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« Al-‘Ulā : Merveille d’Arabie. L’oasis aux 7000 ans d’histoire », compte rendu de l’exposition présentée à l’Institut du Monde Arabe jusqu’au 19 janvier 2020

Par Florence Somer Gavage
Publié le 12/11/2019 • modifié le 31/03/2020 • Durée de lecture : 5 minutes

Des jardins dans le désert

L’occupation du site est attestée depuis le Paléolithique inférieur, où des populations venues d’Afrique se seraient établies. Une grande structure rectangulaire datée de la Préhistoire récente (+-5000 acn) a, en outre, été mise au jour en 2018. Les motifs des peintures rupestres retrouvées sur le flanc des montagnes permettent de se figurer l’environnement de ces premiers habitants et les images aériennes ont donné de mettre au jour l’emplacement de tombes dites « à traîne » datant de l’âge du bronze.

Malgré le paysage aride qui entoure l’oasis, les eaux de pluie dégoulinant des reliefs rocheux vers la plaine alimentent une nappe phréatique permettant la récupération de l’eau au moyen de qanāt, de puits et de citernes. Cet ingénieux dispositif a donné lieu à une agriculture irriguée, organisée en étages, pour développer palmeraies et jardins où poussaient arbres fruitiers, céréales et légumineuses. Les archéologues ont également découvert des graines de coton dans l’oasis de Hégra, attestant de l’intégration, depuis le Ier s. de notre ère, des techniques de cette culture pourtant hydrophage.

Lors de son passage dans l’oasis en l’an 1326 de notre ère, le géographe voyageur Ibn Battūta écrit : « Celui qui y entre est perdu et celui qui en sort renaît. » Venant du désert, le voyageur fut ébloui par les jardins aux dattiers, orangers ou citronniers et envouté par leur mélange aux effluves de menthe, de grenade et de figues.

Une bibliothèque à ciel ouvert

Al-‘Ulā offre une bibliothèque épigraphique ayant de quoi émerveiller les philologues du monde antique : sur les montagnes de grès et des plaquettes du même matériaux se mélangent les écritures araméennes, dadanitique, thamoudéenne, minéenne, nabatéenne, grecque, latine et arabe témoignant des différentes entités politiques, économiques et religieuses qui se sont succédées sur le site entre le VIIIème s. avant et le VIIème s. après notre ère. Le royaume de Dadan du VIIIème au Vème s. acn, celui de Lihyan du Vème au Ier s. acn, et celui des nabatéens du Ier s. avant au IIème s. après notre ère ; chacun organisant la vie dans son entité en mettant à profit la situation géographique de l’oasis au carrefour des routes caravanières qui traversent l’Arabie du Nord au Sud et d’Est en Ouest.

Le dadanite est une branche de l’alphabet dit « sud-sémitique » aux caractères géométriques reconnaissables alors que l’araméen, la langue de communication économique et diplomatique en vigueur dans l’empire perse, a été introduit par Nabonide, le dernier roi de Babylone, à partir de 552 acn. A partir de l’araméen, des variantes locales se sont développées parmi lesquelles le nabatéen. Le passage du nabatéen au nabatéo-arabe, au proto-arabe et à l’arabe est particulièrement bien documenté sur le site, témoin de l’installation progressive des principautés arabes dans la région à partir du IVème siècle.

En 106, l’empereur Trajan annexe la Nabatène, dont fait partie le Hijāz et Hégra, qui devient la province romaine d’Arabie. Témoins de cette occupation, les graffitis grecs et latins laissés sur les rochers par les soldats romains. L’intérêt pour la ville étant avant tout stratégique pour permettre la surveillance de l’unique route caravanière reliant la Syrie romaine à l’Arabie du Sud entre le IIème et le IVème s., la province n’a pas été proprement romanisée. On n’y retrouve donc pas de théâtre, de forum ou de rue pavée.

Dès la fin du XIXème s. les explorateurs européens se rendent à al-‘Ulā pour déchiffrer les alphabets qui se côtoient sur le site. Entre les années 1907 et 1910, les pères dominicains Antonin Jaussen et Raphaël Savignac arrivent sur place pour étudier eux-aussi les inscriptions anciennes et réalisent des clichés qui attestent de la vie de l’oasis au début du XXème s.

