées des Britanniques et des Français. Depuis l’époque des Maan, les paysans maronites ont été encouragés à migrer vers les districts sud du Mont-Liban, pour se mettre au service des propriétaires terriens druzes. Avec le temps, leur nombre s’accroît, leur niveau d’éducation aussi, car les missionnaires français et américains leur dispensent un enseignement qui creuse l’écart entre eux et les autres communautés. L’accumulation de toutes ces tensions déclenche en octobre 1841 des combats armés entre druzes et maronites, et l’intervention des Ottomans. La sublime Porte désarme les maronites, exile Béchir III en 1842 à Constantinople, et nomme pour la première fois au Liban un fonctionnaire ottoman : Omar Pacha Al-Namsawwi, chrétien converti à l’Islam. L’intention turque est ainsi de revenir à une administration directe au Liban et de le contrôler plus étroitement.

    Mais cette nomination provoque les réactions européennes, et notamment françaises. Les Européens sont en effet, pour diverses raisons, intéressés à la province syrienne de l’Empire ottoman. Les turcs refusent de nommer, sur proposition de la France, un membre de la famille Chehab. Ils acceptent néanmoins une autre proposition européenne : celle de mettre en place au Liban le régime du double Caïmacanat. Ce régime - fondé sur l’hypothèse de la répartition de la population, au nord les maronites et au sud les druzes - partage le pays en deux districts (caïmacanat), celui du nord administré par un maronite et celui du sud par un druze. Ce régime perdure jusqu’en 1860, date du massacre des chrétiens par les druzes, et qui provoque l’intervention européenne, et en particulier l’envoi d’un corps expéditionnaire français de 7000 soldats, sous le commandement du général de Beaufort d’Hautpoul. Une convention, signée le 9 juin 1861 dans le quartier de Pera à Constantinople, entre le grand vizir Ali Pacha et les ambassadeurs des principales puissances européennes (le Concert européen) précise le nouveau statut du Liban, constitué de la montagne libanaise (Mont Liban). En revanche, Beyrouth, le Nord Liban, le Sud Liban et la Bekaa demeurent sous domination turque. Le système du double Caïmacanat est ainsi remplacé par le régime de la moutessarifia, gouverné par un moutessarif (gouverneur) chrétien mais non libanais. Ce régime, garanti par les puissances européennes, dure jusqu’en 1918.

    La Première Guerre mondiale

    Le traité d’alliance signé entre l’Allemagne et l’Empire ottoman le 2 août 1914 l’entraine dans la guerre contre la Triple Entente. En novembre 1914, la Triple Entente déclare la guerre à l’Empire ottoman, sonnant la fin de l’autonomie pour le Liban. Dans le même temps que se déroulent les combats militaires (l’armée ottomane se bat sur plusieurs fronts : en Egypte, dans le Caucase, dans les Dardanelles et en Mésopotamie), le Liban subit l’administration turque, les épidémies et la famine. Quant aux Alliés, ils s’emploient, par des tractations diplomatiques, à faire aboutir leurs ambitions territoriales dans la province arabe de l’Empire ottoman.

    A Painting dated in the early 20s, shows al-Sharif Hussein (1856-1931) descendant of the Moslem prophet Mohammed and founder of Hashemite dynasty. King of the Hejaz from 1916 until 1924 and head of the Arab Nationalist Movement in 1916. AFP

    En effet, ils possèdent dans cette province de nombreux intérêts économiques, culturels et religieux, et souhaitent transformer leurs zones d’influences en possessions territoriales. La correspondance Hussein-MacMahon de 1915 assure les Britanniques de la participation armée des Hachémites du Hedjaz dans le conflit en échange de promesses territoriales, dont la création d’un royaume arabe, l’indépendance de la province arabe et la reconnaissance du califat arabe. En parallèle, les accords Sykes-Picot signés en mai 1916 découpent la province arabe de l’Empire ottoman entre les Britanniques et les Français.

    L’implication des armées hachémites aux côtés de l’Entente permet plusieurs victoires contre les Turcs. La révolte arabe, conduite par les deux fils du chérif de La Mecque, Abdallah et Fayçal, débute le 10 juin 1916. Les troupes hachémites sont victorieuses : elles chassent les Turcs du Hedjaz, reprennent Akaba le 6 juillet 1917 et entrent en Transjordanie. Quant aux troupes britanniques, sous le commandement du général Allenby, accompagnées d’un petit contingent français, elles reprennent Jérusalem le 11 décembre 1917. Le 1er octobre 1918, les troupes hachémites sous le commandement de Fayçal et les troupes britanniques entrent à Damas tandis qu’une division navale française débarque à Beyrouth le 7 octobre. Ces victoires libèrent la province arabe de l’Empire ottoman de la domination turque.

    Le mandat français 1918-1946

    Pour le Liban s’ouvre alors une nouvelle ère politique : celle du mandat français. En effet, en raison des intérêts économiques, culturels et religieux de la France dans cette région, de son rôle de protectrice des chrétiens d’Orient et des accords Sykes-Picot, elle obtient de la Société des Nations le mandat sur une partie de la province arabe de l’Empire ottoman : la Syrie et le Liban actuels. Dans le cadre du règlement de la guerre, deux traités sont signés : l’accord de San Remo du 25 avril 1920 attribue des mandats sur la province arabe de l’Empire ottoman aux puissances alliées (France et Grande-Bretagne) et le traité de Sèvres du 10 août 1920 signé entre les Alliés et la Turquie détache la province de Syrie de l’Empire ottoman. La Société des Nations, promulgue la charte du mandat sur la Syrie et le Liban le 24 juillet 1922.

    Dans le même temps, la France consolide sa présence sur le terrain. Elle réussit à s’imposer en dépit de la supériorité militaire des Britanniques présents en Syrie (suite à la reprise de Damas), de la résistance des troupes de Fayçal et de la proclamation du royaume arabe par ce dernier, en dépit également des nationalistes syriens qui proclament l’indépendance de la Syrie. Répondant aux vœux des maronites venus plaider leur cause à la Conférence de la paix, la création du Grand Liban est solennellement proclamée le 1er septembre 1920 par le général Gouraud (haut-commissaire français nommé depuis le 8 octobre 1919). La création du Grand Liban, indépendant de la Syrie, est confirmée par la SDN le 24 juillet 1922. Ce grand Liban est constitué de cinq mohafazats ou départements : ceux de Beyrouth, du Mont-Liban, du Liban Nord, de la Békaa et du Liban Sud.

    La France met progressivement en place son administration mandataire et élabore également le système institutionnel du Liban. A l’initiative du haut-commissaire Henri de Jouvenel, le statut organique – ou constitution – est promulgué le 23 mai 1926. Cette constitution, inspirée de celle de la IIIème république française, fait du Grand Liban une république, prévoit des élections au suffrage universel, un sénat et une chambre des députés et une répartition des sièges entre les différentes communautés. Le premier président de la République est Charles Debbas, avocat grec orthodoxe. La constitution est néanmoins modifiée à de nombreuses reprises, en raison des difficultés à mettre en application un régime démocratique dans une société aux structures traditionnelles. En octobre 1927, le haut-commissaire Henri Ponsot modifie la constitution : par un amendement, le sénat est supprimé et le pouvoir du président de la République est renforcé. En 1929 également, un amendement renforce à nouveau les pouvoirs du Président. Mais en dépit de ces mesures et des efforts de Charles Debbas, réélu aux élections de 1929, les difficultés demeurent. En 1932, une crise politique oblige Henri Ponsot à suspendre la constitution : les musulmans réclament la présidence de la République, en raison de leur supériorité démographique. Charles Debbas, démissionnaire le 2 janvier 1934, est remplacé par le maronite Habib Pacha Saad. Le sunnite Abdallah Bey Beyhum est nommé chef du Conseil des ministres. La tradition d’un président de la République maronite et d’un président du Conseil sunnite est instituée à cette époque.

    En 1936, dans le contexte de recherche de l’indépendance au Moyen-Orient (Irak en 1930, Egypte en 1936), et dans celui des négociations entre la France et la Syrie pour la signature d’un traité d’indépendance, le nouveau haut-commissaire Damien de Martel ne peut rester indifférent aux demandes libanaises que soit rétablie la constitution et que le Liban procède également à des négociations pour accéder à l’indépendance. La chambre est à nouveau autorisée à élire le président de la République et la constitution est rétablie en 1937. Emile Eddé est élu le 20 janvier 1936 à la présidence de la République et il dissout la Chambre en 1937 en raison des fortes oppositions à son gouvernement. Un traité franco-libanais est signé le 13 novembre 1936 au Petit Sérail. Mais ce traité qui garantit l’indépendance du Liban, son accès dans les trois ans à la SDN en contrepartie du maintien des forces militaires françaises radicalise les communautés libanaises : alors que le traité est la garantie pour les chrétiens de l’indépendance du Liban dans ses frontières de 1920, il est perçu par les musulmans comme un frein à la réalisation de l’unité syrienne. En France également, le Parlement refuse de ratifier ce traité, en raison, entre autre, des oppositions des milieux coloniaux.

