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Rencontre avec la réalisatrice et scénariste canado-libanaise Katia Jarjoura autour du thème de l’Exil
Article publié le 30/08/2018

Propos recueillis par Carole André-Dessornes, docteur en sociologie de l’EHESS et consultante.

Diplômée en journalisme et sciences politiques, Katia Jarjoura a réalisé plusieurs documentaires au Moyen-Orient : L’Appel de Kerbala, Goodbye Moubarak, Liban, de fracture en fracture, pour la chaine franco-allemande ARTE. Elle a aussi réalisé deux courts métrages - Dans le Sang (prix France 2 au festival de Brest en 2009) ainsi que Seul le Silence, qui raconte l’exil d’une réfugiée syrienne en France. Membre du comité de lecture du CNC pour les projets de courts métrages, Katia joue également le rôle de consultante-scénarios auprès d’auteurs émergents. Elle a aussi organisé et dirigé des ateliers de formation de documentaires auprès de jeunes réalisateurs du monde arabe, notamment à Bagdad en Irak (2015), ainsi qu’en Tunisie et en Algérie (2017). Aujourd’hui, Katia est installée à Paris et se consacre pleinement à l’écriture de son premier long métrage de fiction.

Festival de Trouville :
Seul le Silence est programmé au Festival Off-courts de Trouville-sur-Mer, dans le cadre de la carte blanche Normandie Images, le jeudi 13 septembre à 17h à Trouville (Festival de Trouville https://www.offcourts.com/)
Le film sera aussi rediffusé sur France 3, le vendredi 14 Septembre, à l’émission Libre Court.

Seul le Silence votre dernier court métrage, déjà présenté au Warm festival à Sarajevo fin juin, sera projeté lors du festival de Trouville en septembre, pouvez-vous revenir sur la genèse de ce film ?

Le récit puise son inspiration d’un état d’être ; un sentiment de décalage qui m’a longtemps habité pendant toutes les années où j’ai été documentariste en zones de conflits. Chaque fois que je rentrais chez moi – après l’Afghanistan, l’Irak, le Yémen, l’Iran, Gaza – j’avais cette impression que je n’étais pas à ma place. Mon corps était « ici », mais ma tête était restée « là-bas », avec les gens dont j’avais partagé le quotidien, dans la tourmente de la guerre. Ce « sentiment de vertige » est donc précurseur d’une envie d’écrire quelque chose. Durant cette période, le conflit en Syrie a éclaté. Étant libanaise et ayant longtemps vécu à Beyrouth, j’ai été particulièrement touchée par les évènements. Je connaissais bien la Syrie. J’avais envie de me rendre sur place, de faire quelque chose, j’étais assaillie par l’impuissance et l’inquiétude… Puis, il y a eu l’afflux de réfugiés syriens en France. Plusieurs d’entre eux m’ont confié leur expérience de l’exil et le sentiment de décalage qu’ils éprouvaient entre la France, terre d’accueil et leur pays déchiré. J’ai donc décidé de raconter l’histoire d’une réfugiée.

Une rencontre semble avoir particulièrement inspiré le scénario du film. Celle avec Fadwa Suleimane, actrice, poétesse et activiste, qui fut une icône de la révolution syrienne, avant son décès d’un cancer, en 2017. D’ailleurs le film lui est dédié. Dans quelles circonstances avez-vous rencontré Fadwa ?

Par un drôle de hasard, nous nous sommes rencontrées dans un festival de photos à Tbilissi en Géorgie, l’été 2012. Elle venait à peine d’arriver en France quelques mois plus tôt. Très vite, nous sommes devenues complices et une amitié s’est développée. On passait de longues heures au café à échanger sur le Moyen-Orient et sur notre sentiment de déracinement respectif. Fadwa avait été littéralement arrachée à son pays. Menacée par le régime, elle n’avait pas eu d’autres choix que de fuir. Et bien qu’elle fût reconnaissante envers la France, elle ressentait viscéralement le « manque » de la Syrie. D’autant plus qu’elle avait dû y abandonner son fils, qui était encore un enfant. Je comprenais ce qu’elle pouvait éprouver : cette « violence de l’exil » qui se manifeste comme un mal être nébuleux, mélange de culpabilité et d’impuissance, d’éloignement et de solitude. Souvent, Fadwa se réfugiait dans le silence, ou elle chantait des chants traditionnels arabes. A partir de son récit, et d’autres témoignages récoltés au cours de mon casting auprès de la communauté syrienne en France – à Lyon, à Troyes, à Rouen, à Rennes, à Paris – j’ai dessiné le visage de mon personnage principal. Une jeune étudiante syrienne qui se retrouve, malgré elle, réfugiée en France et qui s’inquiète pour sa famille qu’elle a dû laisser sous les bombes.

