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Jordanie
Article publié le 01/02/2010

Par Anne-Lucie Chaigne-Oudin


De l’antiquité à la Première Guerre mondiale
La Première Guerre mondiale
Le mandat britannique de 1922 à 1946
La question de l’unité arabe à la faveur de la première guerre israélo-arabe
De la fin du règne d’Abdallah à celui d’Hussein (1949-1953)
Le règne d’Hussein (1953- février 1999)
Le règne d’Abdallah II


De l’antiquité à la Première Guerre mondiale


Les traces de vie en Jordanie remontent à la préhistoire, vers 200 000 avant J. C. A partir de 8000, à l’époque néolithique, les peuples se sédentarisent et l’agriculture se développe, notamment autour du Jourdain. De la fin du néolithique (vers 3300), et jusqu’à 1200, la Jordanie doit faire face aux influences des Palestiniens et des Egyptiens, puis à partir de 1200, des Hébreux. Suivent les Assyriens vers 734, puis les Babyloniens vers 586 et les Mèdes de 559 à 404.

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Pétra
iStockphoto

Alexandre le Grand conquiert la région en 330, ouvrant ainsi la période hellénistique, puis en 64, la conquête de Pompée fait entrer la Jordanie dans l’Empire romain, en même temps que le Liban, la Syrie et la Palestine. A partir de 395 après J. C., à la suite du partage de l’Empire romain en Empire d’Occident et Empire d’Orient, la Jordanie est sous domination byzantine. Les Perses sassanides l’occupent brièvement de 614 à 629. Avec la conquête arabe, Pétra est prise en 631 par les troupes de Mahomet et Amman en 635, puis la Jordanie est successivement gouvernée par les dynasties omeyyade (660 à 750) et abbasside (750-1258). Après avoir pris Antioche en 1098 puis Jérusalem en juillet 1099, les croisés entrent en Jordanie et s’installent de 1115 à 1189 dans la région de Moab, où ils créent un royaume franc. Des châteaux sont édifiés, comme ceux de Montréal-Chaubak et de Kérak. Mais la prise de Jérusalem par Saladin en 1187 entraîne le déclin progressif des Francs, et le château de Montréal-Chaubak est repris en 1189. En 1260, les Tatars mongols envahissent la Jordanie, puis les Mamelouks conduits par le sultan Baïbars dominent la région de 1290 jusqu’au début du XVIème siècle. En 1516, les Mamelouks sont écrasés par les Ottomans, qui conquièrent la Jordanie, la Syrie, le Liban et la Palestine actuels.

Sous l’Empire ottoman, la puissance turque reste précaire en Jordanie, qui dépend sur le plan administratif et territorial du sandjak de Damas (composé de la Jordanie et de la Palestine). Ce territoire est néanmoins une des étapes sur le trajet des caravanes se rendant en pèlerinage dans les Lieux Saints (conquis dès 1517 par l’Empire ottoman). La forteresse de Qatraneh est notamment utilisée comme lieu de repos par les caravanes dans leur périple. La création d’une ligne de chemin de fer reliant Constantinople au Hedjaz (construit par l’Allemagne, le Bagdadbahn passe par la Jordanie) et mise en service en 1907 marque la volonté de la sublime Porte de développer un moyen de transport rapide et efficace, ainsi que les activités commerciales. Le passage de la principale ligne de transport fait de la Jordanie un territoire stratégique.