    A l’approche de la guerre, en janvier 1939, Gabriel Puaux remplace Damien de Martel au haut-commissariat. La situation politique est toujours difficile au Liban, dans un contexte international tendu. Le 1er septembre 1939, la déclaration de guerre oblige Puaux à suspendre la constitution et à dissoudre la chambre des Députés. Ce contrôle strict du Liban est effectué afin d’éviter tout débordement lié au contexte de la guerre mondiale. En mai 1940, la défaite de la France est vécue avec incrédulité au Liban. L’armistice est lourd de conséquence pour le Liban et pour le reste de l’empire, qui sont potentiellement placés sous la domination de l’Allemagne. En novembre 1940, Vichy nomme le général Dentz au haut-commissariat en remplacement de Gabriel Puaux. Le gouvernement de Vichy est notamment contraint de céder aux demandes allemandes de faire atterrir des avions allemands sur les aéroports de Syrie et du Liban, envoyés pour porter secours aux Irakiens en révolte contre la Grande-Bretagne. Les exigences allemandes font ainsi craindre à la Grande-Bretagne et aux Français libres que le Levant ne devienne une base d’attaque de l’Allemagne, qui couperait les voies de communication et le pétrole aux Alliés. Afin d’éviter cette mainmise allemande, les troupes britanniques et françaises libres entrent en Syrie et au Liban le 8 juin 1941. La guerre du Levant est déclarée. Le même jour, le général Catroux proclame, au nom du général de Gaulle, l’indépendance de la Syrie et du Liban et la Grande-Bretagne fait une proclamation similaire. La guerre du Levant dure un mois, au cours de laquelle les troupes de la France de Vichy s’opposent dans un combat fratricide aux troupes britanniques et aux troupes de la France libre. L’armistice de Saint-Jean-d’Acre est signé le 14 juillet 1941 entre le général de Verdilhac, représentant la France de Vichy et le général Wilson, représentant les Britanniques. Catroux participe aux négociations mais n’est pas autorisé à signer les clauses de l’armistice qui portent sur les questions du devenir des troupes françaises (ralliement aux gaullistes ou rapatriement en métropole) et sur la reddition des armes. Afin de marquer la légitimité de la France libre et la continuité de la politique française, de Gaulle renégocie l’armistice de Saint Jean d’Acre avec le ministre d’Etat britannique chargé des affaires britanniques en Orient, Oliver Lyttelton. La place de la France libre au Levant est ainsi reconnue par les accords Lyttelton-de Gaulle des 24 et 25 juillet 1941. Cette reconnaissance politique n’est cependant pas suivie d’effet, et les relations entre les deux pays sont détestables jusqu’en 1946, date du départ des troupes françaises et britanniques.

    Sur le plan de la politique intérieure, pendant que les troupes et l’administration de Vichy rentrent en métropole, le général Catroux, nommé depuis le 14 novembre 1940 délégué général de la France libre pour le Moyen-Orient, remet en place l’administration mandataire et réorganise la vie politique du Liban. Mais il s’en tient aux directives de de Gaulle qui estime qu’il n’est pas possible de procéder à des élections pendant la guerre. C’est ainsi qu’Alfred Naccache, magistrat maronite, est reconduit dans ses fonctions de président de la République. Le nouveau président du Conseil, Ahmed Bey Daouk, est chargé par Naccache de constituer un gouvernement mais la constitution reste toujours suspendue. Le 26 novembre, Catroux promulgue solennellement l’indépendance du Liban mais en dépit de cet acte de reconnaissance, le statut de mandat sur le Liban n’est pas modifié. Les relations avec les Britanniques se tendent considérablement avec la nomination du général Spears, ami de Churchill, à la fonction de ministre plénipotentiaire en Syrie et au Liban : les pressions britanniques se font plus pressantes pour que la France fasse procéder à des élections et qu’elle rétablisse le régime constitutionnel. Dans le même temps, Catroux est rappelé à Alger en mars 1943 et il est remplacé à la délégation générale par l’ancien ambassadeur à Ankara Jean Helleu. Avant son départ, Catroux rétablit la Constitution. Le Comité Français de Libération Nationale se résout également à faire procéder à des élections : Bécharra el-Khoury est élu président de la République le 21 septembre 1943 et Riad es-Solh est nommé président du Conseil. Les tensions latentes entre le Liban et la France sont mises à jour avec ce gouvernement nationaliste, qui décide le 7 novembre d’une nouvelle base politique pour le Liban connue sous le nom de Pacte National. Ce Pacte est fondateur dans la mesure où les chrétiens acceptent l’arabité du Liban et les musulmans acceptent sa séparation avec la Syrie. Le Parlement décide en outre le 8 novembre d’abolir tous les articles de la Constitution relatifs au rôle de la France. En réaction Helleu fait emprisonner le 11 novembre à la forteresse de Rachaya le président de la République, le président du Conseil et des ministres qui ne seront libérés et remis en fonction qu’à la suite d’un ultimatum de la Grande-Bretagne. A la suite de cette crise politique majeure, le général Beynet remplace Helleu à la délégation générale et la France commence à rendre au gouvernement libanais les attributions jusque là détenues par l’administration française : par l’accord du 20 décembre 1943, elle procède à la remise au gouvernement libanais des services des intérêts communs. Quant au Président Bécharra el-Khoury et à son gouvernement, ils créent les deux ministères qui marquent la souveraineté et l’indépendance du pays : celui des Affaires étrangères et celui de la Défense nationale. Enfin le Liban adhère à la Ligue des Etats arabes créée en octobre 1944.

    A picture dated 22 November 1945 shows President Bishara al-Khoury saluting the Lebanese flag during the first Lebanese military Parade at Beirut’s martyrs square after the withdrawal of French troops from Lebanon. SAMI SOLH ALBUM / AFP


    Mais les tensions ne sont pas terminées pour autant. La pierre d’achoppement entre la France, le Liban et la Syrie est la remise des troupes spéciales, troupes libanaises et syriennes sous commandement français, que la France souhaite conserver en échange d’un traité qui garantirait ses intérêts commerciaux et militaires, et que les deux Etats veulent obtenir sans pour autant signer de traité avec la France. A la suite du bombardement de Damas en mai 1945 par les troupes françaises, celles-ci doivent se replier au Liban, à la demande des Britanniques. Le traité franco-britannique du 13 décembre 1945 décide du départ des troupes françaises et britanniques du Liban. Les dernières troupes quittent Beyrouth le 7 avril 1946. Ainsi s’achèvent, par plusieurs événements dramatiques, le mandat et la présence française au Liban.

    Le Liban indépendant

    Le président de la République Bécharra el-Khoury et le président du Conseil Riad es-Solh font entrer le Liban dans l’ère nouvelle de l’indépendance, sur la base du Pacte national. Le Président (élu pour 6 ans) dont les pouvoirs sont très étendus, s’appuie sur les structures sociales traditionnelles libanaises, c’est-à-dire sur les clans et les communautés, attisant ainsi les compétitions entre les chefs. Les élections législatives de 1947 lui permettent de modifier la Constitution, afin de prolonger son mandat venant à expiration en 1949. En politique étrangère, la proclamation de l’Etat d’Israël le 14 mai 1948 déclenche la première guerre israélo-arabe le 15 mai 1948 au cours de laquelle le Liban intervient militairement aux côtés des armées égyptienne, syrienne, jordanienne et irakienne. Cette guerre et la victoire d’Israël ont des conséquences pour le Liban : l’accueil de 100 000 réfugiés palestiniens, en majorité sunnites, fragilise le tissu social libanais en renforçant le poids démographique de la communauté sunnite. La politique intérieure est également fragilisée par l’assassinat du président du Conseil Riad es-Solh le 16 juillet 1951. Sa mort est liée à la montée en puissance du Parti populaire syrien, parti créé au Liban en 1932 par Antoun Saadé, et basé sur l’idée que le Liban, appartenant à la Grande Syrie, ne doit plus exister en tant qu’Etat. Saadé est arrêté et condamné à mort par les autorités libanaises à la suite de la préparation d’un coup d’Etat. Ses partisans, afin de le venger, assassinent alors Riad es-Solh. Il est remplacé par Abdallah Yafi à la présidence du Conseil, mais celui-ci ne parvient pas à limiter le pouvoir de Bécharra el-Khoury. En raison de son impopularité croissante et devant la pression de l’opposition, Bécharra el-Khoury démissionne en septembre 1952.