Ce décalage est permanent dans le film et se ressent notamment à travers les « voix ». La voix est-elle un vecteur du film ?

C’est la dissonance des différentes voix qui portent le film, et qui, d’une certaine façon, composent sa bande son. Il y a d’abord la voix de Neda, la réfugiée, qui chante, et dont le chant tisse le lien entre elle et son petit frère resté en Syrie. Puis, la voix mécanique et bureaucratique de l’employée de l’OFPRA, qui représente la lourdeur et la froideur d’un système chargé d’administrer les demandes d’asile. Il y aussi la voix de la mère, qui feint que tout va bien alors qu’elle est au cœur du désastre. Et celle de Mazen, le petit ami, qui s’inscrit dans l’oubli de la guerre, alors que Neda, elle, n’arrive pas à couper le cordon avec la Syrie. Enfin, il y a la voix du silence. Un silence chargé d’impuissance, de désarroi, d’inquiétude, qui imprègne le film du début à la fin et en marque le dénouement.

Comment s’est passé le casting ? Pourquoi votre choix s’est-il porté sur Masa Zaher et non une autre actrice ?

J’ai tenu à ce que l’actrice principale et tous les acteurs arabes du film soient Syriens. Non seulement pour une question d’authenticité par rapport à l’accent – parce qu’il y a plusieurs accents arabes – mais aussi pour que les Syriens s’y reconnaissent.
C’était aussi pour des questions de légitimité vis-à-vis de mon travail et des gens à qui s’adresse ce film. Je ne suis pas Syrienne, mais j’ai choisi de parler d’une guerre et d’un pays qui n’est pas le mien. Certes, la tragédie syrienne est proche de celle qu’a connu mon père au Liban, dans les années 70, mais je ne l’ai pas vécue directement.

Plusieurs réalisateurs arabes et non arabes ont réalisé des films qui traitent de la Syrie, sans travailler nécessairement avec des acteurs syriens, mais plutôt libanais, palestiniens, algériens… Parfois, le résultat est convainquant, mais il peut aussi être décevant. Dans mon cas, puisque l’histoire et le style du film étaient ancrés dans la réalité et que je traitais d’un état d’être « l’exil », c’était très important que le projet soit mené par une actrice qui ne se contente pas de jouer, mais qui ressente réellement cet état, qu’elle le vive dans sa chair, dans ses gestes, ses expressions, et que cela transparaisse à l’écran.

Le casting semble avoir été un vrai parcours du combattant ?

En effet, mon obstination à trouver à tout prix une Syrienne qui corresponde à ce que j’avais en tête, n’était pas aussi simple que je l’aurais imaginé. Je cherchais une jeune femme avec des caractéristiques particulières : à la fois empreinte de force et de douceur. Une vraie tragédienne. Elle devait également avoir une voix qui porte. Comme la voix était le vecteur du film, il fallait que l’on adhère au personnage à travers sa voix.

J’ai donc fait un casting sauvage exhaustif. J’ai balayé « virtuellement » l’Europe, la Turquie, le Liban, la Syrie, et j’ai casté plus d’une centaine de femmes, actrices et non actrices, presqu’exclusivement Syriennes, entre 25 et 35 ans. A partir des photos Facebook qu’une amie me transmettait, je les contactais et leur envoyais quelques scènes à interpréter, puis on échangeait par Skype. Toutes étaient assez exceptionnelles et originales, mais l’une d’entre elles s’est véritablement démarquée, par son jeu et l’émotion qui s’y dégageait. Le problème, c’est qu’elle vivait à Damas, qu’elle n’avait qu’un passeport syrien et qu’elle n’avait pas de visa Schengen. Avec mes producteurs français, on s’est donc posé la question : que fait-on ? En 2017, il était assez compliqué d’obtenir un visa pour la France. La révolution syrienne s’essoufflait. Le conflit durait depuis déjà six ans, et l’Europe fermait ses portes aux réfugiés. Tout le monde me conseillait de laisser tomber, disant que j’avais très peu de chance d’obtenir un visa pour Masa. Mais je suis de nature plutôt obstinée. Un je ne sais quoi dans la voix de Masa me disait que je passais à côté de quelque chose. J’ai donc décidé de m’embarquer pour Beyrouth - car les demandes de visa se font depuis Beyrouth, il n’y a plus ni consulat, ni ambassade à Damas - et de lancer le long et fastidieux processus du visa, avec toutes les formalités et la paperasse que cela implique.

