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Dirigé par Michel Derczansky, Regards croisés sur le Proche-Orient

Par Anne-Lucie Chaigne-Oudin
Publié le 25/02/2011 • modifié le 25/04/2020 • Durée de lecture : 6 minutes

Antoine Sfeir, journaliste, consultant sur le monde arabe et professeur, explique qu’indépendamment des décisions des gouvernements des Etats arabes concernant leurs relations avec Israël et leur vision du conflit israélo-arabe, la société civile arabe a aujourd’hui la capacité d’agir. Des liens sont notamment entretenus avec Israël par des membres de la société civile arabe, sur les plans associatifs ou commerciaux par exemple, sans que les relations diplomatiques entre ces Etats et Israël soient établies. Il dresse également un tableau de la situation dans différents Etats de la région : au Liban avec le Hezbollah, en Egypte avec les Frères musulmans, en Syrie, en Iran.

Jean-François Legrain, historien et directeur de recherche au CNRS analyse la situation politique en Palestine, en particulier l’origine de la séparation entre le Fatah, parti de l’Autorité palestinienne au pouvoir en Cisjordanie et le Hamas, au pouvoir dans la Bande de Gaza : « la bipolarité de la scène politique palestinienne qui s’est imposée depuis les élections législatives de janvier 2006 a été le catalyseur du schisme entre le Hamas et le Fatah. Ce processus de rupture entre le camp nationaliste et le Hamas a des racines anciennes, qui remontent à une quinzaine d’années ». La genèse de la création des partis politiques est ainsi rappelée, dans le contexte historique de l’opposition à la puissance mandataire britannique, et à l’arrivée des immigrants juifs en Palestine. Les grandes étapes de la création de la nation palestinienne sont analysées, en lien avec les relations entretenues avec la Jordanie : « La construction d’une identité nationale palestinienne a impliqué la mise en œuvre d’une différenciation d’avec l’ensemble arabe, et particulièrement la Jordanie ». Jean-François Legrain explique également comment, à partir du moment où l’OLP n’est imposée sur la scène palestinienne, la gauche palestinienne a progressivement disparu. Un « troisième parti » est alors apparu, « qui serait plutôt le parti des déçus (…). Ces déçus sont composés soit de nationalistes, soit de religieux, qui ne se reconnaissent pas dans le Hamas et qui se retrouvent plus dans une approche piétiste de type salafiste ou tabligh ».

Bassem Eid, journaliste, directeur et fondateur de l’ONG Palestinian Human Rights Monitor Group, traite de la question des droits de l’homme dans les Territoires palestiniens. Il explique comment la victoire du Hamas aux élections législatives en janvier 2006, la scission gouvernementale qui a suivi - le Hamas ayant pris le contrôle de la Bande de Gaza à l’été 2007 et le Fatah gouvernant en Cisjordanie - puis les tensions inter-palestiniennes de l’année 2007 dans la Bande de Gaza et en Cisjordanie ont entrainé la brisure de l’unité palestinienne ainsi que la mort de Palestiniens de part et d’autre.

Einat Wilf, docteur en sciences politiques, est députée travailliste au Parlement israélien. Ses propos portent sur le sionisme et ses « défis » actuels : « L’idée que le peuple juif a droit à avoir sa propre souveraineté sous la forme d’un Etat qui lui soit propre : telle fut la révolution du sionisme. Aujourd’hui, plus de cent ans après la fondation du Mouvement sioniste, le principal défi auquel soit confronté le sionisme est de parachever la révolution de conscience qu’exige le passage à une existence souveraine ». Si les objectifs du sionisme à ses débuts ont été d’instaurer le nouvel Etat (population, frontières, sécurité, infrastructures), il apparaît pour l’auteur qu’aujourd’hui, le sionisme doit être au cœur du politique et de la société, afin de parvenir à une « existence souveraine », car, « la spécificité de l’Etat d’Israël est de réaliser la souveraineté juive ».

Catherine Dupeyron, journaliste et directrice de la rédaction du site Jérusalem & Religions, se penche sur les relations entre les chrétiens et les juifs au Moyen-Orient. Elle explique que si des accords ont été passés au niveau des Etats, Vatican et Etat d’Israël (Accord fondamental du 30 décembre 1993), « chaque groupe d’acteur – les Eglises, les puissances européennes (…), mais aussi les chrétiens locaux – va jouer sa propre partition à l’égard du sionisme en fonction de son histoire, de sa culture religieuse et de ses intérêts politiques, économiques et stratégiques, lesquels ont pu varier au cours du temps ». Catherine Dupeyron rappelle ainsi quelles ont été les relations entre les arabes chrétiens et le sionisme, les Eglises et le sionisme, l’Europe chrétienne du XIX ème siècle et le sionisme. La mise en place du mandat britannique en Palestine, la déclaration Balfour et la création de l’Etat d’Israël sont autant d’événements qui ont « bouleversé les ambitions et les rêves des chrétiens en Terre Sainte, ceux des autochtones et des Européens ».

Frédéric Encel, docteur en géopolitique et professeur à l’ESG et à Sciences-Po Paris, reprend plusieurs « lieux communs » concernant le Proche-Orient et les explique, afin de « commencer à parler raisonnablement du Proche-Orient » : sont ainsi abordées les questions de l’intérêt médiatique suscité par la région, la notion de région « compliquée », celle de région « meurtrière », « stratégique », l’omniprésence du « conflit israélo-arabe » lorsqu’on évoque le Proche-Orient, le lien entre « conflit » et « religieux », la notion d’objectivité.