La Première Guerre mondiale

Par le jeu des alliances, le traité signé entre l’Allemagne et la Porte le 2 août 1914 entraine l’Empire ottoman dans la guerre contre la France, la Grande-Bretagne et la Russie. L’armée ottomane se bat dans le Caucase dès 1914, en Mésopotamie dès la fin 1914 où les Britanniques reprennent Bassorah le 21 novembre, en Egypte dès l’hiver 1915 et dans les Dardanelles dès février 1915. La prise de Bassorah permettant aux Britanniques de sécuriser la région du Golfe, ils poursuivent leur campagne et prennent Bagdad en mars 1917. En même temps que les actions militaires se déroulent, les Alliés s’emploient à faire reconnaître leurs ambitions territoriales dans la province arabe de l’Empire ottoman par la diplomatie. En effet, Français comme Britanniques possèdent de nombreux intérêts dans cette région et souhaitent transformer leurs zones d’influences en possessions territoriales. Se rencontrent ainsi plusieurs intérêts : les Hachémites de La Mecque qui souhaitent la fin de la tutelle ottomane, les Français et les Britanniques qui souhaitent se partager la province arabe de l’Empire ottoman. En ce sens, la correspondance Hussein-MacMahon de 1915 assure les Britanniques de la participation armée des Hachémites du Hedjaz en échange de la création d’un royaume arabe et de la reconnaissance du califat arabe. En parallèle, les accords Sykes-Picot signés entre les Britanniques et les Français en mai 1916 découpent la province arabe de l’Empire ottoman.

Hussein de La Mecque déclenche la révolte arabe le 10 juin 1916, et l’armée des Hachémites, commandée par les deux fils de Hussein, remporte plusieurs victoires : Abdallah chasse les Turcs du Hedjaz ; Fayçal reprend Akaba le 6 juillet 1917 et entre en Transjordanie (c’est-à-dire la partie à l’est du Jourdain. La Transjordanie deviendra la Jordanie le 24 avril 1950). De leur côté, les troupes britanniques commandées par le général Allenby et accompagnées d’un petit contingent français, reprennent Jérusalem le 11 décembre 1917. Le 1er octobre 1918, les troupes de Fayçal et les troupes britanniques entrent à Damas et le 7 octobre, une division navale française débarque à Beyrouth. A la suite de l’intervention britannique sur Damas, la Transjordanie est définitivement conquise. Ces victoires libèrent la province arabe de la domination ottomane. En octobre 1918, les Britanniques partagent la province arabe en trois zones militaires : la Palestine en zone britannique, le littoral du Liban jusqu’à la Cilicie en zone française et l’intérieur des terres en zone hachémite. Cette zone sous contrôle militaire hachémite correspond au partage effectué par les accords Sykes-Picot de 1916 qui donnent à la France et à la Grande-Bretagne une zone d’influence dans l’Etat arabe indépendant. C’est ainsi que la Jordanie actuelle est placée dans la zone d’influence britannique.


Le mandat britannique de 1922 à 1946


En dépit des promesses faites aux Hachémites par la Grande-Bretagne, la possibilité de créer un royaume arabe ne leur est pas accordée. En avril 1920, des mandats sont en effet attribués à la conférence de San Remo à la France sur la Syrie et le Liban et à la Grande-Bretagne sur la Palestine, la Transjordanie et l’Irak. En décembre 1920, Abdallah arrive à Maan et menace de prendre les armes contre les Français, en soutien à son frère Fayçal et au royaume arabe de Damas (les troupes hachémites étant présentes dans cette zone à la suite de la Première Guerre mondiale). En réaction, les Français menacent d’intervenir militairement en Transjordanie, et ce faisant, de dépasser les limites territoriales fixées par les accords Sykes-Picot. En juillet 1920, les Français mettent fin par les armes à l’éphémère royaume arabe et Fayçal, contraint de quitter la Syrie, devient souverain d’Irak le 21 août 1921, à la demande des Britanniques. Mais les avis s’opposent concernant la Transjordanie : certains Britanniques souhaitent la création d’une grande Palestine intégrant la Transjordanie tandis que d’autres sont réticents à l’établissement d’une administration britannique en Transjordanie, pour des raisons financières. La solution retenue est finalement celle de la création d’un émirat de Transjordanie sous contrôle britannique. En mars 1921, le secrétaire aux Colonies Wilson se rend au Caire et à Jérusalem et nomme Abdallah au trône de Transjordanie. La séparation de la Transjordanie et de la Palestine est cependant mal perçue par les sionistes qui estiment que ce territoire fait partie de la Palestine. De son côté, Abdallah souhaite obtenir le trône de Palestine en plus du trône de Transjordanie afin de réconcilier les Arabes et les Juifs, en échange d’une reconnaissance du foyer national juif. Il poursuivra ce rêve tout au long de son règne.

