Décryptage de l'actualité au Moyen-Orient
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DERNIÈRES ANALYSES

DES CLÉS DU MOYEN-ORIENT



Analyse de l’actualité …

Centenaire des accords Sykes-Picot : historique et perspectives

Le 16 mai 1916, alors qu’un conflit meurtrier ensanglantait l’Europe, Sir Mark Sykes, orientaliste, conseiller pour le Moyen-Orient au Foreign Office, et François Georges-Picot, diplomate français, apposaient à Downing Street leurs signatures au bas d’un document qui devait conférer à leurs deux patronymes une postérité certaine. L’accord Sykes-Picot traçait pour leurs gouvernements respectifs des zones de contrôle et d’influence au sein des provinces orientales arabophones de l’Empire ottoman qui s’était rallié à l’Allemagne de Guillaume II et se situait par conséquent dans le camp ennemi. Etabli alors que l’issue du conflit était encore incertaine, l’accord Sykes-Picot allait paver la voie aux développements consécutifs à la victoire en 1918 des parties signataires.

Cartographie de la région concernée par les accords

La zone géographique concernée par les arrangements pris par les deux diplomates est bordée à l’ouest par la mer Méditerranée. Au nord, le Taurus trace la limite qui la sépare de l’Anatolie turcophone. Au pied de ces montagnes majestueuses se déroule alors le premier génocide du XX° siècle. Talâat, ministre de l’Intérieur en poste à Istanbul, orchestre la déportation et l’extermination systématique des populations arméniennes dont ces régions constituent le terreau historique. A l’est, la Perse est une zone à part et, de fait, une frontière. Espace non arabophone, ce territoire ne fait pas partie de l’Empire ottoman. Gouverné par la dynastie Qadjar, il est l’objet des convoitises russes dans ses parties septentrionales, et anglaises dans ses parties méridionales riveraines du Golfe. Au sud, pas de frontières naturelles ; la steppe syro-mésopotamienne rejoint sans démarcation le grand désert du Nefoud qui recouvre plus de la moitié de la péninsule arabe.

La diversité ethnique et religieuse de la région sur laquelle se penchent Sykes et Picot n’a d’égale que la variété de ses paysages. A partir de la douceur de la côte méditerranéenne s’élèvent les sommets du Liban et de l’Anti-Liban, les Cèdres et l’Hermon bibliques, puis s’étale l’hinterland syrien des pistes caravanières qui tracent un maillage dont les nœuds sont des joyaux de l’architecture antique : Palmyre, Jérash et Pétra. Telle est la région que les géographes arabes appelaient Bilad-ash-Sham. Le vocable Syrie, connu des Romains, s’imposera au XIX° siècle pour en désigner les parties nord, avant de s’étendre progressivement à l’ensemble. Au-delà s’étend Bilad al-Irak, la Mésopotamie que baignent l’Euphrate et le Tigre, fleuves dont les crues ont inspiré des récits de déluges, de fins du monde et de recommencements, Gilgamesh et Noé. Dans cette vaste zone se côtoient des populations très disparates, kurdes et arabes, des communautés chrétiennes qui plongent leurs racines dans les joutes théologiques dont l’Empire byzantin était friand, des communautés musulmanes sunnites et chiites, druzes et alaouites mais aussi des yézidis dont le monde a découvert l’existence récemment sur ses écrans de télévision, fuyant l’Etat islamique par 50°C à l’ombre, sur les hauteurs du mont Sinjar.

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Yara El-Khoury est doctorante et chargée de cours à l’Université Saint Joseph de Beyrouth.

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Entretien avec …

Entretien avec Jana Jabbour – La politique étrangère de la Turquie

Quelle est l’orientation de la politique étrangère turque pendant la guerre froide ? Pour quelles raisons ?

Il est impossible aujourd’hui de comprendre l’orientation nouvelle de la politique étrangère turque sous l’AKP (Parti de la Justice et du Développement) sans la mettre en perspective et la comparer avec les pratiques passées. Depuis la fondation de la République turque par Mustafa Kemal en octobre 1923 et jusqu’à la Seconde guerre mondiale, la diplomatie turque se basait sur deux principes : d’une part, l’isolationnisme, illustré par le slogan de la république « Paix chez soi, paix dans le monde », et censé protéger et consolider l’État naissant en le distanciant de l’environnement extérieur ; d’autre part, une rupture avec le voisinage arabe. En effet, souhaitant façonner une nouvelle identité turque débarrassée des influences orientales, Mustafa Kemal a délibérément tourné le dos au Moyen-Orient, celui-ci étant perçu comme un espace d’arriération culturelle, politique et économique et faisant figure de repoussoir pour une Turquie soucieuse de s’engager dans un processus de modernisation occidentale.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les menaces de l’URSS ont contribué à ancrer la Turquie davantage en Occident. Cherchant le parapluie sécuritaire occidental, Ankara a accepté la doctrine Truman en 1947, et est devenue membre de l’OTAN en 1952 après sa participation à la guerre de Corée. En parallèle, elle est membre fondateur du Conseil de l’Europe en 1949 et signe l’accord d’association avec la Communauté économique européenne en 1963. Tout au long de la Guerre froide, la Turquie occupe une place centrale dans le dispositif sécuritaire de l’Alliance atlantique ; par exemple, elle fait partie du pacte de Bagdad dont le but est d’entraver l’expansion de l’influence soviétique.

La Guerre froide a ainsi placé Ankara et les régimes arabes nationalistes dans des positions diamétralement opposées. De par son alignement sur le camp occidental, la Turquie apparut aux yeux des États arabes comme l’auxiliaire des États-Unis et le cheval de Troie de l’Occident dans la région, et ce d’autant plus qu’elle avait reconnu Israël en 1948.

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Jana Jabbour est docteure associée au CERI, enseignante à Sciences Po Paris et à l’Université Saint-Joseph (Beyrouth).

Les clés du Moyen-Orient est un site d’information sur l’histoire et l’actualité du Moyen-Orient. Selon la ligne éditoriale du site : « Comment l’histoire explique l’actualité », les évènements actuels du Moyen-Orient sont ainsi replacés et analysés dans leur contexte historique. Ces expertises scientifiques, réalisées par des professeurs d’université, des docteurs, des chercheurs, des militaires et des membres du secteur privé, sont publiées dans les rubriques « Repères historiques », « Analyse de l’actualité », « Portraits et entretiens » et « Infos culture ».

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