Décryptage de l'actualité au Moyen-Orient
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Turquie

  • De la Syrie à la Libye, la Turquie sur tous les fronts : résumé et analyse. Première partie : en Syrie, un statu quo défavorable aux Kurdes syriens - 23/01/20

    L’intervention aura lieu « au sol, sur mer et dans les airs si nécessaire ! » (1). Ainsi s’est exprimé le Président turc Recep Tayyip Erdoğan le 28 novembre 2019, après avoir signé un accord de coopération militaire et économique avec le Gouvernement d’accord national (GAN) de Faïez el-Sarraj.

    De fait, le Président turc fait ici référence à un engagement militaire contre les forces du maréchal Khalifa Haftar qui, basé à Tobrouk, en Cyrénaïque, menace directement le nord-ouest du pays sous contrôle du GAN, basé à Tripoli. Le gouvernement turc soutient en effet le gouvernement de Faïez Sarraj, à l’instar du Qatar notamment ; l’Egypte, les Emirats arabes unis ou encore la Russie soutiennent, quant à eux, le gouvernement de Tobrouk.

    Cette promesse d’intervention militaire, ainsi que les envois de premiers contingents sur place, ont suspendu les opérations militaires turques dans le nord-est syrien, dont la presse internationale ne fait plus guère mention. La Turquie réalise pourtant ici un audacieux pari : passer d’une offensive en Syrie dont l’investissement militaire s’est avéré particulièrement substantiel pour les forces armées turques, à une nouvelle opération militaire annoncée comme majeure dans un pays très éloigné géographiquement du territoire turc et, par extension, de ses bases militaires.

    Cet article va donc s’attacher, dans un premier temps, à revenir sur la situation actuelle dans le nord-est syrien, tant militairement que politiquement (première partie), avant de traiter le basculement militaire turc du Rojava (2) vers la Libye, en exposant les tenants et aboutissants de la décision turque et les modalités de son engagement au profit du GAN (deuxième partie).

  • Entretien avec Bernard Besson à l’occasion de la parution de son roman historique « Marina et les dieux » - 22/01/20

    Claudine Serre, historienne, ancienne diplomate, interroge Bernard Besson, ancien du renseignement, sur son roman historique « Marina et les dieux », paru aux Editions L’Harmattan (novembre 2019), et dont l’intrigue se déroule en Egypte, en Syrie et en Turquie au IVème siècle après Jésus-Christ.

  • Comprendre la crise libyenne (2019-2020) : contexte diplomatique, enjeux sécuritaires et intérêts gaziers autour des accords turco-libyens - 10/01/20

    La Turquie a annoncé le 2 janvier 2020 (1) son intention d’envoyer des troupes sur le territoire libyen en soutien au gouvernement de Fayez El-Sarraj siégeant à Tripoli, qui subit de multiples offensives des forces du Maréchal Haftar depuis novembre 2019. Cette annonce fait suite à plusieurs mois de tractations diplomatiques entre Ankara et Tripoli, observées avec attention par les autres puissances de la région, dont l’Algérie qui a reçu Fayez El-Sarraj ainsi que le ministre turc des Affaires étrangères le 6 janvier pour tenter d’enrayer la « crise libyenne » (2).

  • L’insurrection du mont Ararat (1926-1931), ou la consécration des rébellions nationalistes kurdes de l’entre-deux-guerres - 27/12/19

    Indélogeables : vague d’assaut après vague d’assaut, les Kurdes retranchés dans le relief escarpé du mont Ararat, en Turquie, déferont les offensives terrestres de l’armée turque, jusqu’à ce que cette dernière développe ce qui était jusqu’alors l’embryon de son armée de l’air. Les bombardements aériens intensifs que subiront consécutivement les combattants kurdes finiront par avoir raison de leur résistance.

    De fait, sans le développement et l’usage de l’arme aérienne par Ankara, les Kurdes auraient certainement résisté davantage de temps encore que les trois années durant lesquelles ils auront tenu tête à l’armée turque, et pendant lesquelles ils auront fondé une nation kurde éphémère mais qui fera date : la République de l’Ararat.

    Eclipsée par les rébellions victorieuses du clan Barzani au début des années 1990, et par la création d’une entité administrative autonome kurde pérenne et reconnue par la communauté internationale en 1991 - la Région autonome du Kurdistan irakien -, la République de l’Ararat restera le premier véritable territoire kurde indépendant du XXème siècle, après l’esquisse qu’avait été la révolte de Koçgiri (1920-1921).

    Le présent article s’attachera à montrer que cette rébellion est avant tout le fruit de l’activisme nationaliste kurde issu directement du contexte socio-politique de l’après-guerre en Turquie : le mouvement Xoybûn (I) ; l’ampleur de l’insurrection conduira à la réaction militaire et politique de la Turquie, réaction qui fera écho à celle employée sept ans plus tard lors de la rébellion de Dersim (1937-1938), poussant au mutisme les insurrections nationalistes kurdes jusqu’à la création en 1978 du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) d’Abdullah Öcalan (II).

  • L’insurrection de Koçgiri (1920-1921), ou la première esquisse d’un Etat kurde indépendant. Le démantèlement de l’Empire ottoman, une fenêtre d’opportunité pour les mouvements nationalistes kurdes (1/2) - 06/12/19

    L’insurrection de Koçgiri, du nom de la région éponyme au sein de laquelle elle s’est produite, est un pan peu connu de l’histoire insurrectionnelle kurde. Elle s’inscrit pourtant dans le cadre du contexte très particulier de l’après-guerre en Turquie, quelques mois à peine après l’armistice signé entre les Alliés et l’Empire ottoman le 31 octobre 1918.
    Tirant profit du climat d’extrême incertitude politique régnant alors sur le plateau anatolien, et souhaitant initier la création d’un Etat kurde autonome vis-à-vis duquel les grandes puissances se sont montrées réticentes depuis la fin de la guerre, plusieurs tribus kurdes se révoltent et mèneront, pendant un an, une insurrection grâce à laquelle elles contrôleront pendant quatre mois un petit territoire situé à l’ouest de la ville d’Erzincan et à l’est de Sivas, dans les montagnes.
    Si l’expérience sera de courte durée en raison de l’intervention des forces turques, les Kurdes, dans le contexte si particulier et déterminant que fut pour eux l’après-guerre (première partie), auront pourtant initié le début d’un cycle de révoltes non plus seulement tribales, mais désormais nationalistes (deuxième partie).