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Le roi Abdallah en 1931
AFP

L’émirat est placé sous mandat britannique par le Société des Nations le 16 septembre 1922. En 1925, le gouvernement de l’émirat obtient les pouvoirs administratifs et législatifs, même si la Grande-Bretagne contrôle la diplomatie et la défense de la Transjordanie. Sur le plan militaire, une légion arabe est constituée en 1923, avec à sa tête un officier britannique, le major John Bagot appelé Glubb Pacha. La Transjordanie doit en effet assurer sa défense contre les Saoud, qui ont conquis le Hedjaz en 1924, alors gouverné par les Hachémites. En 1928, l’émirat se dote d’une constitution, qui affirme le caractère héréditaire de l’émirat et définit les attributions de l’émir : nomination et révocation du Premier ministre, préparation des élections et convocation du Conseil exécutif (dont les membres sont élus pour la première fois en février 1929). Ce conseil est transformé en Conseil des ministres en 1939.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, la Transjordanie soutient la Grande-Bretagne. La légion arabe intervient notamment en 1941 en Irak, et en juin 1941 en Syrie et au Liban lors de la guerre du Levant. Après la guerre, une série d’accords donne l’indépendance à la Transjordanie : celui du 27 juin 1945 marque son émancipation et celui du 22 mars 1946 met fin au mandat britannique. Les relations privilégiées sont néanmoins maintenues avec la Grande-Bretagne : le traité du 15 mars 1948 met en place une alliance militaire entre les deux Etats, la Grande-Bretagne pouvant notamment utiliser les bases militaires et aériennes transjordaniennes. L’émirat est alors transformé en royaume de Transjordanie et Abdallah est couronné roi. Sur le plan extérieur, la Transjordanie signe la charte de la Ligue des Etats arabes le 22 mars 1945 au Caire.


La question de l’unité arabe à la faveur de la première guerre israélo-arabe

De 1946 à 1948, l’histoire de la Jordanie est liée à l’évolution politique de son voisin, la Palestine sous mandat britannique. Le roi Abdallah poursuit différents rêves d’unité arabe (volonté d’obtenir le trône de Palestine dès 1921, celui de Syrie qui aurait été promis par les Britanniques la même année, volonté de créer dès les années 1930 une grande Syrie composée de la Syrie, du Liban, de la Palestine et de la Transjordanie). La fin du mandat britannique en Palestine et la création de l’Etat d’Israël lui fournissent l’occasion de réaliser son rêve d’unité.

Le plan de partage de la Palestine voté par l’ONU le 29 novembre 1947 prévoit la création de deux Etats, l’un juif et l’autre arabe ainsi que l’internationalisation de Jérusalem placée sous le contrôle de l’ONU. Le mufti de Jérusalem, Hadj Amin al-Husseini, est pressenti pour être le chef du nouvel Etat arabe, mais de nombreux Palestiniens refusent sa nomination. De son côté, Abdallah s’y oppose également en raison de la mésentente avec le mufti, et propose aux autorités sionistes le partage de la Palestine. L’ouverture transjordanienne est acceptée par les responsables sionistes. Pour ce faire, Abdallah propose l’intervention de la légion arabe dans la partie arabe de la Palestine afin de maintenir l’ordre. Les Britanniques refusent dans un premier temps, mais la montée des tensions dans la partie arabe ainsi que leur refus d’une Palestine gouvernée par le mufti les poussent à accepter la proposition jordanienne. Le 7 février 1948, les autorités britanniques décident de laisser entrer la légion arabe dans la partie arabe de la Palestine le jour de leur départ. Abdallah informe les sionistes de cet accord avec les Britanniques.

