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Compte rendu de la conférence de Laurent Bonnefoy, « Yémen : pourquoi la guerre ? », tenue à la Bibliothèque municipale de Lyon, le mercredi 13 décembre 2017
Article publié le 19/12/2017

Par Enki Baptiste

Venu à Lyon présenter son récent ouvrage (Le Yémen. De l’Arabie heureuse à la guerre, Fayard), Laurent Bonnefoy a donné une conférence sur la situation au Yémen.

En premier lieu, l’auteur note que l’on commence tout juste à parler du Yémen dans la presse et notamment de la catastrophe humanitaire en cours. En témoigne la récente couverture du magazine The Economist, "Yemen. The War the World Ignores", parue en décembre 2017. Jusqu’alors, ce pays, relativement marginal, aussi bien sur le plan géographique que politique dans la péninsule Arabique, n’attirait que vaguement l’attention.

En guise d’introduction, quelques éléments de cadrage ont été fournis par l’auteur : ainsi, nous apprendrons que ce pays compte aujourd’hui environ 30 millions d’habitants, ce qui en fait le pays le plus peuplé de la péninsule. Voisin de l’Arabie saoudite, le Yémen incarne, depuis l’époque préislamique, l’Arabie heureuse (Felix Arabia), le pays des Arabes du sud, régulièrement arrosé par les moussons. Tout le contraire de l’État saoudien, majoritairement composé de désert. La richesse de la terre a permis des développements agricoles importants, attirant les hommes et façonnant les imaginaires collectifs. Le Yémen est ainsi présent dans la Bible : Sanaa – la capitale actuelle – aurait été fondée par Sem, le fils de Noé, tandis qu’Aden, elle, serait une création des fils d’Adem et Ève. Cette région a également attiré les voyageurs européens à l’époque moderne. Voltaire, par exemple, décrit le Yémen comme le plus beau et le plus agréable des pays sur terre. Arthur Rimbaud s’y est exilé dix ans durant, tandis qu’André Malraux a écrit un ouvrage sur la reine de Saba, l’amante de Salomon dans les récits biblique, coranique et hébraïque. Le pays a donc un ancrage très fort dans la longue histoire.

Son histoire plus récente fut, quant à elle, marquée par la dualité : le pays était en effet divisé en deux entités avant leur fusion en 1990. Néanmoins, le processus politique d’unification est resté incomplet et la fusion est encore contestée par le sud. Il faut dire que le nord et le sud n’ont pas connu la même trajectoire politique au cours du XIXe et du XXe siècle. Le nord du pays est resté indépendant de toute colonisation – si l’on excepte la présence ottomane – et fut marqué par l’instauration d’un régime républicain fortement teinté de nassérisme et de nationalisme. Le sud fut un point d’ancrage de la couronne britannique dans la péninsule. Aden, qui est encore une ville portuaire de première importance, était considérée comme le joyau de l’empire britannique dans la région. Après l’indépendance, en 1967, le Yémen du sud devint l’unique république socialiste du monde arabe jusqu’à 1990.

Après avoir posé un cadre géographique et historique très général, Laurent Bonnefoy s’est recentré sur le cœur de son propos : la question de la guerre déclenchée à la suite des soulèvements arabes de 2011 et aggravée par l’intervention Tempête décisive (al-‘āṣifat al-ḥazm) déclenchée en 2015 par l’Arabie saoudite.