  • Le turc – une « langue géopolitique » ? - 04/12/19

    « Une langue d’Europe de l’est, je pense » ; « j’entends de l’arabe mais aussi du français… C’est un Tunisien qui parle ? » ; « de l’allemand ! » : tels sont les ressentis, à vif, de non-turcophones à qui l’on a fait écouter du turc en leur demandant de deviner l’identité de la langue qu’ils écoutaient (1).
    De fait, la langue turque étonne par ses nombreux emprunts à des langues étrangères : si le « merhaba » (« bonjour ») turc apparaît comme une variante du phonétique « marhaba » arabe, les mots « bisiklet » ou encore « motivasyon » laissent aisément transparaître la deuxième principale langue d’emprunt du turc, à savoir le français. Officiellement parlé par environ 60 millions de personnes dans le monde (2), le turc l’est en réalité par approximativement 120 000 millions individus (3), qui s’expriment en dérivé du turc, tant dans les Balkans qu’en Asie mineure, dans le Caucase, l’Asie centrale ou encore le nord-est de la Chine.
    Cet article s’attachera donc à présenter les tenants et aboutissants de cette langue, dont la richesse témoigne de la situation géographique toute particulière de la Turquie, mais plus encore de son héritage historique (I). Cette langue apparaît ainsi d’autant plus intéressante à étudier qu’elle n’est, officiellement, même pas centenaire : sa version actuelle remonte à 1928 où, sous l’impulsion de Mustafa Kemal Atatürk, elle revêtit malgré elle une partie des enjeux géopolitiques de son temps (II).

  • Point de situation sur les réfugiés en Turquie, leitmotiv diplomatique du Président turc - 22/11/19

    Un « instrument de chantage » : c’est ainsi que le quotidien français l’Express (1) désigne l’usage que fait le Président turc Recep Tayyip Erdoğan des 3,6 millions de réfugiés syriens présents sur son sol.

    En effet, ces derniers sont régulièrement cités par la présidence turque, soit pour exhorter l’Union européenne à subventionner davantage la gestion des réfugiés en Turquie, soit pour justifier, en partie, l’offensive turque « Source de Paix » initiée le 9 octobre 2019 dans le nord-est syrien.

    Ces réfugiés, en provenance de Syrie, mais aussi d’Irak, d’Afghanistan, d’Iran et d’autres pays encore, représentent en effet une problématique toute particulière pour la Turquie : cette dernière est le pays accueillant le plus de réfugiés au monde, avec près de 4 millions d’immigrés d’urgence présents sur son sol.

    Qu’en est-il exactement ? Comment s’organise l’arrivée en Turquie de ces réfugiés ? Quel avenir pour eux en Turquie ? S’il apparaît que les réfugiés ayant fui les guerres civiles syriennes et irakiennes représentent clairement le plus gros des contingents de réfugiés présents sur le sol turc (I), ces derniers ne bénéficient pas d’un régime égal de droits et d’avenir sur le sol turc (II).

  • « Armée nationale syrienne » : qui sont ces supplétifs d’Ankara engagés contre les Kurdes en Syrie ? - 14/11/19

    Des « mercenaires », des « djihadistes », des « gangsters »… Les qualificatifs ne manquent pas, dans la bouche de ses détracteurs, pour qualifier l’« Armée nationale syrienne » qui, contrairement à ce que pourrait laisser penser son nom, désigne une vaste coalition de groupes rebelles syriens faisant office, aujourd’hui, d’auxiliaires de l’armée turque en Syrie.

    De fait, depuis que la Turquie les emploie, et en particulier depuis l’opération « Rameau d’Olivier » à l’encontre du canton kurde syrien d’Afrin, ces supplétifs syriens s’illustrent par leurs nombreux actes à l’encontre des civils ou des prisonniers de guerre. Si la propagande kurde s’emploie à les mettre en évidence, il n’en demeure pas moins qu’un nombre croissant d’ONG et d’institutions internationales en reconnait l’existence et les documente. Depuis l’offensive turque « Source de Paix » le 9 octobre 2019, il serait même question, à l’ONU ou à Washington, d’envisager des poursuites pénales contre les auteurs et les responsables de ces actes (1).

    En quoi consiste exactement cette Armée nationale syrienne ? Ses membres sont-ils vraiment d’anciens membres de groupes terroristes ? Quel intérêt Ankara a-t-il d’employer ces mercenaires en Syrie, au vu de l’image profondément négative qu’ils renvoient dans les médias et auprès des populations à leur contact ?

    Si cette Armée nationale syrienne apparaît comme une vaste coalition hétéroclite de groupes aux idéologies et intérêts divergents, l’appât du gain les réunit presque sans distinction sous la bannière de l’armée turque (I) ; leur présence dans les rangs de cette dernière apparaît de fait fondamentale pour les opérations d’Ankara en Syrie, tant pour minimiser les pertes de soldats turcs que pour pallier la réduction brutale des capacités opérationnelles de l’armée turque à la suite des purges post-tentative de coup d’Etat en juillet 2016 (II).

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