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Le voyage historique et légendaire des Hükümdar (7ème-13ème siècles) (4/5)

Par Florence Somer
Publié le 12/07/2023 • modifié le 12/07/2023 • Durée de lecture : 4 minutes

Les Ghaznévides (962-1187)

https://en.wikipedia.org/wiki/File:Asia_1025ad.jpg

Les nombreuses sources mentionnent que la dynastie ghaznévide a été fondée par Sebuktigin alors qu’il succède, en 977, à son beau-père, Alp Tegin, à la tête de territoires autour de Ghazni administrés pour le compte des Samanides. La figure la plus emblématique de cette dynastie d’origine turque mamelouke (esclave) est Mahmoud de Ghazni (971-1030) qui étend son emprise et règne sur un territoire allant de l’Oxus, à la vallée de l’Indus et jusqu’à l’océan indien. Le premier dirigeant musulman à prendre le titre de « Sultan » règne sur une partie substantielle du subcontinent indien où il établit l’Islam en tant que religion d’état, ce qui aura pour effet de changer les équilibres politiques, religieux et culturels en Inde. Le règne de Mahmoud est notamment à l’origine de la division entre hindous et musulmans et, de ce fait, n’est pas étranger à la partition entre l’Inde et le Pakistan de 1947.

Crédits : Selin Altunsoy. Détail des Bustes des Hükümdar, parc de Maçka à Istanbul.

Symboliquement, notre panthéon représente Altp Tegin et non Sebuktigin ou Mahmoud, ce qui permet de remonter aux origines de l’empire mais aussi sans doute pour insister sur l’origine turque de la dynastie qui, au contact des élites iraniennes et de leur culture, se transforme. Esclave-garde turc des Samanides, à Balkh, en Bactriane, Altp Tegin traversa les montagnes de l’Hindu Kush pour s’emparer du royaume samanide de Ghazni, situé stratégiquement sur la route entre Kaboul et Kandahar.

Son fils, Sabuktigin, est officiellement reconnu par le calife de Bagdad et comme gouverneur de ses territoires en détriment des Samanides que Sabuktigin et son fils Mahmoud continuent de combattre pour empêcher la reprise des terres gagnées.

L’empire de Ghaznévides côtoie, à son apogée, l’empire Qarakhanide dont nous avons parlé précédemment. Le fils de Mahmoud, Sultan Mahmud, commence par les combattre et s’allie alors avec les Seljukides et le Shāh du Khwaresm pour sécuriser la frontière nord de l’empire en 998. Un an plus tard, sous la pression des Samanides qui veulent reconquérir le Khorasan, Mahmoud fait alliance avec les Qarakhanides et épouse la fille du khan Naṣr b.ʾAlī (fin 10ème-début 11ème siècles), ce qui permet d’assurer une unité et une relative paix entre les deux pouvoir politiques du moins jusqu’en 1040, année du schisme entre les deux kaghanats.

Cette même année 1040, à Dandanqan, les Ghaznévides sont battus par les Seljoukides qui s’emparent du Khorasan. Cet épisode marque le début de leur avancée pour conquérir la Perse et l’Irak.

Les Seldjoukides (1040-1308)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Seldjoukides#/media/Fichier:Seljuk_Empire_locator_map.svg

Crédits : Selin Altunsoy. Détail des Bustes des Hükümdar, parc de Maçka à Istanbul.

Selçuk Bey est censé être le fondateur éponyme de la dynastie au début du 10ème siècle. Selon l’histoire légendaire, il était issu de la tribu des Oğuz Klinik qui s’étaient établis sur la rive droite du Syr-Daria. La légende fait de Selçuk le 34ème descendant d’Afrasiab, le roi mythique des Tūraniens. C’est le manque de pâturages ou les conflits avec l’empire chinois ou d’autres tribus qui auraient poussé le clan de Selçuk à partir vers la Transoxiane et Boukhara.

En conquérant la Perse et l’Irak entre 1040 et 1060, l’empire des Seldjoukes devient, sous Toghrul Beg (993-1063) une importante puissance politique et économique mais également un acteur du syncrétisme entre les cultures turcides et iraniennes.