Lorsque, le 15 mai, les Britanniques mettent fin à leur mandat en Palestine (la veille, David Ben Gourion a proclamé la création de l’Etat d’Israël), l’armée jordanienne se déploie dans la partie arabe de la Palestine. Mais certains sionistes y sont déjà entrés, mettant en cause les arrangements entre les Jordaniens et les autorités sionistes. En parallèle, ce même jour, l’Egypte, la Syrie, le Liban, l’Irak ainsi que la Jordanie déclarent la guerre à Israël : la première guerre israélo-arabe est lancée. La légion arabe jordanienne, composée de 4 500 militaires (les forces arabes sont composées de 24 000 hommes au début du conflit pour 30 000 Israéliens) entre dans la partie arabe prévue par le plan de partage de l’ONU et, le 19 mai, dans la partie arabe de Jérusalem. L’intervention jordanienne était initialement prévue dans la partie arabe, et non à Jérusalem, mais la crainte des populations arabes d’une entrée des Israéliens dans la ville pousse le roi à agir. La Légion arabe occupe la majeure partie de la Cisjordanie (c’est-à-dire la quasi totalité de la partie arabe prévue par le plan de partage de l’ONU de 1947) et les combats s’arrêtent à la suite du cessez-le-feu du 18 juillet 1948. Cependant, en dépit du cessez-le-feu, l’armée israélienne reprend l’offensive le 15 octobre contre les Egyptiens. Les combats se terminent le 7 janvier 1949. La Transjordanie obtient donc la Cisjordanie et la partie arabe de Jérusalem.


De la fin du règne d’Abdallah à celui d’Hussein (1949-1953)

La première guerre israélo-palestinienne a pour conséquence l’arrivée massive de réfugiés palestiniens (environ 500 000) en Jordanie. Outre cet afflux de population, le roi Abdallah doit également faire face à plusieurs problématiques consécutives à la guerre israélo-arabe. Les Etats arabes contestent l’annexion de la Cisjordanie qui met fin à la Palestine. Ils reprochent également au roi de s’être lié à Israël pour parvenir à ce but. Sur le plan politique, la volonté jordanienne d’intégrer les Palestiniens s’ajoute à la construction de l’Etat nouvellement indépendant. Des élections législatives se tiennent en avril 1950 et donnent 20 sièges sur 40 aux représentants de la Cisjordanie. Le 24 avril 1950, ce nouveau parlement vote l’annexion de la Cisjordanie et de la partie arabe de Jérusalem par la Jordanie. Cette reconnaissance politique de l’annexion suscite le mécontentement des nationalistes palestiniens et, le 20 juillet 1951, Abdallah est assassiné par l’un d’eux à la mosquée al-Aksa de Jérusalem.

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Le roi Talal
AFP

Son fils ainé Talal lui succède. Il est proclamé roi le 5 septembre 1951. Talal poursuit les réformes constitutionnelles par la rédaction de la constitution du 1er janvier 1952, qui fait suite à celle de 1928. Deux chambres constituent l’Assemblée : le Sénat, dont les membres sont nommés par le roi et la Chambre des députés, dont les membres sont élus. Mais, souffrant de troubles psychiques, Talal est écarté du pouvoir par le Parlement le 11 août 1952 et son fils Hussein le remplace à la tête du royaume, à la suite d’une courte régence qui lui permet d’atteindre l’âge de la majorité. Il est couronné roi le 2 mai 1953. Talal meurt en 1972 à Istanbul.


Le règne d’Hussein (1953- février 1999)


Sur le plan intérieur, dès son arrivée au pouvoir, Hussein doit faire face à la contestation politique de l’opposition, constituée des nationalistes, du parti Baas et du parti communiste créé en 1951. Cette opposition réclame l’intégration des Palestiniens et la fin du traité anglo-jordanien du 15 mars 1948.

Sur le plan extérieur, Hussein est également confronté aux incidents frontaliers entre Israël et la Jordanie : dès 1953, les infiltrations de Palestiniens allant de Jordanie vers Israël, afin de tenter de récupérer leurs biens, sont remplacées par des infiltrations de commandos palestiniens, auxquelles les Israéliens répliquent par des incursions en Jordanie visant les populations civiles, comme celle du 14 octobre 1953 contre le village jordanien de Kibya qui fait 69 morts. Afin de faire face à ces incursions, la Légion arabe mène des actions contre les commandos palestiniens, qui ont pour effet d’arrêter les raids de représailles israéliens. La création du Pacte de Bagdad en 1955, conçu par la diplomatie américaine dans le contexte de la guerre froide afin de lutter contre le communisme, et qui regroupe la Turquie, l’Irak, la Grande-Bretagne, le Pakistan et l’Iran, tente le roi Hussein. Mais il se heurte à l’opposition baasiste et communiste. Déjà critiqué par le soutien qu’il reçoit de la Grande-Bretagne depuis le traité de 1948, accusé de mener une politique favorable à Israël et afin d’éviter le déclenchement d’émeutes, Hussein renonce à ce projet d’adhésion, met également fin au traité de 1948 avec la Grande-Bretagne le 13 mars 1957 et limoge en mars 1956 le général britannique Glubb Pacha, commandant en chef de la Légion arabe. La crise de Suez lui donne l’occasion de montrer son soutien aux Etats de la région, par sa proposition de participation militaire aux côtés de l’Egypte et de la Syrie.

