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Bilan de la guerre entre le Hamas et l’Etat d’Israël, six mois après (1/2)

Par Emile Bouvier
Publié le 12/04/2024 • modifié le 12/04/2024 • Durée de lecture : 6 minutes

De fait, si l’armée israélienne a annoncé le 7 avril vouloir réarticuler son dispositif et retirer une partie de ses forces de la bande de Gaza - au moins temporairement [1] -, les opérations se poursuivent toujours, et avec elles leur lot de victimes militaires et civiles. L’offensive que Tsahal s’apprêtait à lancer sur la ville de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, semble suspendue pour le moment mais pourrait reprendre à tout moment en raison de l’activité militaire toujours régulière des militants du Hamas dans l’enclave : le 7 avril, quelques heures après le retrait des forces israéliennes de Khan Younis, des combattants palestiniens tiraient par exemple plusieurs roquettes depuis cette même ville contre des kibboutz [2] en bordure de la bande de Gaza [3]. Ailleurs, les tensions restent vives entre le Hezbollah libanais, l’Iran et Israël, aboutissant en des morts et menaces d’attaques de plus en plus fréquentes.

Concomitamment aux opérations militaires, la crise humanitaire traversée par les Gazaouis ne fait qu’empirer, tout comme le nombre de victimes civiles ; ces dernières constituent, de fait, l’incarnation de l’ampleur de la crise humanitaire que traverse l’enclave palestinienne, avec plus de 33 000 Palestiniens ayant perdu la vie depuis le 7 octobre [4], dont 13 800 enfants [5], soit une moyenne de 179 personnes - dont 75 enfants - tués chaque jour depuis le début du conflit [6]. Au-delà des morts, les souffrances des civils ne font qu’aller croissant, entre maladies, famine et déplacements forcés.

L’ampleur de la riposte militaire israélienne à l’issue de l’attaque du Hamas est en conséquence jugée de plus en plus sévèrement à travers le monde, y compris auprès des alliés traditionnels d’Israël chez qui une forme de critique de plus en plus claire commence à naître, y compris dans les prises de position publiques. Toutefois, ce n’est pas qu’à l’étranger que l’opposition aux autorités israéliennes prend de l’ampleur : en Israël même, des contingents de plus en plus massifs [7] de manifestants viennent demander la démission du gouvernement Netanyahou et l’organisation d’élections législatives anticipées.

Le présent article entend ainsi dresser un bilan de la guerre entre Israël et le Hamas, six mois après son déclenchement. Pour cela, une approche thématique sera privilégiée, en présentant tout d’abord l’état des lieux militaire du conflit (I), suivie de ses conséquences pour les civils (II). L’isolement croissant d’Israël et plus particulièrement du gouvernement Netanyahou conclura cet article (III).

I. Des opérations militaires et tensions régionales toujours aussi intenses

Après s’être concentrées sur le nord de la bande de Gaza durant les premiers mois de la guerre, les forces israéliennes ont consacré une large partie de leurs moyens à investir la ville de Khan Younis, au centre de l’enclave, à partir de la mi-janvier 2023 [8]. L’état-major israélien, ainsi que les services de renseignements américains, auraient en effet été persuadés de la présence, quelque part dans un tunnel, du chef du Hamas à Gaza, Yahya Sinwar, et d’un grand nombre d’otages dont il se servirait comme de boucliers humains [9]. Les combats ont duré plusieurs semaines et occasionné de sévères dommages au tissu résidentiel et infrastructurel local [10], et créé de nouveaux moments de crispation internationale, notamment lors du siège de l’hôpital Nasser de Khan Younis, plus grand centre hospitalier encore en service à Gaza [11]. Finalement, après que l’hôpital a été rendu inopérant par les dommages occasionnés par le siège [12] et que la ville a été jugée « sécurisée » par la primature israélienne, les forces de Tsahal s’en sont retirées [13], non sans plusieurs tirs de roquettes de provocation tirés par des militants du Hamas depuis Khan Younis elle-même [14]. De fait, les tirs de roquettes, bien plus rares comparé au début du conflit, restent toujours réguliers ; selon l’armée israélienne, depuis le début du conflit, quelque 9 100 roquettes auraient été tirées sur Israël depuis la bande de Gaza et 3 100 depuis le Liban [15].

