Décryptage de l'actualité au Moyen-Orient
plus de 2700 articles publiés depuis juin 2010


Page facebook Page google plus Page twitter Abonnement au flux RSS
Accueil > Comptes rendus d’ouvrages > Hervé Pierre, Le Hezbollah, Préface de Bertrand Badie

Hervé Pierre, Le Hezbollah, Préface de Bertrand Badie
Article publié le 27/08/2010

Par Anne-Lucie Chaigne-Oudin

Hervé Pierre, Saint-Cyrien et titulaire d’un master d’histoire de la Sorbonne et d’un master de relations internationale de l’IEP, livre dans son ouvrage une analyse sur les conséquences de la guerre de juillet 2006 pour le Hezbollah : « La guerre de 2006 permet au Hezbollah de retrouver (…) un statut d’acteur politique au Moyen-Orient ». Il ajoute : « L’offensive de Tsahal a – non sans ironie – donné un second souffle à la Résistance et a permis au Parti de Dieu de recouvrer une dimension internationale ». L’analyse d’Hervé Pierre s’appuie sur des entretiens réalisés avec des spécialistes du Moyen-Orient et du Hezbollah ainsi que sur une bibliographie très diversifiée.

Dans la première partie, Hervé Pierre analyse la notion de « victoire », considérée comme la consécration indispensable pour le Hezbollah, dans la mesure où « s’il ne peut espérer battre militairement la puissance israélienne sur le terrain des opérations, le Hezbollah mène sur la scène internationale un combat pour obtenir la victoire stratégique ». L’auteur décrit les trois moyens utilisés par le Hezbollah lui permettant de « consacrer la victoire » lors du conflit de 2006.

Il faut tout d’abord que les événements soient reconnus comme étant une « guerre » par la communauté internationale et par les opinions publiques. Pour obtenir cette « qualification », le Hezbollah mène une intense politique médiatique. Ainsi, cette guerre, considérée par le Hezbollah comme une victoire, est qualifiée par le chef du Parti, Hassan Nasrallah, de « victoire divine », et par la population arabe comme « historique et stratégique ». La notion de « victoire des damnés » est également évoquée par le directeur du centre de recherche du Hezbollah Ali Fayad, faisant référence à « la victoire (…) des exclus d’un monde sous domination américaine ».

Il faut ensuite que cette victoire soit pérenne, pour « la faire entrer dans l’usage ». Pour ce faire, Hervé Pierre explique comment « la résolution 1701 votée par le Conseil de sécurité, à l’interface entre action militaire et action politique, participe de cette transformation ». L’auteur analyse le processus d’élaboration de la résolution 1701 ainsi que son contenu. Si la résolution permet de mettre fin aux combats et reconnaît le Hezbollah comme un mouvement de résistance, ces acquis n’empêchent cependant pas Hassan Nasrallah de considérer la résolution comme un texte « inique et partial ».

Il faut enfin reconstituer « un potentiel militaire pour poursuivre la résistance ». Le Hezbollah, en dépit de l’article 8 de la résolution 1701 qui décide de la mise en place dans la zone de déploiement de la Finul d’une « zone d’exclusion de tous personnels armés, biens et armes autres que ceux déployés dans la zone par le gouvernement libanais et les forces de la Finul », ne désarme pas et poursuit son réarmement. L’auteur analyse également les relations entre le Hezbollah et la Finul, présente dans la zone comprise entre le fleuve Litani et la ligne bleue.

La seconde partie démontre comment, une fois reconnue la « victoire » du Hezbollah, le Parti « poursuit son combat de résistance en défiant politiquement la Puissance ». Trois moyens lui permettent de « défier la Puissance » et de se positionner en mouvement de résistance.

