Décryptage de l'actualité au Moyen-Orient
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Comptes rendus d’ouvrages

  • Wilfred Thesiger, Le Désert des Déserts - 27/09/18

    Né en 1910 en Ethiopie, Wilfred Thesiger se découvre au cours d’une enfance africaine la vocation d’explorateur dans un monde trop vieux pour le lyrisme qui s’y attacha longtemps. Dans le temps de l’après-guerre (1945 à 1950) où il réalise les expéditions au sud de l’Arabie relatées dans Le Désert des Déserts (1959), le temps n’est plus à l’exaltation des Lawrence d’Arabie, dont on commence du reste à soupçonner fort justement l’attitude. Les vieux empires coloniaux commencent à s’effriter, et avec eux la candeur cruelle de ceux qui s’en étaient baptisés les « pionniers » entrait dans une longue crise de conscience dont les plaies vives nous parviennent encore.

  • Raphaël Millet, Le cinéma au Liban / Cinema in Lebanon - 20/09/18

    Raphaël Millet est critique de cinéma, mais aussi producteur et réalisateur. Il a beaucoup travaillé sur le cinéma de la Méditerranée et d’Asie, et publie en 2017 aux éditions libanaises Rawiya un ouvrage bilingue (français/anglais) consacré à l’histoire du cinéma au Liban. Son étude remonte aux origines du cinéma au Liban, et met en lumière les liens qui tissent la cinématographie arabe à la cinématographie égyptienne, rendant ainsi hommage aux grandes productrices libanaises en Égypte dans les années 1930, comme aux cinéastes les plus récents de l’industrie, encore « bancale », du pays du Cèdre.

  • Abdelfattah Kilito, La Langue d’Adam - 13/09/18

    Dans quelle langue les Arabes pensaient-ils que le premier homme parlait ? En 1990, Abdelfattah Kilito, écrivain et universitaire marocain alors déjà à la tête de plusieurs ouvrages en arabe et en français, dont une étude de référence sur le genre littéraire des séances (maqâmât) (1), était invité par André Miquel à donner une série de quatre conférences au Collège de France, à Paris. Il s’y agissait d’explorer la question de l’origine des langues et du statut de l’arabe dans la littérature classique. La somme de ces leçons fut donnée à lire en 1995 sous le titre La Langue d’Adam. Ce court essai, complété par dix brèves études consacrées aux heurs et malheurs du livre chez les Arabes et ailleurs, part selon un usage bien établi chez son auteur d’une question faussement naïve révélant petit à petit son étonnante densité.

  • Jacques Berque – Musiques sur le fleuve. Les plus belles pages du Kitâb al-Aghâni - 07/09/18

    Ultime projet achevé de Jacques Berque (1910-1995), anthropologue et sociologue du monde arabe, la traduction d’une anthologie de textes issus du Kitâb al-Aghâni (Livre des chansons) d’Abu’l-Faraj al-Açfahânî offre au lecteur francophone une promenade initiatique dans l’une des œuvres maîtresses de la littérature arabe classique. La tâche, prévient Berque d’entrée de jeu, n’est pas envisagée sous l’angle académique : « L’érudit se résigne trop facilement à la fréquentation des morts. (…) L’humaniste, en revanche, ne se console pas d’avoir perdu pour toujours leur visage en deçà des traces refroidies qu’il interroge (…). Aussi le voit-on chercher, aux failles des documents, de ces détails menus qui lui permettront, croit-il, de faire resurgir une vie et une œuvre singulières, que l’utilisation des doctes avait peut-être jusqu’alors méconnues (1). »

