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Rabin (Yitzhak)
Article publié le 13/11/2015

Par Amicie Duplaquet

Après une longue carrière militaire et sa participation aux deux premières guerres israélo-arabes, Yitzhak Rabin succède à Golda Meir à la tête du parti travailliste et du gouvernement israélien. Par la suite ministre de la Défense, il est connu pour être à l’origine de la répression israélienne lors de la première intifada avant de devenir, quelques années plus tard, l’un des principaux protagonistes du processus paix israélo-palestinien. Il reçoit pour cela la distinction du prix Nobel de la paix avant d’être assassiné, l’année suivante, par un extrémiste juif.

Carrière militaire et débuts politiques

Yitzhak Rabin est né le 1er mars 1922 à Jérusalem, alors sous mandat britannique. Sa famille déménage rapidement à Tel Aviv où il grandit puis étudie dans un lycée agricole. En 1941, alors qu’il n’a que 18 ans, il s’engage dans la Haganah et intègre la section Palmah, une force d’élite juive créée en Palestine mandataire pendant la Seconde Guerre mondiale avec l’objectif initial de contenir la menace d’une percée nazie. La Haganah étant avant 1948 une organisation clandestine et à l’origine de plusieurs affrontements avec les Britanniques, Rabin est arrêté à deux reprises par les autorités mandataires (1). À la libération de sa seconde arrestation en 1946, Rabin est nommé commandant du deuxième bataillon du Palmah, avant de devenir officier responsable des opérations (2).

Dès 1948, Rabin joue un rôle important dans la première guerre israélo-arabe. À partir du mois d’avril, il est nommé commandant de la brigade Harel, qui s’est affichée en brisant le blocus imposé à la population juive de Jérusalem (3). Par la suite, il devint officier des opérations du front sud et participe également à l’opération « Horev », dans le Néguev, contre les forces égyptiennes. En 1949, il fait partie de la délégation israélienne qui négocie les conditions d’un armistice avec l’Égypte.

Après cette première guerre, Rabin poursuit sa carrière dans l’armée israélienne et en gravit tous les échelons, jusqu’à devenir chef d’État-Major en 1964. Sa préparation méthodique de Tsahal durant son mandat, jusqu’en 1968, est connu pour être l’un facteur de l’écrasante victoire israélienne lors de la guerre des six jours de 1967. C’est d’ailleurs lui seul qui déclare le 5 juin 1967 le lancement de l’opération Drap rouge – rebaptisée guerre des six jours par les historiens – une fois le détroit de Tiran fermé par les forces égyptiennes, et ce contre l’avis de ses proches qui l’accusent de précipiter le pays dans la guerre (4). Après avoir conquis le Sinaï égyptien, le Golan syrien, Gaza et la Cisjordanie, les forces israéliennes s’emparent de la partie orientale de Jérusalem. Yitzhak Rabin est alors connu comme étant l’un des premiers militaires israéliens à être rentré dans la vieille ville de Jérusalem en 1967.

L’année suivante, Rabin achève son mandat de chef d’État-Major et met un terme à sa carrière militaire, 26 ans après son commencement. Il est par la suite rapidement nommé ambassadeur d’Israël aux États-Unis. Il est alors considéré par beaucoup comme l’un des architecte de l’amitié israélo-américaine qui commence à s’affirmer réellement après la guerre des six jours. C’est le début pour lui d’une nouvelle carrière politique.

Du parti travailliste aux accords d’Oslo

Yitzhak Rabin quitte les États-Unis pour revenir en Israël en 1973 et se fait rapidement élire à la Knesset comme député du Parti travailliste. Quelques mois après, la guerre du Kippour éclate entre Israël d’un côté et l’Égypte et la Jordanie de l’autre. Bien que l’État hébreu en sorte vainqueur, les premiers jours de cette guerre sont marqués par un net avantage des armées arabes, ce qui provoque par la suite une véritable crise politique en Israël. Golda Meir, Première ministre travailliste de l’époque, est la cible de critiques et finit par laisser sa place de chef du gouvernement et du parti à Yitzhak Rabin, en 1974.