    Picture from the 1950s shows a general view of Martyrs Square, also known as Sahet el-Burj, in down town Beirut which has remarkably changed after the 1975-90 Lebanese civil war and the reconstruction plan that covered the heart of the city afterwards. Beirut’s city centre, where the green line dividing it into eastern and western hostile sectors was drawn in the first months of the civil war, witnessed some of the period’s fiercest battles and got the brunt of destruction. AFP


    _Le maronite Camille Chamoun est alors élu président le 23 septembre 1953, et Sami Solh est nommé président du Conseil. Dans le contexte de la guerre froide, alors que les événements régionaux (création de l’Etat d’Israël, première guerre israélo-arabe et crise de Suez de 1956) favorisent la montée du nationalisme arabe, les décisions politiques et diplomatiques de Chamoun s’orientent dans un sens pro-occidental considéré comme contraire à l’évolution idéologique de la région. Le Liban se rallie notamment à la doctrine Eisenhower en janvier 1957, et bénéficie ainsi des aides financières, économiques voire militaires américaines afin de lutter contre toute potentielle agression communiste. Mais la manipulation par Camille Chamoun des élections partielles de 1957 et sa volonté de faire modifier la constitution, afin de renouveler son mandat présidentiel arrivant à expiration en septembre1958, renforcent des tentions déjà vives.

    La crise de 1958

    Ces tensions internes ainsi que l’évolution politique de la Syrie et de l’Egypte précipitent le Liban dans la crise. Afin de faire contrepoids au rapprochement des Irakiens et des Jordaniens avec l’Occident, la Syrie et l’Egypte s’unissent le 1er février 1958 dans un nouvel Etat : la République arabe unie (RAU). Cette création fait ressurgir au Liban les volontés musulmanes d’unité du Liban et de la Syrie. La crise éclate en mai 1958 et les affrontements opposent inévitablement les chrétiens pro-occidentaux aux musulmans pro RAU, qui reçoivent armes et combattants par la frontière syrienne. Afin de trouver une solution à l’insurrection, et en application de la doctrine Eisenhower, Camille Chamoun demande l’intervention américaine. La révolution irakienne du 14 juillet 1958 convainc finalement les Etats-Unis hésitants à intervenir au Liban. Le 15 juillet, 15 000 marines américains débarquent sur la plage de Khaldé, près de Beyrouth, et restent jusqu’au 24 octobre au Liban. Leur présence contribue à faire évoluer la situation politique interne : le chef de l’armée libanaise, le général Fouad Chéhab, remplace Camille Chamoun à la présidence de la République, dont le mandat arrive à expiration.

    US marines land 15 July 1958 on the "Red beach" in front of the Lebanese coastal village of Khalde, near Beirut, during their landing to Lebanon. The Marines’ role, in a situation described by the Department of Defense as "like war but not war," was to support the legal Lebanese government against any foreign invasion, specifically against Syria. In 1958, using the leverage provided by 14,000 troops put ashore, U.S. policymakers calmed civil disturbances, selected the next president of Lebanon, and extracted the force without significant incident or casualties. AFP PHOTO INP / AFP

    En politique intérieure, Fouad Chéhab augmente à 99 le nombre des députés par la loi électorale du 26 avril 1960, il s’attelle également à réajuster l’équilibre communautaire qui était jusqu’alors défavorable aux chiites, lance une politique de grands travaux et tente de lutter contre les chefs de clans. Ces derniers reprochent en retour le rôle croissant de l’Etat et celui des services de renseignement de l’armée (le deuxième Bureau). En 1964, au terme du mandat de Fouad Chéhab, l’ancien ministre de l’Education nationale Charles Hélou lui succède à la présidence de la République et poursuit la même politique de consolidation de l’Etat.

    Les prémices de la guerre du Liban

    Plusieurs paramètres expliquent la montée des tensions : les relations avec la Syrie, le problème palestinien et les difficultés politiques internes.

    La création du Grand Liban par la France en 1920 est une source de contestation pour les nationalistes tant syriens que libanais, qui revendiquent le rattachement du Liban à la Syrie. Damas cherche de ce fait à contrôler le Liban et exerce diverses pressions qui tendent les relations entre les deux Etats. De plus, dans le contexte de la guerre froide, le Liban s’étant rangé dans le camp occidental, il refuse d’intégrer la RAU et se distingue par sa liberté d’expression et son économie libérale. A la différence du Liban, le régime politique syrien est dictatorial et son économie est contrôlée par l’Etat depuis l’arrivée du parti Baas au pouvoir en 1963.

    Le problème palestinien est consécutif à la guerre israélo-arabe de 1948-1949. Le Liban, intervenu militairement aux côtés des armées arabes, est concerné à deux titres par ce conflit. Tout d’abord, la frontière entre le Liban et Israël fixée en 1920 par les puissances mandataires française et britannique est choisie lors de l’armistice israélo-libanais de mars 1949 comme ligne de cessez-le-feu, et est surveillée par une mission de l’ONU. Ensuite, les réfugiés palestiniens sont accueillis au Liban, et sont répartis dans environ quinze camps près des grandes villes. De 100 000, le nombre des réfugiés augmente après la guerre des six jours de 1967 et après Septembre noir (1970) à 250 000. Les camps, où sont recrées les organisations politiques et paramilitaires palestiniennes (notamment l’OLP), servent également de base d’entraînement militaire. Des opérations sont ainsi lancées, à partir du Liban, contre Israël, qui attaque le territoire libanais en représailles. Le but israélien est double : lutter contre les Palestiniens et forcer l’Etat libanais à combattre ces derniers. L’accord du Caire de novembre 1969 reconnaît la présence militaire palestinienne au Liban, en échange de quoi l’OLP reconnaît la souveraineté libanaise. Néanmoins, les répercussions liées à la présence palestinienne sont nombreuses pour le Liban : en dépit de l’accord du Caire, le pays est touché dans sa souveraineté par les actions des Palestiniens et des Israéliens.

    Les tensions politiques sont en effet exacerbées par la présence palestinienne au Liban. Le Mouvement national, dirigé par le druze Kamal Joumblatt, réunit les arabistes, tant chrétiens que musulmans, et soutient les Palestiniens. En face, les chrétiens défendent la nation libanaise. Plusieurs d’entres eux, Camille Chamoun, Pierre Gemayel ainsi que le président de la République Suleiman Frangié, élu en août 1970 en remplacement de Charles Hélou, créent le Front libanais. A ces difficultés politiques s’ajoute l’évolution de la société : le réveil du syndicalisme, la volonté de sortir du communautarisme, tant sur le plan personnel et individuel par la recherche de la laïcité (c’est-à-dire de ne plus être répertorié en fonction de l’appartenance religieuse), que sur le plan du fonctionnement du système politique basé sur la répartition communautaire. Des grèves et des manifestations sont le corollaire à ce contexte troublé et les partis politiques recueillent de nouvelles adhésions. Ils constituent et arment également des milices, comme les Phalanges (ou Kataëb) fondées par Pierre Gemayel. Dans ce conteste politique et social très lourd, la guerre du Liban se déclenche.

    La guerre civile 1975-1990

    La guerre débute le 13 avril 1975, à la suite d’un incident entre les Phalanges et des Palestiniens dans la banlieue de Beyrouth. Cet incident met le feu aux poudres et embrase tout le Liban. Deux factions se font face dans des affrontements violents et meurtriers (guérilla dans les villes, assassinats de civils, francs-tireurs, bombardements) qui touchent tout le pays : les chrétiens d’un côté et les défenseurs de l’arabisme et des Palestiniens de l’autre. A Beyrouth, dont le centre est détruit à l’automne 1975, une ligne de démarcation sépare l’est chrétien de l’ouest musulman. C’est dans ce contexte que l’armée syrienne entre au Liban. Dès le début du conflit, la Syrie a proposé sa médiation. Son intervention est motivée par plusieurs raisons : la crainte d’une alliance entre un petit Liban chrétien et Israël, la crainte d’une invasion de la Syrie par l’armée israélienne en passant par le Liban et la volonté de contrôler la résistance palestinienne. La volonté à terme du président syrien Hafez el-Assad est de créer une Grande Syrie sous l’égide syrienne, composée de la Syrie, du Liban, de la Jordanie et de l’OLP. Après des contacts établis entre les différents chefs libanais (Kamal Joumblatt qui a rejeté violemment cette intervention et l’a payé de sa vie le 16 mars 1977 et les chrétiens plutôt favorables à une intervention qui va les aider à redresser leur situation gravement compromise dans la montagne face aux Palestiniens et au Mouvement National), les troupes syriennes entrent au Liban début juin 1976. Cette intervention militaire est acceptée par les responsables politiques libanais, dont le président Frangié. Freinées dans leur progression par des combats menés par les Palestiniens, les troupes syriennes entrent à Beyrouth le 15 novembre 1976 (elles n’entrent pas au Sud Liban). Leur arrivée est l’occasion d’un arrêt des combats, après un an et demi de guerre et 65 000 victimes.

    Beyrouth, 1993
    Crédit photo : Anne-Lucie Chaigne-Oudin

    Sur le plan régional, l’intervention de la Syrie suscite la prise de position diplomatique de l’Arabie Saoudite et de l’Egypte. Au cours d’un sommet organisé à Riyad par ces deux Etats, le Liban et l’OLP reconnaissent la légitimité de la présence syrienne au Liban, tandis que la Syrie reconnaît la présence au Liban d’une force armée composée de troupes d’Arabie Saoudite, du Soudan, de la Libye, du Yémen et des Emirats arabes unis. Cette force de 30 000 hommes est appelée Force arabe de dissuasion (FAD).

