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Les discussions palestiniennes du Caire

Par Yara El Khoury
Publié le 01/07/2009 • modifié le 01/03/2018 • Durée de lecture : 6 minutes

Opération « Plomb durci »

Mais la nature du terrain est propice aux dérapages. En effet, la bande de Gaza est une étroite bande de terre abritant une densité de population parmi les plus élevées au monde. Le tissu urbain constitue un maillage serré propice à la dissimulation des cadres et partisans du Hamas qui élisent domicile parmi les civils. Le Hamas, faut-il le souligner, n’est pas une armée régulière. Son mode de combat est celui des guérilleros, condensé d’extrême mobilité du fait de la légèreté de l’armement, et d’une absence de déontologie militaire qui lui permet de se servir des populations civiles comme boucliers humains. Pour en venir à bout, l’armée israélienne doit nécessairement mener ses attaques contre des zones peuplées de civils. Aussi, l’ampleur des pertes humaines et de la destruction que les télévisions du monde entier donnaient à voir à Gaza ne manqua-t-elle pas de susciter de l’émoi dans la communauté internationale. Quand Israël livrait bataille aux armées arabes, il remportait des victoires nettes, des victoires propres, non entachées par des soupçons de massacres commis à l’encontre des civils. A Gaza, l’armée israélienne a usé d’une force de frappe disproportionnée, faisant un usage massif de l’aviation militaire contre un ennemi invisible qui a fait de l’espace urbain son terrain de prédilection, à la fois base logistique et champ de bataille. L’opération « Paix en Galilée » au Liban en 1982 a inauguré ce mode nouveau de la guerre non-conventionnelle et la dernière véritable confrontation entre Les Forces de défense israéliennes et les armées régulières arabes remonte à la guerre du Kippour en octobre 1973.

Les retombées sur Israël et les Palestiniens

L’opération « plomb durci » prit fin le samedi 17 janvier 2009, laissant les Israéliens en proie au même sentiment de gâchis et d’amertume qui avait à chaque fois clôturé des opérations similaires menées contre les formations paramilitaires arabes, Fath, Hamas ou autre Hezbollah en juillet 2006 au Liban. Car l’opération n’a pas rempli ses objectifs annoncés : d’après les experts, le Hamas serait en mesure de reconstituer sa force de frappe en peu de temps et le sort de Gilad Shalit demeure inconnu. L’équipée de Gaza ne manqua pas de produire des effets sur la vie politique israélienne qui, après une gestation longue et difficile, s’est dotée d’un nouveau gouvernement très à droite dirigé par Benyamin Netanyahu et accueilli avec inquiétude dans les milieux palestiniens : de sa première expérience à la tête de l’exécutif, de 1996 à 1999, le chef du Likoud avait laissé le souvenir d’un processus de paix mis à mal, notamment par le développement de la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.
Côté palestinien, l’opération « Plomb durci » a généré des développements nouveaux centrés sur un double défi : reconstruire Gaza et rétablir le dialogue interrompu entre les frères ennemis palestiniens, l’Autorité palestinienne dirigée par le président Mahmoud Abbas et le Hamas, qui ont interrompu tout contact depuis la prise de contrôle de la bande de Gaza par le mouvement islamiste en juin 2007. La solidarité palestinienne s’est renouée durant l’opération israélienne, la population de Cisjordanie ayant fait démonstration de sa douleur et sa colère face aux malheurs des Gazaouis. Il était dès lors naturel que les dirigeants des factions palestiniennes retrouvent la voie de la concertation. Le 19 janvier 2009, le président Abbas lance un appel en faveur du dialogue en marge du sommet économique arabe de Koweït.

La première étape des rencontres palestiniennes du Caire

Les négociations interpalestiniennes s’ouvrent le 10 mars au Caire et se poursuivent jusqu’au 19. Cinq commissions représentant le Fath, le Hamas et d’autres formations palestiniennes s’attellent à une tâche considérable. Elles ont été constituées le 26 février au cours d’une réunion tenue par les différents groupes palestiniens. La délégation du Hamas est conduite par Moussa Abou Marzouk, le numéro deux du bureau politique qui vit en exil à Damas ; celle de l’Autorité palestinienne est conduite par Ahmad Qoreï, membre du comité central du Fath.

