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Camille Chamoun : des jeunes années à la présidence de la République 

Par Yara El Khoury
Publié le 23/07/2011 • modifié le 02/03/2018 • Durée de lecture : 4 minutes

Dénoncé en raison de ses sympathies françaises, son père est incarcéré pendant deux mois à la prison ottomane d’Aley, en décembre 1914. En 1915, il est placé en résidence forcée à Jérusalem pour une période de sept mois. En 1916, c’est toute la famille qui est exilée en Anatolie, dans le hameau de Kir-Chéhir situé à 150 km d’Ankara. Elle y restera jusqu’à la fin de la guerre et ne reverra le Liban qu’en janvier 1919.

Après un passage de quelques mois au Service de la dette publique ottomane (en voie d’être liquidée), il est admis à l’Ecole de droit de Beyrouth en octobre 1920. Il obtient sa licence en droit trois ans plus tard tout en travaillant à la Bibliothèque nationale dont il démissionne en 1924 après son inscription au barreau de Beyrouth. Il se lance également dans le journalisme et collabore au quotidien Le Réveil auprès de Philippe Naccache et de Charles Ammoun.

La République libanaise est proclamée sous le mandat français en 1926 ; Camille Chamoun participe en 1929 aux élections législatives en tant que candidat délégué et il remporte sa première victoire électorale. Le 30 décembre 1930, il épouse Zalfa Tabet qui, une fois devenue la première dame du Liban, apportera son soutien à la création du festival international de Baalbeck. En janvier 1934, après l’entrée en vigueur d’une nouvelle Constitution, Camille Chamoun est élu député à la Chambre des représentants. Avec Cheikh Béchara el-Khoury, l’émir Majid Arslane, Hamid Frangié, Sélim Takla et d’autres, il forme le Bloc Constitutionnel qui réclame le rétablissement de la vie constitutionnelle et l’abolition du mandat tout en maintenant des liens d’amitié avec la France. Réélu dans sa circonscription du Mont-Liban en 1937, il devient l’année suivante ministre des Finances, puis des Travaux Publics au sein d’un Cabinet dirigé par Khaled Chéhab sous le mandat du président Emile Eddé. De nouveau élu en 1943, il est nommé au ministère de l’Intérieur dans le cadre du premier gouvernement formé par Riad el-Solh à la suite de l’accession de cheikh Béchara el-Khoury à la présidence de la République. C’est à ce titre qu’il est fait prisonnier sur ordre des autorités du mandat dans la citadelle de Rachaya avec le président el-Khoury, le Premier ministre Riad el-Solh et d’autres membres du gouvernement au cours des journées de novembre 1943 à l’issue desquelles le Liban accède à l’indépendance.

En août 1944, Camille Chamoun est chargé de mettre en place une mission diplomatique pour le Liban à Londres. En novembre de la même année, il participe à la Conférence internationale sur l’aviation civile qui se tient à Chicago et il représente le Liban à Londres au mois de novembre 1945 lors de la création de l’UNESCO. Début 1947, il quitte ses fonctions d’ambassadeur du Liban au Royaume-Uni et rentre à Beyrouth. Au mois de juin, il devient ministre de l’Intérieur dans le Cabinet formé par Riad el-Solh au lendemain d’élections législatives entachées de nombreuses irrégularités, et il est amené à suivre les travaux de la Commission spéciale d’enquête des Nations unies sur la question de Palestine. De même, il représente le Liban à la session de l’Assemblée générale de l’ONU à l’automne 1947 qui produira le plan de partage de la Palestine. Il y défend le droit des Palestiniens à jouir d’une pleine souveraineté sur l’ensemble de leur territoire.

En mai 1948, Camille Chamoun quitte le gouvernement et rejoint l’opposition au président Béchara el-Khoury qui vient de faire proroger son mandat. En janvier 1949, il préside le Congrès national arabe tenu par des organisations de jeunesse palestiniennes et jordaniennes dans la vielle ville de Jérusalem, en l’absence des délégations officielles arabes. Il y propose notamment que les Palestiniens constituent des unités de combat pour la récupération de leur terre, indépendamment des armées arabes qui se sont révélées inopérantes lors du conflit armé qui a suivi la création de l’Etat d’Israël. Il est réélu député en 1951 et devient président de la République libanaise en septembre 1952, à la suite de la grève générale qui provoque la fin du mandat el-Khoury.

Durant les années que Camille Chamoun va passer au pouvoir, le Moyen-Orient est gagné par la guerre froide qui crée des lignes de fracture entre les Etats et au sein même de la société libanaise, dans un contexte où les coups d’Etat militaires qui se produisent en Egypte et en Syrie entraînent ces pays dans une forme de radicalisation nationaliste exacerbée par la nouvelle donne créée par la proclamation de l’Etat d’Israël. Nourrissant une hostilité viscérale contre le communisme, le président Chamoun adopte la doctrine Eisenhower et fait le choix d’ancrer le Liban dans le camp occidental, ce qui a pour effet de soulever contre lui une partie de la classe politique et de la population libanaises qui sont plus sensibles à la rhétorique panarabe et anti-occidentale de l’Egypte de Nasser. Dès lors, déchiré par des courants violemment opposés, le Liban sombre dans la guerre civile au printemps-été 1958 au moment où le mandat Chamoun arrive à son terme. La fin sanglante de la monarchie irakienne précipite une intervention militaire américaine à Beyrouth qui permet un retour progressif au calme et l’élection d’un successeur au président Chamoun en la personne du commandant en chef de l’armée, le général Fouad Chéhab.

Pour aller plus loin avec Les clés du Moyen-Orient :
- Article sur le mandat du président Camille Chamoun (1952-1958) : Le Liban dans la tourmente des relations internationales (1/2)
- Article sur le mandat du président Camille Chamoun (1952-1958) : Le Liban dans la tourmente des relations internationales (2/2)
- Fiche pays Liban
- Article sur l’administration française en Syrie et au Liban à l’époque mandataire
- Article sur la Société des mandats et la nouvelle notion de mandat
- Article sur L’intervention militaire américaine de juillet 1958 au Liban

Publié le 23/07/2011


Yara El Khoury est titulaire de deux DEA, l’un en Résolution des Conflits, soutenu à l’Institut Catholique de Paris, Faculté des Sciences Sociales et Economiques (FASSE) sous la direction du professeur Joseph Maila. (Sujet de mémoire : Les raisons de l’intervention de la Syrie au Liban-Etude bibliographique, 1975-1976), l’autre en Histoire contemporaine du Liban soutenu à l’Université Saint-Joseph à Beyrouth, Faculté des Lettres et Sciences Humaines (FLSH), sous la direction de monsieur le professeur Raoul Assaf. (sujet de mémoire : Le Ministère du Plan).

Elle est actuellement doctorante à l’Institut Catholique de Paris, Faculté des Sciences Sociales et Economiques (FASSE) sous la direction du professeur Joseph Maila. Son sujet de thèse porte sur Les relations entre les maronites et la Syrie au cours de la guerre du Liban, 1975-1990.

Yara El-Khoury est également professeur d’histoire et de géographie dans plusieurs collèges de Beyrouth et chargée d’enseignement au département d’Histoire de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth.

Dans le domaine associatif, elle fait partie de l’ONG Adyan impliquée dans le dialogue interreligieux au Liban et notamment dans le programme de formation Alwane mis en place dans les classes de Terminales pour promouvoir la connaissance de l’Autre et le travail de mémoire sur la guerre du Liban.


 


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