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Histoire des relations entre l’Egypte et Israël, la « paix froide » (1/2) : 1948-1970

Par Sophie Anmuth
Publié le 24/10/2011 • modifié le 02/03/2018 • Durée de lecture : 6 minutes

Guerre de 1948

Le 29 novembre 1947, le plan de partage de la Palestine est voté par l’Assemblée générale de l’ONU à New York (résolution 181). Ce plan prévoit la création d’un État juif et d’un État arabe, et place Jérusalem et sa proche banlieue sous contrôle international. Du côté palestinien, c’est la partition elle-même qui est refusée, a fortiori la création d’Israël. Du côté juif, on espère « améliorer » la partition en occupant tout ou partie de l’État arabe, le reste revenant à la Transjordanie. Les deux camps s’affrontent aussitôt dans des combats meurtriers. Le 14 mai 1948, Israël déclare unilatéralement son existence.
La première guerre israélo-arabe débute. Dès le 15 mai, la Ligue arabe intervient, et l’Egypte participe à l’envoi de corps expéditionnaires, au côté des Syriens, Irakiens et Transjordaniens.
Les accords d’armistice signés par Israël et par les Etats arabes, du 23 février au 20 juillet 1949, entérinent l’agrandissement de l’État juif d’un tiers de plus que le plan de partage ne le prévoyait, avec notamment l’annexion de toute la Galilée, et d’un couloir vers Jérusalem et le Néguev, jusqu’au port d’Eilat sur la mer Rouge. Gaza tombe sous la tutelle de l’Égypte. Le 24 février 1949, l’Égypte et Israël signent l’armistice de Rhodes. Le 1er septembre 1951, le Conseil de sécurité de l’ONU condamne l’Égypte, qui a interdit le canal de Suez aux bateaux israéliens, mais en vain.
Tsahal a remporté ce premier conflit, aidée par des armes lourdes en provenance notamment de Tchécoslovaquie, grâce à un pont aérien. L’URSS a également apporté son aide, souhaitant, dans ce contexte, remplacer la Grande-Bretagne au Moyen-Orient. Cette dernière perd considérablement dans l’opinion arabe, paraissant avoir poussé à la guerre afin d’assurer le contrôle hachémite sur la région assignée par l’ONU à l’État arabe et garder le Néguev.

Fin de la monarchie en Egypte, Nasser et le gouvernement des Officiers libres

Aussi en Égypte, l’homme de Londres, le Premier ministre Nokrachi Pacha, est-il assassiné en décembre 1948. Le 23 juillet 1952, les Officiers libres prennent le pouvoir. Le roi Farouk abdique le 26 juillet suivant.
Le coup d’Etat des Officiers libres est d’abord salué par le Premier ministre israélien (de 1948 à 1953), David Ben Gourion, père fondateur d’Israël, qui propose la paix à Nasser. Géographiquement, les deux pays sont séparés par un immense désert. Dans un discours à la Knesset en août 1952, David Ben Gourion s’affirme convaincu qu’il n’y a aucune cause de discorde politique, économique ou territoriale entre les deux pays. De son côté, dès 1948, et depuis la victoire d’Israël, l’armée égyptienne est persuadée de la puissance militaire d’Israël et pense qu’à long terme il faudra bien se résoudre à la paix.
Mais Nasser préfère en rester au statu quo. Pourtant, il ne semble pas avoir l’intention d’attaquer Israël, en raison de problèmes internes et parce que l’armée égyptienne n’est pas en position de faire face à l’armée israélienne.
Cependant, dans le même temps, le gouvernement israélien se met à considérer la propagande égyptienne (par exemple les programmes que Radio Cairo diffuse à l’intention des autres peuples arabes) comme représentative de la volonté égyptienne de déclencher une guerre.
Les deux pays manquent une occasion de se rapprocher en 1953. Le gouvernement des Officiers libres envoie une lettre, signée par Nasser, au ministre israélien des Affaires étrangères, Moshe Sharrett, lui demandant de soutenir l’Egypte auprès des Etats-Unis dans l’affaire épineuse du retrait des troupes britanniques de Suez. Par cette demande, l’Egypte pense montrer de façon évidente qu’elle n’a pas d’intention hostile envers Israël. En obtenant le soutien israélien, le Caire pourrait convaincre les autres pays arabes de la bonne volonté de l’Etat hébreu. Mais Ben Gourion ne croit pas en la bonne foi de l’Egypte. En effet, des éléments de la Bande de Gaza continuent à se rendre en Israël en venant d’Egypte. Et outre, pour lui, le fait que l’Egypte demande l’appui israélien n’est pas une démarche assez concluante. Il répond que pour qu’Israël accepte de soutenir la demande égyptienne d’armements auprès des Etats-Unis (contre la Grande-Bretagne), il faudrait que l’Egypte signe un traité de paix, et pour prouver sa bonne volonté, qu’elle autorise le passage des navires israéliens par le Canal de Suez. Mais le Caire s’offense de cet ultimatum, et l’affaire en reste là.
Jusqu’à la crise de Suez, les relations entre les deux Etats évoluent, rythmées par plusieurs événements. Le 24 juillet 1953, ils signent un accord de séparation des eaux côtières, accord considéré par l’Egypte comme un autre signe de sa bonne volonté. Le 28 février 1955, une colonne israélienne attaque les quartiers-généraux de l’armée égyptienne à Gaza. En réponse, le Caire, qui souhaite éviter une confrontation directe, encourage l’entraînement d’insurgés Palestiniens.
Sur le plan international et régional, entre 1948 et 1956, des efforts de médiation de la part de différents groupes ou pays tentent d’aplanir les difficultés entre les deux Etats. De nombreuses réunions secrètes se déroulent alors à Ankara, Rome, Lausanne, Bruxelles, Londres, Paris, New York, etc.