Jérôme Bourdon, directeur du département de communication de l’Université de Tel-Aviv, chercheur associé au CNRS et au centre de Sociologie de l’innovation à l’Ecole des Mines, s’intéresse à la manière dont les médias couvrent les événements de la région. Ce phénomène s’est répandu à partir de 1967 : « c’est essentiellement à partir de la Guerre des Six Jours que le conflit a été hypermédiatisé, et que les images ont commencé à faire l’objet d’une appropriation et d’un débat parmi les publics ‘’diasporiques’’, arabes ou juifs ». Plusieurs dimensions sont ainsi analysées par l’auteur : la polémique autour de la surmédiatisation et de l’aspect partisan des médias ; les enjeux politiques des médias : « les acteurs du conflit ont ceci de commun qu’ils font appel aux médias, cherchent à les enrôler, avec l’espoir que les opinions publiques, et qui sait, les gouvernements, suivront » ; la notion de « psychologie sociale », c’est-à-dire le rôle que les médias peuvent avoir sur des publics spécifiques ; les liens ou le détachement que les journalistes ont avec le conflit israélo-palestinien.

Jérôme Sainte-Marie, directeur général adjoint du groupe CSA, s’intéresse à l’opinion publique française face au conflit israélo-palestinien, par l’étude de « l’évolution des perceptions » sur le plan historique, du début du XX ème siècle à aujourd’hui ; par la présentation de l’état de l’opinion aujourd’hui : « plus on est jeune, plus on est diplômé, plus on appartient aux CSP + et davantage l’on soutient les Palestiniens. On trouve chez les moins de 35 ans deux fois moins de partisans d’Israël que de la Palestine, et à l’inverse les personnes de plus de cinquante ans inclinent du côté des Israéliens ». L’auteur se penche ensuite sur les raisons de cette évolution dans l’opinion publique française.

Pierre Nora, membre de l’académie française, directeur de plusieurs collections chez Gallimard et directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, se penche sur la « mémoire et l’identité juives », question omniprésente aujourd’hui : « En travaillant sur la mémoire nationale française, il m’était apparu évident qu’en son sein la mémoire et l’identité juives avaient acquis une autonomie et une positivité spécifiques qui permettaient de parler d’elles en termes généraux, en dépit de la diversité des expériences individuelles ». Les étapes historiques ayant permis l’insertion des juifs sont, pour l’auteur, la révolution française, l’affaire Dreyfus, Vichy. La guerre d’Algérie et l’arrivée des juifs séfarades en France, ainsi que la guerre des six jours ont « contribué à façonner la physionomie particulière des juifs de France ». L’identité des Français de confession juive s’est forgée autour de plusieurs éléments : l’Holocauste et sa « montée en puissance (…) dans la conscience mondiale » ; la guerre de 1967, qui « devait mettre un point d’orgue à l’idylle » ; l’identité juive par le « renouveau d’une spiritualité juive ». Ces dernières années, cependant, depuis les difficultés liées à l’avancée du processus de paix et la poursuite du conflit israélo-palestinien, « une nouvelle forme d’antisémitisme est née ».

Meïr Waintrater, directeur de la rédaction de L’Arche, mensuel du judaïsme français, analyse la « violence verbale » dans les discours français, en particulier avec l’utilisation du mot « sioniste ».

Laurent Joffrin, directeur de la publication et de la rédaction de Libération ; Gilles Paris, rédacteur en chef adjoint du service International du Monde et Yves Thréard, directeur-adjoint de la rédaction du Figaro, expliquent chacun quelle est la ligne éditoriale de leurs journaux, le choix du vocabulaire à propos du conflit israélo-arabe ainsi que leur vision de celui-ci.

Pierre Moscovici, ancien ministre délégué aux Affaires européennes et vice-président du Parlement européen, s’exprime sur le rôle de l’Union européenne dans le processus de paix, « rôle (…) aussi complexe à analyser que déterminant pour l’émergence d’une solution au conflit ». Pour ce faire, Pierre Moscovici reprend les racines historiques de la participation de l’Europe à ce processus, avec la déclaration de Venise du Conseil européen en 1980 ; la demande européenne en 1999 de créer un Etat palestinien, en lien avec la même demande du président américain Bill Clinton, l’engagement de l’UE en décembre 2009 sur la colonisation et le statut de Jérusalem notamment. Outre les aspects diplomatiques et politiques, l’UE apporte son aide financière au processus de paix.

Dirigé par Michel Derczansky, Regards croisés sur le Proche-Orient, Paris, Editions Yago, décembre 2010, 311 pages.

Publié le 25/02/2011


Anne-Lucie Chaigne-Oudin est la fondatrice et la directrice de la revue en ligne Les clés du Moyen-Orient, mise en ligne en juin 2010.
Y collaborent des experts du Moyen-Orient, selon la ligne éditoriale du site : analyser les événements du Moyen-Orient en les replaçant dans leur contexte historique.
Anne-Lucie Chaigne-Oudin, Docteur en histoire de l’université Paris-IV Sorbonne, a soutenu sa thèse sous la direction du professeur Dominique Chevallier.
Elle a publié en 2006 "La France et les rivalités occidentales au Levant, Syrie Liban, 1918-1939" et en 2009 "La France dans les jeux d’influences en Syrie et au Liban, 1940-1946" aux éditions L’Harmattan. Elle est également l’auteur de nombreux articles d’histoire et d’actualité, publiés sur le Site.


 


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