C’est sous ce gouvernement que s’enclenchent les premières discussions entre l’Égypte et Israël qui mèneront quelques années plus tard aux accords de camp David, soit le premier traité de paix signé entre l’État hébreu et l’un de ses voisins arabe. Toutefois, le premier gouvernement de Rabin est soumis à plusieurs scandales, notamment la révélation d’un compte en banque américain au nom de son épouse, ce qui était interdit par les règles monétaires israéliennes de l’époque. Rabin reconnaît l’existence de ce compte et démissionne en 1977 (5), mais il reste cependant à la tête du parti travailliste. Suite à cette démission, des élections législatives sont organisées et, pour la première fois depuis la création d’Israël, la gauche perd la majorité au profil du Likoud de Meneham Begin.

En 1984, un gouvernement de cohabitation est formé entre le Likoud et le parti travailliste. Shimon Peres devient alors Premier ministre et nomme Rabin à la tête du ministère de la Défense. En 1985, il réussit à organiser le retrait des forces israéliennes du Liban, mais il rencontre un succès beaucoup plus mitigé, deux ans plus tard, lors du déclenchement de la première intifada. Croyant à un soulèvement éphémère auquel il pourrait mettre fin rapidement par l’usage de la force, il déclare lors d’un discours à la Knesset qu’il faut « briser les bras et les jambes des manifestants » (6). Rabin déploie alors ses gardes-frontières dans les Territoires palestiniens pour les remplacer les forces de sécurités israéliennes. Généralement plus âgés et plus expérimentés, les gardes-frontières sont connus pour leur aptitude à maîtriser les foules, en témoigne leur rôle déterminant à la frontière libanaise en 1982, mais aussi pour leur brutalité. Cette politique de répression qui perdure tout au long de la première intifada lui vaut une mauvaise réputation auprès de la population palestinienne, au moment où ce dernier commence à s’engager en faveur d’un processus de paix.

En effet, c’est paradoxalement au moment où la politique de Rabin était la plus dure sur le terrain envers les Palestiniens, qu’il commence à chercher une autre solution que la voie militaire. L’ampleur de l’intifada lui fait prendre conscience de la nécessité d’une solution politique. À partir de 1992 et de la défaite du Likoud aux élections législatives, Rabin a l’occasion de s’investir politiquement en ce sens. Il est nommé Premier ministre pour un second mandat et continue d’occuper parallèlement la direction du ministère de la Défense. Sur les conseils de Shimon Peres, alors ministre des Affaires étrangères, Rabin conçoit à engager un dialogue avec l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), par l’intermédiaire de son président Yasser Arafat.

Les deux parties engagent alors des pourparlers secrets en Norvège, qui aboutissent en septembre 1993 à la signature de la déclaration de principes des accords d’Oslo. Le président de l’OLP Yasser Arafat renonce alors officiellement à l’usage de la violence et reconnait l’État d’Israël dans une lettre adressée à Rabin. En retour, ce dernier reconnait l’OLP comme l’institution représentante du peuple palestinien et lui cède le contrôle de certaines portions du territoire palestinien. Les accords d’Oslo définissent aussi le découpage administratif de la Cisjordanie et la création d’une autorité transitoire, l’Autorité palestinienne, chargée d’administrer entièrement ou partiellement les différentes zones de la Cisjordanie et de Gaza. Le processus d’Oslo est complété le 4 mai 1994 par la signature de l’accord Jéricho-Gaza (7), qui détermine les prérogatives de la nouvelle Autorité palestinienne. La même année, Yitzhak Rabin engage des négociations avec le roi Hussein de Jordanie, qu’il rencontre à Washington, et signe le 26 octobre un traité de paix israélo-jordanien, aussi appelé Accords de Wadi Araba (8). Le gouvernement de Rabin engage dans le même temps des pourparlers avec le pouvoir syrien. En décembre 1994, Yitzhak Rabin partage le prix Nobel de la paix avec Yasser Arafat et Shimon Peres, pour l’ensemble de leur investissement dans le processus d’Oslo.