    Au Liban, le président Frangié est remplacé par Elias Sarkis, élu à la présidence de la République le 8 mai 1976. Sélim Hoss devient président du Conseil. Le gouvernement libanais souhaite rétablir l’unité nationale et reconstruire le pays. Mais Elias Sarkis doit faire face à de nombreux défis. Une très forte proportion de la population est réfugiée à l’étranger et hésite à revenir au Liban. Sur le plan militaire, une armée libanaise est recréée, et les milices, conformément aux décisions de Riyad, doivent désarmer. Ces dernières refusent non seulement de désarmer mais également de se plier à l’Etat, devenant ainsi un contre pouvoir. Dans le même temps, les relations entre chrétiens et syriens, ainsi qu’entre les différents groupes chrétiens se délitent. Tandis que la guerre civile se calme, les milices chrétiennes décident de lutter contre la présence syrienne, craignant que les Syriens ne deviennent les nouveaux occupants. Dans le même temps, afin de trouver de nouveaux alliés, les chrétiens se rapprochent des Israéliens. Sur le terrain, les chrétiens du Front libanais se battent contre l’armée syrienne dès février 1978, et des bombardements détruisent Beyrouth est en septembre et en octobre.

    Au Sud Liban, l’armée israélienne, à la suite d’une attaque palestinienne en mars 1978, envahit le Sud Liban jusqu’au fleuve Litani, afin de dissuader les Palestiniens de nouvelles attaques. Cette opération, qui provoque la fuite vers Saïda et Beyrouth de 200 000 Libanais, est condamnée par le conseil de sécurité de l’ONU. Deux résolutions créent la FINUL (force intérimaire des Nations unies au Liban) qui prend position au Sud Liban, afin de rétablir la sécurité et l’autorité du gouvernement libanais. L’armée israélienne est obligée d’évacuer mais elle met en place une « ceinture de sécurité », c’est-à-dire une bande d’environ 10 km de profondeur, s’étendant de la côte à la ville de Merjayoun, et laissée à la milice du colonel Saad Haddad. Cette milice, aidée par l’armée israélienne, interdit à l’armée régulière libanaise de reprendre position dans le Sud Liban. Les combats sont nombreux entre la milice de Haddad et les positions libanaises et palestiniennes, tandis que les bombardements de l’aviation israélienne se poursuivent.

    Les relations entre chrétiens sont également très tendues. Le fils de Pierre Gemayel, Bachir Gemayel, réorganise dès l’été 1976 les structures paramilitaires rattachées au parti Kataëb et les dote d’un commandement autonome. Après la chute du camp palestinien de Tell el-Zaatar, situé dans les faubourgs chrétiens de Beyrouth, ces milices prennent le nom de Forces libanaises. Bachir Gemayel devient leur chef à la suite de William Hawi, mort au cours des combats. Quant à Pierre Gemayel, il reste le chef du parti Kataëb jusqu’à sa mort en 1984. L’ambition de Bachir est d’unifier toutes les milices chrétiennes. Mais les maronites du nord Liban, conduits par l’ancien président Frangié, refusent cette unification. Le contentieux opposant les deux camps porte sur la volonté d’obtenir des intérêts économiques sur différentes entreprises d’Etat très lucratives, comme les cimenteries nationales ; sur les relations avec la Syrie ; sur la direction de la communauté maronite et par conséquent sur la présidence de la République. La riposte de Bachir Gemayel est immédiate. Un commando des Forces libanaises, sous le commandement de Samir Geagea, assassine le fils de l’ancien président Frangié, Tony Frangié, ainsi que sa famille le 13 juin 1978. Le 7 juillet 1980, une opération similaire est menée contre l’autre grande rivale des Forces libanaises, la milice du Parti National Libéral de l’ancien président Camille Chamoun et commandée par son fils Dany. Ce dernier, contrairement à Tony Frangié, a la vie sauve, mais ses combattants doivent intégrer la milice de Bachir Gemayel qui, désormais, domine du côté chrétien.

    Beyrouth, 1993
    Crédit photo : Anne-Lucie Chaigne-Oudin

    Bachir Gemayel entreprend alors de s’opposer aux Syriens dans la Békaa, région stratégique pour la sécurité de la Syrie en cas d’attaque israélienne. Contrôler la ville chrétienne de Zahlé devient l’enjeu du Front libanais et des Syriens. Les combats entre la milice chrétienne et l’armée syrienne débutent dès le mois de décembre 1980, et fin avril, les Syriens assiègent la ville. En parallèle, les combats reprennent à Beyrouth le 2 avril, puis se propagent au sud Liban entre Palestiniens et Israéliens. Les Etats-Unis envoient alors un médiateur, le diplomate américain d’origine libanaise Philippe Habib. Des tractations diplomatiques s’organisent entre les Libanais, les Palestiniens et les Israéliens, et un cessez-le-feu est négocié le 24 juillet 1981.

    En 1982, une nouvelle intervention israélienne se prépare sur le Liban. L’objectif est double : éliminer la résistance palestinienne du Liban et favoriser la victoire des Forces libanaises et l’accès à la présidence de la République de leur chef, Bachir Gemayel, qui s’engage à signer un traité de paix avec Israël. Sur le plan politique, le président Sarkis, ne parvenant pas à réaliser l’unité du pays, soutient la candidature de Bachir Gemayel à la présidence de la République. Celui-ci garantit pour sa part son aide militaire aux Israéliens. L’opération militaire israélienne, appelée Paix en Galilée, débute le 6 juin 1982. 100 000 soldats israéliens combattent les Palestiniens dans le Sud Liban et atteignent Beyrouth le 14 juin où ils rejoignent les troupes des Forces libanaises. Ces dernières reçoivent l’ordre de ne pas combattre et d’apporter uniquement une aide logistique aux Forces de défense israéliennes. Bachir Gemayel ne veut en effet pas impliquer directement ses hommes auprès des Israéliens, afin de préserver son image pour l’avenir auprès des communautés musulmanes hostiles à Israël. Dès le 9 juin, les Israéliens attaquent également l’armée syrienne dans le Chouf et dans la Bekaa, où l’armée syrienne subit de lourdes pertes et se retire brutalement de toutes les positions jusque là occupées. Grâce à la médiation américaine de Philippe Habib, un cessez-le-feu est signé le 11 juin. L’armée israélienne poursuit son offensive et bombarde Beyrouth ouest où sont repliés les combattants palestiniens et le commandement de l’OLP. La médiation américaine obtient l’évacuation de l’OLP à partir du 21 août sous la protection d’une force multinationale composée de 2500 soldats français, américains et italiens et la promesse israélienne de ne pas entrer dans Beyrouth ouest. Une fois sa tâche accomplie, la Force multinationale quitte le Liban le 13 septembre 1982.

    En politique intérieure, Bachir Gemayel est élu à la présidence de la République le 23 août et s’attache à rétablir l’Etat libanais sur l’ensemble du territoire national. Il tend la main aux leaders musulmans et prône la réconciliation nationale. Sa politique implique donc une alliance discrète avec Israël et non, comme le souhaite Israël, un traité de paix. Il est assassiné le 14 septembre, ainsi que de nombreux civils, alors qu’il tenait une dernière rencontre avec ses partisans au QG des Forces libanaises du quartier d’Achrafieh. L’explosif qui a pulvérisé le bâtiment a été posé par un membre du Parti syrien nationaliste et social, mais les commanditaires de l’attentat n’ont jamais été désignés. Au lendemain de l’assassinat du président élu, et en dépit de la promesse de ne pas investir Beyrouth ouest, l’armée israélienne y entre, afin d’assurer la sécurité et d’éviter des massacres. En réalité, Israël souhaite achever la destruction de la présence palestinienne (armes et combattants). Les Forces libanaises entrent également à Beyrouth et massacrent du 16 au 18 septembre les populations palestiniennes civiles (les combattants ont été évacués par la Force multinationale) des camps de Sabra et Chatila, sous le regard des militaires israéliens. Une fois connue la nouvelle du massacre, la Force Multinationale retourne au Liban. Le 21 septembre, Amine Gemayel, frère du président assassiné, est élu Président.

    Beyrout, 1993
    Crédit photo : A. L. Chaigne-Oudin

    Amine Gemayel poursuit la politique de son frère (refus de signer un traité de paix avec Israël, restauration de l’Etat libanais et reconstitution d’une armée nationale) mais il se heurte à l’opposition des Forces libanaises, alliées d’Israël, qu’il ne parvient pas à contrôler. Il s’appuie également sur la politique américaine qui prône l’évacuation des forces étrangères du Liban et sur la présence de la Force multinationale. Mais les heurts se poursuivent avec les différentes factions présentes au Liban : Forces libanaises, armée israélienne, armée syrienne, Front de la résistance nationale libanaise (créé le 16 septembre 1982 et qui réunit le parti communiste, le parti syrien national et social, le Fatah palestinien, le FPLP). Des négociations sont entamées entre le Liban et Israël le 28 décembre 1982, sous la médiation américaine. Un accord, conclu le 17 mai 1983, décide du retrait des forces israéliennes, syriennes et palestiniennes du Liban. Mais cet accord n’est accepté ni par la Syrie ni par le Front de la résistance nationale libanaise.