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Le roi Hussein en 1987
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Tout en affermissant sa souveraineté, Hussein renforce sa lutte contre le communisme et procède à un remaniement de son gouvernement. Le 10 avril 1957, il se sépare de son Premier ministre pro nassérien Suleiman Nabulsi. Il s’assure ainsi la protection américaine dans le cadre de la doctrine Eisenhower. Le départ du Premier ministre s’accompagne le 13 avril d’une tentative de coup d’état par le chef d’Etat major Ali Abu Nuwar, mais cette tentative est déjouée par Hussein. Les liens se distendent de fait avec l’Egypte et la Syrie, et la création de la République Arabe unie (RAU) le 1er février 1958 entre la Syrie et l’Egypte marque la rupture avec la Jordanie. Elle crée alors le 14 mars 1958 avec son cousin Fayçal II d’Irak une Union arabe, mais cette éphémère union se termine le 14 juillet 1958 par la révolution irakienne qui chasse la famille royale hachémite du pays. Afin d’éviter tout événement similaire en Jordanie, les troupes britanniques se déploient à Amman le 16 juillet, pour une période de cinq mois.

Les années 1960 sont marquées par de nombreux attentats en Jordanie, en raison des oppositions politiques et des difficiles relations avec l’Egypte, la Syrie et la Palestine. La fin de la RAU en septembre 1961 permet de relâcher les tensions, mais pour un temps seulement, et les difficultés politiques reprennent à l’occasion de conflits régionaux, comme celui du Yémen, auquel l’Egypte apporte son soutien. Afin de lutter contre ces attentats, Hussein frappe l’opposition communiste et baasiste. Sur le plan extérieur, à partir de 1964, les Sommets arabes, dont le premier se tient le 13 janvier 1964 au Caire à l’initiative de Nasser, permettent une amélioration des relations. Mais cette accalmie est de courte durée puisque les tensions reprennent à la suite de la création de l’OLP lors du Sommet arabe du Caire de 1964. Les commandos palestiniens, galvanisés par la création de l’OLP, reprennent leurs actions à partir de l’Egypte, de la Syrie et de la Jordanie. En représailles, les Israéliens effectuent des raids contre la Jordanie, comme celui du 13 novembre 1966 contre le village de Samou. En 1967, la tension régionale se renforce avec la décision de Nasser de fermer le détroit de Tiran à la navigation israélienne le 22 mai. Le 1er juin, Hussein se rend à la volonté égyptienne de signer un pacte de défense commune, suivie le 4 juin par l’Irak.

Le 5 juin, Israël riposte. Il déclenche la guerre des six jours par des attaques aériennes et terrestres sur l’Egypte, sur la Cisjordanie et sur le Golan syrien. La Jordanie capitule le 6 juin après l’offensive israélienne sur la Cisjordanie et sur Jérusalem-Est, l’Egypte capitule le 7 juin. Le Golan est attaqué le 9 juin et l’armée syrienne, capitulant le jour même, se replie à Damas.

Les conséquences de la guerre des six jours sont importantes pour la Jordanie, qui perd Jérusalem-Est (annexée à Israël par un vote de la Knesset le 28 juin 1967) et la Cisjordanie qui est totalement occupée. Outre ces pertes territoriales, la Jordanie doit faire face à l’arrivée de 200 000 réfugiés palestiniens, en provenance de Cisjordanie, et qui rejoignent ceux de 1949. La population de Jordanie se compose alors de 56% de Palestiniens.