Avant 2001, le Yémen est une zone marginale du point de vue américain. Les attentats du 11 septembre remirent au centre des débats ce pays du sud de la péninsule Arabique, en particulier car l’instigateur de ces attaques, Oussama Ben Laden, était origine du Ḥaḍramawt, la région montagneuse de l’est du Yémen. Contraint par la pression américaine, le Yémen s’engagea alors dans une lutte onéreuse contre Al-Qaïda. Cet investissement dans la lutte contre le terrorisme islamiste fut néanmoins gage de l’intégration du Yémen au concert des relations internationales. Pour autant, durant la période entre l’engagement du pays dans la lutte contre le terrorisme et les soulèvements de 2011, priorité fut donnée par les Américains à la lutte contre Al-Qaïda sans que cela ne s’accompagne d’une vision politique pour le pays. Cela contribua, selon Laurent Bonnefoy, à la marginalisation de deux dossiers brûlants sur la scène intérieure : le mouvement houthiste, au nord, et le mouvement sécessioniste du sud, dont les partisans continuaient de contester la fusion de 1990. Sans vision globale et sans compréhension fine de ces deux dossiers, la communauté internationale paraît avoir laissé se développer les problèmes marginaux. En 2011, après les manifestations et la contestation du pouvoir de ‘Ali ‘Abdallah Saleh, seule l’Arabie saoudite semble être en mesure de jouer un rôle chez son voisin de plus en plus turbulent. Les États-Unis auraient alors offert un chèque en blanc à leurs alliés du Golfe, en tête desquels l’Arabie saoudite, pour s’occuper de la crise yéménite. Cette situation de marginalisation des puissances européennes et des États-Unis s’accentue encore après la fermeture, entre 2014 et 2015, de la plupart des ambassades occidentales qui officiaient dans le pays. C’est alors qu’est déclenchée l’intervention militaire saoudienne.

Cette dernière avait deux objectifs. Le premier était de réinstaurer le pouvoir du président ‘Abdrabbo Mansour Hadi, qui avait été élu en 2012 pour deux ans puis avait vu son mandat prolongé jusqu’en 2014. Considéré comme faible, il était surtout chargé d’assurer la transition avec le gouvernement du président Saleh, au pouvoir depuis trente-trois ans. Poussé vers la sortie par la rébellion houthiste, le président Hadi était en cruel manque de légitimité. Même au sein de la communauté internationale, la question s’est posée de savoir si ce président était réellement légitime. Néanmoins, son élection avait été validée par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies. Cette résolution, dite 2216, est pourtant assez problématique. Elle fut rédigée très directement par l’Arabie saoudite à travers le penholder d’un membre actuel de la coalition intervenant au Yémen, la Jordanie, et proclamait le président Hadi légitime, signifiant par-là que l’unique moyen légal de le remplacer était d’organiser des élections ou de le pousser à la démission. C’est ainsi que la communauté internationale, malgré le flou sur la légalité et la légitimité du pouvoir de Hadi, s’est trouvée prisonnière de cette résolution. Traduction de la faiblesse du président Hadi, en septembre 2014, après l’alliance de circonstance contractée entre Saleh et les Houthistes – pourtant anciens ennemis – la capitale Sanaa et une partie du nord du pays ont échappé à l’emprise du pouvoir politique central de Hadi.

Le deuxième objectif de l’intervention saoudienne était de combattre la rébellion chiite et ainsi de s’attaquer à son alliance avec l’Iran afin d’empêcher toute expansion de l’influence perse en péninsule Arabique. Historiquement, les zaydites ont un ancrage historique et local très fort dans le pays. À la tête du Yémen pendant plus de mille ans, jusqu’en 1962, les chefs de ce groupe ethnique et religieux sont donc des acteurs de premier plan dans le jeu politique yéménite. Leur rattachement au chiisme a largement contribué à voir dans la guerre menée contre le pouvoir central de Hadi et contre l’Arabie saoudite la traduction d’un soutien manifeste de l’Iran désireux d’imposer son leadership dans un pays voisin de son concurrent direct, l’Arabie saoudite. Par son intervention militaire, les monarchies du Golfe ont donc cherché à marginaliser l’Iran.

Cela dit, Laurent Bonnefoy a cherché à expliquer les origines du conflit. Passé 2011, après le mouvement de contestation du pouvoir de Saleh, les observateurs politiques ont eu tendance, selon le chercheur, à lire la crise yéménite au prisme de l’opposition entre l’Iran et l’Arabie saoudite. Il paraît plus censé de se pencher sur la politique interne et, plus spécifiquement, sur le processus de transition politique entre le pouvoir de l’ancien président et celui de Hadi. Il semble que ce soit l’échec de ce processus qui a conduit à la guerre.

