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DES CLÉS DU MOYEN-ORIENT



Entretien avec …

Entretien avec Frédéric Charillon – la politique étrangère de la France au Moyen-Orient sous la Ve République

Quelles ont été les grandes orientations de la politique étrangère de la France au Moyen-Orient depuis les débuts de la Ve République ?

Plusieurs phases peuvent être distinguées. En premier lieu, la guerre d’Algérie (jusqu’en 1962) pendant laquelle toute politique étrangère française ambitieuse était impossible. Ensuite une période gaullienne marquée par une "politique arabe", c’est-à-dire la formulation d’un message à l’égard du monde arabe, période marquée par le nouveau souffle donné par les accords d’Evian, et par le soutien apporté à l’Egypte face à Israël dans la guerre des Six Jours en 1967. Cette posture, jugée parfois pro-arabe mais qui visait surtout à reprendre pied dans le pourtour méditerranéen, a été poursuivie jusqu’au milieu des années 2000 par les successeurs du général de Gaulle. Après des accents toujours gaulliens sous Pompidou, surtout du fait du ministre des Affaires étrangères Michel Jobert, on est passé sous Giscard, puis Mitterrand, au rappel systématique du droit international, des résolutions des Nations unies, et du double principe du droit d’Israël à la sécurité, et du droit palestinien à un Etat. L’un des points culminants de cette période a été la déclaration européenne de Venise au sommet des Neuf en 1980. Avec le retour des gaullistes au pouvoir en 1995 (Jacques Chirac), on a assisté à des gestes forts : l’activisme diplomatique français au Proche-Orient en 1996, un discours du Président Chirac sur la "politique arabe" à l’Université du Caire la même année, le refus de la guerre américaine en Irak en 2003, la rupture avec la Syrie après l’assassinat du Libanais Rafic Hariri en 2005.

Mais les limites de cette politique ont pu être observées également : proche des pays arabes, la France ne parvenait pas pour autant à s’imposer comme acteur structurant dans la région, ni même à fidéliser ses amitiés en Méditerranée : les opinions arabes ont ainsi très mal réagi aux lois françaises sur le voile à l’école. Arrivé au pouvoir en 2007, Nicolas Sarkozy a voulu une rupture, marquée à la fois par un rapprochement avec Israël, rapprochement jugé nécessaire pour peser sur les conflits de la région, et une reprise du dialogue avec Damas, capitale jugée incontournable pour sortir de l’impasse libanaise. Dans les deux cas, les déceptions ont été vives. François Hollande et son ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius ont dû gérer le retour du terrorisme d’origine proche-orientale en France, ainsi que de nouveaux embrasements (à Gaza, en Syrie avec l’utilisation d’armes chimiques…). La compréhension à l’égard d’Israël a été maintenue, mais l’intransigeance vis-à-vis de Damas, comme de Téhéran, a prévalu, tout en adoptant une ligne plus sécuritaire après les attentats en France, à partir de 2015.

Au final, on a observé une posture assez constante et lisible entre 1962 et 2005 environ (date à laquelle Jacques Chirac se rapproche des Etats-Unis et d’Israël), puis de nombreuses hésitations, qui ont mal été comprises en Méditerranée. En arrivant au pouvoir en 2017, Emmanuel Macron a promis de clarifier l’approche française. Nous verrons dans les prochains mois s’il y parvient.

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Frédéric Charillon est professeur de science politique à l’université d’Auvergne, il enseigne également à Sciences-Po, à l’ENA, à Paris 2, ainsi que comme professeur invité dans plusieurs universités étrangères. _ Ancien directeur de l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM) et du Centre d’études en sciences sociales de la Défense (C2SD), il est l’auteur de nombreux ouvrages sur la politique étrangère française, la défense et les relations internationales.

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Entretien avec …

Entretien avec Leila Seurat – Le point sur le Hamas

Quelles sont les grandes évolutions des alliances régionales du Hamas ?

Le Hamas est fragilisé depuis le coup de force du maréchal Al-Sissi en Égypte contre le président Morsi, en 2013. Al-Sissi s’est immédiatement montré très dur à l’égard du Hamas, qu’il accusait de collusion avec les Frères musulmans. Il a aussi détruit les tunnels de contrebande qui reliaient l’Egypte à la bande de Gaza, qui lui permettaient de ne pas être dans une situation totale d’isolement. La fermeture de ces tunnels a donc mis le Hamas dans de grandes difficultés, auxquelles s’est ajouté l’enlisement de la guerre en Syrie et la diminution du soutien économique iranien. La volatilité du contexte régional né des printemps arabes a porté atteinte au Hamas en particulier à son pôle extérieur qui, contraint de quitter la Syrie, dépend constamment de l’hospitalité de pays hôtes. En 2012, les dirigeants de la direction du Hamas en exil se sont ainsi installés au Qatar pays qui, en dépit des dons offerts par l’émir pour la reconstruction de la bande de Gaza, n’apparaît pas comme un substitut en mesure de remplacer le soutien matériel iranien. D’autant plus que Doha se trouve aujourd’hui fragilisé, mise au ban par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Cette crise affaiblit le Hamas qui, au début du mois de juillet, a vu certains de ses dirigeants expulsés de l’émirat avec leurs familles. Si l’identité de ces derniers reste floue, il semblerait que Salah al-Arouri, l’homme qui avait revendiqué l’enlèvement et l’assassinat de trois Israéliens à la veille de la guerre de 2014, aurait été expulsé par Doha et aurait trouvé refuge au Liban. En expulsant ce proche des brigades al-Qassam, la branche armée du Hamas, le Qatar répond partiellement aux attentes des Saoudiens et des Emiriens qui accusent le Mouvement de la Résistance Islamique de terroriste. Face à la fragilité du pôle extérieur et la nécessité de trouver de nouveaux soutiens, le Hamas rédige un nouveau document politique qui détermine clairement sa ligne politique, loin des préconisations de sa charte de 1988.

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Leila Seurat est docteur en science politique (Sciences Po Paris) et chercheur associée au CERI (Centre de Recherches Internationales).

Les clés du Moyen-Orient est un site d’information sur l’histoire et l’actualité du Moyen-Orient. Selon la ligne éditoriale du site : « Comment l’histoire explique l’actualité », les évènements actuels du Moyen-Orient sont ainsi replacés et analysés dans leur contexte historique. Ces expertises scientifiques, réalisées par des professeurs d’université, des docteurs, des chercheurs, des militaires et des membres du secteur privé, sont publiées dans les rubriques « Repères historiques », « Analyse de l’actualité », « Portraits et entretiens » et « Infos culture ».

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