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Anne-Laure Dupont, Atlas de l’islam, Lieux, pratiques et idéologies
Article publié le 03/03/2015

Compte rendu de Louise Plun

Anne-Laure Dupont, historienne, arabisante et maître de conférence à Paris-IV Sorbonne, auteur de plusieurs ouvrages et articles sur le Moyen-Orient, et Guillaume Balavoine, cartographe, sont les auteurs de Atlas de l’islam, revu et augmenté dans une nouvelle édition en 2014.

Dans l’introduction, Anne-Laure Dupont souligne la place centrale qu’occupe l’islam dans l’actualité ainsi que la complexité résultant du fait de donner une « vue d’ensemble de l’islam » pour en comprendre « ses dimensions ». Néanmoins, dans le soucis de montrer « ce qu’il est aujourd’hui », Anne-Laure Dupont fait part de son « espoir » d’apporter des « points de repères » et « un regard serein sur l’islam […] qui est avant tout une des grandes aventures spirituelle de l’humanité. »

Le premier point abordé est intitulé « Présence de l’islam ». Il s’ouvre sur « Les origines » de l’islam, la prédication par le prophète Muhammad et définit ce qu’est l’islam : « attitude de soumission à un dieu unique, transcendant et miséricordieux, qui s’exprime à travers une pratique exigeante et un effort constant de perfectionnement moral en vue du salut dans l’au-delà ». La dimension et les enjeux de cette religion pour les musulmans sont mis en avant, ainsi que la centralité de la figure de l’action du prophète. Toutes ces notions sont illustrées de cartes. La « diffusion de l’islam » et ses vecteurs sont également présentés, notamment la question de la division théorique et juridique de l’islam en diverses branches. Des « zooms » spécifiques sur plusieurs notions illustrent également les propos de l’auteur.

La question des flux et des migrations des populations musulmanes à l’échelle mondiale est ensuite abordée, et soulève comme problématique que « les migrants ne sont jamais comptabilisés en fonction de leur confession et il est rare que celle-ci ait directement à voir avec la migration ». Toutefois, cet aspect, mis en perspective avec les enjeux de l’héritage colonial et les enjeux économiques attractifs des différentes régions, permet un éclairage sur les destinations principales des migrants.

Reprenant les propos de Dominique Chevallier [1], l’Atlas de l’islam illustre cette réalité parfois oubliée : « Tous les Arabes ne sont pas musulmans, et tous les musulmans ne sont pas arabes », dans une double page intitulée « Diversité des musulmans : des langues et des confessions variées ». Un zoom sur les minorités religieuses, leurs places, statuts et déplacements au sein des différents pays de confession majoritairement musulmane, est apportée et complétée à la lumière des faits historiques, comme, en autre, les conséquences de la chute de l’Empire ottoman et la première guerre israélo-arabe de 1948.

Le deuxième point abordé par l’Atlas de l’islam est celui des « Lieux et Pratiques de l’islam » dont l’introduction souligne la compatibilité possible mais mal comprise, d’une communauté musulmane (umma) et d’une diversité de ses membres, « [créant] le monde musulman », ses traditions et ses transformations. Ce sujet présente les mosquées, lieux de culte des musulmans, comme des entités complexes, religieuses, artistiques, sociales, symboliques, ancrant l’islam et dans le temps et dans le paysage ; à l’image également des deux « berceaux » de cette religion, que sont La Mecque et Médine. Il témoigne d’une grande diversité de lieux saints dont un panorama est établi par la suite. Les cas des « Foyers d’Etudes religieuses » démontrent l’ancienneté, la sagesse et la portée de la culture musulmane, le principal témoignage étant la place de l’Egypte, véritable soleil international et régional, et sa mosquée al-Azhar au Caire, fondée en 969. Anne-Laure Dupont rappelle ensuite le lien intrinsèque qui existe entre l’islam et les villes : lieu de naissance de cette religion, de pèlerinage, de pouvoir, de culture, de savoir, constituant « des centres religieux où la communauté s’assemble, prie, transmet la foi et la science ». Ainsi l’auteur retrace l’histoire des trois « Capitales de l’islam » que sont « Istanbul, ‘le seuil de la félicité’ », « Le Caire ‘la ville aux mille’ minarets » et « Ispahan, ‘perle de l’islam’ et ‘moitié du monde’ ». Ce deuxième point se poursuit avec un aspect de l’islam, mal connu, qui correspond aux « Ordres mystiques » et aux confréries, et dont les termes qui lui sont associés, comme « soufisme », se révèlent pourtant indispensables à une bonne et objective compréhension de l’islam. Le thème des « Organisations musulmanes » clos finalement ce point « Lieux et Pratiques de l’islam », et décrit la naissance d’une solidarité musulmane qui prend plusieurs visages, en « réponse à l’impérialisme des pays européens, à la sécularisation de l’athéisme » en autre. L’Atlas de l’islam en donne les acteurs, les vecteurs, les évolutions ainsi que les fondements idéologiques.

