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Conférence de San Remo
Article publié le 10/06/2011

Par Lisa Romeo

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, les alliés, vainqueurs, s’engagent dans la signature de traités de paix. En avril 1920, la conférence de San Remo, dans le nord de l’Italie, réunit des représentants britanniques, français, italiens, japonais, grecs et belges, afin de fixer le sort des provinces arabes de l’Empire ottoman et de préparer les conditions du traité de paix avec la Turquie prévu pour le mois d’août de la même année, à Sèvres.

Les ambitions françaises et britanniques en Orient

Depuis le XIXème siècle, la France et la Grande-Bretagne étendent soigneusement leurs influences économiques et culturelles sur les provinces arabes de l’Empire ottoman. La France, puissance protectrice traditionnelle des chrétiens d’Orient, s’est particulièrement bien implantée au Liban et convoite la Syrie. Les Britanniques, soucieux de protéger la route des Indes, sont au début du XXème siècle bien établis dans le Golfe et en Mésopotamie. Ils cherchent alors à détacher la Palestine de la Syrie pour éloigner toujours plus leur rival français du canal de Suez. A partir de novembre 1915, les deux puissances, en guerre contre l’Empire ottoman depuis près d’un an, commencent à négocier le partage des terres de l’Empire. Ce sont les accords Sykes-Picot. Ils prévoient la division des provinces orientales en cinq régions composées de zones d’administrations directes françaises et britanniques et de zones d’influences sur le royaume arabe promis au même moment par le gouvernement anglais (correspondance Hussein-MacMahon) au Chérif de La Mecque, Hussein. Ces arrangements ne sont finalement pas respectés et à partir de 1918, les deux puissances victorieuses vont tenter de s’accorder sur leur future présence en Orient, abandonnant progressivement les engagements vis-à-vis des nationalistes arabes. Les troupes britanniques occupent alors l’Irak et la Syrie et sont donc en position de force par rapport à la France qui n’a pas déployé de véritable contingent dans la région. L’armée de Faysal, fils de Hussein, a pour sa part dirigé l’insurrection arabe jusqu’à Damas. L’article 22 du Pacte de la Société des Nations naissante, adopté en avril 1919, prévoit, pour les anciennes provinces arabes de l’Empire, la mise en place d’un système de mandats. Cette formule rompt définitivement avec les idées de sphère d’influence élaborées dans les accords Sykes-Picot et pose le principe de tutelle des populations par des puissances chargées de les porter vers l’indépendance. Il s’agit alors pour la France et la Grande-Bretagne de parvenir à un accord pour délimiter leur zone de domination dans la région. En février-mars, une première conférence, à Londres, marque un premier pas dans les discussions. L’Angleterre y obtient notamment l’élargissement de la Palestine au nord de la Galilée. C’est véritablement à San Remo, un mois plus tard que les deux puissances vont finalement parvenir à un accord.

Les accords de San Remo

Plusieurs questions sont soulevées lors de cette rencontre. La France se voit attribuer un mandat sur la Syrie et le Liban alors que la Grande-Bretagne obtient un mandat sur la Mésopotamie et sur la Palestine. Le vilayet de Mossoul, dont les droits sont abandonnés par la France depuis décembre 1918, est placé sous tutelle britannique contre l’octroi à l’Hexagone d’une participation de 25 % à l’exploitation des gisements de pétrole. Depuis la guerre, les Britanniques ont en effet pu mesurer l’importance stratégique du pétrole. Un monopole européen commence ainsi à se mettre en place sur le pétrole du Moyen-Orient.

Par ailleurs, face aux pressions exercées par la Grande-Bretagne et par l’Italie, la France accepte de renoncer à son droit de protection sur les chrétiens d’Orient qui entravait fortement l’autorité britannique sur la Palestine. Elle cherche cependant à faire valoir les droits des populations arabes et affirme que l’établissement d’un foyer national juif dans le pays, prévu par la Déclaration Balfour de 1917, ne doit pas annoncer la formation d’un Etat juif.

La conférence de San Remo scelle donc le destin des provinces arabes sans prendre en considération les revendications des populations sur place et en oubliant définitivement les promesses d’indépendance faites pendant la guerre. Les réactions ne se font pas attendre dans le monde arabe : une insurrection populaire réunissant chiite et sunnite éclate en Irak. En Syrie, les nationalistes se radicalisent alors que des violences se succèdent en Palestine. Faysal, proclamé roi du royaume arabe de Damas de manière unilatérale par le Congrès arabe le 8 mars 1920, a refusé de se rendre aux pourparlers. Il sait alors que sa position est fortement menacée. Les alliés lui font d’ailleurs comprendre qu’il est sommé de se soumettre aux décisions de San Remo. Quelques mois plus tard, les troupes françaises du général Gouraud mettent fin au royaume arabe de Damas et imposent le mandat.

Ainsi, la France et la Grande-Bretagne s’établissent progressivement dans les anciennes provinces ottomanes entre 1920-1922. Les décisions mandataires de San Remo sont officiellement entérinées par la Société des Nations en 1922.

Bibliographie :
Vincent Cloarec, Henry Laurens, Le Moyen-Orient au 20e siècle, Paris, Armand Colin, 2005.
Antoine Hokayem, Marie Claude Bittar, L’Empire ottoman, les Arabes et les grandes puissances, 1914-1920, Beyrouth, Les Editions universitaires du Liban, 1981.
Gérard D. Khoury, La France et l’Orient arabe, naissance du Liban moderne, 1914-1920, Paris, Armand Colin, 1993.
Nadine Picaudou, La Décennie qui ébranla le Moyen-Orient, 1914-1923, Bruxelles, Editions Complexe, 1992.

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