    A l’été 1983, dans le Sud Liban, les chiites et le mouvement chiite Amal de Nabih Berri, mouvement pro-syrien, se battent contre les Israéliens. Le but de Amal est d’obtenir des pouvoirs plus étendus pour la communauté chiite, dans un Etat libanais réunifié sous l’égide syrienne. Un autre mouvement apparaît à la même époque : le Hezbollah (parti de Dieu), parti chiite pro-iranien, qui veut installer une république islamique au Liban. Dans le Chouf, l’armée israélienne décide d’un changement de stratégie et évacue la région début septembre 1983, laissant derrière elle les combattants des Forces libanaises qui ont mis à profit l’invasion israélienne pour investir le Chouf, où ils commettent des actes hostiles envers les notabilités et la population druzes. Il s’en suit « la guerre de la montagne » de septembre 1983, au cours de laquelle les druzes aidés de combattants palestiniens et d’armes envoyées par la Syrie battent les Forces libanaises aidées de la Force multinationale qui, à partir de ses porte-avions croisant le long du rivage beyrouthin, bombarde les positions druzes. Vivement critiquée pour son soutien aux Forces libanaises, la Force multinationale est victime de deux attentats le 23 octobre, l’un contre les Français (57 morts) et l’autre contre les Américains (241 morts). Dans une réaction immédiate, le président Amine Gemayel annonce son intention de ne pas ratifier l’accord du 17 mai, semant la consternation dans les rangs des Forces libanaises. La Force multinationale évacue le Liban en février 1984.

    Sur le plan diplomatique, une conférence se tient à Genève du 31 octobre au 4 novembre 1983, avec les responsables politiques libanais afin de trouver une solution à la guerre. La Syrie est représentée par son ministre des Affaires étrangères Abdel Halim Khaddam, et l’Arabie Saoudite par le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères Mahmoud Massoud, et par Rafic Hariri, homme d’affaires libano-saoudien qui a mis ses talents de négociateur et sa fortune personnelle au service de la conférence. Aucun accord n’ayant été trouvé sur les réformes et sur la cessation des hostilités, la conférence de Genève se solde par un échec. Et la guerre se poursuit avec l’intervention d’une nouvelle force : le 6 février 1984, les miliciens d’Amal, du PSP, du PSNS et du PCF, forts de la révolution iranienne et du retrait de la Force multinationale, s’emparent de Beyrouth ouest. Le président Amine Gemayel révoque l’accord du 17 mai et est reçu le 29 février 1984 avec les honneurs à Damas par le président Assad qui, la veille, a déjoué un putsch organisé par son frère Rifaat. Une nouvelle conférence est alors organisée à Lausanne du 12 au 21 mars au cours de laquelle un gouvernement d’union nationale est constitué. La déclaration finale de la conférence de Lausanne pose les fondements des futurs Accord Tripartite et Accord de Taëf. Le président Frangié s’oppose violemment à la réduction des privilèges traditionnels de la communauté maronite. Une altercation a même lieu à ce sujet entre lui et le ministre Khaddam qui se hâte de rentrer à Damas.

    Dans le même temps, Israël, pour des raisons de politique intérieure et d’intensification de la guérilla à son encontre, décide de retirer son armée du Sud Liban. Ce retrait s’effectue de janvier à juin 1985. Une zone de sécurité de 20 km de profondeur est constituée en territoire libanais, et confiée à l’armée israélienne ainsi qu’à la milice dirigée par le général libanais Antoine Lahad (devenu le chef de la milice à la suite de la mort de Saad Haddad). Profitant du départ israélien, l’OLP se réinstalle dans les camps palestiniens du Sud Liban. Quant aux chiites du mouvement Amal, ils intensifient leurs actions afin de prendre le contrôle de la totalité de Beyrouth-Ouest et se heurtent dans leur entreprise aux intérêts des druzes de Walid Joumblatt. De son côté, le Hezbollah, souhaitant l’établissement d’une république islamique au Liban (en réalité cet objectif a été très vite abandonné par le Hezbollah qui, dans un texte, évoque la singularité de la structure sociale et communautaire du Liban, et l’impossibilité d’y imposer une République islamique par la force. Dans un souci de cohérence, le Hezbollah renvoie la création de la République islamique à un avenir hypothétique, quand les conditions favorables à sa création seront réunies) et la guerre contre Israël, se bat contre Amal (qui ne veut pas de la reprise des combats avec Israël). Des affrontements ont lieu entre Amal et le Hezbollah dans la banlieue de Beyrouth et dans le Sud Liban, et sont renforcés par des prises d’otages d’Occidentaux par les mouvements pro-iraniens. La situation se complique encore le 19 mai 1985, lorsque commence la guerre des camps entre le mouvement Amal et les Palestiniens, qui, en un mois fait plus de 1 000 morts et 4 000 blessés. Ces affrontements durent jusqu’en 1988.

    L’année 1985 est également riche en bouleversements dans les régions contrôlées par les Forces libanaises. Depuis la mort de leur chef Bachir Gemayel, ces dernières vivent une transition difficile. Leur allégeance au président Amine Gemayel a été de pure forme. L’abrogation de l’Accord du 17 mai les a fait basculer dans l’opposition au nouveau régime. Le 12 mars 1985, Samir Geagea, le commandant des Forces libanaises à Jbeil (Byblos), conduit un mouvement insurrectionnel (Intifada). Il conteste le rapprochement qui s’esquisse entre les Kataëb et la Syrie à l’initiative de la nouvelle direction du parti, à la suite du décès le 29 août 1984 de son fondateur, cheikh Pierre Gemayel. Le 9 mai 1985, Geagea est renversé par Elie Hobeika qui, suite à une deuxième Intifada, prend le commandement des Forces libanaises et prône un rapprochement avec Damas. Au cours de l’été 1985, des réunions se déroulent à Damas entre les Forces libanaises dirigées par Hobeika, le PSP et Amal. Le 26 octobre 1985, un texte intitulé « Projet pour une solution nationale au Liban » est signé par les représentants des trois partis qui, au regard de la Syrie, sont les plus influents sur la scène libanaise. Ce document est rejeté par l’ensemble des maronites, par le président Amine Gemayel qui n’a pas été consulté, et par l’ancien président Frangié. Ceci n’empêche pas le texte d’être officiellement adopté à Damas le 28 décembre 1985. Il sera désormais connu sous le nom d’Accord Tripartite. Il décrète notamment : la fin de l’état de guerre, l’équilibre des pouvoirs entre chrétiens et musulmans, l’abolition du confessionnalisme et la réforme des institutions. Les dispositions posant problème aux maronites sont celles concernant l’éducation et l’information, qui doivent être remodelées de façon coordonnée avec la Syrie. La liberté du système éducatif libanais et de la presse libanaise apparaît menacée. Le 13 janvier 1986, lors d’un sommet qui le réunit avec le président syrien Assad, le président Amine Gemayel refuse d’adopter l’Accord Tripartite. Le 15 janvier 1986, une nouvelle Intifada conduite par Samir Geagea contraint Elie Hobeika à quitter le Liban. Il gagne la Syrie via Paris. Ce mouvement insurrectionnel sonne le glas de l’Accord Tripartite, mais pour un temps seulement. Il finit par s’imposer sous le nom d’Accord de Taëf à la fin de l’année 1989.

    En 1987, la Syrie se repositionne au Liban, à la demande du gouvernement libanais. L’armée syrienne s’installe à Beyrouth Ouest. Son but est de rétablir l’ordre dans le conflit qui oppose Amal et les druzes. Sur le plan politique, le président Amine Gemayel arrive en fin de mandat et de nouvelles élections se préparent pour l’été 1988, mais le Parlement n’a pas encore trouvé son successeur. Le climat politique est très tendu : le président du Conseil, Rachid Karamé, assassiné le 1er juin 1987, est remplacé par le ministre de l’Education Sélim Hoss. La Syrie, l’Irak et les Etats-Unis interviennent alors dans le choix du candidat. L’impasse est totale, les Forces libanaises rejetant tous les candidats proposés par la Syrie et par les Etats-Unis. C’est finalement le général Aoun qui est choisi pour former un gouvernement provisoire, en attendant l’élection définitive d’un président de la République. Le président du Conseil Sélim Hoss maintient néanmoins son gouvernement soutenu par la Syrie : il y a donc à la tête de l’Etat libanais deux gouvernements. La mission initiale du général Aoun est de faire élire un nouveau président de la République. Mais il s’engage dans une politique d’indépendance et d’intégrité du Liban, politique qui passe par la lutte contre les milices, et notamment les Forces libanaises qu’il attaque à partir du 14 février 1989. Il déclare également la guerre aux Syriens par la « guerre de libération » menée du 14 mars au 22 septembre 1989.
    Dans le même temps, une solution au conflit est examinée par la Ligue des Etats arabes. Trois Etats membres, le Maroc, l’Algérie et l’Arabie Saoudite tentent une médiation entre les différents acteurs libanais et la Syrie. Un accord est trouvé à Taëf, en Arabie Saoudite, le 22 octobre 1989. Le général Aoun et ses partisans refusent la mise en application de cet accord, et l’élection à la présidence de la République de René Moawad, député de Zghorta, le 5 novembre 1989, n’est reconnue ni par Michel Aoun qui se proclame président du Liban le 7 novembre, ni par Samir Geagea. Le 22 novembre, René Moawad est assassiné et Elias Hraoui, député de Zahlé, le remplace à la présidence de la République. Le général Aoun poursuit néanmoins, en janvier 1990, la guerre contre les Forces libanaises de Samir Geagea. Le 13 octobre 1990, la Syrie, décidée à mettre fin à sa résistance, bombarde son armée qui rend les armes. Aoun demande alors à ses partisans de rejoindre l’armée légale et lui-même demande asile à l’ambassade de France et part en exil à Paris.

