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Revue d’histoire diplomatique, Samir Saul, « La politique méditerranéenne de la France (années 1980 à nos jours) : projet ou expédient ? », numéro 4, janvier 2011

Par Anne-Lucie Chaigne-Oudin
Publié le 19/01/2011 • modifié le 20/03/2020 • Durée de lecture : 3 minutes

Selon Samir Saul, « la Méditerranée a longtemps été le champ clos des desseins de puissances externes à elle, plus un objet qui subit l’histoire qu’un sujet qui la fait. Juxtaposition d’unités hétérogènes, la Méditerranée n’a été qu’une expression commode pour désigner une région en fonction d’enjeux géopolitiques qui la dépassaient. L’idée que la Méditerranée devienne ‘’une’’ de Tanger à Damas et qu’elle ait une cohérence fonctionnelle, est d’aujourd’hui ».

Dans ce contexte, la France a toujours mené une politique en Méditerranée, mais ce qui est nouveau est sa volonté de mettre en œuvre une politique commune pour cette région, « qui prendrait sa place aux côtés de l’Europe communautaire ». En effet, sur le plan historique, la France a toujours eu des intérêts en Méditerranée, que ce soit en Algérie, partie intégrante de la France ; en Tunisie et au Maroc, sous protectorats ; en Syrie et au Liban, sous mandats. A partir des années 1960, à la suite de la guerre d’Algérie, la France met en œuvre une politique arabe, politique qui se démarque de celle des Etats-Unis, pro israéliens. En revanche, dans les années 1980, « le dialogue euro-arabe s’enlise car les Européens entendent le circonscrire aux questions économiques, tandis que les Arabes souhaitent lui imprimer un caractère autant politique qu’économique ». En parallèle, l’élargissement de la CEE aux Etats de l’Europe méditerranéenne confirme l’intérêt pour l’espace européen. Pour la France, cette nouvelle politique en direction de la Méditerranée prend le relais de sa politique arabe, et s’exerce en direction des pays de la méditerranée occidentale et du Maghreb.

Dans les années 1990, à la suite de la chute du mur de Berlin, les équilibres européens évoluent. La France craint en effet la création par l’Allemagne d’une Mitteleuropa et recentre sa politique sur la Méditerranée et sur l’Afrique entre 1990 et 1995. C’est ainsi que la France « réussit à entraîner ses partenaires, y compris l’Allemagne, dans la voie d’une nouvelle prise en compte de la Méditerranée et d’une refonte de la politique de l’Union européenne à son égard ». Dans ce contexte, un projet euroméditerranée se met en place, décidé par l’Europe. La Conférence de Barcelone de novembre 1995 décide notamment d’un « partenariat euroméditerranéen » et d’une zone de libre-échange. Mais l’Euromed, en dépit de ses objectifs annoncés, bute sur de nombreux sujets. En 2000, lors de la quatrième conférence euroméditerranéenne, « la morosité règne ; l’euphorie de 1995 et ‘’l’esprit de Barcelone’’ ne sont plus que de lointains souvenirs. (…) Le processus de Barcelone n’a pas répondu aux attentes qu’il avait suscitées ». En outre, la question du processus de paix au Moyen-Orient fait que l’union avec le Maghreb est remise à l’ordre du jour. Une rencontre est organisée en janvier 2001 avec les pays du Maghreb. Mais en 2004, en raison de l’élargissement, l’Union européenne renforce ses liens « avec les pays situés à proximité de l’Europe élargie, en vue de stabiliser, en quelque sorte, ses marches méridionales et orientales ». La conséquence est la suivante : « la spécificité des relations avec la Méditerranée est gommée ».

L’impulsion est redonnée par Nicolas Sarkozy, candidat à la présidence française, qui propose en 2007 au 22 pays du pourtour méditerranéen une Union Méditerranéenne, autonome par rapport à l’UE. Une fois élu, Nicolas Sarkozy décide d’organiser en 2008 une réunion des chefs d’Etat. Le projet de l’Union pour la Méditerranée (UPM) se prépare, mais rencontre des hostilités, notamment de la part de l’Allemagne : « Rendant public son mécontentement, Berlin étale le spectre d’une UM distincte de l’Union européenne, ‘’épreuve dure pour l’Europe’’, et d’une dissociation de la France et de l’Allemagne, l’une tournée vers la Méditerranée, l’autre vers l’Europe orientale ». Le 13 juillet 2008, les Etats membres de l’UPM se rencontrent à Paris.

En conclusion, pour l’auteur, « La politique française envers la Méditerranée est simultanément un projet pour une région qui en a grand besoin, et un expédient pour préserver la dégradation de la position de la France par la préservation des équilibres géopolitiques européens et mondiaux ».

A lire également sur ce sujet l’article de Daniel Charentais, Qu’est-ce que l’Euromed ?

Publié le 19/01/2011


Anne-Lucie Chaigne-Oudin est la fondatrice et la directrice de la revue en ligne Les clés du Moyen-Orient, mise en ligne en juin 2010.
Y collaborent des experts du Moyen-Orient, selon la ligne éditoriale du site : analyser les événements du Moyen-Orient en les replaçant dans leur contexte historique.
Anne-Lucie Chaigne-Oudin, Docteur en histoire de l’université Paris-IV Sorbonne, a soutenu sa thèse sous la direction du professeur Dominique Chevallier.
Elle a publié en 2006 "La France et les rivalités occidentales au Levant, Syrie Liban, 1918-1939" et en 2009 "La France dans les jeux d’influences en Syrie et au Liban, 1940-1946" aux éditions L’Harmattan. Elle est également l’auteur de nombreux articles d’histoire et d’actualité, publiés sur le Site.


 


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