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Point de situation de la guerre au Yémen : la paix, mais pour qui ? (1/2)

Par Emile Bouvier
Publié le 25/08/2023 • modifié le 25/08/2023 • Durée de lecture : 4 minutes

Si des avancées indiscutables et prometteuses ont été réalisées ces derniers mois, laissant entrevoir la perspective de résultats réels et durables du processus de paix, les négociations ont finalement connu un certain ralentissement, voire une suspension inavouée ; les différents acteurs impliqués dans ces pourparlers n’ont, par ailleurs, couvert qu’une partie de la mosaïque des belligérants du conflit et en a de fait exclu d’autres, pourtant incontournables, comme le Conseil de transition du sud (CTS). Pour rappel, le Conseil de transition du sud est un mouvement politique héritier de l’époque où deux pays, le Yémen nord et le Yémen sud, cohabitaient au sein du territoire de l’actuel Yémen. Le CTS entretient des visées séparatistes et appelle à la création d’une entité politique méridionale autonome, voire indépendante, du Yémen actuel [4]. Le CTS est parvenu, depuis le début de la guerre, à prendre le contrôle de vastes pans de territoires et de plusieurs villes du sud du pays, au premier rang desquelles celle d’Aden.
 
Ainsi, cet article entend dresser un état des lieux du processus de paix au Yémen en rappelant dans un premier temps les événements et progrès de ces derniers mois (I) avant d’en venir aux ralentissements de ces pourparlers et à leurs insuffisances, notamment en matière de représentation des différents belligérants indigènes du conflit au Yémen (II).
 

I. Des succès prometteurs

 
Dès le lendemain [5] de l’accord de normalisation diplomatique entre Riyad et Téhéran, des négociations se sont tenues à Bern (Suisse) sous l’égide des Nations unies et du Comité international de la Croix-Rouge [6] entre des émissaires houthis et une délégation du gouvernement reconnu par la communauté internationale afin de convenir d’un échange de prisonniers de grande ampleur. Septième de leur genre [7], ces négociations avaient déjà abouti, en octobre 2020, en l’échange et la libération de plus d’un millier de prisonniers [8]. Ce nouveau cycle a abouti cette fois, le 14 avril, en la remise en liberté de 887 autres [9]. Quelques jours plus tôt, le 7 avril, la coalition menée par l’Arabie saoudite avait, dans un nouveau geste d’ouverture, levé les restrictions à l’importation dans les ports - y compris Aden, capitale des sécessionistes du CTS - du sud du Yémen, jusqu’ici soumis, depuis huit ans, à un blocus de la part des forces pro-Riyad [10].
 
Concomitamment à ces négociations, le sultanat d’Oman a joué à nouveau le rôle d’intermédiaire lors de discussions entre une délégation saoudienne et des hauts-responsables à Sanaa, « capitale » des rebelles chiites au Yémen, afin d’accélérer le processus de paix. Les envoyés saoudiens ont été reçus le 9 avril par le président du Conseil politique suprême houthi, Mahdi al-Mashat, qui aurait affirmé que l’instauration d’une paix honorable entre les Houthis et l’Arabie saoudite serait « un triomphe pour les deux parties », exhortant toutes les parties à prendre les mesures nécessaires pour « préserver une atmosphère pacifique et se préparer à tourner la page du passé » [11]. D’autres sujets ont été abordés durant ces négociations de paix, à l’instar de de la réouverture de l’aéroport international de Sanaa, le versement du salaire des fonctionnaires situés en territoire houthi, les efforts à mener afin de reconstruire le pays et le calendrier à établir pour organiser le départ des troupes étrangères du territoire yéménite. La question d’une prolongation de la trêve, établie en avril 2022 mais expirée le 2 octobre de la même année [12] malgré les nombreuses tentatives de l’ONU pour la rétablir [13], était également à l’agenda des négociations [14].
 
Preuve de la volonté affichée de Riyad de parvenir à un accord, ces discussions inédites ne sont pas restées secrètes et ont même été médiatisées, comme en témoigne la photo de l’ambassadeur saoudien pour le Yémen Mohammed al-Jaber serrant les mains de Mahdi al-Mashat [15], une scène encore impensable il y a quelques mois [16]. Le 14 avril, le négociateur en chef des Houthis, Mohammed Abdulsalam, déclarait que les discussions étaient « sérieuses et positives » [17] tandis que l’envoyé des Nations unies pour le Yémen, le diplomate suédois Hans Grundberg, s’estimait « encouragé » par « la profondeur et le sérieux » [18] des discussions se jouant alors à Sanaa.
 
Depuis ces avancées prometteuses toutefois, les négociations semblent figées dans une forme de statu quo ; ces discussions, par ailleurs, n’ont pas fait l’unanimité parmi les belligérants du conflit, pourtant tous d’accord sur la nécessité de mettre un terme à la crise.
 
Quels obstacles se dressent ainsi sur le chemin d’un processus de paix qui semblait pourtant avancer à bon pas et alors que de prochains rounds de négociations étaient prévus dans les mois à venir ?
 
Lire la partie 2

Publié le 25/08/2023


Emile Bouvier est chercheur indépendant spécialisé sur le Moyen-Orient et plus spécifiquement sur la Turquie et le monde kurde. Diplômé en Histoire et en Géopolitique de l’Université Paris 1 - Panthéon-Sorbonne, il a connu de nombreuses expériences sécuritaires et diplomatiques au sein de divers ministères français, tant en France qu’au Moyen-Orient. Sa passion pour la région l’amène à y voyager régulièrement et à en apprendre certaines langues, notamment le turc.


 


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