    Syrian soldiers flash victory signs after they defeated forces loyal to General Michel Aoun 13 October 1990 in Beirut. General Aoun surrendered to the Libanese army and took refuge in the French embassy in Beirut. The Syrian military operation was the first of the repercussions of the Gulf crisis in Lebanon. RAMZI HAIDAR / AFP

    La reconstruction du Liban

    Cette reconstruction se déroule sous la tutelle syrienne, comme il en a été décidé à Taëf, et suite à la signature d’un accord entre les deux pays, le 22 mai 1991, par lequel le Liban accepte d’harmoniser sa politique extérieure et culturelle ainsi que son économie avec la Syrie. En outre, l’armée syrienne, malgré les décisions prises à Taëf, est autorisée à rester au Liban et n’est plus tenue de se replier dans la Bekaa, tant que l’armée israélienne restera dans le Sud Liban et tant que toutes les réformes constitutionnelles ne seront pas mises en place. Le gouvernement doit faire face à plusieurs défis : la reconstruction de l’Etat, la faiblesse de l’économie, avec une livre très basse et un manque d’investissement, et la question des populations déplacées. L’armée libanaise, à la tête de laquelle est nommé le général Emile Lahoud, reprend position dans le pays et désarme les milices, dont les Forces libanaises. Ces miliciens sont intégrés dans l’armée. En dépit de cette reprise de l’armée libanaise, le Sud Liban reste fragilisé par les combats menés par le Hezbollah (toujours présent dans le sud) contre Israël, et les répliques israéliennes.

    En 1992, de nouvelles élections législatives se préparent sur fond de contestation populaire, en raison de la crise économique. Après plusieurs difficultés (démissions et boycottes), les élections d’août portent à la présidence du Conseil le sunnite Rafic Hariri et à la présidence de la Chambre le chiite Nabih Berri, chef du mouvement Amal. Des députés de Amal et du Hezbollah entrent au Parlement. Elias Hraoui est toujours président de la République. De 1992 à 1994, Rafic Hariri, afin de redresser l’économie, lance une politique de reconstruction (notamment à Beyrouth) et de grands travaux. Mais il se heurte dans ses décisions au président Hraoui, qui obtient de la Syrie la prolongation de son mandat présidentiel jusqu’en 1998, à la montée en puissance de la communauté chiite, communauté la plus nombreuse, dans l’administration et à l’action de Nabih Berri. Sur le terrain, les difficultés se poursuivent avec l’ex-milice des Forces libanaises, et entre le Hezbollah et Israël. En 1994, l’ex-milice des Forces libanaises, opposée à la présence syrienne, est accusée d’avoir commis un attentat au nord de Beyrouth. La milice est dissoute et son chef, Samir Geagea est condamné à perpétuité.

    En 1995, les opérations israéliennes contre le Hezbollah reprennent dans le Sud Liban. Le Hezbollah riposte en bombardant la Galilée. En avril 1996, Israël lance alors une opération appelée « raisins de la colère » contre le Sud Liban. Mais Israël s’enlise dans cette guerre et décide le retrait total de son armée déployée dans la zone de sécurité en avril 2000. Le 24 mai, le retrait est effectué. Le sud passe alors sous le contrôle du Hezbollah à partir de ce moment. Une zone de désengagement israélien est tracée par l’ONU, proche de la frontière fixée lors de l’armistice de 1949, et le mandat de la FINUL est prolongé.
    En politique intérieure, des élections présidentielles sont organisées en octobre 1998. La Syrie impose son candidat, le général Emile Lahoud, chef de l’armée libanaise. La décision syrienne est confirmée par le vote du Parlement libanais le 15 octobre. Pour des raisons constitutionnelles, Rafic Hariri quitte son poste de président du Conseil. Il est remplacé par Sélim Hoss qui reste en fonction jusqu’en octobre 2000.

    Les années 2000

    Le retrait israélien de la zone de sécurité située au Sud Liban le 24 mai 2000 ainsi que la mort du président syrien Hafez al-Assad le 10 juin 2000 (son fils Bachar al-Assad lui succède) modifient la donne au Liban. La contestation populaire dénonce les difficultés économiques, les abus électoraux et la présence syrienne. Des manifestations d’étudiants se déroulent de la fin 2000 au début 2001 et expriment le malaise de la société libanaise. Au niveau politique, les élections législatives de septembre 2000 confirment le rôle de l’opposition, c’est-à-dire de Rafic Hariri et du druze Walid Joumblatt. A la suite de ces élections législatives, Sélim Hoss est remplacé à la présidence du Conseil par Rafic Hariri. La contestation à la présence syrienne se poursuit. De nombreuses personnalités politiques et religieuses, tant chrétiennes (qui se regroupent dans le Rassemblement de Qornet Chehwane constitué en avril 2001), que druzes (avec Walid Joumblatt) demandent le retrait syrien.

    A la suite des attentats du 11 septembre 2001, du changement de politique de l’administration Bush à l’encontre des « rogue states », la Syrie se retrouve au banc des accusés : la diplomatie américaine lui reproche son ingérence sur le Liban et la diplomatie française dénonce les manœuvres syriennes contre Rafic Hariri. A l’été 2004, les présidents Bush et Chirac portent l’affaire devant l’ONU. Le conseil de sécurité vote, par la résolution 1559 du 2 septembre 2004, le retrait de l’armée syrienne, le désarmement des milices (dont le Hezbollah), et la tenue d’élections libres, c’est-à-dire sans influence syrienne. Dans le même temps, alors que le mandat du président Emile Lahoud arrive à expiration à l’automne 2004, la Syrie oblige le Parlement libanais à voter un amendement constitutionnel afin de prolonger le mandat du président jusqu’en 2007. Plusieurs députés s’opposent à cette décision et Rafic Hariri démissionne le 20 octobre 2004. Il est remplacé par Omar Karamé.

    Le 14 février 2005, Rafic Hariri est assassiné, et sa mort suscite une cohésion nationale de très grande ampleur. Des manifestations s’organisent à Beyrouth, dont la plus importante, le « printemps de Beyrouth », réunit le 14 mars 2005 un million de personnes. Les Libanais accusent la Syrie d’être l’instigatrice de l’assassinat de Rafic Hariri et demandent la tenue d’élections législatives libres. Devant ces pressions, le gouvernement libanais pro-syrien démissionne et le gouvernement syrien annonce le retrait des troupes syriennes pour le mois d’avril 2005. Quant à l’ONU, elle décide l’envoi d’une commission d’enquête sur l’assassinat de Rafic Hariri, appelée commission Mehlis, et qui devient la commission Brammertz en 2006. Il est demandé une coopération de la Syrie à ces commissions par la résolution 1636 du 31 octobre 2005. De son côté, le Hezbollah appelle le 8 mars 2005 à une manifestation afin de remercier la Syrie pour son intervention depuis 1976 et l’aide apportée au Liban face à Israël. Cette manifestation rassemble 800 000 personnes.

    Majority leader Saad Hariri, seated in front of a portrait of his late father, Lebanon’s former premier Rafiq Hariri, addresses supporters in the northern Lebanese city of Tripoli on February 9, 2008. Lebanon has also been without a head of state since November because of the long-running crisis pitting the Western-backed majority headed by Saad Hariri against the Hezbollah-led opposition. AFP PHOTO/HO/DALATI AND NOHRA

    Les élections législatives se déroulent du 29 mai au 19 juin 2005. Plus que la victoire de partis politiques, les élections mettent en évidence la victoire de personnalités : Saad Hariri, fils de Rafic Hariri, remporte Beyrouth et les régions sunnites ; Walid Joumblatt remporte le Chouf ; le Hezbollah et Amal, réunis dans la même liste remportent le sud ; Saad Hariri et le général Aoun, rentré d’exil, se partagent le Mont Liban. Le président de la République Emile Lahoud nomme l’ancien ministre des Finances Fouad Siniora président du Conseil et Nabih Berri reste président de la Chambre. Pour la première fois, deux ministres du Hezbollah entrent au gouvernement. Ce mouvement est toujours présent au Sud Liban, et le gouvernement de Fouad Siniora subit la pression du gouvernement américain, pour qui le Hezbollah fait partie des organisations terroristes. L’enquête concernant l’assassinat de Rafic Hariri se poursuit également : le rapport de la commission Mehlis, remis en octobre 2005, implique des proches de Bachar al-Assad et des personnalités libanaises proches d’Emile Lahoud. Ils sont tous arrêtés. L’ONU propose en outre en décembre 2005 de former un tribunal international afin de juger les responsables de la mort de Rafic Hariri. Cette décision de l’ONU provoque la démission de six ministres pro-syriens en novembre 2006. En parallèle à ces enquêtes afin de déterminer les commanditaires de l’assassinat de Rafic Hariri, des personnalités libanaises connues pour leur lutte contre la Syrie sont assassinées.

