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Bilan de la colonisation israélienne sous la présidence de Barack Obama
Article publié le 27/07/2017

Par Ines Gil

Le 4 juin 2009, le président Barack Obama nouvellement élu prononce un discours au Caire intitulé « un nouveau départ », pour annoncer les changements de la politique américaine au Moyen-Orient. Durant son intervention, il a affirmé son souhait de faire émerger une solution à deux Etats dès la première année de son mandat pour le règlement du conflit israélo-palestinien. Aux Palestiniens, il a demandé l’arrêt de la violence et au Israéliens, le gel de la colonisation. Mais huit ans et deux mandats plus tard, aucun accord n’a été trouvé. La Présidence Obama a traversé deux guerres à Gaza, l’augmentation de la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem Est, et une croissance continue des violences entre Israéliens et Palestiniens à partir de 2014. Un mois avant son départ de la Maison Blanche, Obama permet, en s’abstenant, le vote d’une résolution condamnant la colonisation israélienne au Conseil de sécurité des Nations unies. Malgré ce message fort de fin de présidence, les deux mandats Obama ne sont pas synonymes d’un ralentissement de la colonisation et d’une avancée du processus de paix israélo-palestinien.

Les premières années Obama : malgré les efforts, l’échec d’un gel de la colonisation

Les premières années Obama sont marquées par une volonté du Président de rapprocher Israéliens et Palestiniens afin de faire avancer la solution à deux Etats. Comme le montre le discours du Caire, Barack Obama place le règlement du conflit comme une de ses priorités et souhaite une reconnaissance rapide de l’Etat palestinien (1). Durant les premières années de mandat, l’administration Obama multiplie les messages de condamnation de la colonisation. Dès mai 2009, la Secrétaire d’Etat Hilary Clinton suit la position de l’Autorité palestinienne en affirmant que le gel de la colonisation en Territoires palestiniens est une condition nécessaire à la poursuite de négociations israélo-palestiniennes. En juin 2009, le Premier ministre Benyamin Netanyahou accepte la création d’un Etat palestinien et le gel de la colonisation, mais refuse de stopper les constructions en cours. En 2010, alors que le vice-président américain Joe Biden est en visite en Israël, le gouvernement israélien annonce la reprise des permis de construire de 1600 logements, à Jérusalem Est. Le vice-président condamne cette décision. Au cours de l’année 2010, un an après le discours volontariste du Caire, le Président Obama plaide pour la création d’un Etat palestinien d’ici à un an, devant l’Assemblée générale des Nations unies.

Cependant, en décembre 2010, Washington abandonne ses efforts pour obtenir un nouveau gel de la colonisation. Le porte-parole de la Maison Blanche, Monsieur Crowley, affirme : « nous avons tenté de parvenir à un moratoire [sur la colonisation] pour créer les conditions d’un retour à des négociations significatives et continues. Après des efforts considérables, nous sommes parvenus à la conclusion que cela ne crée pas de fondation solide pour parvenir à l’objectif commun d’un accord-cadre », « il pourrait bien s’agir d’un changement de tactique » (2). En 2011, Barack Obama met son véto à une résolution condamnant la colonisation israélienne au Conseil de sécurité de l’ONU. Il sera d’ailleurs le seul président à émettre systématiquement son véto à des résolutions condamnant la colonisation israélienne en Territoires palestiniens depuis 1967.

Un second mandat marqué par l’échec de John Kerry

Réélu pour un second mandat, Barack Obama demande, dans un discours à Jérusalem, aux deux parties de faire des compromis pour une « paix juste ». Dès l’été 2014, le secrétaire d’Etat John Kerry tente de réunir Israéliens et Palestiniens autour d’un accord en rencontrant séparément chaque acteur. Cependant, alors que la guerre à Gaza (opération bordure protectrice) prend fin en août 2014, de nouvelles violences éclatent en Cisjordanie et à Jérusalem Est entre Palestiniens et forces israéliennes et l’« Intifada des couteaux » débute en mai 2015. En septembre 2014, l’accord entre le Hamas et le Fatah pour le retour d’un gouvernement d’union à Gaza provoque la colère d’Israël. Par ailleurs, la question de la colonisation bloque la possibilité de négociations. Alors que l’Autorité palestinienne pose comme condition préalable le gel de la colonisation et un retour aux frontières de 1967 pour lancer le processus de paix, Benyamin Netanyahou ne stoppe pas les constructions israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem Est. Entre 2012 et 2013, ces constructions ont connu une augmentation de 123%. Dans un contexte de violences accrues entre Israéliens et Palestiniens, et du fait des difficultés de John Kerry à rassembler les dirigeants autour d’un compromis, au printemps 2015, les tentatives du Secrétaire d’Etat américain se soldent sur un échec.

