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Entretien avec …

Entretien avec Jean-Paul Burdy - La crise Qatar-CCG de juin 2017 (1/2)

Pouvez vous revenir sur les raisons avancées par l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn, le Yémen et l’Egypte (rejoints par Djibouti, le Tchad, le Sénégal, la Mauritanie, le gouvernement dissident libyen de Tobrouk et les Maldives) pour rompre leurs relations diplomatiques avec le Qatar ?

L’élément déclencheur remonte à la nuit du 23 au 24 mai : l’agence de presse officielle Qatar News Agency (QNA) diffuse alors plusieurs dépêches, reprises par son compte twitter, attribuant à l’émir Tamim ben Hamad Al Thani des critiques sévères des résolutions du sommet américano-musulman de Riyad les 20 & 21 mai, parallèlement à des propos clairement favorables à l’Iran (1). Curieusement, ces dépêches ont été instantanément reprises par des agences et des médias saoudiens et émiratis (Al Arabiya, Sky News Arabia, etc.). Elles enflamment les réseaux sociaux de la région, qui stigmatisent le Qatar. Doha a très vite démenti les « fausses déclarations attribuées à l’émir Tamim », en les expliquant par un piratage massif des comptes web et twitter de QNA (2). Piratage réel, ou rétropédalage en urgence ? Le rouleau compresseur médiatique anti-Qatar en route, il était impossible de l’arrêter. Il a préparé le terrain aux mesures brutales « de rétorsion » contre l’émirat annoncées les 5 et 6 juin : rappel des ambassadeurs, rupture des relations diplomatiques, fermeture des frontières terrestres et maritimes, fermeture des espaces aériens aux avions de Qatar Airways, interdiction de diffusion d’Al-Jazeera, expulsion sous 15 jours des Qataris résidant en Arabie saoudite, etc.

Les adversaires de Doha justifient ces mesures par deux raisons principales : le soutien au terrorisme, et le soutien à l’Iran. Le Qatar est accusé de « soutenir le terrorisme djihadiste », en particulier en le finançant, pas nécessairement en tant qu’Etat, mais par le truchement de fortunes « privées » liées à la famille régnante – une accusation déjà portée par le Trésor américain. Riyad, Abou Dhabi, Manama et Le Caire ont ainsi publié une liste noire de douze institutions et de 59 personnalités de l’émirat. Cinq des douze institutions ciblées correspondent aux plus grandes ONG (en réalité semi-officielles) du Qatar (Qatar Charity, Sheikh Eid al-Thani Charity Foundation, etc.). Ces organisations sont notoirement actives dans les camps de réfugiés au Bangladesh, en Somalie, en Afrique sub-saharienne. Mais aussi et surtout, ces dernières années, auprès des réfugiés syriens en Turquie, en Jordanie et au Liban. Doha est accusé de financer ainsi en sous-main et les Frères musulmans syriens et des groupes djihadistes radicaux. L’Egypte, pour sa part, a saisi l’ONU sur le versement récent par Doha d’une rançon estimée à un milliard de dollars pour la libération d’une quinzaine de Qataris (membres ou proches de la famille royale) retenus en otages depuis un an alors qu’ils chassaient au faucon dans le sud de l’Irak. Cette rançon colossale aurait bénéficié à des tribus et milices locales (peut-être chiites, donc proches de l’Iran ?), mais aussi à des djihadistes radicaux (l’État islamique est explicitement évoqué) (3). Le Qatar, « champion de l’extrémisme et du terrorisme dans la région », est également accusé d’abriter des « terroristes » : des dirigeants du Hamas palestinien (qui ont quitté Damas pour Doha en 2012) ; des Frères musulmans depuis le coup militaire en Egypte en 2013 ; des djihadistes de l’État islamique (Daech) et d’Al-Qaïda.

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Jean-Paul Burdy est historien, enseignant-chercheur associé au master "Méditerranée-Moyen-Orient", Institut d’Etudes Politiques de Grenoble (France).

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Analyse de l’actualité

La rénovation du Saint-Sépulcre : la fin d’un long processus de négociation entre les Eglises, entretien avec Marie-Armelle Beaulieu

Après neuf mois de travail, les travaux de rénovation de la pierre recouvrant le sépulcre du Christ, à Jérusalem, ont pris fin. Le 22 mars dernier, une célébration œcuménique était organisée au Saint-Sépulcre pour commémorer l’événement. Un épisode inédit car voilà plusieurs décennies que le tombeau du Christ nécessitait des rénovations, et les Eglises copropriétaires du Saint Sépulcre ne s’entendaient pas sur les termes des travaux. Evénement majeur, cette rénovation met en évidence l’organisation complexe du Saint-Sépulcre et son histoire, qui s’ancre dans les relations entre les Eglises, mais aussi sur l’évolution tumultueuse de la ville de Jérusalem. Durant les travaux sur l’édicule (1), les scientifiques ont mis à jour le marbre qui constituerait le lit de Jésus Christ après sa mort selon la tradition chrétienne, un événement qui a lieu pour la troisième fois uniquement dans l’Histoire.
Marie-Armelle Beaulieu, Rédactrice en chef du magazine Terre Sainte, basé à Jérusalem, a été une des rares à observer le tombeau originel. Un retour sur la situation du Saint-Sépulcre s’impose, avec son éclairage.

Le tombeau du Christ, cœur du Saint-Sépulcre

Aux origines du Saint-Sépulcre, on trouve l’emplacement probable du tombeau du Christ. Dans la tradition chrétienne, Jésus Christ a été crucifié sur la colline du Golgotha puis enterré dans une tombe construite dans un jardin environnant en 30 ou 33 après J-C. Après trois jours, il aurait ressuscité d’entre les morts. En 324, à la demande de Constantin, converti depuis peu au christianisme, Macaire, l’évêque de Jérusalem, part à la recherche du tombeau du Christ. Après avoir détruit des bâtiments païens, il serait tombé sur la « grotte la plus sainte de toutes » (2) à côté du sommet du Golgotha. Des bâtiments sont érigés sur ces deux lieux sacrés, et inaugurés en 335. Ils viennent entourer le lieu le plus important de la tradition chrétienne jusqu’à nos jours. Mis à feu durant le pillage et la destruction de Jérusalem en 614, le Saint-Sépulcre est ensuite détruit par Al-Hakim bi-Amr Allah, calife fâtimide d’Egypte, en 1009 après J-C. Il est reconstruit dans un style simplifié, quelques années plus tard. Après la conquête de la ville sainte par les croisés, le Saint-Sépulcre traverse un siècle sous leur royaume. Suite à une période calme, Jérusalem passe sous domination turque, pendant laquelle l’édicule est détruit par un incendie (3) ; il est reconstruit en 1810. A la chute de l’Empire ottoman, la ville sainte tombe sous contrôle britannique, puis jordanien à partir de 1948. Depuis la conquête de Jérusalem Est et donc de la vieille ville par l’armée israélienne en 1967, c’est Israël qui a autorité sur la partie de la ville abritant le Saint-Sépulcre.

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Les clés du Moyen-Orient est un site d’information sur l’histoire et l’actualité du Moyen-Orient. Selon la ligne éditoriale du site : « Comment l’histoire explique l’actualité », les évènements actuels du Moyen-Orient sont ainsi replacés et analysés dans leur contexte historique. Ces expertises scientifiques, réalisées par des professeurs d’université, des docteurs, des chercheurs, des militaires et des membres du secteur privé, sont publiées dans les rubriques « Repères historiques », « Analyse de l’actualité », « Portraits et entretiens » et « Infos culture ».

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