Guerre de 1956

Dans ce contexte tendu, Nasser nationalise le Golfe de Suez le 26 juillet 1956, afin d’en tirer le financement de la construction du Haut-Barrage d’Assouan, pour lequel il avait sollicité, en vain, l’aide des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la Banque mondiale. La nationalisation du canal de Suez fournit l’occasion à Israël d’attaquer l’Egypte, de la forcer à signer un traité de paix, et peut-être de renverser Nasser. Israël choisit cette guerre, parce qu’il se sent menacé, après deux ans de course aux armements des deux côtés, et d’échauffourées à la frontière. Le 30 octobre, la guerre débute. Israël attaque l’Egypte au motif officiel de mettre fin aux raids venant de la bande de Gaza et d’ouvrir le Golfe d’Aqaba. C’est une défaite militaire pour l’Egypte, mais une victoire diplomatique, les anciennes puissances coloniales et l’Etat hébreu ayant dû battre en retraite en raison des pressions conjuguées de l’URSS et des Etats-Unis. L’Assemblée générale des Nations unies adopte en novembre des résolutions prévoyant l’intervention de la FUNU (Force d’urgence des Nations unies) en remplacement des forces franco-britanniques et afin de restaurer la paix.
Les efforts de médiation se poursuivent, notamment au sujet des armements, achetés du côté égyptien à Moscou, et du côté israélien aux Etats-Unis. L’initiative américaine de 1963 (mission Mc Cloy) tente en outre d’apaiser les craintes de Nasser vis-à-vis du programme nucléaire israélien.

Guerre de 1967 ou guerre des Six Jours

En mai 1967, Nasser masse des troupes dans le Sinaï et ferme le Golfe d’Aqaba aux navires israéliens ou transportant des marchandises vers Israël. Il espère s’assurer une victoire diplomatique sans entrer réellement en guerre, pensant que les Etats-Unis vont admonester Israël comme ils l’ont fait en 1956. Il souhaite apparaître, aux yeux des Egyptiens et des Arabes, comme un héros. Mais contrairement à son attente, Israël attaque et gagne une victoire éclatante, en six jours (Voir guerre des Six jours). A l’issue de la guerre, Israël occupe la Péninsule du Sinaï, le Golan, Jérusalem-Est, la Cisjordanie et la Bande de Gaza.

Cette guerre est un véritable tournant dans les relations entre les deux Etats, car elle donne à la diplomatie égyptienne un but essentiel dans le conflit israélo-arabe : récupérer ses territoires annexés.
Juste après la fin de la guerre, Israël semblait prêt à rendre immédiatement les territoires occupés en échange d’un traité de paix, mais l’Egypte, en position de faiblesse, ne pouvait l’envisager, d’autant qu’aucune offre similaire n’était faite à la Jordanie. La conférence de Khartoum en août 1967, au cours de laquelle les pays arabes réaffirment leur rejet d’Israël (pas de reconnaissance, pas de négociations, pas de paix), confirme l’Egypte dans sa position. La résolution 242 du Conseil de sécurité de l’ONU, votée le 22 novembre 1967, et qui demande le retrait des territoires occupés, est acceptée par Israël et par l’Egypte, quoiqu’avec une certaine controverse sur la définition de ces territoires, et n’entraîne pas d’amélioration immédiate de la situation. Le Caire considère que cette résolution doit être appliquée avant toute négociation de paix, et Tel-Aviv que la paix doit être signée avant le retour des territoires.

De 1968 à 1970, les deux pays se livrent alors une guerre d’usure : des opérations sporadiques sur les rives du canal de Suez (bombardements, raids) entraînent de nombreux morts des deux côtés. Tel-Aviv fait construire en 1968 la ligne Bar-Lev, ligne de fortifications et de protection le long de la côte est du canal de Suez. Un accord de cessez-le-feu est signé sous contrôle américain en août 1970, ce qui n’empêche pas l’Egypte d’installer des rampes de lancement de missiles sur les bords du canal.

Voir Histoire des relations entre l’Egypte et Israël, la « paix froide » (2/2) : Le long chemin vers la paix sous Sadate et Moubarak (1970-2011)

Bibliographie :
Raymond Cohen, Culture and conflict in Egyptian-Israeli relations, a dialogue of the deaf, Indiana University Press, 1990.
Ehpraim Dowek, Israeli-Egyptian relations 1980-2000, Londres, Frank Cass & Co LTD, 2001.
Mohammed el-Nawawy, The Israeli-Egyptian Peace Process in the Reporting of Western Journalists, Westport, Ablex Publishing, 2002.
Joseph P. Lorenz, Egypt and the Arabs, Foreign Policy and the Search for National Identity, Boulder, Oxford, Westview Press, 1990.
Karim Wissa, The Oil Question in Egyptian-Israeli relations, 1967-1979, Cairo papers in Social Science, Vol. 12, Monograph 4, Winter 1989.

Publié le 24/10/2011


Journaliste freelance, Sophie Anmuth a couvert la Révolution
égyptienne pour l’Express. Elle a aussi écrit pour la Revue Des Deux Mondes et une publication cairote.
Arabisante, elle est titulaire d’un Master 2 d’Histoire contemporaine de l’université Paris IV-Sorbonne, où elle a également étudié la Philosophie politique et éthique.


 


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