Les contraintes qui pèsent sur Barack Obama

Les difficultés à définir une position cohérente sur la colonisation israélienne et à lancer des négociations en vue d’un processus de paix ne dépendent pas uniquement du président américain.

En 2011, avec les Printemps arabes, les ambitions du président Obama concernant les relations israélo-palestiniennes sont relayées au second plan. Avec la chute du dirigeant égyptien Hosni Moubarak et l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans, c’est la préservation de la paix israélo-égyptienne qui inquiète avant tout les Américains.

Durant son second mandat, le Congrès à majorité républicaine limite aussi l’action du président. Les tentatives de pression sur Israël sont presque systématiquement rejetées. Barack Obama remporte une rare victoire quand il parvient à abaisser une aide financière (à des fins militaires) à un taux plus bas que celui demandé par Netanyahou (3). Par ailleurs, en négociation avec Téhéran sur le programme nucléaire du pays, Obama doit ménager le congrès pour lui faire accepter le futur traité.

La position des gouvernements Netanyahou rend aussi difficile la possibilité d’un accord sur l’arrêt de la colonisation, et l’espoir d’une reprise de dialogue avec les Palestiniens. L’évacuation des colonies n’est en effet pas une priorité du Premier ministre, qui résiste aux pressions de l’administration Obama, mais aussi à certaines pressions internes. En 2008, la Cour Suprême israélienne a ordonné la démolition d’Amona, une implantation en Cisjordanie, illégale en droit israélien. En 2011, Netanyahou accepte le retrait d’ici à fin 2012, mais il revient sur cette déclaration en 2013, et affirme que seules les structures individuelles seraient détruites et non l’installation complète. Durant ses mandats, Benyamin Netanyahou est lui-même poussé par une frange de l’extrême droite pro-colonisation. En 2015, suite aux élections législatives israéliennes, le parti « Le Foyer juif » obtient un poids important dans le nouveau gouvernement, considéré comme le plus à l’extrême droite de l’histoire d’Israël, et le parti « Israel Beytenou » rejoint la majorité parlementaire. National-religieux, ces groupements politiques, sans lesquels Benyamin Netanyahou ne pourrait pas gouverner, font pression pour favoriser la politique de colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem Est (4).

Obama et Netanyahou, huit années de relations tendues

Durant les premières années de la présidence Obama, la multiplication des condamnations envers la colonisation israélienne a rapidement entaché les relations avec le Premier ministre Netanyahou. Cette réalité a été accentuée par les ambitions régionales d’Obama. A son arrivée au pouvoir, il a proposé un nouveau rapport avec la région du Moyen-Orient et notamment avec Israël. Ce nouveau paradigme était basé sur une meilleure répartition des efforts avec les alliés et partenaires, et l’ouverture d’un dialogue avec les ennemis des Etats-Unis (5). En ce qui concerne Israël, Obama a plaidé pour une normalisation des relations, afin que les rapports israélo-américains soient moins « spéciaux » (6). Le rééquilibrage proposé par Obama était difficilement conciliable avec les attentes du Premier ministre Benyamin Netanyahou. Le rapprochement progressif des Etats-Unis avec l’Iran, puis la signature de l’accord sur le nucléaire iranien en 2015 confirment cette réalité. Par ailleurs, la politique étrangère de Barack Obama met en avant l’Asie du sud-est comme une région plus stratégique. Cette politique est très critiquée par Netanyahou. Il affirmera, à l’arrivée de son successeur, Donald Trump, en Israël : « je suis content de voir que l’Amérique est de retour dans la région ».

Fruits de ces divergences, au cours des huit années de mandats, les critiques réciproques se sont multipliées entre les représentants des deux pays. En 2012, les tensions atteignent leur paroxysme, car durant la campagne présidentielle américaine, le Premier ministre Netanyahou soutient le candidat républicain Mitt Romney contre Barack Obama, alors président sortant.