  • Mohammad Khodayyir, Le Royaume noir et autres nouvelles - 16/08/18

    Quelle est cette femme enceinte qui s’abandonne au mouvement frénétique des flagellants de Kerbala ? Ces enfants unis par les langues animales qu’ils s’inventent ? Cette famille autour de l’âtre, réunie par l’art consommé du conte et l’attente d’un soldat dont la permission tarde à venir ? Les personnages de Mohammad Khodayyir, écrivain irakien (1942 - …), sont de ces créatures spectrales dont la dense présence se double systématiquement d’une dérobade. Professeur, romancier (Basriade, 1996), Khodayyir a commencé son œuvre par deux recueils de nouvelles, Le Royaume noir (1972) et Celsius 45 (1972), dont les textes se trouvent mêlés dans cette traduction. Au temps de l’émergence d’une génération marquante d’auteurs irakiens décrivant la dévastation causée par des décennies de guerres et de privation (Inaam Kachachi, Sinan Antoon, Ahmed Saadawi…), on découvre dans ce volume de quoi glaner quelques nuances sur le temps mythifié du miracle économique des années 1970 : la société décrite par Khodayyir est en proie à toutes les difficultés, et déjà installée dans le halo de tragédie que l’on désespère aujourd’hui de voir se dissiper. L’univers de Khodayyir, parce qu’il est habité au sens le plus fort du terme, est pourtant ponctué d’échappées lumineuses : le merveilleux et la mystique s’y invitent à la table du manque, et des splendeurs de toutes sortes se fraient un passage dans le lit du quotidien, le tout formant un tonique voyage où des figures du drame s’agrippent à leur imaginaire comme à une planche de salut. Reflet des audaces formelles de leur époque, les nouvelles mélangent savamment l’archaïque et le mythique avec la narration discontinue ou cinématographique (voir « Les trains de nuit ») (1). L’œuvre mérite donc amplement une redécouverte.

  • Naguib Mahfouz, L’organisation secrète et autres nouvelles - 25/07/18

    C’est toujours avec circonspection qu’on aborde le remodelage par un éditeur de l’œuvre d’un auteur traduit. Depuis L’Amour au pied des pyramides (1997, traduction de Richard Jacquemont), Actes Sud a multiplié les anthologies de nouvelles de Naguib Mahfouz, reprenant parfois le titre de tel recueil pour mieux s’échapper vers tel autre, émancipées de la chronologie et des choix initiaux. Dans ce nouveau volume traduit par Martine Houssay, le prix Nobel 1988 de littérature se donne ainsi à découvrir à contretemps, avec d’abord un choix de textes tardifs empruntés au recueil-titre de 1984, puis un retour vers le Mahfouz des années 1960 (Le Monde de Dieu, Le Bistrot du chat noir, Une maison de mauvaise réputation…). On se prend finalement au jeu, qui finit par prendre un tour amène, celui de l’examen d’une carotte de glace laissant paraître strate par strate les menues variations de climat à travers les décennies, et surtout la formidable cohérence de l’œuvre mahfouzienne qui inlassablement développe ses motifs par légers déplacements de point de vue. Métaphysicienne et triviale, cosmogonique et rivée au détail, l’écriture du grand maître de la prose égyptienne se laisse comme nulle part percevoir dans ce kaléidoscope.

  • Dominique Eddé, Edward Saïd, le roman de sa pensée - 18/07/18

    En vingt-trois chapitres tressés de pudeur et d’émotion, l’ouvrage que consacre Dominique Eddé au grand compagnon amoureux et intellectuel de son existence, le Palestino-Américain Edward Saïd, fait justice à la complexité d’une pensée mal connue en France. Le coup de tonnerre que fut la parution d’Orientalism en 1978 (et de sa traduction française, L’Orientalisme en 1980) est en effet de ces évènements de l’histoire des idées dont la décisive influence au long cours se double secrètement d’une puissante force d’occultation. Appelons saïdisme la vulgate réductrice issue de cet unique livre, qui en rend les thèses ou leur ombre disponibles à ces débats épuisés de simplisme entre oui et non dont se désole la romancière libanaise. On connaît la place de choix de cette curieuse doctrine dans l’inépuisable polémique entre les deux rives de la Méditerranée. On s’aperçoit à lire Dominique Eddé que c’est pour mieux dénier à ce penseur à la personnalité complexe et aux écrits subtils la part énorme du mélomane et du musicologue habité par le contrepoint, l’entretien entêté et conflictuel avec quelques auteurs choisis, Joseph Conrad en tête, Vico, Fanon, Foucault, Adorno et tant d’autres à sa suite. Enfin, ce saïdisme met sous le boisseau la forge d’un style unique, mêlant aux classiques le journal de la veille et à la rigueur académique l’excentricité créatrice. Avec juste ce qu’il faut d’incursions intimes pour qu’il nous soit permis de traverser cette pensée comme un jardin plutôt qu’un désert, Dominique Eddé fait amplement justice à ces facettes, dialoguant avec toutes sans rien leur épargner de lucidité critique.