Cela n’engageait-il pas une importante responsabilité personnelle de votre part ?

En effet, mais ce n’est qu’une fois sur place, au Liban, que j’en ai vraiment pris conscience, après avoir fait connaissance avec Masa et avoir fait le dépôt de la demande de visa auprès de l’ambassade de France. J’ai commencé à me poser un tas de questions : et si Masa réagit mal une fois arrivée en France ? Si elle tombe malade ? Si elle n’arrive pas à jouer le rôle ? Je voyais bien que Masa, comme tous les Syriens, était marquée par la guerre qui déchirait son pays. Aussi, elle n’avait jamais interprété le rôle principal dans un film de fiction. Elle était actrice, diplômée de l’Institut d’Art dramatique de Damas, mais elle était encore jeune, et surtout, elle n’avait jamais quitté la région. La faire venir était un risque à prendre.

Un mois plus tard, le visa est tombé, et, d’une certaine façon, mes craintes se sont matérialisées. Pendant les trois semaines de préparation et les dix jours de tournage, j’ai eu l’impression que Masa avait le « mal du pays ». En fait, je sentais qu’il y avait confusion entre fiction et réalité. Masa ne jouait pas, elle « était » le personnage. C’est ce que j’avais souhaité au départ, mais confrontée à la réalité du plateau, la situation s’avérait beaucoup plus complexe. Il fallait gérer à la fois les problèmes logistiques et les imprévus de tournage, tout en s’assurant que l’actrice allait pouvoir continuer de jouer dans les meilleurs conditions possibles. Mais malgré ces difficultés, le film est réussi et Masa est parvenue à incarner remarquablement le personnage que j’avais imaginé.

Qu’est devenue Masa aujourd’hui ?

Elle est restée en France. Elle vit désormais à Rouen, la ville où l’on a tourné le film et où se trouve une communauté syrienne importante. Depuis, elle a joué dans un autre court-métrage et elle prépare actuellement une pièce de théâtre.

Comment le film a-t-il été reçu ?

La première projection a eu lieu le 2 mai 2018 au cinéma Grand Action, à Paris, devant une salle presque comble. Après toutes les épreuves que j’avais traversées au cours de la réalisation du film, j’étais un peu « anesthésiée », et je ne m’attendais, à vrai dire, à rien. Lorsque les applaudissements ont retenti à la fin, puissants et sincères, j’ai compris que la salle était émue. Ce fut sans doute le plus beau moment de la vie de ce film. De sentir la vague d’émotions s’emparer du public. Des réfugiés syriens, présents ce soir-là, ont même pris la parole en déclarant que le film racontait leur histoire, à tous. L’équipe, dont le monteur à qui je dois beaucoup, semblait satisfaite. Pour Masa aussi, qui était invitée, c’était un véritable honneur. Tout le monde la félicitait pour sa prestation. Elle était très touchée. D’une certaine façon, c’était sa réception de bienvenue en France… et la première consécration du film.

L’exil, c’est aussi une histoire personnelle, familiale, de par vos origines canado-libanaises. Comment vous définissez-vous par rapport à cela ?

Si je m’intéresse autant à la question de l’exil, c’est parce que je suis moi-même une « déracinée ». Ma patrie de cœur est sans conteste le Liban, de par mon père, et par le fait que j’y ai vécu dix ans, mais je ne peux pas m’affirmer entièrement libanaise. Je n’ai pas connu la guerre civile, je n’ai pas grandi au Liban, je n’ai pas été éduquée dans les valeurs traditionnelles orientales, je parle arabe avec un accent français… Le Liban est une partie de mon identité, mais non sa totalité.

D’un autre côté, impossible de me revendiquer Canadienne - plutôt Québécoise d’ailleurs - de par ma mère - même si j’ai passé les 25 premières années de ma vie au Canada. Il est vrai que certains traits de ma personnalité se sont développés grâce à mon éducation nord américaine, mais je suis loin de me reconnaître dans la société de surconsommation et le « bien-être » tranquille des grands espaces canadiens.

