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Histoire

  • Entretien avec Bernard Besson à l’occasion de la parution de son roman historique « Marina et les dieux » - 22/01/20

    Claudine Serre, historienne, ancienne diplomate, interroge Bernard Besson, ancien du renseignement, sur son roman historique « Marina et les dieux », paru aux Editions L’Harmattan (novembre 2019), et dont l’intrigue se déroule en Egypte, en Syrie et en Turquie au IVème siècle après Jésus-Christ.

  • Le mémorial de Zarēr - 15/01/20

    Dans un précédent article, nous avions évoqué ce poème de la chèvre et du dattier, le Draxt ī asūrīg, datant de l’époque parthe et parvenu jusqu’à nous par le biais de la langue moyen-perse. Ce petit texte en vers philosophiques n’est pourtant pas le seul qui nous soit parvenu de cette époque lointaine. Deux poèmes épiques, témoins de la longue tradition concentrée dans le Shānāmeh, datent eux-aussi de cette période : le Kārnāmag Artaxšēr ī Pāpakān et l’Ayādgār ī Zarērān, le mémorial de Zarēr, frère cadet du roi Vištāsp, le mythique roi Kayanide, réputé être le premier roi zoroastrien. Le premier fera l’objet d’un prochain article et c’est le second que je vais vous conter. Il est préservé dans un manuscrit unique copié en 1322 de notre ère et préservé dans le Codex MKII hébergé à Mumbai.

  • Le Shāhnāmeh : nouvelle édition française - 06/01/20

    En 1648, les peintres de la cour safavide, Muhammad Qasim et Muhummad Yusuf (1), réalisent 148 miniatures d’une exquise finesse. Réhaussée par la calligraphie en nastaliq de Mohammad Hakim Hosseini, cette nouvelle version du « Livre des Rois » a été commandée par Qarajaghay Khan, le gouverneur de Mašad. Commandant en chef des armées de Abbas Ier de Perse, il fut tué alors qu’il commandait une compagne contre la rébellion géorgienne. Cette œuvre, pur produit de l’école de peinture d’Ispahan, est le témoin d’un profond bouleversement de la culture iranienne et de son expression par l’irruption de l’influence de la culture picturale et livresque européenne. L’« Atelier du Livre Royal » de Tabriz, dont étaient issus les célèbres miniaturistes de la fin de l’ère timouride et du début de l’Empire safavide, Behzād (1450-1535), Soltan Mohammad (1470-1555) et Aqā Mirāk (1520-1576), est dissous. Les artistes, autrefois organisés au sein d’une école, travaillent individuellement et puisent à des sources diverses même pour illustrer la grande épopée des rois de Perse : le Shāhnāmeh finalisé au début du XIème siècle par l’écrivain-poète Ferdowsi. La version de Qarajaghay Khan voyage pendant près d’un siècle et arrive entre les mains de Ahmad Shah Durrani (1722-1772), le fondateur de son empire éponyme dans l’actuel Afghanistan, puis de son fils Kamran Shah qui offrira cet ouvrage à la reine Victoria en 1839. Il se trouve aujourd’hui dans la collection royale de la librairie de château de Windsor.

    La nouvelle traduction de la grande épopée iranienne en vers semi-libres par Pierre Lecoq dans la collection des Belles Lettres permet au lecteur francophone de découvrir l’entièreté du voyage offert par le Shāhnāmeh à travers l’histoire historico-mythique de l’Iran, de la création du monde aux conquêtes arabes. Elle donne également accès à un fleuron du patrimoine iranien qui, pendant un millénaire, fut mémorisé, lu, commenté, adapté au théâtre ou qui a accompagné les lutteurs des Zourkhaneh (2), associant à leurs efforts physiques la force des héros de l’épopée par la musique du tombak et le chant des poèmes tirés de cette fresque épique.

  • La République de Mahabad (1946-1947), une expérience fondatrice de l’identité kurde (1/2) - 03/01/20

    « L’unique exemple d’une réelle indépendance kurde » : ainsi l’ancien diplomate américain William Eagleton Jr. résume-t-il en 1963 la République de Mahabad (1), dont la courte expérience aura pourtant profondément et durablement marqué la construction identitaire kurde.

    L’histoire de cette république éphémère est en effet celle de l’établissement d’un premier Etat kurde indépendant, reconnu à demi-mots par plusieurs pays, dont l’URSS, et qui se dotera d’un gouvernement aux fonctions tant administratives que militaires. C’est aussi l’histoire, bien connue des Kurdes, d’un projet autonomiste dont l’échec sera en grande partie dû à l’absence de soutien de la communauté internationale. L’adage kurde disant que « les montagnes sont les seules amies des Kurdes » tient, en grande partie, à des récits comme ceux de la République de Mahabad.

    Cette république, qui trouvera son terme un an après sa création à la suite d’une intervention de l’armée iranienne, se distingue à bien des égards des précédentes rébellions kurdes à visée autonomiste comme la République de l’Ararat (1927-1931).

    Que s’est-il passé durant cette période où, pendant un an, la ville iranienne de Mahabad s’est retrouvée au centre d’un Etat kurde indépendant inséré dans les montagnes du Kurdistan iranien ? Le contexte de l’après-guerre, ainsi que celui de la Guerre froide, expliquent en grande partie la fenêtre d’opportunité que les Kurdes ont su saisir pour fonder leur république (I) ; celle-ci prendra la forme d’un gouvernement, composé de ministres et de généraux (II), avant que les autorités iraniennes n’y mettent fin avec l’appui, ou l’indifférence, de puissances étrangères (III). Les raisons exactes de l’échec de la République de Mahabad sont aujourd’hui encore débattues et trouvent, toujours de nos jours, des échos particulièrement sonores dans la lutte indépendantiste de nombreux partis kurdes au Moyen-Orient (IV).

