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L’internationalisation de l’Etat islamique
Article publié le 21/04/2015

Par Simon Fauret

Le vendredi 3 avril 2015, le groupe djihadiste égyptien Province du Sinaï (Wilayat Sinai) a revendiqué sur son compte Twitter les attaques survenues la veille contre des postes de contrôle routier à l’est d’Al-Arich, le chef-lieu de la province du Nord-Sinaï [1]. Armés de fusils automatiques et de lance-roquettes, les terroristes ont tué quinze soldats et deux civils. Quel est ce groupe djihadiste ?

Le 10 novembre 2014, le groupe, jusque-là connu sous le nom d’Ansar Beit Al-Maqdis, déclare son allégeance à l’Etat Islamique (EI) et devient la Province du Sinaï. Probablement séduits par la notoriété et l’assise territoriale de l’organisation d’Abu Bakr Al-Baghdadi, les djihadistes égyptiens décident d’établir un lien de type féodal entre suzerain et vassaux. Si Ansar Beit Al-Maqdis n’est pas le premier groupe à s’affilier à l’Etat islamique, il semble être l’un des plus étroitement lié.

En effet, depuis la proclamation du rétablissement du califat par Abu Bakr al-Baghdadi le 29 juin 2014, l’Etat islamique n’a cessé de faire des émules au sein de la mouvance djihadiste. Par l’ampleur et la rapidité de ses conquêtes, il suscite à la fois l’admiration d’une multitude de groupuscules locaux et la méfiance d’Al-Qaida, jusque-là leader incontesté du djihad transnational. Une compétition est ainsi lancée entre les deux organisations, qui cherchent à s’attirer les services de djihadistes locaux afin d’étendre leur sphère d’influence. C’est donc à travers l’établissement de liens plus ou moins étroits entre l’organisation centrale et des groupes périphériques que l’Etat islamique, suivant à sa manière l’exemple historique d’Al-Qaida, tente d’élaborer son plan d’internationalisation.

Les liens historiques entre l’Etat islamique et al-Qaida

Afin de mieux comprendre l’ampleur de la rupture dans la stratégie de l’EI, il convient de rappeler brièvement son histoire [2]. En 2003, à l’occasion de l’intervention américaine en Irak, le djihadiste jordanien Abou Mus’ab al-Zarqawi fonde le groupe Tawhid al-Jihad. En octobre 2004, afin d’assurer la visibilité et la pérennité de son organisation, il décide de prêter allégeance (bay’ah) à Oussama Ben Laden et le groupe Tawhid al-Jihad devient al-Qaida en Mésopotamie (AQM), la branche d’al-Qaida en Irak. En janvier 2006, AQM s’intègre au sein du Conseil consultatif des Moudjahidines d’Irak, une alliance de plusieurs groupes contre l’occupant américain.

En juin 2006, l’égyptien Abou Ayub al-Masri remplace à la tête d’AQM al-Zarqawi, tué lors d’un bombardement américain. Certains djihadistes irakiens contestent alors le caractère « trop étranger » des dirigeants de l’alliance [3]. Afin de renforcer la légitimité et l’implantation locale du Conseil, al-Masri encourage un ancien officier irakien, Abou Omar al-Qurashi al-Baghdadi, à prendre la direction du Conseil et à le renommer Etat Islamique d’Irak (EII) [4].

Malgré les efforts d’al-Masri pour « irakiser » l’organisation, les critiques à l’encontre du leadership jugé trop étranger continuent à se faire entendre. Le 4 juillet 2007, les services de renseignement américains découvrent qu’Abou Omar al-Qurashi al-Baghdadi est un dirigeant fantoche manipulé par al-Masri et censé rassurer les djihadistes iraquiens [5]. En septembre 2006, trente tribus de la province d’Anbar en Irak, excédées par les exactions d’al-Qaida en Irak, s’allient avec les Etats-Unis pour contrer son influence [6]. Début 2008, plus de 2 400 membres d’AQI ont été tués, et à partir de 2010 les liens entre Al-Qaeda et sa branche irakienne ont quasiment été rompus [7]. Al-Masri et Abou Omar al-Qurashi al-Baghdadi sont finalement éliminés le 18 avril 2010 par un raid américain. L’irakien Abu-Bakr al-Baghdadi, docteur en études islamiques, devient alors le nouveau visage de l’Etat islamique en Irak (EIL) [8].

