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Entretien avec …

Entretien avec Aurélie Daher – Le Hezbollah, acteur politique libanais et régional

Est-ce que l’influence du Hezbollah s’est trouvée modifiée par l’élection de Michel Aoun ? Si oui, en quel sens ?

L’élection de Michel Aoun est moins une modification de l’influence du Hezbollah en politique libanaise qu’une confirmation - je dirais même une consécration. Le pays est resté 29 mois sans président. La pierre d’achoppement, contrairement à ce qu’ont pu donner à penser les apparences, n’était pas le nom du candidat pour le poste présidentiel (puisque les deux candidats possibles, Michel Aoun, et Sleiman Frangié, sont tous deux des alliés du Hezbollah), mais le nom du futur Premier ministre. Au Liban, le poste de président vient sans grandes prérogatives ; le vrai centre de l’exécutif est le Conseil des ministres. La capacité de nuisance d’un président est donc, aux yeux du Hezbollah, bien moins importante que celle d’un chef de gouvernement. Le Hezbollah n’était prêt à accepter un retour de Saad Hariri à la tête du gouvernement qu’à la condition qu’il s’engage à cesser toute politique hostile aux intérêts du Hezbollah. Dans la formule "Frangié pour président-Hariri pour Premier ministre", Hariri estimait faire un geste envers le Hezbollah et ses alliés en leur offrant un président de leur couleur politique. Mais le Hezbollah voulait plus : un président ET un Premier ministre alignés sur ses options nationales comme régionales. Au final, l’élection d’un président - Michel Aoun - n’a été possible que lorsque Hariri s’est engagé à ne plus contrarier les intérêts du Hezbollah.

En quoi la crise du Golfe peut-elle avoir un impact sur la situation du Hezbollah au Liban ?

Elle n’en a pas vraiment. De manière intéressante, en janvier 2016, Gebran Bassil, ministre libanais des Affaires étrangères et allié du Hezbollah, refusait d’associer le nom du Liban à la liste des signataires d’un communiqué hostile à l’Iran à une réunion des ministres arabes des Affaires étrangères. Le blocage du ministre libanais avait provoqué la colère de l’Arabie saoudite et déclenché au Liban, notamment dans les milieux haririens, une escalade verbale contre le Hezbollah et ses alliés qui avait un moment fait craindre l’irruption de violences interconfessionnelles.

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Aurélie Daher est titulaire d’une thèse en science politique de Sciences Po Paris. Elle a été chercheur à l’Université d’Oxford et a enseigné à l’Université de Princeton. Elle travaille essentiellement sur la politique libanaise, l’alliance syro-iranienne et le chiisme politique. 
En 2014, elle a publié Le Hezbollah, Mobilisation et Pouvoir aux éditions PUF, Paris.

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Les élections du 19 mai 2017 en Iran : un révélateur des rapports de force (1/2), par Michel Makinsky

Une victoire anticipée par le Guide contrarié par son ampleur

Les élections qui viennent de se dérouler en Iran représentent une étape extrêmement importante dans la vie politique du pays. Il est nécessaire de revenir sur quelques points essentiels. Si la victoire de Hassan Rohani était prévisible, ce qui ne l’était pas est son ampleur. La participation a été spectaculaire, avec 73,07% (plus la participation est importante, plus cela favorise les réformateurs). Il obtient une majorité confortable de 57,13% des votes dès le premier tour, et Ebrahim Raisi, le champion des conservateurs et du Guide, recueille 38,30% des suffrages. Si cette victoire était prévisible, son ampleur n’était pas attendue. Le président de la République démarrait avec un certain handicap : une insatisfaction assez généralisée quant aux modestes résultats économiques de l’accord nucléaire du 14 juillet 2015 (JCPOA). Les adversaires du chef de l’Etat ne s’étaient pas privés de critiquer le gouvernement sur les maigres retombées économiques pour la population. Ce fut l’axe central de la campagne des conservateurs et la thématique de la critique du Guide à l’encontre du gouvernement, donc du président–candidat : ce dernier a été incapable « d’encaisser le chèque » de la levée des sanctions.

Plusieurs éléments de cette campagne sont assez révélateurs des rapports de force qui émergent de cette élection. Il est permis de penser que Rohani était en fait le choix du Guide (par défaut) envisageant un président, certes seul capable d’entamer le redressement économique du pays, mais suffisamment affaibli pour ne pas imposer des réformes économiques qui écarteraient les intérêts pasdarans et ceux du Guide, et surtout empêché d’entamer des réformes politiques et sociétales, décrites par le Guide Suprême comme menaçant la survie du régime en le polluant de valeurs « pécheresses ». Ali Khameneï ne pouvait ignorer qu’Ebrahim Raisi est un dignitaire religieux sans expérience politique mais avec un lourd passé de répression sanglante dans le cadre de ses fonctions judiciaires en 1988. Le Guide savait certainement que son « favori », négativement réputé pour ce passé, ne pouvait espérer une popularité suffisante pour gagner. En dehors de ces tristes exploits, il n’est guère connu. Son seul crédit est d’être d’une parfaite orthodoxie religieuse, et une vieille relation de confiance du Guide. Il est à la tête de la puissante fondation Astan-e Qods, dont l’opulence est née des recettes du site de pèlerinage de Mashhad qui attire des milliers de fidèles ; elle est devenue un gros empire économique et industriel dans plusieurs secteurs et détient notamment la majorité du capital du groupe Mapna, un des joyaux de l’industrie iranienne. Ceci ne suffit pas à convaincre les électeurs. Ajoutons que le programme populiste, isolationniste (« économie de la résistance ») de ce candidat était totalement irréaliste.

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Les clés du Moyen-Orient est un site d’information sur l’histoire et l’actualité du Moyen-Orient. Selon la ligne éditoriale du site : « Comment l’histoire explique l’actualité », les évènements actuels du Moyen-Orient sont ainsi replacés et analysés dans leur contexte historique. Ces expertises scientifiques, réalisées par des professeurs d’université, des docteurs, des chercheurs, des militaires et des membres du secteur privé, sont publiées dans les rubriques « Repères historiques », « Analyse de l’actualité », « Portraits et entretiens » et « Infos culture ».

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