Au menu des discussions figurent des questions épineuses : la réconciliation, la libération des détenus politiques, les élections législatives et présidentielles, la formation d’un gouvernement d’entente nationale, la réforme des services de sécurité, et celle encore plus complexe de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP). Une semaine après le début des pourparlers, les participants parviennent à un accord sur la tenue des scrutins législatif et présidentiel au cours du mois de janvier 2010, date de la fin de la législature actuelle dominée par le Hamas. Ce dernier estimait par ailleurs que le mandat du président Mahmoud Abbas a pris fin le 8 janvier dernier ; désormais, il consent implicitement à ce que le président continue de remplir ses fonctions une année supplémentaire. Le 19 mars 2009, les pourparlers s’arrêtent sur un désaccord au sujet de la formation et du programme du futur gouvernement d’union nationale. Ce gouvernement revêt une grande importance dans la mesure où il sera dépositaire de l’aide accordée à Gaza lors de la conférence internationale qui s’est tenue le 2 mars au Caire. Pour le président de l’Autorité palestinienne, tout Cabinet à venir se doit d’honorer les engagements pris par ses prédécesseurs : il est par conséquent tenu de poursuivre la quête de la paix avec Israël, d’où les réserves émises par le Hamas sur les conditions de sa participation.

L’enlisement des négociations

Les négociations interpalestiniennes reprennent le 1er avril dans la capitale égyptienne. Les participants doivent débattre du programme du futur gouvernement, de la refonte du système électoral palestinien et de la réforme de l’OLP. Pour cette dernière question, il s’agira de préparer l’entrée du Hamas et du Jihad islamique au sein de la centrale palestinienne dominée par le Fath depuis 1969. Les Palestiniens se séparent bien vite, dès le lendemain, faute d’entente, notamment sur le programme du futur gouvernement. Il est décidé que les pourparlers reprennent le 23 avril.

C’est le 25 avril que le chef des renseignements égyptiens, Omar Souleimane, déclare de nouveau ouvertes les discussions annoncées pour durer quatre jours. Les participants affirment en outre qu’elles seront les dernières. Aucune alternative n’est envisagée en cas d’échec, mais les spéculations vont bon train sur la possible reconduction du Cabinet actuel présidé par Salam Fayyad, un gouvernement non reconnu par le Hamas, mais considéré par la communauté internationale comme le seul interlocuteur palestinien valable. Le président Mahmoud Abbas envisagerait d’inviter les représentants de toutes les factions palestiniennes à s’y joindre.

Au bout de quatre jours de débats infructueux, les participants conviennent de se retrouver le 16 mai pour une nouvelle série de discussions, signe que le chemin peut encore être long avant de parvenir à un accord. Le refus du Hamas de reconnaître les engagements pris par l’Autorité palestinienne auprès d’Israël constitue la pierre d’achoppement de ces rudes pourparlers. Toujours est-il que la volonté demeure, chez les uns et les autres, de continuer à se parler. L’Egypte, accusée par certains Etats arabes de soumettre les Palestiniens à un véritable blocus en maintenant fermé le passage de Rafah qui relie la bande de Gaza au Sinaï, pourra bien peser de tout son poids pour que les frères ennemis parviennent à résoudre leurs différends. Des signes sont apparus çà et là au cours des derniers jours d’avril. Le président iranien Ahmadinejd a tenu des propos quelque peu conciliants sur l’Etat d’Israël. Si ce discours légèrement radouci venait à se confirmer, il pourrait bien porter le Hamas, allié de Téhéran, à plus de souplesse. De son côté, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a créé la surprise en clamant son refus de voir en Israël un « Etat juif » et sa détermination à ne reconnaître l’Etat d’Israël que dans ses frontières d’avant juin 1967. Manœuvre tactique visant à se rallier les bonnes grâces des islamistes du Hamas ? Le signe le plus encourageant pourrait bien provenir de Washington où la nouvelle Administration Obama a demandé au Congrès d’octroyer des aides aux Palestiniens en vue de la reconstruction de Gaza, même dans l’éventualité de la participation du Hamas à un gouvernement d’union nationale. Cette décision, inenvisageable il y a trois mois encore, pourrait bien changer la donne dans une région du monde où le vœu des dirigeants et des populations est de voir les Etats-Unis adopter une politique plus impartiale à l’égard du contentieux israélo-arabe.

Près de deux mois après leur ouverture, les discussions interpalestiniennes constituent un non-événement et risquent bien de le rester tant qu’elles ne produisent pas de résultats.

Publié le 01/07/2009


Yara El Khoury est Docteur en histoire, chargée de cours à l’université Saint-Joseph, chercheur associé au Cemam, Centre D’études pour le Monde arabe Moderne de l’université Saint-Joseph.
Elle est enseignante à l’Ifpo, Institut français du Proche-Orient et auprès de la Fondation Adyan.


 


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