Dans ce contexte, le roi doit faire face à l’influence grandissante de la résistance palestinienne, et notamment à celle de Yasser Arafat, fondateur du Fatah. La résistance palestinienne s’implante dans un premier temps dans les territoires occupés de Cisjordanie, mais ses actions suscitent les représailles israéliennes. Arafat et ses hommes poursuivent alors dès 1968 leur résistance à partir de la Jordanie, ce qui a pour conséquence la reprise des raids israéliens sur les camps palestiniens qui y sont installés. Le quartier général de la résistance palestinienne s’installe dans la capitale jordanienne, Amman, et les camps deviennent des bases de résistance. Les Palestiniens circulent armés dans la ville et les tensions sont inévitables avec les forces militaires et la police jordanienne. Le roi Hussein négocie alors l’accord suivant : fin de la circulation armée des Palestiniens en échange de l’interdiction aux forces jordaniennes d’entrer dans les camps palestiniens. Mais les heurts se poursuivent jusqu’en 1970 entre Jordaniens et Palestiniens. Début septembre 1970, alors que les troubles s’aggravent et que le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) détourne des avions civils européens et américains sur un aéroport jordanien, le roi Hussein, fort de l’appui américain, décide de mettre fin à la résistance palestinienne. Le 15 septembre 1970 (septembre noir), l’armée jordanienne attaque les camps palestiniens installés en Jordanie. L’initiative jordanienne provoque la contestation arabe, et Nasser organise à partir du 23 septembre au Caire un Sommet arabe auquel se rendent Yasser Arafat et le roi Hussein. Un cessez-le-feu est imposé à partir du 27 septembre, mais l’armée jordanienne poursuit les combats jusqu’en juillet 1971, brisant ainsi la résistance palestinienne, qui s’installe au Liban.

Le pouvoir jordanien est ainsi réaffirmé et le roi annonce le 15 mars 1972 vouloir créer sous son autorité un Royaume arabe uni réunissant la Transjordanie et la Cisjordanie. Mais Israël rejette ce projet, affirmant que la Cisjordanie appartient au peuple juif. L’OLP et les Etats arabes de la région le refusent également. Hussein, renonçant à la Cisjordanie, entreprend alors de recentrer l’organisation politique de la Jordanie : l’Assemblée (constituée du Sénat et de la Chambre des députés) est dissoute le 23 novembre 1974 et un nouveau gouvernement est constitué dans lequel ne restent que quatre ministres originaires de Cisjordanie. En février 1976, un amendement constitutionnel ajourne les élections législatives et en avril 1978, afin de répondre au principe de la monarchie parlementaire inscrit dans la constitution de 1952, un Conseil consultatif de 60 membres, qui habitent en Transjordanie, est créé.

Sur la scène régionale, le roi se rapproche de la Syrie en 1973, en dépit des oppositions passées : en septembre 1973, le président Hafez el Assad et le roi Hussein se rencontrent au Caire et décident de réaliser l’unité de leurs deux Etats. Ce projet ne sera pas concrétisé. La Jordanie ne participe pas au conflit israélo-arabe d’octobre 1973 (guerre du Kippour), mais envoie néanmoins des blindés pour aider la Syrie, montrant ainsi sa solidarité avec les Etats arabes. A la suite de la guerre de 1973, différents sommets sont organisés afin de normaliser les relations avec les Palestiniens. C’est ainsi que le Sommet du Caire de 1977 permet le rapprochement du roi Hussein et du chef de l’OLP Yasser Arafat. En revanche, Hussein ne soutient pas l’Egypte dans sa politique de normalisation avec Israël, notamment sa reconnaissance de l’Etat d’Israël lors des négociations de Camp David (7 au 17 septembre 1978). Comme les participants du Sommet arabe de Bagdad (qui se déroule du 2 au 5 novembre 1978), la Jordanie condamne cette reconnaissance et rompt ses liens diplomatiques avec l’Egypte.

