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Reportage photo : les Samaritains, une micro-communauté à l’épreuve de l’histoire et du conflit israélo-palestinien

Par Ines Gil
Publié le 25/10/2018 • modifié le 11/06/2020 • Durée de lecture : 4 minutes

Ines Gil

Des Israélites non-juifs

Dans le “Musée Samaritain” de Naplouse, Abdallah Cohen accueille les visiteurs. En ouvrant la porte de l’établissement, ce fils d’un grand prêtre samaritain, lance, le sourire aux lèvres : « Nous venons de finir Yom Kippour, je n’ai pas bu ou mangé de la journée, vous êtes chanceux car j’ai un peu de temps avant les festivités ».

Version samaritaine de la soucca juive (cabane construite chaque année durant les fêtes de Souccot pour commémorer la protection accordée par Dieu aux juifs à la sortie de l’Egypte), (Naplouse, Territoires palestiniens). Crédit photo : Ines Gil

Cet établissement est situé sur le Mont Garizim, au coeur de la communauté de Samaritains, dans les faubourgs de la ville palestinienne de Naplouse. C’est sur ce Mont, lieu le plus sacré dans la tradition samaritaine, que vit une partie de la communauté. Les Samaritains se considèrent comme Israélites et leur pratique religieuse rencontre de fortes similitudes avec le judaïsme.

Représentation de l’exil des Israélites de l’Egypte à la Terre Sainte, Musée Samaritain (Naplouse, Territoires palestiniens. Crédit photo : Ines Gil

Présents dans la Bible, les Samaritains seraient à l’origine, tout comme les Juifs, des Israélites ayant fui l’Egypte pour la Terre Sainte. Selon la tradition, ils descendraient des tribus israélites d’Ephraïm et de Manassé. Il se seraient séparés du peuple juif il y a 2 600 ans, après la mort du Roi Salomon, par la division de la Terre Sainte en deux royaumes : Israël au nord, et Juda au sud. Les Samaritains se considèrent comme les descendants du royaume du Nord, qui avait pour capitale Samarie. Alors que les Juifs quittent la Terre Sainte lors des grands exils babyloniens et assyriens au VIe siècle avant J-C, les Samaritains, eux, sont restés.

Mais l’objet de leur scission fait débat. Selon certains historiens, le schisme entre Juifs et Samaritains remonterait aux alentours du 4ème siècle avant Jésus-Christ, lors de la construction d’un temple sur le Mont Garizim, un rival “inacceptable” du temple de Jérusalem, aux yeux des Juifs.

Contrairement aux Juifs, les Samaritains n’accordent pas d’importance à la ville de Jérusalem. Le lieu sacré de la communauté est le Mont Garizim, désigné par Dieu pour être le centre du culte dans leur tradition. Selon eux, c’est là qu’Abraham se serait rendu pour sacrifier son fils, Isaac.
Pour certains membres de la communauté, les Samaritains sont d’ailleurs les seuls “vrais” Israélites, car contrairement aux Juifs, ils sont toujours restés en Terre sainte.

Pour la pratique religieuse, le samaritanisme se base uniquement sur les cinq livres qui composent la Torah. Ils prient d’ailleurs en hébreu ancien, une langue enseignée aux enfants de la communauté. Un des moments phares de leur calendrier religieux est le sacrifice pascal de l’agneau, durant la fête de Pessah, un acte qu’ils réalisent dans un abattoir installé au milieu de leur quartier.

Hébreu ancien (à gauche), hébreu moderne (à droite), Musée Samaritain (Naplouse, Territoires palestiniens). Crédit photo : Ines Gil

Les calendriers des Juifs et des Samaritains ne sont pas totalement similaires. Cependant, les deux communautés respectent les mêmes fêtes religieuses et comme les Juifs, les Samaritains respectent Shabbat, le jour de repos. Du vendredi au samedi soir, ils n’utilisent aucun appareil électrique ou mécanique.

Un musée pour retracer l’histoire des Samaritains

Dans le Musée Samaritain, des fresques colorées commémorent l’histoire de la communauté. Les objets et représentations les plus emblématiques de leurs pratiques religieuses sont également exposés.

Représentation du Mont Garizim, Musée Samaritain (Naplouse, Territoires palestiniens). Crédit photo : Ines Gil
Crédit photo : Ines Gil

Selon Abdallah Cohen, la communauté posséderait une Torah vieille de plus de 3 000 ans. Elle n’est cependant pas exposée au musée. Les représentants des Samaritains sont prudents car elle aurait fait l’objet d’une tentative de vol il y a quelques décennies. Elle n’est donc utilisée que pour trois temps forts du calendriers Samaritain : Yom Kippour, Pessah et Chavouot.