    A l’été 2006, le Liban est à nouveau confronté à un conflit. Le 12 juillet, à la suite de l’emprisonnement par le Hezbollah de deux soldats israéliens se trouvant à la frontière israélo-libanaise, Israël riposte : la guerre Israël-Hezbollah commence. Le conseil de sécurité de l’ONU vote la résolution 1701 le 12 août 2006, qui met fin au conflit et décide l’envoi de la FINUL II au Sud Liban, à côté de l’armée libanaise. Cette guerre cristallise les oppositions politiques, avec d’un côté le Hezbollah chiite, Amal et le général Aoun (qui s’est rapproché du Hezbollah à son retour au Liban en 2005) et de l’autre côté le gouvernement de Fouad Siniora et ses soutiens sunnites, druzes et maronites. De nombreuses questions non encore résolues attisent les difficultés : le tribunal international, le désarmement du Hezbollah, la fin de la présidence d’Emile Lahoud dont le mandat prend fin en novembre 2007, la gestion des relations avec les Etats-Unis, la France et la Syrie. Dans le domaine politique, le Hezbollah et ses alliés, souhaitant pérenniser leur position, demandent qu’un gouvernement d’union nationale soit constitué. Afin de faire pression sur le gouvernement, l’opinion publique, à l’appel du Hezbollah, organise des manifestations et des sit-in dans le centre de Beyrouth. Ces manifestations populaires exacerbent les tensions dans une société déjà fragilisée. Des affrontements armés et meurtriers éclatent de mai à septembre 2007 dans le camp de Nahr al-Bared à Tripoli entre le Fatah al-Islam (nouveau mouvement apparu fin 2006) et l’armée libanaise. Enfin une crise politique achève de paralyser le Liban. Le Parlement, alors que s’achève le mandat du président Emile Lahoud en novembre 2007, n’arrive pas élire à la majorité absolue son successeur et le Liban reste 6 mois sans président. Il faut 14 tours de scrutin avant que le Parlement n’élise le 25 mai 2008 un nouveau président, le général Michel Sleimane, commandant en chef de l’armée libanaise. Fouad Siniora est reconduit au poste de président du Conseil. Il forme le 11 juillet, après de nombreuses tractations, un gouvernement de 30 ministres : 16 appartiennent à la majorité anti-syrienne, 11 au Hezbollah, 3 sont nommés par le président Sleimane et 1 par le président du Conseil, Nabib Berri. L’objectif de ce nouveau gouvernement, est, outre de ramener le calme et la confiance, de préparer les élections législatives qui doivent se tenir au printemps 2009.

    Dans le même temps, la question de la guerre de 2006 entre le Hezbollah et Israël revient sur le devant de la scène au Liban. En janvier 2008, la commission d’enquête israélienne rend ses conclusions sur le conflit, qui a fait 1200 morts libanais et 163 morts israéliens. Le rapport met en avant des « manquements et défaillances dans le processus de décision ». Dans le même dossier, le chef de la sécurité du Hezbollah, Imad Moughnieh, est assassiné à Damas le 12 février. Cet acte est vivement critiqué par le Hezbollah, qui met en cause l’implication d’Israël. Le 14 février, alors que les obsèques d’Imad Moughnieh se déroulent à Beyrouth, auxquels participent les partisans du Hezbollah, le troisième anniversaire de la mort de Rafic Hariri, qui réunit les partisans de la coalition anti-syrienne, est également commémoré.

    A la suite de la nomination du nouveau gouvernement, des affrontements se poursuivent en juillet et en août 2008 dans la ville de Tripoli, entre des sunnites, membres de la coalition anti-syrienne et des alaouites, pro-Hezbollah. Ce climat de tension se poursuit alors même que le Président Sleimane organise le 16 septembre un « dialogue national » entre les différents partis politiques, afin de parvenir à une réconciliation entre la coalition anti-syrienne et le Hezbollah.

    En 2009, le Tribunal Spécial pour le Liban s’ouvre aux Pays-Bas le 1er mars. Il est chargé par l’ONU (résolution 1664) de juger les responsables des attentats commis au Liban, dont ceux de l’attentat commis contre le Premier ministre Rafic Hariri. Sur le plan de la politique intérieure, les élections législatives se déroulent comme prévu au printemps : le 7 juin, elles sont remportées à la majorité absolue (71 sièges sur 128) par la coalition anti-syrienne menée par le sunnite Saad Hariri, fils de Rafic Hariri, composée des partisans de Saad Hariri, des druzes de Walid Joumblatt, des Forces libanaises de Samir Geagea et des Phalanges d’Amine Gemayel. La coalition minoritaire composée du Hezbollah chiite, des partisans de Michel Aoun et d’Amal remporte 57 sièges. Le 27 juin, succédant à Fouad Siniora, Saad Hariri est nommé Premier ministre par le président Sleimane. Il est chargé de constituer le nouveau gouvernement, mais sa tâche est rendue difficile par les demandes du Hezbollah de constituer un gouvernement d’union nationale. Un accord entre les deux parties décide alors de composer le futur gouvernement par 15 ministres de la majorité, par 10 ministres de la minorité et par 5 ministres proposés par le président de la République. Le 7 septembre, Saad Hariri présente au président Sleimane un gouvernement d’union nationale, mais qui est refusé par la coalition minoritaire, celle-ci voulant choisir elle-même ses ministres. Le 10 septembre, devant les difficultés rencontrées, Saad Hariri renonce à former un gouvernement d’union nationale et démissionne de ses fonctions. De nouvelles consultations parlementaires doivent être organisées afin de nommer un nouveau Premier ministre.

    Bibliographie :
    Jean-Pierre ALEM, Le Liban, PUF, Paris, 1968, 126 pages.
    Denise AMMOUN, Histoire du Liban contemporain, 1860-1943, Fayard, Paris, 1997, 528 pages.
    Denise AMMOUN, Histoire du Liban contemporain, 1943-1990, Fayard, Paris, 2005, 1010 pages.
    André BOURGEY, Philippe DROZ-VINCENT, Elisabeth PICARD, "Liban", Encyclopédie universalis 2009.
    Anne-Lucie CHAIGNE-OUDIN, La France dans les jeux d’influences en Syrie et au Liban, 1940-1946, L’Harmattan, Paris, 2009, 256 pages.
    Henry LAURENS, L’Orient arabe à l’heure américaine, de la guerre du Golfe à la guerre d’Irak, Hachette Littératures, Paris, 2008, 452 pages.
    Site de la Documentation française, chronologie internationale, Moyen-Orient.

  • Qatar - 01/02/10

    Le protectorat britannique

    Village traditionnel du Qatar
    Crédit photo : M.C. Vignal-Souleyreau

    Après le départ des Portugais en 1538 (région du Golfe), Qatar est rattaché à l’Empire ottoman, mais ce rattachement n’a que peu d’influence. Au XVIIIème siècle, Qatar est convoité par les cheikhs de la famille al-Khalifa de Bahreïn, qui occupent Zubarah au nord. Mais les Qataris contestent l’autorité de Bahreïn et des guerres éclatent avec le cheikh de Bahreïn Muhammad Ibn al-Khalifa. Afin de juguler ces désordres qui pourraient nuire à la sécurité de la route des Indes, les Britanniques interviennent : en septembre 1868, ils destituent le cheikh de Bahreïn et le remplacent par son frère Ali Ibn al-Khalifa et lui demandent de financer la reconstruction du Qatar.

    Fort de Zubara datant du XIXeme siècle
    Crédit photo : M.C. Vignal-Souleyreau

    Le 12 septembre 1868, au Qatar, le cheikh Muhammad Ibn Thani signe un traité avec les Britanniques par lequel il renonce à faire la guerre sur mer et accepte d’entretenir de bonnes relations avec Bahreïn. En 1872, le fils de Muhammad Ibn Thani, Qasim, accepte une alliance avec les Ottomans, et ce contre la volonté de son père, plaçant Qatar sous la tutelle turque. Qasim devient cheikh en 1878, à la mort de son père, et entreprend d’unifier le Qatar, qui se composait à l’époque des deux villes de Doha à l’est et de Wakrah au sud-est. L’ensemble du Qatar, sauf Zubarah occupé par Bahreïn, passe alors sous l’autorité de la famille al-Thani. En 1913, le fils de Qasim, Abdallah Ibn Qasim al-Thani lui succède. Pendant la Première Guerre mondiale, les Ottomans présents au Qatar se rendent aux Britanniques, et ces derniers signent un traité le 3 novembre 1916 avec le cheikh Abdallah Ibn Qasim al-Thani, qui place Qatar sous protectorat britannique. En 1937, la ville de Zubarah occupée par Bahreïn est reprise par Qatar. En 1949, le cheikh Ali Ibn Abdallah al-Thani remplace son père Abdallah qui abdique en sa faveur et meurt en 1956.