Le dernier thème traité est celui de l’islam d’un point de vue politique et idéologique. Celui-ci s’ouvre sur les dernières années de l’ultime grand empire musulman sunnite, c’est-à-dire l’Empire ottoman, dont le sultan et calife représentait la dernière entité religieuse et politique héritée des premiers temps de l’islam. L’Empire ottoman est cependant touché par les ingérences occidentales, des réformes fragilisantes et finalement par la Première Guerre mondiale. L’Atlas de l’islam relate ensuite la transition vers la Turquie kémaliste puis contemporaine, à la lumière du fait religieux.
Vient ensuite l’histoire de l’Arabie saoudite qui peut s’illustrer par la formule « l’alliance du sabre et du Coran » réalisée par la dynastie des Sa’ûd. Une entité politique et religieuse contrôlant les lieux saints de l’islam, d’abondantes ressources pétrolières sur lesquelles s’est basée sa puissance qui suscite encore aujourd’hui l’intérêt des puissances occidentales.
Anne-Laure Dupont traite ensuite de « La question de Palestine » en rappelant que le conflit israélo-palestinien est d’abord à concevoir en tant que conséquence de la lutte entre deux nationalismes, arabe et sioniste, et de la privation pour les Palestiniens de leur terre, avant de devenir le symbole et le moteur de l’affrontement derrière lequel chaque musulmans peut s’identifier. L’interminable résurgence du conflit est également évoquée, ainsi que la place centrale de la Ville sainte de Jérusalem dans celui-ci.
Succède à la Palestine les problématiques d’autres Etats : du Pakistan, et en particulier la relation ambivalente entre islam et nation ; de l’Iran, abordée sous l’angle de la nature de son régime politique, mettant en relief la position des minorités religieuses dans la pays ; des républiques d’Asie centrales dans lesquelles l’islam tient une place essentielle, pourtant trop souvent oubliée ou niée. Dans ce dernier point est également analysé le mouvement des Frères musulmans, considéré comme le premier mouvement « islamiste », introduisant ainsi la « Diversité de l’islamisme » et de ses incarnations sunnites, chiites ou autres au sein du monde musulman. L’ouvrage rappelle subséquemment la définition du jihâd dans sa teneur sémantique d’ensemble, ses acteurs et ses enjeux contemporains. Pour finir, la question de la charî’a offre une vision d’ensemble de ses usages et de sa relation avec « le système normatif musulman (fiqh) ».

Religion majoritaire au Moyen-Orient, l’islam réunit cependant une communauté de croyants sur tous les continents. Ainsi, comme le dit très justement l’auteur, « un atlas de l’islam oblige à parcourir le monde, dans sa diversité géographique, culturelle, linguistique, économique ». Cet ouvrage rappelle que l’islam est avant tout un message spirituel qui a pu emprunter plusieurs voies au cours du temps, entre les mains de différents acteurs, face à des obstacles intérieurs ou extérieurs à la société qu’il embrasse.

Anne-Laure Dupont, Atlas de l’islam, Lieux, pratiques et idéologies, Paris, Autrement, avril 2014

[1Dominique Chevallier est un historien français, universitaire et chercheur spécialiste du monde arabe.

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