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DES CLÉS DU MOYEN-ORIENT



Entretien avec ...

Entretien avec Sophie Pommier – Le point sur l’Egypte

La révolution qui a secoué l’Égypte a fêté ses quatre ans il y a quelques semaines. Quel regard porte aujourd’hui le peuple égyptien sur ce moment de son Histoire ?

C’est un regard ambivalent. D’un côté il y a tout une rhétorique, entretenue par les médias, qui valorise le moment révolutionnaire comme expression de la volonté populaire. Le discours officiel parle d’ailleurs de deux révolutions, celle du 25 Janvier qui a abouti au départ de Hosni Moubarak et celle du 30 juin 2013 qui a renversé les Frères, laquelle était en réalité un coup d’Etat militaire. Cela éclaire la fonction légitimatrice de la révolution pour le régime, et aussi pour l’armée, depuis le coup d’Etat des Officiers libres, déjà qualifié de « Révolution de 1952 ». D’un autre côté, par delà l’image valorisée du jeune martyr de la révolution de 2011, beaucoup dénoncent l’inconscience et la lourde responsabilité des jeunes activistes qui ont ouvert une phase d’instabilité. C’est la raison pour laquelle la répression engagée contre les jeunes libéraux ne suscite que peu de réactions. Quand au régime, il se réclame des principes de la révolution mais emprisonne ceux qui l’ont conduite. Il faut d’ailleurs se demander si le terme de révolution est approprié, compte tenu de la résilience évidente du système.

Malgré la répression, qui fait du régime actuel un régime que certains spécialistes jugent plus autoritaire encore que celui de Moubarak, al-Sissi demeure populaire. Pourquoi ?

La popularité de al-Sissi est difficile à mesurer. De nombreux observateurs estiment qu’elle s’émousse de fait et que la focalisation sur Le Caire produit un effet trompeur qui ne rend pas compte notamment de la situation en Haute Egypte. Cette érosion relève cependant davantage de la dégradation de la situation socio-économique que de la dérive autoritaire du pouvoir, bien que la situation soit en effet nettement pire sur ce plan que sous la présidence Moubarak.
On doit reconnaître au chef de l’Etat un certain charisme et une grande habileté en matière de communication. La figure de l’homme fort, du za’im, telle qu’elle fut en son temps incarnée par Nasser, reste très ancrée dans les mentalités. Le culte de la personnalité bat son plein. En jouant sur la fibre nationaliste (retour de l’Egypte sur la scène régionale et internationale, prise de distance avec les Etats-Unis et recherche de nouveaux partenaires, projet de « deuxième canal de Suez »), en affirmant que la grande Egypte est de retour, al-Sissi permet aux Egyptiens d’oublier leurs difficultés du quotidien. Mais il suscite aussi d’énormes attentes et il faudra que la population ait rapidement le sentiment d’une amélioration qui profite à tous. A ce titre, le succès indéniable de la grande conférence des Amis de l’Egypte qui vient de se tenir à Charm al-Cheikh est à double tranchant : les Egyptiens vont s’attendre à en percevoir les effets et auront tôt fait de s’interroger, si rien ne vient, sur la destination des milliards annoncés dans un pays rongé par la corruption.

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Historienne et arabisante de formation, diplômée de Sciences Po Paris, Sophie Pommier a longtemps travaillé au ministère des Affaires étrangères (Direction Afrique du Nord-Moyen Orient et Centre d’Analyse et de Prévision). _ Spécialiste de l’Egypte, elle est l’auteur de nombreuses publications sur ce pays dont Egypte : l’envers du décor, paru en 2008 aux Editions La Découverte. _ Elle dirige le cabinet de conseil sur le monde arabe Méroé, qu’elle a fondé en 2006 (www.meroe-consulting.com ).

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Semaine arabe de l’ENS 2015

Programme de la Semaine arabe de l’ENS, du 10 au 17 avril 2015, « Fictions et Réalités » - 02/04/15

Née de la volonté de promouvoir l’exceptionnelle richesse de la culture arabe au-delà des incompréhensions communes, la Semaine arabe a vu le jour en 1998 à l’École normale supérieure. Il s’agit d’une (...)

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Entretien avec Hamit Bozarslan – Le nouvel autoritarisme turc et ses répercussions sur la scène politique internationale

On discute actuellement en Turquie du vote d’une loi de sécurité intérieure. Son but affiché est d’apporter une réponse à la montée de l’islamisme radical, mais ses détracteurs mettent en avant la réduction drastique des libertés civiles qu’elle amènerait avec elle. Quel regard portez-vous sur ce débat et sur l’adoption de cette loi ?

Je pense que le vote de cette loi est un événement très important, mais qu’il faut l’inscrire dans un cadre chronologique plus large. L’an dernier, la loi sur les services de renseignement a été modifiée. Ces services sont devenus un des piliers du régime, tant sur le plan politique que militaire. Ils ont désormais la haute main sur la politique extérieure, notamment en Irak et en Syrie. En janvier 2014, des camions remplis d’armes affrétés par les services de renseignement se dirigeant vers la frontière syrienne ont été interceptés par les services de gendarmerie. Sur décision du Premier ministre de l’époque, les gendarmes ont été arrêtés et les camions ont pu poursuivre leur route. On voit ainsi que l’Etat joue aujourd’hui le rôle qui était autrefois tenu par l’armée et que s’amorce un virage vers un Etat policier. De ce point de vue, le vote de la loi de sécurité intérieure est inquiétant mais ne représente qu’une étape de plus dans ce processus. La police aura le droit de juger ou d’apprécier la nécessité d’utiliser ou non la violence, y compris la violence létale, en contournant les procédures judiciaires. Chaque manifestant cagoulé risquera désormais plusieurs années de prison. On a l’impression que les mécanismes de contrôle et d’équilibre qui caractérisent une démocratie – mais qui n’ont jamais véritablement fonctionné en Turquie – sont désormais totalement supprimés par le régime.

Hamit Bozarslan est directeur d’études à l’EHESS. Titulaire d’un doctorat en histoire (EHESS) et en sciences politiques (IEP de Paris), il a fait porté ses travaux sur la sociologie politique au Moyen-Orient et en Turquie. Il a notamment publié La question kurde : Etats et minorités au Moyen-Orient (1997), Une histoire de la violence au Moyen-Orient. De la fin de l’Empire ottoman à al-Qaida (2008), Sociologie politique du Moyen-Orient (2011), ainsi que Histoire de la Turquie. De l’Empire à nos jours (2013).

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Les clés du Moyen-Orient est un site d’information sur l’histoire et l’actualité du Moyen-Orient. Selon la ligne éditoriale du site : « Comment l’histoire explique l’actualité », les évènements actuels du Moyen-Orient sont ainsi replacés et analysés dans leur contexte historique. Ces expertises scientifiques, réalisées par des professeurs d’université, des docteurs, des chercheurs, des militaires et des membres du secteur privé, sont publiées dans les rubriques « Repères historiques », « Analyse de l’actualité », « Portraits et entretiens » et « Infos culture ».

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