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Fatah
Article publié le 09/03/2010

Par Anne-Lucie Chaigne-Oudin

Fondé en 1959 au Koweït par Yasser Arafat, le Fatah (acronyme en arabe de Mouvement de libération nationale) réunit plusieurs groupements de résistance palestinienne.

Le Fatah a pour doctrine l’indépendance de la Palestine (alors que le contexte était à l’époque celui de l’union arabe dans laquelle la Palestine serait intégrée), la lutte contre l’Etat hébreu et l’indépendance par rapport aux Etats arabes. Le Fatah a pour inspiration le FLN algérien, qui lui apporte son aide, et est composé de Palestiniens vivant dans les Etats du Golfe.

La création de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) le 28 mai 1964 pousse le Fatah à l’action. L’organisation s’installe en Syrie et également de façon clandestine au Liban. Le 31 décembre 1964, le Fatah lance à partir du Liban une action armée contre Israël, mais elle échoue. Une autre se déroule le 1er janvier 1964, mais elle échoue également. En février, le Fatah lance une attaque à partir de la Cisjordanie contre des intérêts agricoles israéliens. D’autres attaques et sabotages suivent, à partir de la Cisjordanie. La réaction israélienne est immédiate contre le Fatah, mais également contre la Jordanie, d’où partent les attaques (Cisjordanie). Les actions du Fatah se poursuivent néanmoins. Cette même année, les responsables du Fatah nouent des relations avec des pays étrangers : avec l’Algérie, l’URSS, la Chine où Arafat se rend en mars 1964, et la Corée du nord.

Fin 1965, les Etats arabes expriment leur hostilité au Fatah, notamment l’Egypte, la Jordanie et le Liban, inquiets des actes de résistance du Fatah et de leur responsabilité qui selon Israël, est engagée. En revanche, la Syrie, où est installé le Fatah, ainsi que l’Algérie, continuent à aider l’organisation. En 1966, les relations évoluent entre la Syrie et le Fatah de Yasser Arafat. Ce dernier est emprisonné à la suite de la prise de pouvoir en février 1966 par les baasistes, mais il est relâché et le Fatah obtient de la Syrie qu’elle continue à lui apporter son aide. Le soutien de la Syrie au Fatah a pour conséquence le durcissement des relations avec Israël. Le cycle violence-représailles se poursuit entre la Syrie et Israël à l’été 1966. En parallèle, le Fatah continue ses actions contre Israël, à partir de la Cisjordanie. Ces actes entrainent les représailles israéliennes contre la Jordanie, en dépit de l’interdiction de la Jordanie faite au Fatah d’agir à partir de son territoire. Le village de Samu en Jordanie, soupçonné de cacher des membres du Fatah est ainsi attaqué par l’armée israélienne le 13 novembre. En 1967, en dépit de la prise de position du roi Hussein de Jordanie contre le Fatah, ce dernier poursuit ses attaques contre Israël à partir de la Cisjordanie, faisant craindre aux Jordaniens les représailles d’Israël. Mais les responsables israéliens changent leur stratégie et décident d’attaquer la Syrie en cas de nouvelle opération du Fatah. Le 7 avril 1967, l’aviation israélienne bombarde des positions syriennes, entrainant la riposte de l’aviation syrienne.

A la suite de la guerre des six jours, le Fatah décide le 20 août 1967 de mener des actions de résistance à l’intérieur des territoires occupés par Israël (Cisjordanie et Bande de Gaza), qui sont réprimées par Israël. Le Fatah, dont les membres actifs sont estimés à environ 500 à la fin 1966, voit sa notoriété grandir à partir du 21 mars 1968, à la suite de la victoire de Karameh. Ancien camp, Karameh est devenu une ville de la résistance palestinienne. Celle-ci est attaquée par les Israéliens, mais le Fatah résiste et garde la ville. Suite à cette victoire, les membres du Fatah passent à environ 3 000. En juillet 1968, le quatrième Congrès national palestinien se réunit, et décide que les organisations de résistance palestiniennes, dont le Fatah, intègrent dorénavant l’OLP. La Charte adoptée en 1964 est amendée, l’accent étant mis sur la lutte armée afin de libérer la Palestine. Le Fatah est majoritaire au sein de l’OLP, et Yasser Arafat en devient le président lors du cinquième Congrès national palestinien qui se tient du 2 au 4 février 1969. Les relations entre le Fatah et l’OLP sont souvent tendues, le Fatah étant partisan de l’action armée et l’OLP d’une solution politique.