A partir de 2011, l’EII observe avec intérêt la guerre civile syrienne, et crée le Jabhat al-Nusra (Front al-Nosra) afin de s’implanter en Syrie [9]. Le nouveau groupe se dote rapidement d’une grande autonomie et certains membres préfèrent rester autonomes ou suivre al-Qaida plutôt que d’obéir à Abou Bakr al-Baghdadi. En avril 2013, ce dernier proclame la création de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) et annonce la fusion complète de l’EII et d’Al-Nosra. Al-Zawahiri, leader d’al-Qaida depuis la mort de Ben Laden, publie alors une lettre dans laquelle il condamne cette fusion [10]. Selon lui, al-Baghdadi reste un de ses subalternes, et aurait dû le consulter avant de prononcer une telle déclaration. Le dirigeant de l’EIIL ignore le rappel à l’ordre d’al-Zawahiri. La rupture est consommée entre l’EIIL et al-Qaida, qui annonce en février 2014 couper toute connexion avec al-Baghdadi [11].

Ce n’est qu’à partir du 29 juin 2014 qu’al-Baghdadi, fort de ses succès militaires fulgurants dans la région, change de stratégie. Il élargit ses objectifs, décrétant le rétablissement du califat dans les territoires qu’il contrôle. En invoquant à travers la notion de califat le mythe de la succession du prophète, le calife autoproclamé cherche à asseoir sa légitimité en s’inscrivant dans la continuité des grandes dynasties du Moyen Âge (notamment des Omeyyades, qui régnèrent de 661 à 750 sur un immense empire). Dans ses communiqués officiels, le groupe se désigne à partir de cette date par l’appellation « Etat islamique » (EI), et appelle les musulmans du monde entier à le rejoindre [12].

L’internationalisation de l’Etat islamique : entre interventions directes et stratégies de procuration

À partir de l’été 2014, une multitude de mouvements djihadistes d’ampleur et de notoriété très variables ont annoncé leur ralliement à Abou Bakr al-Baghdadi. Une telle vague de déclarations d’allégeance pourrait à premier abord laisser penser au succès systématique de la nouvelle stratégie de l’EI. Toutefois, les serments d’allégeances sont toujours à étudier et à vérifier au cas par cas afin de comprendre leur véritable ampleur.

Un groupe peut en effet se proclamer vassal de manière spontanée, sans avoir été contacté au préalable par l’EI. Il peut également le faire uniquement afin de bénéficier de l’aura médiatique du « califat » et d’accroitre ainsi sa notoriété. Revendiquer un attentat au nom de l’Etat islamique ne suffit bien évidemment pas non plus à prouver qu’il en est le commanditaire (comme le prouve la prise d’otages du magasin Hyper Cacher en France le 9 janvier 2015, où le lien entre le terroriste et l’organisation n’a pas été avéré). L’allégeance peut en effet être purement symbolique et s’inscrire dans une logique de soutien aux objectifs d’al-Baghdadi, sans que ce dernier n’assiste financièrement ou militairement le groupe. Enfin, les liens supposés entre le « suzerain » et ses « vassaux », même officialisés, doivent toujours être considérés avec prudence tant les informations fiables sur de tels enjeux sont rares et le contexte changeant.

L’objectif est ici d’analyser le rôle que jouent les principaux groupes ayant prêté allégeance à l’Etat islamique. Si chaque groupe s’internationalise en s’affiliant à l’EI, son terrain d’action s’inscrit avant tout à l’échelle régionale voire locale, où il peut souvent profiter d’un contexte d’instabilité pour s’implanter. Dans la course à l’hégémonie, l’EI doit souvent élaborer des plans pour contrer al-Qaida. À cette fin, les « vassaux » peuvent être amenés à servir d’armes dans une guerre par procuration contre l’organisation d’Al-Zawahiri. Parallèlement, l’EI parvient parfois à intervenir directement dans d’autres pays, et n’a donc pas besoin de compter sur des groupes dont la loyauté peut vite être remise en question.

