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Relire un ouvrage fondamental : Intérêts et impérialisme français dans l’Empire ottoman (1895-1914), la thèse de Jacques Thobie

Par Lukas Tsiptsios
Publié le 18/12/2017 • modifié le 20/12/2017 • Durée de lecture : 11 minutes

Présentation de sa thèse

Sa thèse adopte clairement une analyse léniniste qui lui semble « la plus adéquate et la plus commode » comme centre et point de départ pour comprendre l’évolution et le développement de l’impérialisme français dans l’Empire ottoman entre 1895 et 1914. Historien marxiste, très influencé aussi par son maître Pierre Renouvin, lui-même influencé par les Annales, Jacques Thobie a cherché à élargir l’histoire diplomatique traditionnelle à la recherche des « forces profondes », notamment grâce à l’économie qu’il utilise tant dans son œuvre. Jacques Thobie avait donc comme objectif en entamant sa thèse, de dresser une analyse totale de l’impérialisme français, sous toutes ses formes (religieuses, culturelles, économiques et financières), mais il a dû se restreindre aux intérêts économiques et financiers pour des raisons pratiques, sur la suggestion de Pierre Renouvin. D’une certaine manière, Jacques Thobie ne finit son œuvre qu’en 2009, avec son livre sur Les Intérêts culturels français dans l’Empire ottoman finissant. Néanmoins, tout au long de son ouvrage, il ne cesse de rappeler l’importance de prendre en compte cette dimension culturelle et surtout le Protectorat des catholiques d’Orient. De plus, Jacques Thobie choisit de ne traiter que la partie asiatique (et Constantinople) de l’Empire ottoman, afin d’écarter la « Question d’Orient » de son travail.

Jacques Thobie souligne dans son introduction, les problèmes auxquels il a dû se confronter au niveau des sources. En effet, il n’a pas pu avoir accès aux archives ottomanes, étant fermées aux chercheurs étrangers pour la période en question. Ensuite, les archives de la Banque impériale ottomane (institution centrale dans son travail) ont, elles, disparu, coulées par un stuka pendant la 2e Guerre mondiale. Néanmoins, il a su trouver une grande diversité de sources diplomatiques françaises et britanniques (Quai d’Orsay, archives des postes consulaires, Foreign Office, Diplomatic and consular report…), mais aussi d’archives d’entreprises et d’intérêts financiers comme celles du Crédit lyonnais, la Société générale, la Banque de Paris et des Pays-Bas.

Quant au contexte dont il est question, Jacques Thobie choisit de commencer son étude en 1895, du fait du renversement de la tendance séculaire des prix dans la période 1895-1897, qui aurait été facteur de prospérité du capitalisme, s’accompagnant d’une augmentation du taux de croissance de la production. En soi, un passage d’une phase B à une phase A sur les cycles économiques Kondratieff. Cela permet ainsi une accumulation du capital et une recherche de matières premières et de marchés, favorisant de la sorte les investissements français à l’étranger. Cela concorde avec un moment de crise grave dans l’Empire ottoman, en constants besoins financiers (emprunts de 1896). Le marché parisien étant lui disponible, les intérêts français se sont donc largement intensifiés dans l’Empire à partir de 1893, jusqu’à devenir le principal créancier : Paris étant la place financière où étaient émis les emprunts ottomans. La France reprend également à ce moment une plus grande envergure au niveau international, ratifiant son alliance avec la Russie en 1894. De plus, c’est à partir de 1895 que se développent les rivalités entre les grandes puissances industrielles au Moyen-Orient. Pour ce qui est de la fin de la période, 1914 relève d’une certaine logique, étant le début de la Première Guerre mondiale au cours de laquelle l’Empire ottoman choisit le camp des empires centraux contre l’Entente. Néanmoins, si le facteur politique et événementiel peut avoir une certaine importance dans l’œuvre de Thobie (comme le « coup de Métélin »), certains moments centraux dans l’histoire politique ottomane, comme la Révolution jeune-turque sont presque écartés, car ils n’auraient pas tant influé selon lui sur la conjoncture.

Son livre se découpe ainsi en trois parties. Les deux premières sont une présentation des intérêts financiers et économiques français dans leur évolution (la première partie étant un tableau de la situation en 1895 et la deuxième l’évolution jusqu’en 1914), l’attitude des responsables politiques face aux problèmes posés par l’implantation et le développement de ces intérêts, en relation avec les intentions ottomanes et les ambitions des puissances concurrentes. La troisième partie que nous étudions ici a pour titre « Les développements de l’impérialisme français dans l’Empire ottoman » et se propose d’être un essai d’explication afin de discerner dans les intérêts français une « politique cohérente et conséquente » qui permettrait de caractériser un impérialisme français. Jacques Thobie donne donc ici une certaine importance au paramètre politique afin de comprendre toute la dynamique de l’impérialisme français comme processus historique, paramètre politique qui serait resté selon lui trop implicite dans la théorie léniniste. C’est cette troisième partie qui est donc le cœur de la réflexion de Jacques Thobie et qui lui permet d’expliquer pourquoi en 1895 on ne peut pas parler d’impérialisme français dans l’Empire ottoman, alors qu’en 1914 en revanche, et ce contrairement au récit qui affirme que les intérêts français se seraient déplacés vers la Russie, il existe un impérialisme français.

