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Nasser (Gamal Abdel)
Article publié le 02/07/2010

Par Lisa Romeo

Gamal Abdel Nasser est né le 15 janvier 1918 à Alexandrie. Il vient d’une famille de fellahs, paysans, originaire de Beni-Morr, un village près d’Assiout en Haute Egypte.

La formation d’un homme d’Etat

Son père est fonctionnaire des postes. Assez réservé, Gamal Abdel Nasser se passionne très tôt pour la lecture. Alors qu’il n’est que collégien, il commence à s’intéresser à la politique : il rêve de voir son pays libéré du joug britannique. En 1935, il participe ainsi aux grandes manifestations organisées pour protester contre les déclarations d’un ministre anglais. Ces manifestations sont durement réprimées par la police et au cours de l’une d’elle, Nasser est blessé au visage.

Nasser tente de rentrer à l’Académie militaire où il est refusé et s’inscrit alors en droit. En 1936, le Wafd, parti politique au pouvoir, cherche à s’assurer le soutien des classes moyennes et décide d’ouvrir à la petite bourgeoisie égyptienne l’accès aux fonctions administratives, aux professions libérales et à l’armée. Nasser renouvelle alors sa candidature et est finalement accepté à l’Académie militaire le 17 mars 1936. Il continue à beaucoup lire, notamment des ouvrages d’histoire, de science militaire et d’économie du Moyen-Orient et s’imprègne des biographies de nombreux personnages illustres tels que Napoléon, Garibaldi, Alexandre le Grand, Churchill, Gordon, Hitler, ou encore Foch. Il sort de l’Académie en juillet 1938 à l’âge de vingt ans avec le grade de sous-lieutenant, et obtient son premier poste à Mankabad près d’Assiout. C’est là qu’il rencontre Anouar el-Sadate, avec qui il forme, à partir de 1945, le Mouvement des Officiers Libres pour lutter contre l’impérialisme, la monarchie et le féodalisme. Avec les Officiers Libres, il organise un coup d’Etat militaire et renverse la monarchie de Farouk, plaçant à la tête du nouveau régime le général Neguid en 1952. Nasser l’écarte ensuite en 1954 et le remplace à la tête du pays. Il est élu président de la République égyptienne en juin 1956 avec 99,9% des voix.

Nasser explique sa doctrine et sa vision de la révolution de 1952 dans son ouvrage La Philosophie de la Révolution (1953). Il y exalte le nationalisme égyptien et l’unité arabe. A partir de 1954, il est le premier à mettre en avant l’arabité de l’Egypte. Il établit la théorie des cercles d’après laquelle l’Egypte a un rôle à jouer sur trois axes : arabe, africain et musulman. L’Egypte reste au cœur de sa pensée, elle aurait, selon lui, un rôle prédestiné.

Sa politique égyptienne

Il cherche donc, tout d’abord, à développer son pays et décide de l’armer pour le protéger. Après le refus de financement des Etats-Unis, il se fournit en Tchécoslovaquie en 1955. Sur le plan économique, il cherche à développer l’indépendance économique et l’agriculture : pour ce faire, il ambitionne de construire un barrage à Assouan. Il se tourne alors vers les Etats-Unis pour trouver des financements, mais ils refusent à nouveau. Nasser décide alors de nationaliser le canal de Suez. A partir des années 1960, Nasser se tourne vers le socialisme et nationalise les entreprises. Les ressortissants étrangers sont dépossédés de leurs biens et finissent par quitter le pays. Il favorise également fortement les marchés intérieurs et l’éducation, entreprend des réformes agraires, électrifie le pays. En dépit de cette politique, l’Egypte ne sort pas de la pauvreté, les investissements continuent à baisser et la livre égyptienne est dévaluée. Dans ce difficile contexte économique, l’opposition est durement réprimée.

Nasser face aux deux blocs

Les rapports de Nasser avec les Etats-Unis et l’Union soviétique évoluent tout au long de sa présidence. Il donne une priorité absolue à l’indépendance de son pays et cherche à tirer profit des différents avantages que peuvent offrir telle ou telle alliance. Dans un premier temps, anti-communiste, il admire les Etats-Unis. Mais, soucieux de limiter la tutelle anglaise, il préfère la voie du neutralisme et ne souhaite dépendre d’aucun des deux blocs (soviétique ou américain). Il participe à la conférence de Bandoeng en 1955 sous l’égide de Sukarno et de Nehru, où ils célèbrent le non-alignement. La nationalisation du canal de Suez le 26 juillet 1956, au détriment des intérêts français et anglais, fait sortir l’Egypte de toute tutelle étrangère et positionne Nasser sur la scène moyen-orientale. Lorsque la France, la Grande-Bretagne et Israël attaquent l’Egypte le 29 octobre de la même année, l’Egypte s’éloigne du monde occidental et se tourne vers l’URSS. A partir de 1961, le régime s’oriente vers le socialiste.

Nasser, leader du monde arabe

Nasser a marqué le monde arabe par son nationalisme. Homme d’Etat charismatique, il réussit à se poser en leader de l’arabisme. Ses discours enflammés et passionnés, exaltant le panarabisme, sont entendus dans l’ensemble du Moyen-Orient et au Maghreb grâce à la radio « La Voix des Arabes », et captivent les populations. Lors de la crise de Suez, l’ensemble de la région lui manifeste son soutien dans la joie.
En 1958 l’Egypte nassérienne se rallie au parti Baath syrien pour former la République Arabe Unie (RAU), alors que les deux Etats n’ont pas de frontières communes. Même si la RAU est un échec, l’initiative de Nasser a fortement bouleversé la région.

La mort et l’héritage de Nasser

Nasser, atteint de diabète, meurt d’épuisement le 28 septembre 1970. De grandes manifestations sont organisées en son hommage lors de ses funérailles. Le champion de Suez aura marqué les esprits plus que le dictateur qui n’a pas réussi à sortir son pays de la pauvreté et qui a essuyé des échecs militaires (guerre du Yémen, défaite de 1967 lors de la Guerre des six jours, guerre d’usure contre Israël). Ce leader charismatique aura marqué son époque, même s’il n’a pas réalisé son rêve d’unité.

Bibliographie :
Jack DAUMAL, Marie LEROY, Gamal Abd-el-Nasser, Paris, Editions Seghers, 1967.
Jean LACOUTURE, Nasser, Paris, Editions du Seuil, 1971.
Vincent CLOAREC, Henry LAURENS, Le Moyen-Orient au 20è siècle, Paris, Armand Colin, 2005.

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