  • L’insurrection du mont Ararat (1926-1931), ou la consécration des rébellions nationalistes kurdes de l’entre-deux-guerres - 27/12/19

    Indélogeables : vague d’assaut après vague d’assaut, les Kurdes retranchés dans le relief escarpé du mont Ararat, en Turquie, déferont les offensives terrestres de l’armée turque, jusqu’à ce que cette dernière développe ce qui était jusqu’alors l’embryon de son armée de l’air. Les bombardements aériens intensifs que subiront consécutivement les combattants kurdes finiront par avoir raison de leur résistance.

    De fait, sans le développement et l’usage de l’arme aérienne par Ankara, les Kurdes auraient certainement résisté davantage de temps encore que les trois années durant lesquelles ils auront tenu tête à l’armée turque, et pendant lesquelles ils auront fondé une nation kurde éphémère mais qui fera date : la République de l’Ararat.

    Eclipsée par les rébellions victorieuses du clan Barzani au début des années 1990, et par la création d’une entité administrative autonome kurde pérenne et reconnue par la communauté internationale en 1991 - la Région autonome du Kurdistan irakien -, la République de l’Ararat restera le premier véritable territoire kurde indépendant du XXème siècle, après l’esquisse qu’avait été la révolte de Koçgiri (1920-1921).

    Le présent article s’attachera à montrer que cette rébellion est avant tout le fruit de l’activisme nationaliste kurde issu directement du contexte socio-politique de l’après-guerre en Turquie : le mouvement Xoybûn (I) ; l’ampleur de l’insurrection conduira à la réaction militaire et politique de la Turquie, réaction qui fera écho à celle employée sept ans plus tard lors de la rébellion de Dersim (1937-1938), poussant au mutisme les insurrections nationalistes kurdes jusqu’à la création en 1978 du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) d’Abdullah Öcalan (II).

  • Les vers apotropaïques - 23/12/19

    Pour conjurer l’emprise des démons en cette période de l’année, il faut être poète. Les mots des aèdes, des rhapsodes, des bardes ou des trouvères ont ce pouvoir, issu de leur statut divin car émanant de l’inspiration, de protéger le monde même au milieu de la nuit. Alors que le jour s’éteint et que la Nature est abandonnée à la noirceur de la plus longue nuit, en ce solstice d’hiver, les tables iraniennes se garnissent de pastèque et de grenades, de noix et de fruits. Au centre de l’espace dressé pour célébrer le passage de cette nuit où le jour est le plus court, se trouve un livre, leDivān-e Hāfez, un recueil en vers mi-philosophique, mi-prophétique, un sortilège implacable, assurant la fin funeste de tout soldat d’Ahriman, le principe du mal.

  • Les passeurs de savoir d’al-Andalus, entre Bagdad et Rome. Ibn Rushd de Cordoue, commentateur d’Aristote - 09/12/19

    Cordoue, Tolède, Grenade, Séville, chacune de ces villes ibériques porte dans son architecture, ses objets d’art, sa musique et sa littérature la mémoire d’al-Andalus ; le souvenir de l’imprégnation de trois traditions qui leur ont donné une facture unique. Du début du VIIIème à la fin du XVème siècle, juifs, chrétiens et musulmans ont partagé une civilisation commune en Espagne médiévale. Cette cohabitation, parfois forcée, a également donné le jour à un mouvement de traduction des textes arabes venus de la cour de Bagdad vers le castillan, l’hébreu et finalement le latin à destination des cours chrétiennes occidentales. Alors que les communautés vivaient à côté les unes des autres, interdisant la mixité ou le prosélytisme et n’hésitant à faire payer un lourd tribut aux contrevenants à ces règles sociales, les ateliers de traduction étaient un lieu d’échange, de fraternité et de mixité, où s’élaboraient les nuances subtiles extraites de la discussion. La mission de traduction des textes hérités de l’empire musulman dont l’Espagne andalouse faisait pleinement partie a, par l’entremise des savants qui y avaient établis leurs destinées, permis à l’Occident chrétien de connaître les textes grecs avant l’époque de la Renaissance.

  • L’insurrection de Koçgiri (1920-1921), ou la première esquisse d’un Etat kurde indépendant. Le démantèlement de l’Empire ottoman, une fenêtre d’opportunité pour les mouvements nationalistes kurdes (1/2) - 06/12/19

    L’insurrection de Koçgiri, du nom de la région éponyme au sein de laquelle elle s’est produite, est un pan peu connu de l’histoire insurrectionnelle kurde. Elle s’inscrit pourtant dans le cadre du contexte très particulier de l’après-guerre en Turquie, quelques mois à peine après l’armistice signé entre les Alliés et l’Empire ottoman le 31 octobre 1918.
    Tirant profit du climat d’extrême incertitude politique régnant alors sur le plateau anatolien, et souhaitant initier la création d’un Etat kurde autonome vis-à-vis duquel les grandes puissances se sont montrées réticentes depuis la fin de la guerre, plusieurs tribus kurdes se révoltent et mèneront, pendant un an, une insurrection grâce à laquelle elles contrôleront pendant quatre mois un petit territoire situé à l’ouest de la ville d’Erzincan et à l’est de Sivas, dans les montagnes.
    Si l’expérience sera de courte durée en raison de l’intervention des forces turques, les Kurdes, dans le contexte si particulier et déterminant que fut pour eux l’après-guerre (première partie), auront pourtant initié le début d’un cycle de révoltes non plus seulement tribales, mais désormais nationalistes (deuxième partie).

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