Analyse de la troisième partie de la thèse de Jacques Thobie

Jacques Thobie divise sa troisième partie en trois phases, chronologiques, qui correspondraient à trois politiques françaises dans l’Empire ottoman. Il explique qu’il n’y a là rien d’exhaustif, ces trois types de politiques ont toujours existé, mais à certains moments qu’il définit, des tendances (ou des « pulsions » comme il dit) prennent le pas sur d’autres.

La première phase irait de 1895 à 1902 et serait celle de la « chasse sauvage » où l’aire ottomane, contrairement à l’Afrique ou l’Asie du Sud-Est, serait disponible et ouverte aux convoitises européennes. La « chasse sauvage » caractériserait donc cette sorte de ruée des intérêts européens (et surtout français) en ordre dispersé, en utilisant les difficultés politico-financières de l’Empire, mais sans véritable prise de conscience politique et diplomatique des responsables français. Les intérêts français (et tout particulièrement la Banque ottomane, de facto française, du fait de la léthargie britannique) utilisent alors les organismes déjà sur place, comme l’Administration de la dette publique ottomane pour tenter de contrôler les affaires ottomanes, en voulant transformer le Conseil de la Dette en commission internationale de contrôle des finances, afin de réduire de manière encore plus significative la souveraineté ottomane. Néanmoins, les luttes d’influences entre les différentes puissances (en l’occurrence Allemagne et France), mais aussi une certaine résistance ottomane qui maniait ces divergences, a mené ce projet à l’échec en 1897, malgré le soutien du gouvernement français. Néanmoins, un statu quo reste tout de même favorable aux Français. Cependant, si la diplomatie française ne saisit pas forcément dans un premier laps de temps (1895-1900) l’importance des intérêts français et la nécessité d’un soutien diplomatique, dans un second temps, il y a une transformation de la diplomatie française qui se tourne vers l’action et le soutien direct de ces intérêts. L’illustration la plus marquante de ce tournant est le « coup de Métélin » en 1901 lorsque le sultan refuse des réclamations de deux créanciers français (de quelques centaines de milliers de livres turques), ce qui incite le gouvernement français à l’action (pour des intérêts privés, rappelons-le). Rappelant son ambassadeur Constans, il organise une démonstration navale devant Métélin (Mytilène) en envoyant 2 cuirassés, 2 croiseurs-cuirassés et quelques autres navires, de manière à dissuader les Ottomans de toute résistance et occuper les douanes de l’île jusqu’à la satisfaction des réclamations françaises. Avec l’inaction, voire l’adhésion des autres puissances, le sultan se voit obligé d’accepter les revendications françaises. La France avec sa politique de la canonnière lors de cet événement très peu étudié par l’historiographie, gagne largement en influence dans l’Empire selon Jacques Thobie.

Avec les accords de 1901, elle gagne la reconnaissance de ses établissements scolaire, hospitaliers et religieux, mais aussi la délivrance du bérat de reconnaissance du patriarche chaldéen dans des termes acceptables par le Saint Siège (position de la France comme « fille ainée de l’Eglise » en Orient, puissance protectrice des chrétiens). Selon Jacques Thobie, la France en sort largement gagnante, car elle montre aux yeux du monde qu’elle oblige le sultan à accepter ses conditions par la force et qu’elle est une nation majeure dans le Moyen Orient et non dans le sillage d’une autre. D’ailleurs, pour les puissances étrangères c’est également un « coup » positif, créant un précédent dans les relations diplomatiques avec l’Empire. Quant au sultan, il est bien obligé de continuer à traiter avec la France du fait de ses besoins chroniques en emprunts. Coïncidant avec une reprise économique, ce « coup » s’inscrit dans une situation favorable à une politique d’action dans l’Empire ottoman pour l’impérialisme français.

