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Palais de Topkapı (Istanbul)

Par Tatiana Pignon
Publié le 08/03/2012 • modifié le 12/01/2021 • Durée de lecture : 7 minutes

Topkapi palace Istanbul Turquie.

©Godong/Leemage
Leemage via AFP

Histoire du palais de Topkapı

La construction du palais de Topkapı débute en 1459, sur l’ordre du sultan Mehmet le Conquérant (1432-1481), six ans après la prise de Constantinople aux Byzantins. Il doit être le « Nouveau Palais » du sultan ottoman, jusque-là logé avec sa cour dans « l’Ancien Palais », celui de l’empereur byzantin, en grande partie ruiné [2]. Mehmet II choisit pour emplacement l’ancienne acropole byzantine, soit un espace privilégié situé dans la partie européenne de la ville et dominant à la fois la Corne d’Or, le Bosphore et la mer de Marmara. La construction du palais, qu’on n’appelle pas encore Topkapi, s’achève en 1465, date à laquelle le sultan s’y installe avec sa cour et en fait sa résidence principale. Mais la construction se poursuit en réalité au fil des siècles, puisque chaque sultan ottoman tiendra à y apporter sa contribution par des agrandissements, des rénovations ou des transformations. Cette architecture en mouvement, entre 1459 et 1853 (date à laquelle le sultan Abdülmeçid Ier déplace sa cour au palais de Dolmabahçe), explique l’aspect erratique et inégal de l’ensemble, qui pourtant ne manque pas d’harmonie. Le palais fut transformé en musée par le décret du gouvernement daté du 3 avril 1924, à l’instigation de Mustafa Kemal, dans la logique de rupture d’avec l’ère ottomane qui caractérise les premiers temps de la République de Turquie, proclamée en 1923.

L’organisation du palais

Porte du Salut
Crédits photo : Tatiana Pignon
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Le palais de Topkapı se présente, lorsqu’on y pénètre pour la première fois, comme une enfilade de quatre cours séparées par de grandes arches et entourées de murailles. On y entre par la Porte de l’Auguste ou Porte Impériale (Bâb-ı hümâyûn), décorée de calligraphie arabe, datant de 1478 et donnant sur la première cour, la Cour des Janissaires. C’est dans cette cour que les fonctionnaires officiels de l’Empire ottoman accueillaient les visiteurs du sultan, qui devaient laisser là leur monture pour franchir la Porte du Salut, menant dans la deuxième cour et que seul le sultan, selon une tradition héritée des Byzantins, était autorisé à passer à cheval. La seconde cour, appelée Place du Conseil (Divan Meydanı), était le lieu de rassemblement des courtisans ainsi que le centre politique de l’Empire ; la colonnade de marbre qui la traverse sur la droite (derrière laquelle on trouve les cuisines du palais) lui confère une grande majesté, destinée en partie à impressionner les visiteurs étrangers – objectif accompli, comme en témoignent les récits des ambassadeurs français, autrichiens ou vénitiens du XVIe et du XVIIe siècle. C’est dans cette cour que se trouvent le harem impérial ainsi que le Conseil ou Sénat (Divan), où se réunissaient les hommes d’État sous la présidence du grand vizir, et c’est là que le sultan rendait la justice, comme le rappelle la Tour de Justice qui domine la cour. Après le grand feu de 1574, le sultan Selim II chargea l’architecte Sinan [3] de reconstruire les parties détruites des cuisines, du harem, des bains et de plusieurs pavillons : c’est à cette époque qu’ils acquirent leur état actuel. Dans le bâtiment des cuisines se trouvaient aussi les logements, bains et mosquées destinés aux employés. On trouve également dans la deuxième cour le « trésor extérieur », comprenant les armes et armures.

L’accès à la troisième cour est commandé par la Porte de la Félicité, qui ouvre sur les appartements privés du sultan et que nul, pas même le grand vizir, n’était donc autorisé à franchir sans son autorisation ; son accès était strictement interdit aux étrangers. Les sultans ottomans siégeaient devant cette porte pendant les grandes cérémonies religieuses, et c’est là également qu’étaient célébrées leurs funérailles. La troisième cour, quant à elle, est parfois appelée « palais intérieur » parce qu’elle est le lieu de vie du sultan lui-même, avec ses eunuques. Elle se compose d’un grand jardin, d’une bibliothèque (celle du sultan Ahmed III, construite en 1719) et de plusieurs pavillons, et comporte également la Chambre Privée, c’est-à-dire l’appartement privé du sultan. C’est également là que résidaient les pages, de jeunes garçons enlevés à leur famille pour être mis au service du sultan, qui étaient élevés et instruits au palais avant de devenir courtisans ou, pour les meilleurs, hauts fonctionnaires de l’Empire.
À l’entrée de la troisième cour se trouve la Salle des Audiences, ou Salle du Conseil intérieur, où le sultan recevait personnellement les vizirs et ambassadeurs qui s’y présentaient ; construite comme un grand kiosque, d’architecture ottomane, elle est située de manière à cacher la vue du reste de la cour. Le trésor impérial, comportant joailleries, œuvres d’art et objets précieux, est aujourd’hui présenté dans le Pavillon du Conquérant, qui est l’un des plus vieux bâtiments du palais puisqu’il fut construit sous Mehmet II, qui lui a donné son nom. Enfin, la quatrième cour, espace le plus reculé du complexe palatial, était le lieu d’intimité du sultan et de ses proches ; initialement intégré à la troisième cour, cet espace en est aujourd’hui distinct pour des raisons pratiques, afin d’être plus aisément perceptible pour le visiteur.
La plupart des bâtiments du palais de Topkapı sont ornés de mosaïque d’Iznik, reconnaissable à ses couleurs (bleu, turquoise et corail). Des calligraphies arabes décorent également de nombreuses pièces.