Toute l’attention militaire se porte désormais sur la ville de Rafah, à la frontière avec l’Egypte. Cette ville et ses alentours concentrent l’essentiel des réfugiés palestiniens ayant dû fuir les combats au nord (Gaza) et au centre (Khan Younis) de la bande de Gaza depuis le 7 octobre. Ils seraient plus de 1,5 million à s’y masser [16] - soit plus de la moitié de la population de Gaza - alors que le Premier ministre israélien a réaffirmé mardi 9 avril sa volonté d’y lancer une offensive, déclarant que « cela se fera - il y a une date » à des soldats israéliens durant une visite sur une base militaire [17]. La communauté internationale craint un nouveau climax de la crise humanitaire palestinienne en cas d’offensive israélienne à Gaza [18], pointant du doigt les conditions sanitaires déjà particulièrement dégradées dans lesquelles vivent les populations réfugiées sur place [19].

En-dehors des frontières israéliennes et palestiniennes, les tensions continuent de monter entre Israël et ses rivaux régionaux. A la frontière israélo-libanaise, les affrontements se poursuivent ; le 8 avril, l’armée israélienne annonçait par exemple avoir éliminé un commandant du Hezbollah au Liban lors d’une frappe aérienne [20], tandis que le mouvement libanais chiite se targuait, un mois plus tôt, d’avoir lancé son plus grand tir de barrages depuis le début du conflit, avec plus d’une centaine de roquettes tirées lors de la même attaque [21]. Les craintes d’une offensive terrestre printanière d’Israël au Liban croissent un peu plus chaque semaine [22] alors qu’une majorité de la population israélienne -71% - se montrerait favorable à une telle opération selon un sondage réalisé le 16 février dernier [23]. De fait, l’armée israélienne elle-même a affirmé accélérer les préparatifs en vue d’une guerre dans le nord du pays [24].

Dans ce cadre, l’armée israélienne continue de conduire de multiples frappes, tant au Liban qu’en Syrie. Le 1er avril, elle détruisait le consulat iranien à Damas dans un bombardement, tuant onze personnes dont sept art1968 gardiens de la Révolution [25]. Cette frappe aux dommages tant militaires que symboliques - en ayant enfreint l’inviolabilité des emprises diplomatiques accordée par le droit international - a provoqué la colère de Téhéran, qui a promis de frapper à son tour des cibles israéliennes à travers le monde [26]. Israël a aussitôt convoqué ses réservistes spécialisés dans la défense antiaérienne [27] tandis que les Etats-Unis avertissaient leur allié israélien, le 11 avril, de « l’imminence » d’une « attaque massive » de l’Iran contre Israël [28]. Enfin, en mer Rouge et dans le golfe d’Aden, les Houthis poursuivent leurs attaques de navires soupçonnés d’appartenir à Israël ou leurs alliés. Le 11 avril par exemple, les Etats-Unis annonçaient avoir abattu onze drones houthis dans la même journée [29]. Des responsables houthis auraient d’ailleurs rencontré début mars des dirigeants du Hamas afin de « coordonner » davantage encore leurs actions contre Israël et leurs alliés [30].

Publié le 12/04/2024


Emile Bouvier est chercheur indépendant spécialisé sur le Moyen-Orient et plus spécifiquement sur la Turquie et le monde kurde. Diplômé en Histoire et en Géopolitique de l’Université Paris 1 - Panthéon-Sorbonne, il a connu de nombreuses expériences sécuritaires et diplomatiques au sein de divers ministères français, tant en France qu’au Moyen-Orient. Sa passion pour la région l’amène à y voyager régulièrement et à en apprendre certaines langues, notamment le turc.


 


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