En 1089, les Seljoukides envahissent le kaghanat qarakhanide occidental sous le règne de Malik Shah 1er (1072-1092), le grand sultan seldjouke connu pour son patronage des sciences et en particulier de l’astronomie, dont le territoire va de la mer Egée au Turkestan. Mais, à la mort de ce sultan en 1092, une guerre civile se déclenche et l’empire éclate entre ses fils qui dirigent les différentes parties de l’empire jusqu’à la fin de la période dite « des grands Seldjoukides ». L’empire est alors divisé entre le sultanat de Perse, les royaumes d’Alep et Damas et le sultanat de Rūm. Le sultan seldjoukide de Transoxiane et du Khorasan, Muʿizz ad-dīn Sanjar (1085/86-1157) s’oppose au shah du Kharezm Atsiz entre 1135 et 1152 alors que les Qarakhanides continuent de constituer une menace au nord.

Les Khwarezmsha (v. 1077-1231)

Après la bataille de Dandanakan (1040), les Altuntashides, les partisans de Altuntaş (m.1032) nommé khwarezmshah par Mahmūd de Gazni, sont chassés du Khârizm et se rendent au Khorasan pour se réfugier chez les Seldjoukides. Alparslan (1029-1072) donne ensuite le Khwarizm à son fils Ayaz après son expédition à Mangyshlak en 1065 (1066). Il fut administré par des gouverneurs choisis parmi les chefs locaux sous les règnes d’Alparslan et de son fils Malik Shah. Celui-ci confie le pouvoir de disposer des revenus du Khārizm à son vassal Anush Tegin Gharachaʾī (m.1097), le fondateur de la dynastie des Khwarezmshāh, destiné à devenir un grand empire militaire. A sa suite, Khārizmshah Ekinci (Ilkinci) b. Koçkar, un officier turc esclave des Seldjoukides est nommé en 1097. Appelé par le sultan Berk-Yaruq (m. 1104), Ekinci vient au Khorasan avec 10 000 cavaliers mais est tué à Merv en 1097. Berkyaruk nomme Qutb al-Dīn Muhammad, le fils de Ṭātdār Anush Tegin, gouverneur du Khwarezm et établit durablement la dynastie des Khwarezmshah. Ces derniers s’affranchiront de la tutelle seldjoukide pour devenir le dernier empire turco-persan avant l’arrivée des Mongols en Asie centrale.

Quelques liens :
Kočnev, B. « La chronologie et la généalogie des Karakhanides du point de vue de la numismatique », Cahiers d’Asie centrale, 9 | 2001, 49-75.
Bosworth, C. E., “Ekinči b. Ḳočḳar”, in : Encyclopédie de l’Islam.
Bosworth C.E., The Islamic Dynasties. Chronological and Genealogical Handbook. Edinburg, 1967.
Grousset, R., L’Empire des steppes, Attila, Gengis-Khan, Tamerlan, Paris, Payot, 1965.
Melville, C., The early Persian historiography of Anatolia. History and Historiography of Post-Mongol Central Asia and the Middle East. Studies in honor of John E. Woods, 2006, 135-166.
Peacock, A. C., & Yildiz, S. N. (Eds.). The Seljuks of Anatolia : Court and society in the medieval Middle East. Bloomsbury Publishing 2012.
Savvides, A., Byzantium in the Near East : Its Relations with the Seljuk Sultanate of Rum in Asia Minor, the Armenians of Cilicia and the Mongols A.D. c. 1192-1237, Byzantine Texts and Studies 17, Thessaloniki, 1981 ; orig., “Byzantium and the Seljuk Turks of Asia Minor, A.D. c.1192-1237,” M.Phil. thesis, London, King’s College, 1980.
Saint-Quentin, S., Histoire des Tartares, éd. Jean Richard, Paris, 1965.
Turan,O., Les souverains seldjoukides et leurs sujets non-musulmans, Stud. Isl.1, 1953, pp. 65-100.
Yildiz, S. N., Mongol Rule in Thirteenth-century Seljuk Anatolia : The Politics of Conquest and History Writing, 1243-1282 (Doctoral dissertation, University of Chicago, Department of Near Eastern Languages and Civilizations), 2006.

Publié le 12/07/2023


Florence Somer est docteure en anthropologie et histoire religieuse et chercheuse associée à l’IFEA (Istanbul). Ses domaines de recherche ont pour cadre les études iraniennes, ottomanes et arabes et portent principalement sur l’Histoire transversale des sciences, de la transmission scientifique, de l’astronomie et de l’astrologie.


 


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