Le Hezbollah utilise en premier lieu la scène politique libanaise. L’auteur revient en préalable sur les relations entretenues entre le Parti de Dieu et le gouvernement libanais : elles passent de la coopération entre 1996 et 2006 à la compétition à partir de la guerre de juillet 2006. L’auteur analyse ainsi la fracture entre le Hezbollah et l’Etat libanais : « Perçu par ses opposants comme le bras armé de l’Iran et comme un valet de la Syrie, le Hezbollah conteste, quant à lui, l’existence d’un gouvernement pro-occidental qui fait de l’Etat libanais un cheval de Troie pour la puissance israélo-américaine ». A partir de ce moment, le Hezbollah « dénonce la diabolisation dont il est l’objet (…). Le parti chiite est décrit par l’administration américaine comme une organisation ‘‘terroriste’’, ‘’anti démocratique’’, ‘’extrémiste’’, alors même que le président Bush exprime toute sa fierté au Premier ministre libanais ». La solution pour le Hezbollah est de demander la formation d’un gouvernement d’union nationale, car « provoquer la rupture ferait paradoxalement le jeu de la Puissance américaine ». Afin de faire contrepoids à l’influence américaine, le Hezbollah exige donc de participer aux décisions politiques du pays.

Le Hezbollah utilise également la solidarité des populations arabes et musulmanes, née de la guerre : « L’onde de sympathie a enflé pendant la guerre, s’est propagée par cercles concentriques à partir du monde arabo-musulman pour atteindre sur tous les continents ceux ou celles qui, pour diverses raisons, se reconnaissent dans la figure de l’opprimé ». Sa victoire lors du combat, ainsi que la solidarité populaire confèrent au Hezbollah la légitimité de dénoncer les instances internationales « qui édicte(nt) des normes universelles dont (elles) n’hésite(nt) pas à s’affranchir quand bon (leur) semble ».

Le Hezbollah utilise enfin sa légitimité née de la guerre pour « s’affirmer comme un acteur du front du refus ». Il se positionne alors « comme l’avant-poste victorieux d’un bloc politique hostile » aux Etats-Unis. Si le Hezbollah entend se faire entendre sur le plan régional, il met également en avant sa spécificité nationale et son rôle dans la résistance libanaise. Dans ce contexte régional, les liens entre l’Iran et le Hezbollah, ainsi que ceux avec la Syrie, sont analysés.

Au terme de son analyse, Hervé Pierre s’interroge sur le caractère "incontournable " du Hezbollah, au regard de son nouveau positionnement diplomatique depuis juillet 2006.

Hervé Pierre, Le Hezbollah, Un acteur incontournable de la scène internationale ? Préface de Bertrand Badie, Paris, L’Harmattan, Collection Chaos International, 2009, 193 pages.

Les clés du Moyen-Orient est un site d’information sur l’histoire et l’actualité du Moyen-Orient. Selon la ligne éditoriale du site : « Comment l’histoire explique l’actualité », les évènements actuels du Moyen-Orient sont ainsi replacés et analysés dans leur contexte historique. Ces expertises scientifiques, réalisées par des professeurs d’université, des docteurs, des chercheurs, des militaires et des membres du secteur privé, sont publiées dans les rubriques « Repères historiques », « Analyse de l’actualité », « Portraits et entretiens » et « Infos culture ».

Découvrez les rubriques et articles rédigés par des specialistes du Moyen-Orient
Portraits historiques
Portraits contemporains
Entretiens
Analyses historiques
Historiques des Etats du Moyen-Orient
Dates anniversaire


Les pays traités : Afghanistan, Algérie, Arabie Saoudite, Autres pays, Bahrein, Egypte, Emirats Arabes Unis, Empire ottoman, Etats-Unis, Irak, Iran, Israël, Jordanie, Koweit, Liban, Libye, Libye, Maroc, Méditerranée, Oman, Palestine, Qatar, Soudan, Syrie, Territoires palestiniens, Tunisie, Turquie, Yémen
© Les clés du Moyen-Orient - Mentions légales - Design : Katelia - Réalisation : Gaiaservice