Le déclenchement de la guerre Iran-Irak en septembre 1980 provoque un regain de tension dans la région. Alors que la Jordanie soutient l’Irak, la Syrie est en faveur de l’Iran. La Jordanie et la Syrie massent dès septembre des troupes à leur frontière. Dans ce contexte tendu, la question du Royaume arabe uni (union de la Cisjordanie et de la Transjordanie) revient à l’ordre du jour en 1982. Pour Israël, la Transjordanie doit accueillir les Palestiniens, ce qui leur donnerait la possibilité d’avoir une nouvelle patrie. L’administration américaine est quant à elle favorable à l’autonomie de la Cisjordanie (et de Gaza), associée à la Jordanie (plan Reagan du 1er septembre 1982). Quant au roi Hussein, il propose le 20 septembre une confédération de la Cisjordanie et de la Jordanie. Dans le cadre du projet du Royaume arabe uni, des consultations sont menées entre Yasser Arafat et le roi Hussein, précédées par leur réconciliation en octobre 1982 à Amman. Ce rapprochement n’est pas apprécié par la Syrie. En décembre, le principe de la confédération est acquis par les deux parties. Mais en février 1983, Arafat ajoute une condition : créer une confédération sur la base d’une Palestine indépendante. Cette condition est refusée par la Jordanie, les Etats-Unis et Israël. Les négociations reprennent néanmoins en 1984. Sur le plan intérieur, de façon concomitante, le roi réunit l’Assemblée, suspendue depuis 1974 et composée de 50 % de députés palestiniens. La reprise des négociations permet d’aboutir à un accord le 11 février 1985, mais il échoue le 19 février 1986 en raison de divergences entre Arafat et Hussein. Sur le plan régional, les relations diplomatiques se rétablissent avec l’Egypte le 25 juillet 1984 et dès 1985, les relations avec la Syrie tendent à se normaliser : des visites officielles sont effectuées de part et d’autre. Le 31 juillet 1988, le roi Hussein annonce la rupture des liens administratifs avec la Cisjordanie et met fin à son rêve de Royaume arabe uni, laissant à l’OLP le soin de s’occuper du problème palestinien.

En 1989, sur le plan intérieur, des mécontentements populaires s’expriment avec force contre les mauvaises conditions économiques (dette, inflation, chômage). Afin de calmer ces mécontentements populaires, le roi fait des concessions politiques. Il remet en vigueur la Constitution et des élections législatives sont organisées le 8 novembre. Sur 80 sièges, 31 sont gagnés par les islamistes, dont 20 par les Frères Musulmans.

Dans ce contexte économique et social difficile, l’Irak envahit le Koweït le 2 août 1990. La guerre du Golfe est déclenchée le 17 janvier 1991. Dans la continuité de sa position lors de la guerre Iran-Irak, le roi Hussein soutient l’Irak. Il accueille également les réfugiés (environ 660 000 personnes) en provenance d’Irak et du Koweït, contraints de quitter ces Etats en raison de l’embargo économique mis en place contre l’Irak, ainsi que la population émigrée en provenance des Etats du Golfe, notamment palestinienne, yéménite et jordanienne accusée se soutenir l’Irak. L’Arabie Saoudite prend également des sanctions économiques contre la Jordanie, par la fermeture de son marché aux produits jordaniens. Sur le plan intérieur, les décisions du roi sont en revanche bien perçues par la population palestinienne de Jordanie et par la communauté palestinienne dans son ensemble.
Une fois la guerre terminée, le roi entend se rapprocher des puissances occidentales et des Etats du Golfe. Sur le plan intérieur, le roi entreprend en avril 1990 la poursuite de la démocratisation de son pays : une commission est chargée de mettre en place une charte nationale qui adopte en juin 1991 le pluralisme politique. Dans le même temps, sur le plan régional, Hussein accepte de participer au processus de paix et notamment à la conférence qui se tient à Madrid du 30 octobre au 3 novembre 1991. Une délégation composée de Palestiniens et de Jordaniens est conduite par Kamel Abou-Jaber, ministre jordanien des Affaires étrangères.