La deuxième partie correspond à la deuxième phase du développement de l’impérialisme français entre 1903 et 1911, qui est titrée : « Renforcement des groupes nationaux et difficultés de l’association financière internationale » que Jacques Thobie décrit comme le développement vers un « impérialisme de style chauvin ». C’est ce moment où le gouvernement français a la volonté d’intervenir directement dans les affaires ottomanes sur toutes les questions financières et économiques du fait de leur dynamisme et d’un renforcement des liens entre la finance et l’industrie. Le gouvernement français s’appuie donc sur les intérêts français existants dans l’Empire pour définir une politique, mais qui ne correspondait pas forcément avec ceux-ci. Exemple notoire est celui des dissensions entre Rouvier et Delcassé, donc entre la Banque ottomane et le gouvernement sur la question du chemin de fer de Bagdad, détenu par la Deutsche Bank qui cherche alors des gages suffisants pour garantir les emprunts nécessaires à la ligne BBB (Berlin - Byzance - Bagdad), symbole de l’impérialisme allemand dans l’Empire. La Banque ottomane, en discussion avec la Deutsche Bank depuis 1898, se voit arrêtée par le refus du gouvernement français qui n’accepterait de coopérer que dans des conditions d’égalité absolue de participation, de représentation, de responsabilité dans la construction et la gestion de la ligne, donc pour l’internationalisation du Berlin-Bagdad. Il y a là une contradiction entre le soutien du gouvernement à des groupes nationaux et la coopération internationale requise comme pour le Bagdad, mais aussi lors des quatre projets communs d’association financière avec les Britanniques (comme la ligne Homs-Bagdad) qui sont finalement des échecs. Jacques Thobie analyse ces rapports dialectiques très complexes avec une vision une fois de plus très léniniste, comme le fruit d’un rapport de force entre les différents secteurs à maturité différente du capitalisme français, qui ferait que le gouvernement aurait choisi de finalement soutenir un secteur moins développé et donc moins cosmopolite, afin de constituer un puissant groupe aux intérêts nationaux autour de la Banque ottomane, au lieu de mettre en place de grands consortiums internationaux. Il y aurait eu, malgré les divergences précédentes, la constitution d’un « front commun » entre le gouvernement et la Banque ottomane à partir de 1905-1906. La Banque recherchant la sécurité et le rendement que lui apporte le gouvernement, alors que celui-ci gagne en puissance et en efficacité avec l’appui de la Banque ottomane. C’est la même logique qui conduit les Allemands à créer un tandem gouvernement - Deutsch Bank et les Britanniques avec la Banque nationale de Turquie.

Enfin, dans sa dernière phase, « Les intérêts français et l’espace ottoman : aires d’action économique et sphères d’influence (1911-1914) », que Jacques Thobie décrit comme une période du « chacun chez soi », le pouvoir politique français prend la direction des négociations au niveau des groupes pour la création d’aires d’influence au sein de l’Empire. Cette logique est très liée à « l’impérialisme chauvin » que nous avons vu, mais dans un contexte où tout affrontement entre les différentes puissances est évité. Face à la puissance de cet impérialisme, le gouvernement ottoman ne peut « qu’aménager faute de pouvoir le modifier ». Les puissances étrangères présentes cherchent à rendre ces aires d’influences aussi nombreuses et vastes que possible pendant la période 1911-1913. Jacques Thobie nomme cela « l’ultime processus menant à leur [les puissances impérialistes] complète domination ». En 1913 est mis en place un accord général franco-turc qui satisfait après des négociations d’un an, les intérêts français, en même temps que onze négociations bilatérales concernant l’Empire ottoman. Cela aboutit en 1914 à un partage des marchés, prélude éventuel du partage de l’Empire lui-même. Néanmoins, les puissances impérialistes gardent ce partage sous-entendu. En effet, pour que les aires d’influence se concrétisent réellement, l’Empire doit garder (en apparence) son intégrité. C’est là une double politique car le découpage reste toujours à l’horizon.

Jacques Thobie brosse donc l’évolution de la constitution de l’impérialisme français dans l’Empire ottoman au cours de cette période et contrairement à Taylor (1) qui affirme qu’avec Poincaré en 1912, le capitalisme français se tourne vers la Russie et abandonne l’Empire ottoman, Jacques Thobie explique au contraire, qu’il n’a « jamais montré un tel dynamisme ». Les problèmes structurels de l’Empire s’accentuant avec son surendettement, l’ont contraint à une situation de « mendicité internationale » afin de régler constamment son déficit budgétaire par d’autres emprunts, sans pour autant créer d’accumulation capitaliste, de démarrage industriel ou d’organisation de marché national. Jacques Thobie caractérise cela comme un « médicament », une « bouffée d’oxygène accordée à intervalle plus ou moins réguliers venant essentiellement de Paris », ce qui permet à la France (détentrice des 2/3 de la dette unifiée) d’asseoir ses intérêts nationaux et de développer sa politique impérialiste qui s’est structurée autour de ceux-ci, dans une situation de concurrence avec les autres puissances impérialistes, mais tout en évitant soigneusement le conflit.