Je me sens plus proche de la culture française, éduquée dans l’amour de la littérature française, de son histoire, de ses valeurs, de son ancrage en Europe. Mes projets sont produits en France depuis plus de 20 ans. J’y suis installée depuis 10 ans. C’est ma patrie de « l’âme ». Mais je suis également consciente que je ne suis pas « Française de souche et de sang », avec mon accent, mon passé, mes origines. Disons que j’ai plutôt un lien cérébral avec la France, et un lien viscéral avec le Liban.

Avec le temps, je me suis résignée à être « multiple ». J’accepte d’appartenir à « partout et nulle part » : je suis partout ailleurs et nulle part vraiment chez moi. Ce sentiment d’exil, je le vis à la fois comme une richesse et comme un handicap. D’un côté, cela engendre une plus grande empathie envers les autres, une ouverture sur le monde, une créativité débordante. De l’autre, cela peut provoquer un éparpillement, une instabilité existentielle, une peur de l’engagement aussi.
Disons qu’il faut s’ancrer en soi, pour ne pas perdre pieds - d’autant plus quand on travaille en indépendant, qu’un océan nous sépare de notre famille, qu’on n’a pas de points de repères reliés à l’enfance. Il faut apprendre à gérer cette diversité identitaire, à l’accepter, et à la laisser évoluer. Car tel que l’a si bien exprimé l’écrivain Amine Maalouf, dans son livre « Les identités Meurtrières », « l’identité n’est pas donnée une fois pour toutes, elle se construit et se transforme tout au long de l’existence. »

Vous avez réalisé aussi bien des documentaires que de la fiction, en quoi ces deux exercices très différents font partie d’un même cheminement ? Seriez-vous prête à faire un choix définitif ou le va-et-vient de l’un à l’autre est-il essentiel pour vous ?

Les deux formes d’expression visuelle se répondent, se nourrissent et se complètent. Dans mon cas, l’une ne va pas sans l’autre. Sans doute parce que les récits de fiction qui me viennent à l’esprit sont intimement liés à mon expérience de terrain, aux témoignages que j’ai entendus, aux amitiés que j’ai développées. Je puise dans le réel pour alimenter mon imaginaire, en privilégiant le réalisme - et son absurdité - au fantastique. C’est d’ailleurs le cas pour Seul le Silence. Inversement, avec les documentaires, je compose avec le réel, notamment en y introduisant certaines notions de mise en scène et les outils de narration de la fiction.

Quels sont vos prochains projets ?

J’en ai plusieurs. Le métier l’oblige, un réalisateur indépendant doit toujours naviguer d’un projet à l’autre pour ne pas rester sur la touche. Mes films s’intéressent souvent aux petites histoires d’individus contraints de se débattre avec la Grande Histoire qui les dépasse, et brime leur liberté d’action et de pensée. C’est le cas d’un projet de fiction sur lequel je travaille, un thriller qui se situe dans une dictature arabe, et qui expose le destin d’une famille fragmentée aux prises avec un Etat totalitaire.

J’ai aussi commencé un documentaire d’expérimentation, qui se veut l’extension de mon court métrage Seul le Silence. L’idée est de retrouver ces jeunes femmes syriennes que j’ai castées pour le rôle principal du film, et de les sonder sur leur sentiment de déracinement. A travers plusieurs formes d’expression : le son, la parole, la photo, la vidéo, je vais tenter de saisir et de transmettre cette impression diffuse qu’est l’exil.

Pour finir, quel est votre souhait pour Seul le Silence ?

Que le film vive ! J’estime que jusqu’à présent, il n’a pas eu la vie qu’il méritait. Il a tourné dans quelques festivals, mais pas assez. Il est vrai que des milliers de courts-métrages inondent le marché, que les sélectionneurs se retrouvent un peu dépassés, que les spectateurs en ont peut-être marre d’entendre parler des réfugiés. Mais tout de même. Je crois que ce film raconte l’exil différemment. Par sa pudeur. Sa retenue. Son silence. Ce sont les retours que j’en ai eu. J’espère qu’à l’avenir, d’autres opportunités se présenteront, qu’il pourra être projeté dans des cadres scolaires, universitaires, des évènements thématiques, des colloques… que je pourrai en parler comme d’une expérience et non pas seulement comme d’un film. Il y a tant à raconter sur sa fabrication ! D’ailleurs j’ai commencé à rédiger le making of du film.

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