  • Mahfouz au temps des officiers - 21/06/18

    Lorsque le coup d’état des Officiers libres éclate en juillet 1952 en Egypte, le romancier Naguib Mahfouz (1911-2006) vient d’achever l’écriture de sa trilogie cairote, qui couvre toute l’histoire de l’Égypte de la Première à la Seconde Guerre mondiale. Cette œuvre qui écrase tout le reste de la production de son auteur, pourtant foisonnante et multiple, pour une grande partie du public européen, ne sera publiée que quelques années plus tard, en 1956. Elle est en vérité, à la charnière de l’œuvre mahfouzienne, une ligne de partage entre deux moments structurants : l’époque des grands romans réalistes comme Zuqâq al-Midaq (Passage des miracles en traduction française) et celle, plus cryptée, des romans dont il sera ici question. Œuvre de la reconnaissance, puisque Mahfouz obtiendra grâce à elle le Prix de l’Etat égyptien pour la littérature 1958, cette trilogie écrite avant Nasser obombre néanmoins la singulière attitude de l’écrivain face au nouveau régime : d’abord le silence, de 1952 à 1959, où Mahfouz vit de scénarios de films et publie finalement le grand-œuvre longuement resté dans ses tiroirs ; ensuite, le développement d’une esthétique allusive qui donne lieu à l’une des périodes les plus riches de son œuvre. Une promenade s’impose donc parmi les romans du Mahfouz « symbolique » ou « philosophique », selon les termes un peu convenus de la critique, dont on espère ressortir avec quelques clés de déchiffrement.

  • « L’amour de ce monde fait pour décevoir ». Compte rendu de l’ouvrage de Salam Al-Kindy, Le Voyageur sans Orient - 15/06/18

    Sous l’intitulé significatif de pré-islamique, ou encore celui de jâhiliyâ (temps de l’ignorance de Dieu) dont nous héritons du Coran, on regroupe communément toute la civilisation des Arabes avant 622, et en particulier la très grande tradition poétique de langue arabe qui donna notamment les Mu‘allaqât (Suspendues), longs poèmes à structure fixe qu’on prétendit tantôt accrochés sur la ka‘ba mecquoise tant leur excellence méritait d’être notoire, tantôt et plus vraisemblablement comparés à des colliers suspendant des pierres parfaites. Reste, on le voit, que la définition en est négative : est jâhiliyâ ce qui n’est pas encore islamique. Comme le dit justement Salam Al-Kindy, originaire de Mascate (Oman) et auteur du Voyageur sans Orient (Sindbad/Actes Sud, 1998), « l’Islam leur manque (1). »
    Ce livre déjà vieux de vingt ans, d’une implacable érudition, propose donc le défi intellectuel particulièrement ambitieux de ne pas considérer la poésie de la jâhiliya – ni la philosophie qui la sous-tend, et dont l’auteur entend montrer la profondeur – à partir de ce manque mais, tout au contraire, dans sa singulière présence et son inédite tournure de pensée.

  • Compte rendu de lecture de l’ouvrage de Kaoutar Harchi, Je n’ai qu’une langue, ce n’est pas la mienne - 04/05/18

    Si l’on admet volontiers que les plis des langues cachent les dissensions des hommes qui les parlent, la littérature semble tout aussi communément retranchée des aléas du commerce courant de l’écrit, abritée dans l’écrin de la forme dont elle poursuit l’achèvement, protégée de la violence du monde par ses règles autonomes que l’on voudrait rigoureusement esthétiques. Or, tout un monde tourne autour des textes littéraires, aux traits bien plus familiers, et c’est de cela, rien que de cela qu’il s’agit ici. Le cas de l’écrivaine Assia Djebar et des quatre écrivains Kateb Yacine, Rachid Boudjedra, Kamel Daoud et Boualem Sansal sont envisagés à rebours de ce lieu commun par la sociologue et romancière Kaoutar Harchi, qui s’emploie dans le sillage des Règles de l’art (1) de Pierre Bourdieu à examiner les conditions sociales dans lesquelles s’inscrit l’écriture littéraire.

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