Conclusion

En conclusion, Jacques Thobie nous offre une interprétation très intéressante de l’engagement de l’Empire ottoman dans le camp de la Triplice durant la Première Guerre mondiale. Ce serait pour lui un dernier espoir de se maintenir indépendant et d’éviter le démantèlement qui se profile au profit des intérêts des puissances impérialistes en pariant sur une victoire de l’Allemagne pleine de promesse envers le sultan et surtout contre l’Entente qui contrôle les trois quarts des intérêts étrangers de l’Empire. Ce travail sur le cas concret de l’impérialisme français dans l’Empire ottoman permet alors à Jacques Thobie de trancher véritablement en faveur de l’analyse « boukharo-léniniste » plutôt que toutes les autres analyses de l’impérialisme proposées par des socialistes comme Hobson, Jaurès ou Kautsky. On voit là l’incessant va-et-vient de Jacques Thobie entre la réflexion théorique et son méticuleux empirisme de la situation ottomane.

L’ouvrage de Jacques Thobie nous apparait comme une œuvre fondamentale et monumentale de l’historiographie sur la fin de l’Empire ottoman. Bien que l’ouvrage date de 1974, que l’auteur dit négliger (par intérêt pratique, mais tout de même évoquée) la dimension culturelle et qu’il n’a pas eu accès aux archives ottomanes, Jacques Thobie parvient à construire une réflexion tout à fait stimulante, d’une solidité scientifique indéniable, mais aussi d’un certain engagement qui n’enferme pas sa réflexion, mais au contraire la nourrit. En effet, Jacques Thobie réussit à se dégager d’un certain économisme. En prenant la théorie léniniste sur l’impérialisme comme point de départ, il la confronte au cas pratique de la toute fin de l’Empire ottoman et réussit à lier cette réalité à l’analyse léniniste, tout en y intensifiant l’aspect politique, l’entremêlant aux aspects économiques, ce qui semblait nécessaire pour la bonne compréhension des enjeux et du processus historique de l’impérialisme. On pourrait toutefois relever le fait d’être dès l’ouverture bridé par la lecture léniniste qui le conduirait à une certaine surinterprétation. Mais sa lecture n’est ni réellement dogmatique, ni déterministe, car il garde ouvert le pan de la volonté politique comme transformation des rapports de force (cela se voit dans l’intervention française, mais aussi ce qu’aurait pu réaliser la Révolution jeune-turque en se détachant du capitalisme) et personne ne peut nier son réel travail de recherche approfondie. Au contraire, elle permet la réactualisation d’une certaine analyse qui a pu se figer.

Néanmoins, au-delà de l’appréciation politique qui peut être librement convergente ou non avec l’auteur, et tout en ne niant pas les qualités de son œuvre dans son contexte, les évolutions de l’historiographie sur l’Empire ottoman pourraient nous donner tout de même matière à relever certains éléments de sa thèse. Nous pourrions par exemple relativiser la place de la France qui apparait si fondamentale chez Jacques Thobie. Même s’il met en contact l’impérialisme français avec les autres puissances et qu’il y a une description des résistances ottomanes, à la lecture globale, il peut y avoir une impression d’hégémonie française. Une étude comparative des impérialismes serait alors nécessaire, tout comme un travail sur les sources ottomanes. Enfin, la question de l’engagement ottoman dans la Première Guerre mondiale (dont Duroselle émettait déjà des doutes dans la préface du livre) peut également s’interpréter autrement. En effet, pour un certain courant historiographique, l’Empire ottoman aurait réellement souhaité s’engager du côté de l’Entente, mais qui aurait décliné en raison d’un plan de démantèlement de l’Empire préalablement réfléchi, poussant ainsi l’Empire ottoman vers les Empires centraux. Aujourd’hui tout de même, la plupart des historiens rejettent l’interprétation léniniste sur l’origine impérialiste de la Première Guerre mondiale, arguant du fait que les places financières étaient opposées à la guerre. Mais ce qui est certain en revanche, c’est qu’ici Jacques Thobie ne cherche aucunement à généraliser ses analyses sur l’Empire ottoman.

Note :
(1) Taylor, A. J. P., Struggle for mastery in Europe, 1848-1918, Oxford, paperback edn, 1973.

Publié le 18/12/2017


Lukas Tsiptsios est étudiant en Master d’histoire des relations internationales et des mondes étrangers à Paris 1 et à l’ENS en histoire dans le même temps.
Son mémoire porte sur l’échange de populations entre la Grèce et la Turquie en 1923 à travers le club de football de PAOK à Thessalonique. Ses problématiques de recherche sont la fin de l’Empire ottoman et la constitution des Etats-nations, l’identité nationale grecque, les communautés "grecques" de l’Empire ottoman et leur passage du cadre impérial à l’Etat-nation.


 


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