    A partir du milieu du XXème siècle, les Britanniques se recentrent sur la région du Golfe, à la suite de la crise de suez, où ils renforcent leur présence militaire. Mais en 1969, le gouvernement britannique annonce son intention de quitter la région en 1971 pour des raisons budgétaires, tout en indiquant vouloir aider les sept émirats (qui formeront les Emirats Arabes Unis), Bahreïn et Qatar à assurer leur sécurité par la création d’une fédération. Une conférence réunit le 25 février 1968 les neuf cheikhs au cours de laquelle les bases d’une fédération sont jetées. Cette conférence est suivie par d’autres, mais les négociations afin d’en définir les modalités (emplacement de la capitale, choix du président de la fédération, modalités de vote et nombre des représentants de chaque émirat) révèlent les désaccords entre les différents émirats. D’autre part, la mise en application de ce projet est lié à l’évolution politique de la région : en avril 1970, l’Iran renonce à revendiquer Bahreïn, et en juillet un coup d’Etat est réalisé à Oman par le fils du roi. Ces événements modifient la nécessité de créer une fédération, car ils assurent aux émirats du Golfe la sécurité : Bahreïn, qui n’est plus menacée par l’Iran, remet en question les décisions acceptées auparavant, et le changement de pouvoir à Oman assure aux émirats du Golfe une protection contre les incursions venant du sud Yémen.

    Oeuil du Qatar
    Crédit photo : M.C. Vignal-Souleyreau


    En 1970, le nouveau gouvernement conservateur britannique arrivé au pouvoir en juin décide de maintenir la décision du gouvernement travailliste de quitter la région en 1971. Cette décision relance les négociations afin de faire aboutir la fédération. Mais aucun accord n’est trouvé, et l’idée d’une fédération à neuf échoue avec la proclamation par Bahreïn de son indépendance le 15 août 1971, suivie par celle du Qatar le 1er septembre.

    Sur le plan économique, Qatar, comme les autres émirats du Golfe, vit de la pêche des perles, de la pêche des poissons et de la construction navale. La crise de 1929 et le développement des perles de cultures japonaises, moins chères que les perles naturelles du Golfe, entrainent le déclin progressif de cette activité. A la fin des années 1930, la découverte et l’exploitation du pétrole ont une très forte incidence sur l’économie du Qatar. Le pétrole est découvert en 1939 dans la région de Dukhan à l’ouest de la péninsule, mais en raison du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, son exploitation ne commence qu’en 1949.

    La politique intérieure de Qatar de 1971 à nos jours

    Le cheikh Khalifa Ibn Hamad al-Thani, qui accède au pouvoir en février 1972, donne une impulsion à la politique du Qatar, par la création la même année d’un Conseil consultatif (Parlement) composé de 20 membres. Modifié en 1975, le Conseil comprend 30 membres. En juin 1995, le cheik est renversé par son fils Hamad Ibn Khalifa al-Thani mais celui-ci poursuit les réformes politiques entamées par son père : une femme est nommée ministre de l’Education en 2003, une constitution entre en vigueur en 2005 et le Conseil est porté à 45 membres, dont les deux tiers sont élus au suffrage universel et le tiers restant choisis par le cheikh. Ces changements politiques sont à rapprocher, entre autres, des évolutions économiques consécutives à l’exploitation du pétrole et des mutations sociales qui en sont le corollaire.

    Les réalisations économiques

    Qatar produit du pétrole et du gaz. Outre la région de Dukhan, trois gisements offshores sont découverts dans les années 1950 à l’est de Qatar. La production de ces différents gisements était de 570 000 barils par jour en 1973 et de 900 000 barils par jour en 2007. Qatar est également producteur de gaz, et dispose de la plus grande réserve de gaz naturel du monde, celle du gisement offshore de Norh Dome (6000 km2) dont l’exploitation en fait le premier exportateur mondial de gaz liquéfié. Les deux sociétés, Qatargas et Rasgas, produisent 49 milliards de m3 de gaz naturel liquéfié en 2006 (contre 24 milliards en 2000).

    Vue de Doha
    Crédit photo : G. Faure

    Qatar se diversifie également dès les années 1970 dans l’activité industrielle. Dans le complexe industriel d’Umm Saïd au sud de Doha, plusieurs usines sont ouvertes : une usine d’engrais azotés, une aciérie et un complexe pétrochimique. Dans la zone industrielle de Messaied, une fonderie d’aluminium sera construite d’ici à 2010 ainsi qu’une usine de production d’ammoniac et d’urée courant 2011.
    Dans le domaine agricole, même si Qatar doit importer des produits alimentaires, il cultive néanmoins des légumes et fait de l’élevage de volaille ainsi que de l’élevage de bovins pour la production laitière.

    Dans le domaine des infrastructures, plusieurs projets sont en cours de réalisation : nouvel aéroport en 2012, construction d’un port et d’une zone franche en 2010, construction d’un pont de 40 km reliant Qatar et Bahreïn dont la mise en service est prévue pour 2013.

    Les transformations de la société

    Musée d’arts islamiques de Doha
    Crédit photo : G. Faure

    La population est à majorité sunnite de rite wahhabite. Mais les revenus pétroliers et les transformations économiques ont bouleversé cette société traditionnelle. Afin de répondre à ces nouvelles réalisations économiques, de la main d’œuvre étrangère, originaire d’Asie pour la plupart, s’est installée au Qatar. En 1985, les Asiatiques représentent 75% de la main d’œuvre étrangère, ce qui a sensiblement augmenté la population du Qatar (372 millions en 1986 et estimation de 550 millions en 1993). La majorité de la population vit dans les villes, portant le taux d’urbanisation à 90%.

    Des réalisations sont faites sur le plan social, notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation : soins médicaux gratuits pour tous, nombreux centres hospitaliers, création d’écoles pour garçons et pour filles dans les années 1950 et d’une université en 1977, création du Conseil de l’Education en 2002 mettant en place les réformes éducatives et scolaires.

    Politique extérieure

    Musée d’arts islamiques de Doha
    Crédit photo : G. Faure

    Qatar est très impliqué dans les relations régionales et internationales.
    Sur le plan régional, Qatar assure en 2003 la présidence de l’organisation de la conférence islamique, accueille le sommet du Conseil de coopération des Etats arabes du Golfe de décembre 2007, Conseil dont il assure la présidence en 2008. Enfin, il accueille en mars 2009 le sommet de la Ligue des Etats arabes. Qatar poursuit une politique d’équilibre régional avec les Etats arabes. Le conflit israélo-palestinien est notamment une de ses préoccupations. Assurant son soutien à l’autorité palestinienne, à qui il apporte son appui financier, Qatar reçoit également des personnalités israéliennes en visite officielle : Shimon Pérès en janvier 2007, ainsi que la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni les 13 et 14 avril 2008 lors de la Conférence de Doha sur la démocratie, le développement et le libre échange. Qatar intervient également dans les difficultés rencontrées au Liban, lors du conflit qui l’a opposé à Israël en juillet 2006, par sa participation militaire à la FINUL et par son aide financière. Il propose également une médiation dans la crise politique et institutionnelle qui secoue le Liban en 2007-2008. Une conférence réunit les représentants des factions politiques libanaises le 21 mai 2008 à Doha et permet de trouver une issue à la crise. Qatar normalise également ses relations avec Bahreïn concernant le contentieux territorial sur les îles Hawar en mars 2001 et se rapproche de l’Arabie Saoudite. Avec l’Iran dont il surveille l’évolution, comme les autres Etats de la région, Qatar maintient de bonnes relations. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad participe notamment au sommet du Conseil de coopération des Etats arabes du Golfe de décembre 2007.
    Sur le plan international, Qatar accueille en 2001 la conférence de l’OMC et est, en 2006 et 2007, membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Qatar entretient également des relations avec les Etats-Unis dans le domaine militaire. Des accords sont signés en 1992, en 1996 et en 2002, qui permettent aux Etats-Unis d’avoir des bases militaires et aériennes au Qatar.

    Bibliographie
    Salem AL-JABIR AL-SABAH, Les Emirats du Golfe, histoire d’un peuple, Fayard, Paris, 1980, 261 pages.
    André Bourgey, « Qatar », Encyclopédie Universalis, 2008.
    Le Monde, "Etats du Golfe, la renaissance arabe", hors-série février-mars 2009, 98 pages.
    Site du ministère des Affaires étrangères, Qatar, présentation du Qatar.

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