Serpent, ibex, dromadaire et lion

En complément des témoins écrits de chacune de ces époques, des sanctuaires, dont deux sont dédiés à la divinité masculine de l’eau et l’agriculture Dhū Ghaybah, précisent l’importance du site comme lieu de pèlerinage. Les tombeaux, les forts ou les remparts mis au jour par les archéologues sont autant d’indices offrant un voyage dans le temps pour comprendre l’organisation de l’existence aux différentes époques passées. Les objets nous donnent à voir les gestes quotidiens cultuels et séculiers tels des brûles encens, des coupes et des jarres. Sont également mise au jour des figurines représentant des animaux comme l’ibex, associé à la chasse et la prospérité ; le serpent, être chtonien aux fonctions protectrices ; le dromadaire, animal emblématique des échanges commerciaux caravaniers ou le lion, figure symbolique du pouvoir dans tout le Proche-Orient antique, présent aux portes des palais et des temples et dans certains sanctuaires et nécropoles.

Une représentation mériterait plus de précisions. Prêté par le musée du département d’archéologie de l’université du roi Saoud à Riyād pour l’exposition, un bas-relief en grès rouge décoré d’une lionne allaitant son petit ornant le sanctuaire de Dadan (Vème-Ier s. acn). A la différence de la tradition mésopotamienne, néo-assyrienne ou iranienne qui associe le pouvoir royal et le courage à une représentation masculine, cette figure féminine du lion rappelle la déesse égyptienne Sekhmet, guerrière et guérisseuse. Il faudrait éventuellement y voir un syncrétisme religieux dont le développement n’est pas suggéré.

De Damas à La Mecque : à pied, à dos de dromadaire ou en train

A partir du VIIème siècle de notre ère, les routes caravanières qui reliaient l’Arabie à la Méditerranée et l’Egypte deviennent des routes de pèlerinage vers La Mecque et Médine. Sur la carte des étapes de ce pèlerinage, al-‘Ulā est une station prisée pour ses ressources en eau et nourriture. Le nombre de pèlerin augmentant avec le temps, les Ottomans présents à al-‘Ulā à partir du XVIème s., soucieux de promouvoir la sécurité et le confort des pèlerins, ont emménagé des routes. Le douzième siècle de l’histoire de l’oasis verra se développer le chemin de fer du Hijāz construit par le génie civil allemand sous le règne du Sultan Abdülhamid II. La station de al-‘Ulā est inaugurée en 1907, sept ans après l’ouverture de la ligne. Grâce au train, La Mecque n’est plus qu’à trois jours de voyage de Damas contre quarante à dos de dromadaire.
Dynamitée pendant la première guerre mondiale par Lawrence d’Arabie et finalement totalement abandonnée vers 1920, la ligne n’atteindra jamais sa dernière station, Médine.

Notes :
(1) Actuelle al Khuraybah.
(2) Actuelle Madāin Sālih.
(3) Actuelle al-Mābiyāt.

A consulter :
Nehmé, Laïla (dir.) & Alsuhaibani, Abdulrahman & Cassola, Virginia (éd.), AlUla, Merveille d’Arabie, Institut du monde arabe, Paris, 2019.
https://www.imarabe.org/fr/expositions/alula-merveille-d-arabie
https://experiencealula.com/en/AboutUs/Pages/default.aspx
https://www.nationalgeographic.org/projects/out-of-eden-walk/articles/2013-11-lost-village/

Publié le 12/11/2019


Diplômée de Master en Sciences des Religions à l’Université Libre de Bruxelles (2015), Florence Somer Gavage a préalablement travaillé pendant 8 ans en tant que journaliste professionnelle dont trois ans pour la chaîne de télévision Kahkeshan TV où elle a produit des documentaires culturels en persan. Cette activité lui a également permis de voyager en Afghanistan ainsi qu’en Iran. Elle a également réalisé des reportages au Moyen-Orient (Irak, Jordanie, Égypte), en Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie), en Asie et en Amérique du Sud.

Elle est actuellement doctorante à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (Paris). Sa thèse vise à proposer une édition d’un texte inédit, les Ahkām ī Jāmāsp (« Décrets de Jâmâsp ») sur base de manuscrits persans et arabes qui n’ont, à ce jour pas été rassemblés ni systématiquement étudiés.


 


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