Lorsqu’éclatent les manifestations, dans l’euphorie générale suscitée par les « printemps arabes », les développements politiques yéménites de février 2011 paraissent encourageants. Les mouvements sont pacifistes, chose surprenante pour les connaisseurs d’un pays traversé par des tensions régionales et confessionnelles et où la population est surarmée (1). Laurent Bonnefoy apporte là quelques chiffres éclairants : la population yéménite actuelle est chiffrée à 30 millions d’habitants environ. La moitié de cette population a 16 ans ou moins. Or des estimations sérieuses ont quantifié le nombre d’armes en circulation au Yémen à 12 millions. Le calcul est simple : si l’on enlève les femmes et les enfants en bas-âge – c’est-à-dire une part très importante de la population – on se rend compte du degré d’armement des Yéménites. Le processus de transition s’est étalé sur la longueur, à la différence des mouvements tunisiens ou égyptiens. En effet, le président Saleh a mis plus d’un an à quitter le pouvoir. Se posant comme principale puissance de négociation, l’Arabie saoudite a rapidement proposé d’encadrer la transition et les négociations. Le choix a été fait par les acteurs régionaux de laisser le président déchu, ‘Ali ‘Abdallah Saleh, actif dans le champ politique yéménite. Une forme d’immunité lui a été offerte : il est resté résident dans le pays, il est resté à la tête du principal parti politique, le Congrès populaire général (Al-Mu’tamar Al-Sha‘abi Al-‘Am) auquel appartenait également le nouveau président, Hadi. Il n’y a donc pas eu de restructuration complète du paysage politique. Les négociations engagées étaient pourtant prometteuses car elles témoignaient d’un processus inclusif. Dans le cadre de l’accord du Golfe passé entre les acteurs yéménites et les monarchies du Golfe, il avait été convenu que serait convoquée l’intégralité des composantes de la société yéménite. Ainsi, 565 représentants des différents pans de la société avaient pris part à la rédaction d’une nouvelle constitution. En outre, Hadi avait engagé des réformes garantissant que les services de l’État ne seraient pas purgés – comme cela fut le cas en Libye.

Avec du recul, Laurent Bonnefoy estime que ce processus politique de transition fut torpillé par plusieurs acteurs.
En premier lieu, les rebelles houthistes. Menée par ‘Abd al-Malik al-Houthi, la rébellion chiite s’est progressivement taillée un fief et a renforcé son ancrage territorial dans le nord du pays. En développant un discours populiste, le leader chiite a rapidement affirmé son ambition de rallier des partisans et de prendre le pouvoir en dépassant l’écueil confessionnel chiite/sunnite. Cela s’est traduit, nous l’avons dit, par la prise de Sanaa en septembre 2014.
Indubitablement, le président déchu Saleh a joué un rôle de premier plan en restant très actif et en cherchant à se venger de ses ennemis. Pour contrer l’influence grandissante des Frères musulmans dans le pays, qui apparaissaient alors comme les nouveaux faiseurs de roi, Saleh s’allie avec les Houthis. Cette alliance apparaît, au premier abord, comme contre-nature puisque lorsqu’il était au pouvoir et jusqu’en 2014, Saleh a mené une sanglante guerre – dite de Sa‘ada – contre la rébellion houthiste. C’est pourtant grâce à cette alliance que la rébellion va contrer efficacement les forces de la coalition menée par l’Arabie.
Le troisième acteur important est le mouvement autonomiste du sud. Par crainte d’être de nouveau marginalisés par le processus de transition, les partisans de ce mouvement ont rapidement exigé que des garanties leurs soient données. Ce fut chose faite : au cours des négociations, de nombreuses concessions furent accordées au sud – parmi lesquelles il fut décidé que le président qui serait élu et son Premier ministre seraient originaires du sud. _ Enfin, le processus politique fut largement entamé par l’instabilité générée suite aux attaques des groupes djihadistes contre les forces de l’ordre et les représentants des institutions politiques.

