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DES CLÉS DU MOYEN-ORIENT



Entretien avec ...

Entretien avec Florian Besson - Les émirs musulmans au temps des croisades

Lors de la première croisade, en 1099, les Francs arrivent en Terre Sainte : quel est alors le contexte politique en Orient ?

La première croisade de 1099 se solde par un succès des Francs. Ce succès est étroitement lié à la situation du Proche-Orient : très morcelé, celui-ci se divise en de nombreux petits pouvoirs très indépendants et autonomes, à l’échelle souvent d’une ville et de son territoire, comme les principautés de Damas, d’Antioche, de Tripoli ou d’Alep. C’est ce que René Grousset, célèbre historien des croisades, appelait, en 1934, « l’anarchie musulmane » - une notion évidemment datée aujourd’hui. Ces pouvoirs sont rivaux, et beaucoup voient dans les croisés une opportunité politique à ne pas manquer : c’est d’ailleurs ce que souligne le chroniqueur alepin Kemad ad-dîn « les princes de ce temps tenaient à prolonger l’occupation des troupes franques pour se maintenir eux-mêmes au pouvoir ». A opportuniste, opportuniste et demi : cet émiettement de l’Orient permettra aux Croisés de remporter leur succès ; de fait, leur victoire n’est pas tant militaire que politique, car les Francs ont su exploiter des lignes de faille, des divisions, un peu comme César a su exploiter les rivalités entre les tribus gauloises.
Il s’agit là d’une lecture qui permet de repenser complètement l’histoire des croisades : le succès des Croisés doit beaucoup aux divisions politiques, et non pas à une quelconque supériorité technique comme cela avait pu être avancé par le passé dans l’historiographie.
Ce contexte de rivalités politiques a largement favorisé l’implantation des Francs. Si dans les sources, on voit souvent l’Orient évoqué comme une terre mystérieuse et dangereuse, pleine de monstres et de merveilles, en pratique et sur le terrain politique, les Francs ne sont absolument pas dépaysés par la situation face à laquelle ils se retrouvent : contrairement à la situation qui était celle du IXème siècle, le califat abbasside de Bagdad n’est plus assez fort pour tout centraliser ; au XIe siècle, le contexte politique en Orient rappelle fort le système féodal que connaissent les Croisés au même moment en Europe. Cette perspective d’émiettement a joué un rôle-clé : les Francs ne gagnent pas parce qu’ils sont différents, mais plutôt parce qu’ils sont pareils ; ils comprennent tout de suite le système politique qui domine en Orient et peuvent en profiter.


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Normalien, agrégé d’histoire, doctorant à Paris-Sorbonne, Florian Besson travaille sur la féodalité dans les royaumes latins d’Orient, au temps des croisades.

Analyse de l’actualité avec ...

L’élection du modéré Hassan Rouhani à la Présidence de la République islamique d’Iran : vers une résolution de la crise nucléaire iranienne ? Par Etienne Jaboeuf

L’accession à la Présidence de la République islamique d’Iran d’Hassan Rouhani a incontestablement relancé l’espoir d’un règlement rapide de la crise nucléaire iranienne.
L’élection de ce clerc modéré, le 14 juin 2013, dès le premier tour avec 50,7% des suffrages, a créé la surprise. Ses quatre concurrents conservateurs ont obtenu des scores très inférieurs aux prévisions des sondages durant la campagne, alors que la victoire de l’un d’eux était attendue. La page de la réélection très contestée du sortant, l’ultranationaliste Mahmoud Ahmadinejad (2005-2013) en 2009 semble désormais tournée.
Un an après, l’analyse de l’impact de cette élection sur le dossier nucléaire iranien est aujourd’hui à présent possible et opportune.
La crise nucléaire empoisonne en effet les relations internationales de l’Iran depuis une décennie. En 2002, les Moudjahidines du peuple iranien ont révélé la construction en cours de trois installations nucléaires, jusqu’alors tue par la République islamique. Un dialogue de sourds commence alors entre Iraniens d’un côté et Américains et Européens de l’autre, emmenés par M. Ahmadinejad à Téhéran et le néoconservateur George Bush Junior à Washington. Les attentats du 11 septembre 2001, suivis de l’invasion américaine de l’Afghanistan en 2002 puis de l’Irak en 2003 ont conduit à une fuite en avant, entre propositions de pourparlers et bruits de bottes. Depuis 2007, les Nations unies, les Etats-Unis et l’Union européenne n’ont cessé de renforcer l’embargo international imposé à l’Iran lors de la Révolution de 1979.
A sa prise de fonctions le 4 août 2013, Hassan Rouhani hérite d’une économie à genoux, avec un taux de chômage en forte progression et une inflation de 40%. Cet ancien négociateur en chef sur le dossier nucléaire (2003-2005), a été élu sur un programme d’ouverture politique et économique et surtout la promesse d’un règlement définitif du dossier nucléaire, afin d’alléger, puis de lever l’embargo international.
M. Rouhani dispose dans cette entreprise de la confiance du Guide suprême de la Révolution islamique actuel, Ali Khamenei, pourtant réputé intransigeant. Premier dignitaire politique iranien, celui-ci a le dernier mot sur chaque dossier, y compris le nucléaire. En Iran, le Président de la République, comme le Parlement, pourtant élus par la population, jouent un rôle secondaire conformément à la Constitution de 1979.
Toutefois, l’aggravation des sanctions n’a eu qu’un impact très relatif sur le programme nucléaire iranien. L’Iran possède aujourd’hui 20 000 centrifugeuses dont 9 000 en activité, contre 160 en 2003, et est désormais capable d’enrichir de l’uranium à hauteur de 20%, seuil de l’arme nucléaire.

Etienne Jaboeuf est Avocat au Barreau de Paris. Persanophone, il a acquis une connaissance profonde de l’Iran et de sa société lors d’un séjour d’études sur place. A travers des articles dans la presse, il analyse l’Iran actuel et les grands bouleversements que connait aujourd’hui ce pays.


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Les clés du Moyen-Orient est un site d’information sur l’histoire et l’actualité du Moyen-Orient. Selon la ligne éditoriale du site : « Comment l’histoire explique l’actualité », les évènements actuels du Moyen-Orient sont ainsi replacés et analysés dans leur contexte historique. Ces expertises scientifiques, réalisées par des professeurs d’université, des docteurs, des chercheurs, des militaires et des membres du secteur privé, sont publiées dans les rubriques « Repères historiques », « Analyse de l’actualité », « Portraits et entretiens » et « Infos culture ».

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