La vie de cour à l’époque ottomane

Reconstitution du Harem
Crédits photo : Tatiana Pignon
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Comme résidence officielle du sultan et centre administratif de l’Empire ottoman, le palais de Topkapı met l’accent, dans sa disposition même, sur le caractère supérieur et proprement impérial de la personne du sultan. La codification stricte des allées et venues, ainsi que le décorum et la discipline des janissaires, des eunuques ou des pages, en font un véritable lieu de cour, organisé autour du sultan. Concernant la vie quotidienne, le harem est peut-être le lieu le plus intéressant du palais : on y retrouve en effet aussi bien les gestes quotidiens (nourriture, bains, promenades) que la hiérarchie, très forte entre les femmes, et le rôle essentiel des eunuques dans la gestion du palais et l’organisation de la vie. Il est dominé par la « sultane validé », c’est-à-dire la reine-mère, qui commande en dernière instance et possède ses propres appartements, son hammam et ses salons ; elle avait souvent une grande influence sur les affaires de l’Empire, puisque son avis était très écouté par son fils. On peut voir, dans ses appartements, une reconstitution des costumes de l’époque, qui montre le luxe dont elle pouvait s’entourer. Les femmes légitimes du sultan viennent en second dans la hiérarchie du harem, et sont soumises au bon vouloir du sultan ainsi qu’au pouvoir des eunuques – les eunuques noirs étaient les seuls êtres masculins admis dans le harem, à l’exception du sultan lui-même. Elles sont quatre au maximum, conformément à la loi islamique, et disposent également d’appartements privés, moins luxueux toutefois que ceux de la sultane validé. Leur objectif premier est bien entendu de donner un fils au sultan, ce qui leur assure ensuite la place enviable de sultane validé. Viennent ensuite les quarante concubines, dans des appartements communs, puis les quatre cents autres femmes – souvent, d’ailleurs, de très jeunes filles – à qui le sultan rend visite de manière occasionnelle. Toutes ces femmes vivent recluses dans le harem, mais peuvent disposer d’une réelle influence sur le sultan et donc sur la conduite de l’Empire. Elles reçoivent toutes une bonne éducation, comprenant les sciences religieuses, la musique, la peinture et la broderie.
L’héritier présumé au trône est élevé à l’écart de ses frères, dans une chambre particulière où ne lui rend visite que son précepteur, qui lui assure une excellente éducation. Mais les intrigues de palais étaient fréquentes, avec notamment la pratique récurrente du fratricide. Le sultan en titre, quant à lui, vit entre le harem et ses appartements privés ; il compte parmi ses proches sa famille et le grand vizir, qui est le chef du gouvernement. Ses journées se déroulent entre obligations officielles, obligations religieuses, réunions du gouvernement – dans la Salle du Conseil – et visites à l’une ou l’autre de ses femmes. Aux habitants du palais, il faut ajouter de nombreux domestiques (dont les eunuques et les pages), ainsi que les Janissaires qui forment la garde impériale et participent à l’aspect majestueux du palais ; les récits d’ambassadeurs étrangers, entre le XVIe et le XVIIIe siècle, montrent la forte impression qu’ils faisaient, contribuant à inspirer le respect dû au sultan. La présence de plusieurs mosquées, bibliothèques, bains font du palais une véritable « ville dans la ville », autosuffisante, d’où le sultan peut ne jamais sortir hormis pour ses obligations officielles.

Le palais de Topkapı est un lieu d’exception, l’un des monuments les plus emblématiques d’Istanbul – avec la mosquée Sainte-Sophie, la mosquée Bleue ou le palais de Dolmabahçe. Outre son intérêt artistique indéniable, il permet également, par sa diversité et son importance historique, une véritable plongée dans la vie de cour de l’époque ottomane. Les jardins et le café-restaurant qui s’y trouvent, sur une terrasse surplombant le Bosphore, en font également un lieu très agréable, particulièrement par beau temps, ce qui est d’autant plus appréciable eu égard à la taille du palais, qui nécessite une visite assez longue. Pour en profiter le plus possible, on conseillera la visite guidée du harem ; les autres bâtiments sont bien présentés par de petits textes explicatifs, souvent accompagnés de cartes.

Sources :
- Visite du palais de Topkapı (et visite guidée du harem)
- Site d’information de la ville d’Istanbul : http://istanbul.info.free.fr/palais_topkapi.htm

Publié le 08/03/2012


Tatiana Pignon est élève en double cursus, à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm, ainsi qu’à l’Université de la Sorbonne en Histoire et en langue. Elle s’est spécialisée en l’histoire de l’islam médiéval.


 


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