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Entretien avec ...

Daesh et l’Iran : un ennemi chasse l’autre, par Thomas Fourquet

Dans la queue de comète du printemps arabe, l’émergence de Daesh et la menace de déstabilisation que l’organisation extrémiste fait peser sur tout le Moyen-Orient a radicalement rebattu les cartes dans la région. Des régimes « amis » se sont écroulés, des régimes « ennemis » ont fait preuve d’une surprenante résilience, forçant la communauté internationale à repenser ses alliances et ses alignements. Aujourd’hui, engagée dans la dernière ligne droite des négociations sur son programme nucléaire, la République islamique a particulièrement à cœur d’apparaître comme une puissance responsable : puissance parce qu’elle exerce une très forte influence en Irak et en Syrie où se déploie la menace Daesh, responsable parce qu’elle cherche à apparaître comme le garant de la stabilité politique dans ces deux Etats, mais aussi dans tout le Moyen-Orient – avec un succès pour le moment très limité.

Daesh : une menace non existentielle
Daesh est idéologiquement hostile au chiisme, et par voie de conséquence à la République islamique : dans son interprétation profondément sectaire et extrémiste de l’islam, le groupe dénie en effet aux chiites comme aux alaouites – dont est issu Bachar el-Assad, ses partisans étant désignés par l’appellation péjorative de « nusayri » – la qualité de musulmans, ce qui en fait, ipso facto, des apostats passibles de mort. C’est pourquoi la République islamique utilise généralement, pour désigner les membres de Daesh, le qualificatif de « takfiri », c’est-à-dire « excommunicateurs ».

Cette attitude extrême vis-à-vis des chiites, et particulièrement du chiisme duodécimain majoritaire en République islamique, n’est pas propre à Daesh : elle est partagée par une partie des courants sunnites radicaux, des Wahhabites saoudiens aux Talibans. Elle est pourtant particulièrement prégnante chez Daesh, dont les origines remontent à al-Qaida en Irak, fondé en 2004 par Abu Mussab al-Zarqawi. Celui-ci, en déclarant en septembre 2005 une « guerre totale » contre le pouvoir chiite en Irak, s’était progressivement détaché d’al-Qaida, qui tout en condamnant le chiisme mettait l’accent sur l’unité des musulmans et la lutte contre l’occupant américain. Al-Baghdadi, compagnon de lutte d’al-Zarqawi en Afghanistan, est l’héritier de cette stratégie anti-chiite, allant jusqu’à rompre avec Ayman al-Zawahiri et la filiale d’al-Qaida en Syrie, le Jabhat al-Nusra. Alors que dans les années 2000, l’ennemi le plus visible en Irak était l’occupant américain et anglais, dans les années 2010 c’est le pouvoir chiite qui se trouve en première ligne ; et Daesh s’appuie sur le ressentiment croissant de la minorité sunnite à l’égard de ce pouvoir.


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Thomas Fourquet est un journaliste indépendant, spécialiste de l’Iran et persanophone.

Entretien avec ...

Entretien avec Jean Marcou – politique intérieure, Etat-islamique, Syrie : le point sur la Turquie

Sur le plan politique, pouvez vous nous rappeler les circonstances de l’arrivée à la présidence de la République de Recep Tayyip Erdoğan, en août 2014 ?

Recep Tayyip Erdoğan a été élu président de la République le 10 août 2014, au premier tour de la première élection présidentielle au suffrage universel en Turquie, en devançant largement (51,7%) le candidat commun des partis d’opposition (CHP et MHP) Ekmeleddin İhsanoğlu (38,4%) et le candidat kurde du HDP, Selahattin Demirtaş, auteur néanmoins d’un score d’une ampleur inattendue (9,7%).

Cette élection au suffrage universel est le résultat de la crise qui avait marqué l’élection présidentielle précédente par le parlement d’Abdullah Gül en 2007. L’Assemblée nationale ayant bloqué dans un premier temps l’élection de Gül, entre autres parce que son épouse porte le voile, l’AKP avait riposté en lançant une révision constitutionnelle réformant l’élection présidentielle et réduisant de 7 à 5 ans le mandat du chef de l’Etat. Cette réforme n’avait toutefois été adoptée par référendum qu’en octobre 2007, après des élections législatives anticipées et l’élection à la présidence d’Abdullah Gül par le parlement nouvellement élu. Dès lors, Abdullah Gül a achevé son mandat de 7 ans, avant que la première élection au suffrage universel puisse enfin se tenir en 2014. Mais cette élection nouvelle change la donne. En effet, loin de rester en retrait (comme le faisait ses prédécesseurs) Recep Tayyip Erdoğan a d’emblée fait savoir que l’achèvement de ses fonctions de Premier ministre et de leader de l’AKP, ne signifiait pas, bien au contraire, son retrait de la vie politique active.

Depuis son élection, après avoir nommé à la tête du gouvernement son ancien ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoğlu, le nouveau président de la République a fait de celui-ci son homme lige et domine plus que jamais le système politique turc de la tête et des épaules. Ainsi, bien que la Constitution de 1982 reste d’essence parlementaire, la Turquie est en train de changer de régime politique. A certains égards comme la France dans les années 1960, du fait du charisme de son président et de la légitimité que confère à ce dernier le suffrage universel direct, le régime politique turc, de parlementaire est en train de se muer en régime semi-présidentiel.

Jean Marcou est directeur des relations internationales de Sciences Po Grenoble


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Les clés du Moyen-Orient est un site d’information sur l’histoire et l’actualité du Moyen-Orient. Selon la ligne éditoriale du site : « Comment l’histoire explique l’actualité », les évènements actuels du Moyen-Orient sont ainsi replacés et analysés dans leur contexte historique. Ces expertises scientifiques, réalisées par des professeurs d’université, des docteurs, des chercheurs, des militaires et des membres du secteur privé, sont publiées dans les rubriques « Repères historiques », « Analyse de l’actualité », « Portraits et entretiens » et « Infos culture ».

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