Il convient également de comprendre le contexte interne saoudien pour saisir les enjeux sous-jacents à l’intervention militaire. Si l’Arabie saoudite intervint pour défendre ses intérêts et contrer l’influence iranienne, il est important de souligner que l’opération militaire fut planifiée par Muhammad Ben Salman (MBS). Sur le devant de la scène ces derniers mois, MBS n’était, en février 2015, qu’en marge du système monarchique saoudien. Il venait tout juste d’être nommé ministre de la Défense et soufflait ses 29 bougies. En somme, il s’agissait d’un prince très jeune, en quête de légitimité pour s’imposer dans la permanente compétition princière au sein de la famille royale. Ce manque d’expérience du jeune ministre explique en partie que l’opération Tempête décisive ait connu des ratés et se soit caractérisée par une grande brutalité.

De manière générale, Laurent Bonnefoy estime que si la révolution de 2011 et les manifestations réunissaient toutes les composantes de la société, on a assisté, par la suite, à une disjonction des intérêts entre un niveau institutionnel et un niveau plus quotidien. Cela signifie que le processus de transition politique entamé par la Conférence de dialogue nationale avançait et laissait entrevoir un futur intéressant. Mais ces avancées ne se concrétisèrent pas suffisamment rapidement dans la vie des populations au quotidien. La situation économique ne cessa de se dégrader, créant un terreau favorable à la contestation généralisée sur laquelle a prospéré la rébellion houthiste.

Aujourd’hui, après bientôt trois ans de conflit, le premier objectif de MBS et de la coalition dirigée par les Saoudiens n’est toujours pas rempli. Le président Hadi est assigné à résidence en Arabie saoudite, manque de soutiens dans son pays pour jouer un quelconque rôle dans la crise et semble totalement marginalisé. L’opération est donc avant tout une faillite militaire et politique. La situation militaire paraît figée et on assiste à un enlisement du conflit (2).

L’intervention a également conduit à un désastre humanitaire sans précédent. Laurent Bonnefoy cite quelques chiffres récents : on estime aujourd’hui que 80% de la population yéménite est en besoin urgent d’aide humanitaire. Le conflit a coûté la vie à plus de 10 000 personnes – un chiffre largement sous-évalué – et a détruit nombre d’infrastructures. Un risque de famine grave plane également sur le pays et l’épidémie de choléra, bien qu’elle paraisse se contracter, touche plus d’un million d’habitants. Affaibli par le blocus imposé par l’Arabie saoudite depuis trois ans, le Yémen est totalement dépendant de l’aide extérieure, rendant très élevé le risque potentiel d’effondrement de la société. Selon Laurent Bonnefoy, dont on notera le discours alarmiste et mobilisateur, la chute d’une société ne se produit jamais à huit clos : cette crise et ces risques de déstabilisation devraient conduire la France à prendre ses responsabilités et à agir le plus vite possible pour enrayer le délitement de la société yéménite.

Souvent accusée de livrer du matériel militaire à l’Arabie saoudite et donc de contribuer au désastre de ce conflit, la France n’est pourtant pas, selon Laurent Bonnefoy, la principale pourvoyeuse d’armement, les États-Unis étant les principaux fournisseurs du royaume arabique. Mais l’on retrouve également la Grande-Bretagne, très active sur le marché de l’armement, qui fournirait des armes très employées sur le champ de bataille yéménite et particulièrement destructrices – des bombes à fragmentation notamment.

Dans la situation actuelle, deux questions se posent aux acteurs engagés dans la crise et aux puissances internationales.
La première est celle du phénomène djihadiste yéménite. Le gouvernement français en a fait une priorité. Dans cette optique, une attention accrue pour ce conflit doit être envisagée. Nous l’avons évoqué ci-dessus, Al-Qaïda possédait, avant le déclenchement de la guerre, un ancrage territorial important dans les montagnes du Ḥaḍramawt (3). Le chaos politique, social et politique généré par l’échec de la transition puis par la guerre civile a ouvert une brèche dans laquelle s’est engouffrée l’organisation terroriste et qui lui a permis de renforcer son ancrage territorial. Ainsi, la cinquième ville du pays, Mukalla, a été gérée pendant près d’un an par Al-Qaïda. Elle est aujourd’hui repassée sous le contrôle partagé des troupes fidèles au président Hadi et des membres du mouvement sudiste. À cela s’est ajoutée l’émergence de l’organisation État islamique, bien que cette dernière ne parvienne pas à se constituer un fief territorial semblable à celui d’Al-Qaïda. Laurent Bonnefoy estime que la prolifération de groupes islamistes militants n’aurait pu être possible sans le soutien financier des Saoudiens, prêts à tout pour repousser l’influence iranienne. Cet appui saoudien fut probablement un facteur important dans la confessionnalisation de la crise yéménite.