Torah exposée dans le Musée Samaritain, (Naplouse, Territoires palestiniens. Crédit photo : Ines Gil

Si les Samaritains ont vécu sur le Mont Garizim pendant des centaines d’années, leur situation a changé à partir du 20ème siècle. Une famille s’est d’abord installée à Jaffa (Empire ottoman) en 1907, et quelques autres membres ont suivi ce mouvement, dans le but de fuir la pauvreté. Ils se sont finalement regroupés à Holon, une ville située aux alentours de Tel Aviv Jaffa. La moitié de la communauté y vit aujourd’hui.

Livres de prières samaritains, Musée Samaritain (Naplouse, Territoires palestiniens). Crédit photo : Ines Gil

Une communauté qui s’est adaptée au conflit

Souvent regardés avec curiosité par le reste des Palestiniens et des Israéliens, les Samaritains arrivent cependant à tirer partie de leur identité. Les membres de la communauté qui vivent sur le Mont Garizim possèdent trois nationalités : palestinienne, israélienne et jordanienne. Ces multiples identités leur permettent aisément de s’adapter à chacune de ces sociétés, et facilitent leur vie au quotidien. Ils n’ont par ailleurs pas l’obligation d’effectuer le service militaire israélien, une règle qui leur garantit de bonnes relations avec le reste des Palestiniens. De son côté, l’Autorité palestinienne les reconnaît comme minorité. Grâce à ce statut, l’accès à certains métiers de la fonction publique leur est facilité.

Leur identité est donc un atout indéniable, même si elle crée parfois la confusion car le samaritanisme reste peu connu. En nombre très réduit, cette micro-communauté a d’ailleurs failli disparaître.

Une micro-communauté qui lutte pour sa survie

Au nombre approximatif de 800, les Samaritains font face à un problème démographique criant. Selon Abdallah Cohen, ce faible nombre s’explique par les persécutions dont ils ont été victimes au cour des siècles : « Un commandement de la Torah nous prescrit de rester en Terre Sainte. De nombreuses puissances étrangères ont envahi ce territoire, nous avons donc souffert de discrimination et même de massacres. A cause de cela, notre communauté a failli disparaître ». D’ailleurs, aucun Samaritains ne vit en dehors de la “Terre sainte”.
Leur nombre n’est certes pas aussi critique qu’au début du 20ème siècle - en 1917, à la chute de l’Empire ottoman, la petite communauté comptait 146 membres. Cependant, la communauté est si réduite que les Samaritains partent en quête de potentielles épouses à l’étranger, et notamment en Ukraine.
Les futurs époux ou épouses doivent se convertir et accepter de lourdes contraintes. Ils ont obligation de s’installer définitivement sur le Mont Garizim, et de respecter à la lettre les traditions samaritaines : « une Ukrainienne devait se marier avec un membre de la communauté, mais elle n’a pas pu s’adapter à cause de Shabbat. Elle fumait tous les jours, et ne pouvait pas s’arrêter du vendredi au samedi soir. Elle est donc rentrée en Ukraine » indique Abdallah Cohen.

Une ouverture qui pourrait aussi pallier un autre problème, l’extrême rareté des mariages avec des individus non originaires de la communauté accentue les risques de malformation ou de déficience mentale chez les nouveaux nés.

En lente expansion, la communauté est aujourd’hui en quête de reconnaissance. Avant la fin de la visite du musée, Abdallah Cohen indique la création prochaine de tours destinés aux touristes sur le thème des Samaritains.

Publié le 25/10/2018


Ines Gil est journaliste freelance en Israël et Territoires palestiniens.
Elle est diplômée d’un Master 2 Journalisme et enjeux internationaux, à Sciences Po Aix et à l’EJCAM et a effectué 6 mois de stage à LCI.
Auparavant, elle a travaillé en Irak comme journaliste freelance et a réalisé un Master en Relations Internationales à l’Université Saint-Joseph (Beyrouth, Liban).
Elle a également réalisé un stage auprès d’Amnesty International, à Tel Aviv, durant 6 mois et a été Déléguée adjointe Moyen-Orient et Afrique du Nord à l’Institut Open Diplomacy de 2015 à 2016.


 


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