En 1992, le roi Hussein annonce être malade. Mais sa succession est déjà préparée : depuis 1967, son frère Hassan est le prince héritier. En octobre 1993, les accords d’Oslo sont signés entre Israël et l’OLP et portent sur la formation d’une autorité palestinienne sur la bande de Gaza et sur la Cisjordanie, mettant fin aux ambitions du roi sur la Cisjordanie. En novembre 1993, des élections législatives ont lieu, et marquent le recul des islamistes. Des négociations sont également menées entre la Jordanie et Israël, afin de normaliser les relations. Le 25 juillet 1994 à Washington, Hussein et le Premier ministre Rabin déclarent mettre fin à l’état de guerre entre les deux Etats, et le nouveau Parlement jordanien ratifie le 26 octobre 1994 le traité de paix signé avec Israël, en dépit des contestations des Frères musulmans qui refusent toute normalisation avec l’Etat hébreu. L’accord avec Israël donne à Hussein la fonction de gardien des lieux saints de Jérusalem, provoquant le mécontentement de l’OLP. Les élections de 1997 se déroulent dans un climat social tendu, lié aux difficultés économiques et au refus de la population de la normalisation des relations avec Israël. Les candidats proches du pouvoir remportent néanmoins 64 sièges sur 80.

Le traité de paix de 1994 avec Israël permet à la Jordanie un rapprochement avec les puissances occidentales, et notamment avec les Etats-Unis qui annulent la dette jordanienne, comme également la Banque mondiale et la Grande-Bretagne. En outre, la Jordanie reçoit des prêts de l’Union Européenne. Les Etats du Golfe l’aident également, en dépit de la prise de position du roi en faveur de Saddam Hussein pendant la guerre du Golfe.
En 1998, la santé du roi Hussein décline. Il se rend fréquemment aux Etats-Unis pour se faire soigner. Son frère Hassan assure alors la régence. En janvier 1999, Hussein annonce un changement dans sa succession : son fils Abdallah lui succédera, en raison de divergences politiques avec son frère pendant son absence. Hussein meurt le 7 février 1999.


Le règne d’Abdallah II


Abdallah poursuit la politique entreprise par son père et consolide le régime. Comme sous le règne de Hussein, le régime est autoritaire, la police très présente et la société reste conservatrice. Les élections législatives, qui devaient se tenir en juin 2001 sont repoussées jusqu’à juin 2003, pour des raisons de sécurité liées au déclenchement de la seconde Intifada en 2000. Les législatives du 17 juin 2003 confirment l’élection de candidats proches du pouvoir exécutif.

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Abdallah II et son épouse la reine Rania, le 9 juin 1999
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En revanche, sur le plan économique, le roi Abdallah suit une politique différente de celle de son père. Abdallah décide d’ouvrir l’économie jordanienne au libéralisme économique : entrée à l’OMC en 2000, accords commerciaux avec l’Union européenne et accord de libre-échange avec les Etats-Unis signé en 2001.
La proximité avec les Etats-Unis, consécutive à l’accord de paix signé avec Israël en 1994, fait entrer la Jordanie dans l’orbite occidentale, même si le roi Abdallah veille à ses relations avec les Etats voisins. Les liens sont étroits avec l’administration Bush qui fournit des aides à la Jordanie, tandis que celle-ci s’aligne sur les décisions américaines lors de la crise irakienne, dans la lutte contre le terrorisme et dans le processus de paix. Tout en devant assurer la stabilité interne du royaume, la Jordanie est confrontée à deux réalités régionales : la Palestine et l’Irak. Elle est concernée d’une part par le conflit israélo-palestinien pour des raisons historiques mais également pour des raisons démographiques car les Palestiniens représentent la moitié de sa population et d’autre part par la crise irakienne car elle a accueilli des réfugiés irakiens à hauteur de 10% de sa population.

En 2007, sur le plan intérieur, des élections municipales se déroulent en juillet, et sont marquées par l’élection de femmes dans les conseils municipaux. En novembre, les élections législatives confirment celles de 2003 par le recul des islamistes et la stabilité du pouvoir.

Bibliographie


Philippe DROZ-VINCENT et Philippe RONDOT, « Jordanie », Encyclopédie Universalis 2008.
Louis-Jean DUCLOS, La Jordanie, PUF, Paris, 1999, 127 pages.
Henry LAURENS, Le grand jeu, Orient arabe et rivalités internationales, Armand colin, Paris, 1991, 447 pages.
Site du ministère des Affaires étrangères, Jordanie, présentation de la Jordanie.

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