Enfin, à long terme, la question des réfugiés se pose également. La position géographique du pays explique que l’afflux de réfugiés n’ait pas été comparable à celui généré par les guerres civiles syrienne et irakienne. Néanmoins, près de 3 millions de Yéménites auraient fui leurs logements et environ 400 000 auraient quitté le pays – essentiellement des élites. Si ces réfugiés sont encore peu nombreux en comparaison des flux de migration syriens et irakiens et que ces derniers se sont tournés en priorité vers les capitales arabes voisines, il n’est pas exclu qu’un phénomène migratoire de plus grande ampleur advienne. Dans cette optique, la France et les puissances occidentales devraient accorder une attention décuplée à la guerre au Yémen. Il n’est pas exclu, en effet, de voir apparaître un phénomène migratoire généré par une pénurie d’eau. Le Yémen est un pays pauvre, où le niveau de ressources/habitants est l’un des plus faible au monde. Laurent Bonnefoy estime que ces ressources naturelles de première importante pourraient être épuisées d’ici dix à quinze ans. À cela s’ajoute une croissance démographique exponentielle : on estime que la population yéménite sera d’environ 60 millions d’habitants d’ici vingt ans. Or Sanaa, la capitale, est déjà particulièrement menacée par les pénuries, notamment en eau potable.

Ces défis structurels écologiques et démographiques devraient donc être impérativement envisagés sur le long terme, car ils sont autant de facteurs qui pourraient, dans les années à venir, faire apparaître les défis politiques et militaires comme des épiphénomènes.

En adoptant une vision à court terme, Laurent Bonnefoy estime que nous perdons un temps précieux dans la gestion de ces multiples questions structurelles qui concernent de près ou de loin l’Europe. Le défi des migrations climatiques va se poser de toute manière dans d’autres pays. Dans cette optique, nous serions bien inspirés de considérer le Yémen comme un laboratoire d’expérimentation pour la gestion de ces nombreuses problématiques… pour le meilleur et pour le pire.

Notes :
(1) Interrogé sur l’existence d’une société civile yéménite, Laurent Bonnefoy a précisé que le concept de société civile tel qu’on l’entend aujourd’hui en Occident ne peut s’appliquer à la société yéménite. Si société civile il y a, elle est à chercher dans les composantes tribales et religieuses de la population. Car ce sont effectivement bien ces acteurs qui constituent le ferment du dynamisme de la société yéménite.
(2) Laurent Bonnefoy n’a que peu parlé de l’assassinat tout récent du président Saleh par les rebelles houthistes. Aussi, il est possible que ce revirement de Saleh puis son assassinat ait modifié les équilibres politiques et militaires dans la région. Il semble pourtant trop tôt pour dresser un véritable bilan de ces évolutions, bien que des offensives nouvelles aient été lancées dans la direction de Sanaa par les troupes fidèles au président Hadi et par la coalition. Une question posée à la fin de la conférence a permis à Laurent Bonnefoy de préciser quelques points quant à la situation de Saleh. Le chercheur a notamment expliqué que les Saoudiens avaient, à de multiples reprises, tenté de briser l’alliance contractée entre l’ancien président et les rebelles houthistes. Ils semblent y être parvenus en convaincant Saleh qu’en cas de retournement de sa part, les puissances du Golfe s’engageaient à inclure son fils, Ahmed Ali, dans le processus politique qui suivrait la crise.
(3) On rappellera qu’une filiale d’Al-Qaïda existe dans la péninsule Arabique sous le nom d’Al-Qaïda dans la Péninsule Arabique (AQPA) ou d’Ansar al-Sharia depuis 2009. Les frères Kouachi, auteurs de l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, ont revendiqué leur acte au nom de cette organisation et avaient visiblement effectué un séjour d’entrainement au Yémen.

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