A la suite de Septembre noir (opération de l’armée jordanienne contre la résistance palestinienne installée en Jordanie), des membres du Fatah lancent des actions terroristes au sein de l’organisation qui prend le nom de Septembre noir. Parmi d’autres opérations, l’organisation assassine douze athlètes israéliens lors des jeux Olympiques de 1972 à Munich. Cette orientation terroriste prend fin sous la pression arabe. A la suite de l’opération Paix en Galilée, les relations se dégradent entre l’OLP et le Fatah, en raison des orientations politiques et diplomatiques de Yasser Arafat avec l’Egypte et avec la Jordanie. L’abrogation de l’accord entre l’OLP et la Jordanie en 1986 relance les relations avec le Fatah.

A partir de la fin des années 1990, plusieurs événements repositionnent le Fatah : la première intifada déclenchée en décembre 1987 et les accords d’Oslo de 1993 et de 1995, ainsi que les élections législatives du 20 janvier 1996 qui lui donnent 50 sièges sur 88. A partir de la seconde intifada commencée en septembre 2000, le Fatah mène des actions contre Israël. Yasser Arafat meurt à Paris le 11 novembre 2004 tandis que le Hamas se positionne sur la scène politique palestinienne par sa participation aux élections municipales de 2005 et par sa victoire aux élections législatives qui se tiennent le 26 janvier 2006 (le Hamas les remporte avec 76 sièges sur 132). Cette victoire sanctionne le Fatah et l’Autorité palestinienne, notamment leur gestion du processus de paix et les questions de sécurité. Le président de l’Autorité Mahmoud Abbas charge le chef de liste du Hamas aux législatives, Ismaël Haniyeh, de former le gouvernement, auquel le Fatah refuse de participer. Le gouvernement est donc formé par 18 ministres membres du Hamas et de 6 ministres indépendants.

Cette victoire entraine des difficultés avec la communauté internationale et avec Israël, et tend également les relations entre Hamas et Fatah. En décembre 2006, Mahmoud Abbas décide de nouvelles élections, mais aucun gouvernement d’union nationale n’est trouvé. En 2007, après plusieurs mois de difficultés, Mahmoud Abbas et le chef du bureau politique du Hamas Khaled Mechaal forment le 8 février un gouvernement d’union nationale qui devra « respecter les résolutions internationales et les accords signés par l’OLP » et mettre en place l’Etat palestinien en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza. Ismaïl Haniyeh reste Premier ministre. Mais le 11 mai, les affrontements reprennent entre Palestiniens à Gaza. Le 14 juin, le Hamas réussit à reprendre les positions détenues par le Fatah à Gaza.

A partir de ce moment, l’Autorité palestinienne ne s’exerce plus qu’en Cisjordanie, la Bande de Gaza étant sous l’autorité du Hamas. Mahmoud Abbas déclare alors l’Etat d’urgence, dissout le gouvernement et prépare la tenue de nouvelles élections. Mais le Premier ministre Ismaïl Haniyeh décide néanmoins de poursuivre sa mission à la tête du gouvernement. Mahmoud Abbas nomme un gouvernement d’urgence, avec à sa tête l’économiste Salam Fayyad, favorablement accepté par la communauté internationale et par Israël. A Gaza, les violences continuent en septembre entre les partisans de l’Autorité palestinienne et le Hamas, et débouchent sur une grève organisée par l’OLP.

Pendant l’année 2008, les violences se poursuivent dans la Bande de Gaza, entre le Fatah et le Hamas mais également entre Israël et le Hamas. Les relations inter-palestiniennes reprennent en février 2009, lors d’une conférence organisée au Caire les 25 et 26 février entre les responsables du Fatah et du Hamas. Le but de cette conférence est que les deux partis trouvent une entente, et qu’ils mettent en place un gouvernement d’union nationale. Une autre conférence est organisée à partir du 10 mars au cours de laquelle sont évoquées les questions de la réconciliation et la tenue d’élections législatives et présidentielles. Un nouveau gouvernement, auquel le Hamas refuse de participer, est nommé le 19 mai, avec à sa tête le Premier ministre Salam Fayyad. Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas est également réélu lors du Congrès du Fatah réuni les 14 et 15 août à Bethléem, en Cisjordanie.

Bibliographie
Khaled HROUB, Le Hamas, Demopolis, Paris, 2008, 237 pages.
Henry LAURENS, Le grand jeu, Orient arabe et rivalités internationales, Armand Colin, Paris, 1991, 447 pages.
Nadine PICAUDOU, Les Palestiniens, un siècle d’histoire, Editions Complexe, Bruxelles, 2003, 366 pages.
Aude SIGNOLES, Le Hamas au pouvoir et après ? Milan Actu, Toulouse, 2006, 112 pages.

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