Assassinat et héritage

Bien que majoritairement très bien accueillis et soulevant une vague d’espoir parmi les populations des deux parties, les accords d’Oslo rencontrent aussi plusieurs formes de résistance. La droite israélienne, qui se trouve alors dans l’opposition face au gouvernement travailliste de Rabin, s’est montrée fermement opposée au processus d’Oslo dès son commencement. Les leaders du Likoud interprètent la politique gouvernementale comme un « renoncement » des territoires occupés, ce qui constitue à leurs yeux une hérésie. De nombreuses manifestations contre le processus de paix sont organisées par le Likoud et elles prennent rapidement un caractère violent.

Au-delà de la droite et de l’extrême droite israélienne, la portion des fondamentalistes religieux - qui considèrent la Cisjordanie comme la Judée et la Samarie bibliques devant revenir aux juifs - s’est également fortement opposée aux accords d’Oslo. Yigal Amir, l’assassin de Rabin, est l’un d’entre eux. Ce dernier considère que la restitution aux Palestiniens d’une portion des terres colonisées en échange de la paix est un obstacle à la réalisation prophétique du « Grand Israël ». Présent aux funérailles de Baruh Goldstein, un colon extrémiste ayant assassiné 29 Palestiniens dans une mosquée de Hébron lors de la prière de l’Aïd, Yigal Amir a indiqué dans ses rares déclarations avoir pris la décision d’assassiner le Premier ministre à ce moment, afin de poursuivre « l’œuvre messianique » commencée Goldstein (9).

Le 4 novembre 1995, alors que Yitzhak Rabin regagne son véhicule après avoir participé à une manifestation pour la paix aux côtés de Shimon Peres dans le centre-ville de Tel Aviv, il est atteint par les balles de Yigal Amir. Touché aux poumons et à la colonne vertébrale, Rabin est transporté au centre médical le plus proche où il décède quelques minutes après son arrivée. La nouvelle de sa mort provoque une véritable onde de choc dans l’opinion publique israélienne. Ses funérailles se déroulent le lendemain, en présence de nombreux chefs d’États internationaux, dont le roi Hussein de Jordanie avec qui il avait signé la paix un an plus tôt.

L’assassina de Rabin a incontestablement freiné le processus de paix et a contribué à élargir la fracture sociale israélienne entre les laïcs et les religieux. Le camp de la paix israélien n’a pas retrouvé depuis de figure politique assez forte pour avancer vers un règlement définitif du conflit et le processus de paix, qu’il a enclenché vingt ans plus tôt, est aujourd’hui au point mort. De même, son assassinat marque aussi la fin des gouvernements travaillistes en Israël, à l’exception du gouvernement d’Ehud Barak entre 1999 et 2001, et la montée en puissance de la droite et de l’extrême droite.

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Notes :
(1) http://www.akadem.org/medias/documents/3_Bio-Rabin.pdf
(2) http://tsahal.fr/2011/11/06/yitzhak-rabin-retour-sur-la-carriere-militaire-dune-grande-figure-de-tsahal/
(3) http://www.jeuneafrique.com/mag/275875/politique/proche-orient-vingt-ans-sans-yitzhak-rabin/
(4) Ibid.
(5) http://www.zionism-israel.com/bio/Rabin_biography.htm
(6) http://www.haaretz.com/news/broken-bones-and-broken-hopes-1.173283
(7) http://www.mfa.gov.il/mfa/foreignpolicy/peace/guide/pages/main%20points%20of%20gaza-jericho%20agremeent.aspx
(8) http://www.medea.be/fr/pays/israel/israel-jordanie-traite-de-paix/
(9) https://www.nytimes.com/books/first/k/karpin-murder.html

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