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Entretien avec …

Entretien avec Daniel Meier – La situation au Sud-Liban et le positionnement du Hezbollah

Quelle est aujourd’hui la situation au Sud-Liban ?

Le Sud Liban se trouve aujourd’hui dans une situation de statu quo. Les tensions latentes dues au conflit irrésolu qui s’énonce sous un angle territorial – et portant notamment sur la question des fermes de Chebaa – persistent. La question des treize lieux de litiges dénoncés par les autorités libanaises sur la démarcation de la Blue Line peut mener à des conflits : on l’a vu au mois d’août 2010 avec le problème de l’arbre que l’armée israélienne a coupé par-dessus la technical fence près du village libanais d’Adaisseh. Les tireurs d’élite libanais ont ouvert le feu et tué un haut-gradé de l’armée israélienne et blessé un second : la réplique militaire israélienne contre l’armée libanaise ne se fait pas attendre. Nous ne sommes donc aujourd’hui pas à l’abri d’un nouvel embrasement ; il est important également de rappeler cette variable importante, selon laquelle le Liban ne reconnaît pas l’État d’Israël.

Le Sud Liban bénéficie cependant d’un adoucissement des tensions grâce au rôle de médiation de la FINUL, qui organise une fois par mois des réunions tripartites permettant une certaine coordination technique entre les armées israélienne et libanaise concernant la surveillance de la Blue Line. Néanmoins, par-delà ce travail de désengagement des conflits latents demeure le problème des fermes de Chebaa, dont la souveraineté est revendiquée par le Liban alors que les Nations unies placent ce territoire en Syrie. Du côté israélien, on voit mal aujourd’hui quelle force politique serait susceptible de provoquer le retrait des troupes israéliennes de cette zone. S’étendant sur moins de 40 km², elle apparaît en effet comme une zone stratégique par son accès à des ressources en eau. La présence de leur armée sur ce territoire leur permet de contrôler le débit d’eau du côté israélien ; il s’agit en effet de l’une des plus grandes ressources d’eau douce dans cette région aride et se présente ainsi comme un atout considérable pour Israël. Du côté libanais, on verrait également difficilement le général Michel Aoun, fraîchement élu au poste de Président de la République libanaise, faire un geste en faveur d’Israël. Il est l’allié du Hezbollah, l’ennemi le plus redoutable d’Israël, et serait sans doute plus prompt à réaffirmer la ligne de la résistance plutôt que celle du compromis territorial.

Le troisième aspect de cette tension au sud Liban s’illustre dans la relation d’intimité dans l’inimitié (1) des deux armées, israélienne et libanaise, qui se connaissent bien. Cette relation est la cause d’un comportement alerte permanent, qui oblige les deux belligérants à être sans cesse attentifs aux actions de l’autre : on assiste là à une autoproduction de la tension qui rend l’espace lui-même belligène, en fournissant des prétextes au conflit.

Où en est le Hezbollah aujourd’hui ? Quelles sont ses positions au Sud Liban, au gouvernement, en Syrie ?

Le travail du Hezbollah au Sud Liban sert de matrice de réflexion pour penser au travail stratégique que fait le Hezbollah à l’échelle nationale. En effet, c’est d’abord cet espace frontalier du Sud Liban monopolisé par le militaire qui a permis l’entrée en politique du Hezbollah. Sa lutte contre l’ennemi israélien lui a permis d’engranger des bénéfices symboliques, au nom de la défense nationale ; il apparaît ainsi comme une force dont le rôle est de repousser l’armée israélienne hors du territoire libanais – ce qu’il est d’ailleurs parvenu à faire en 2000. La production de ce pouvoir symbolique a ainsi permis au parti de s’imposer comme un acteur politique incontournable au moment du retrait syrien, en 2005, en entrant au gouvernement afin de s’assurer un contrôle dans la production des décisions de gouvernance nationale.

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Daniel Meier, docteur en sociologie politique du Graduate Institute (IHEID) de Genève, est chercheur associé au laboratoire PACTE (Grenoble) et enseigne au Département d’arabe de la Faculté des Lettres de l’Université de Genève. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont les deux derniers sont : Le Liban : identités, pouvoir et conflits aux éditions du Cavalier Bleu (2016) et Shaping Lebanon’s Borderlands : Armed Resistance and International Intervention in South Lebanon chez I.B. Tauris (2016).

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Entretien avec …

Entretien avec Fadia Kiwan – Quelle configuration politique après l’élection du président libanais ?

Que pouvez-vous dire des élections récentes d’un président de la République libanaise ?

Il s’agit d’une situation inédite, qui ouvre une nouvelle page pour le pays. Il s’agit en effet véritablement d’un tournant dans l’histoire du Liban, en ce qu’il a su imposer une dynamique interne, contrairement aux expectatives de la plupart des politologues qui posaient comme condition de possibilité du changement un apaisement venu de la Syrie. Jusqu’ici, la présidence faisait l’objet de négociations à l’échelle régionale, les forces en présence étant notamment capables d’un droit de veto sur le président sortant. Au contraire, cette élection-ci fut une véritable surprise : née d’une dynamique interne qui a permis un consensus entre toutes les parties, elle a accompagné une dédramatisation régionale importante pour l’avenir du pays. À mon sens, cette élection est l’aboutissement des premiers efforts faits par trois des principaux mouvements politiques en présence pour s’adapter à la situation. Ces efforts ne sont toutefois pas unanimes : on sent encore les réticences du président de la Chambre des députés, Nabih Berri, et du parti des Phalanges chrétiennes, qui ont encore du mal à accepter le résultat de ces élections.

Je pense par ailleurs qu’il est important d’évoquer la massive campagne médiatique qui a accompagnée ces élections. Il me semble en effet qu’elle a contribué et contribue toujours à l’émotion générale ; récemment, les journalistes ont fait circuler des noms pour la composition future du gouvernement – pour soutenir ou pour embarrasser le travail en cours. Il faut prendre du recul sur l’anticipation excessive des médias à l’égard des choix politiques qui seront prochainement adoptés.

Quels sont les grands enjeux de la composition du futur gouvernement ?

Le seul enjeu important est aujourd’hui de savoir si le gouvernement sortant sera un gouvernement au partage inclusif – et donc si les mêmes figures que celles du gouvernement précédent réapparaîtront, chargées des mêmes portefeuilles – ou s’il s’agira d’un gouvernement destiné à satisfaire les principaux protagonistes de l’élection. Il s’agit de la plus grande incertitude qui demeure aujourd’hui sur la composition de ce gouvernement – elle pose en réalité la question de savoir si le président se pliera aux rapports de force actuels ou s’il fera preuve de nouveauté. Personnellement, je n’exclus pas l’idée que les pressions obligent la constitution d’un gouvernement de technocrates. D’autre part, il faut également prendre en compte les élections législatives qui auront lieu dans quelques mois ; en raison de ces élections, le gouvernement qui doit être prochainement composé sera de fait démissionnaire dans quelques mois. D’un point de vue stratégique, il vaut mieux pour ceux qui souhaitent se présenter à ces élections qu’ils n’intègrent pas dès aujourd’hui le gouvernement.

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Fadia Kiwan est titulaire d’un doctorat d’Etat en sciences politiques de l’Université de Paris I Sorbonne, et d’un C.A.P.E.S en philosophie et en psychologie de la Faculté de Pédagogie de l’U.L. Elle est directrice honoraire et professeur de sciences politiques à l’Institut des sciences politiques de l’Université Saint-Joseph (USJ).

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