La fin de mandat et l’abstention à l’ONU

Le 23 décembre 2016, le Conseil de sécurité des Nations unies était réuni pour le vote de la résolution 2334 condamnant la colonisation israélienne dans les Territoires palestiniens. Avec 14 voix en faveur, mais surtout du fait de l’abstention des Etats-Unis, la résolution est adoptée. Fortement critiquée par Benyamin Netanyahou, l’abstention américaine est accompagnée d’un discours de John Kerry condamnant fortement la colonisation. Etant donné le départ imminent de Barack Obama de la Maison Blanche, cet épisode ne permet pas d’ouvrir une politique constructive à l’encontre des acteurs Israéliens et Palestiniens. D’autant plus qu’en compensation, les Etats-Unis octroient une aide militaire sans précédent de 38 milliards de dollars à l’Etat hébreu. Cependant, pour Obama, c’était certainement une occasion unique pour « punir » le manque d’effort et de dialogue israélien en matière de colonisation et pour introduire une résolution potentiellement contraignante avant l’arrivée de Donald Trump. En effet, le candidat républicain gagnant de la présidentielle s’affichait depuis le début de la campagne comme un soutien indéfectible d’Israël et de la politique de Benyamin Netanyahou.

Conclusion

En 2009, le président Obama est investi pour son premier mandat. Il fait de la paix israélo-palestinienne un objectif phare de sa présidence, condamnant les violences palestiniennes et la colonisation israélienne. Le président qui a reçu le prix de Nobel de la paix cette même année, échoue cependant rapidement à faire stopper la colonisation et relancer le processus de paix. La poursuite de la colonisation reste un point de crispation central entre Palestiniens, qui souhaitent son gel total pour commencer les négociations, et Israéliens, qui poussés par l’extrême droite, multiplient les constructions et la légalisation de nouveaux blocs d’implantation. Depuis qu’Obama est entré en fonction, le nombre de colons a augmenté de 100 000, et depuis 2011, sur 100 emplacements israéliens illégaux, 1/3 ont été reconnus par Tel Aviv. L’incapacité d’Obama à éteindre les crispations israélo-palestiniennes se fait d’autant plus ressentir au lendemain de son départ. A la mi-juillet 2017, après l’assassinat de deux soldats israéliens par des Palestiniens, Israël restreint l’accès à l’Esplanade des mosquées et y augmente les contrôles. Le 21 juillet, l’Autorité palestinienne coupe ses relations avec Israël et les violences augmentent, entrainant la mort de trois Palestiniens. Suite à ces événements, trois Israéliens vivant dans les colonies perdent également la vie.

Notes :
(1) M. NORMAN Julie, « How the israeli-palestinian conflict resisted Obama’s efforts », The Conversation, Le 18 novembre 2016, Consulté le 21 juillet 2017 (en ligne), URL : http://theconversation.com/how-the-israeli-palestinian-conflict-resisted-obamas-efforts-65823
(2) « Les Etats-Unis n’exigent plus d’Israël le gel de la colonisation », Le Monde, Le 8 décembre 2010, Consulté le 22 juillet 2017 (en ligne), URL : http://abonnes.lemonde.fr/proche-orient/article/2010/12/08/les-etats-unis-n-exigent-plus-d-israel-le-gel-de-la-colonisation_1450470_3218.html
(3) M. NORMAN Julie, « How the israeli-palestinian conflict resisted Obama’s efforts », The Conversation, Le 18 novembre 2016, Consulté le 21 juillet 2017 (en ligne), URL : http://theconversation.com/how-the-israeli-palestinian-conflict-resisted-obamas-efforts-65823
(4) MAKOVSKY David, « Israel’s brewing settlements law could stir problems in Washington », The Washington institute for near east policy, Le 17 novembre 2016, Consulté le 23 juillet 2017 (en ligne), URL : http://www.washingtoninstitute.org/policy-analysis/view/israels-brewing-settlements-law-could-stir-problems-in-washington
(5) « La politique étrangère d’Obama : Premier bilan », Center for security studies, N° 188, Mars 2016, Consulté le 23 juillet 2017 (en ligne), URL : file :///C :/Users/inesg/Pictures/CSSAnalyse-188-FR.pdf
(6) SATLOFF Robert, « Can Trump Overcome Obama’s Israel failure ? » Washington Institute for Near East Policy, Le 3 janvier 2017, Consulté le 21 juillet 2017 (en ligne), URL : http://www.washingtoninstitute.org/policy-analysis/view/can-trump-overcome-obamas-israel-failure

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