L’Etat islamique et ses soutiens sont principalement présents et actifs au Maghreb (Libye, Egypte (Sinaï), Algérie, Tunisie), au Nigéria et au Yémen. Dans ces six pays, l’EI semble être parvenu à vassaliser des groupes terroristes, à occuper des territoires ou à revendiquer des attentats.

Parallèlement, l’influence de l’Etat islamique a été observée dans d’autres régions, tels qu’au Levant (Palestine, Liban), en Arabie saoudite, au Soudan, en Asie centrale (Pakistan, Afghanistan) et en Asie du Sud-Est (Inde, Philippines, Indonésie). Dans ces pays, des groupes terroristes ont également prêté allégeance à al-Baghdadi, mais les liens effectifs entre ces djihadistes et l’EI semblent être à ce jour de moindre ampleur que dans le cas des djihadistes maghrébins, nigérians, et yéménites.

Interventions directes et principaux vassaux

Libye La Libye est devenue en quelques années une des destinations privilégiées des djihadistes. Certaines factions islamistes, tribales, ou même pro-Kadhafi ont refusé de déposer les armes après la chute de Kadhafi en 2011 et ont contribué à entretenir une instabilité chronique. Depuis 2014, la situation politique s’est aggravée. Deux gouvernements s’opposent : celui de Tobrouk, reconnu par la communauté internationale depuis les élections de juin 2014, et celui de Tripoli, arrivé au pouvoir par la force en août 2014 [13].
L’Etat islamique a rapidement saisi les opportunités d’implantation qu’offrait la faillite de l’Etat libyen. Le Majilis Choura Chabab al-Islam (Le conseil consultatif de la jeunesse islamique), avait attiré l’attention et le soutien de l’EI en parvenant à contrôler de la ville de Derna, au nord-est du pays, en avril 2014. Principal mouvement djihadiste libyen, il officialise son allégeance à al-Baghdadi en octobre [14].

Le nouveau lien entre les deux organisations n’a pas tardé à être illustré par une série d’actes. Le 27 janvier 2015, l’hôtel Corinthia de Tripoli a été la cible d’un attentat. Le 12 février, l’EI s’est emparé de plusieurs bâtiments administratifs de Syrte (bureaux de la télévision et de chaînes de radio). Le 15 février, 21 égyptiens coptes ont été décapités. Le 16 février, l’Egypte, en réaction au meurtre de ses ressortissants, a bombardé des positions de l’EI en Libye, non loin de la frontière égyptienne [15]. En représailles, les terroristes ont organisé le 20 février des attentats suicide à al-Qubbah, ville voisine de Derna (environ 45 civils ont été tués) [16]. Le 12 et le 13 avril, des attaques ont visé les ambassades du Maroc et de la Corée du Nord à Tripoli, faisant deux morts [17]. Enfin, dans une vidéo diffusée le 19 avril, l’EI met à nouveau en scène la décapitation de chrétiens, cette fois-ci Ethiopiens. 28 hommes compteraient parmi les victimes [18].
Derba est quant à elle devenue l’exemple typique d’une ville sous le joug de l’EI. Les effectifs de Majlis Choura se situeraient entre 1 000 et 3 000 [19], sans compter les membres de l’EI présents en Libye. A mi-chemin entre stratégie de procuration et intervention directe, l’organisation d’al-Baghdadi a donc créé sa première enclave en dehors du territoire irakien et syrien.

Egypte La principale menace portée par l’Etat islamique en Egypte se situe dans le désert du Sinaï. Les djihadistes d’Ansar Beit Al-Maqdis (« les Partisans de Jérusalem »), affiliés à l’EI depuis le 10 novembre 2014 sous le nom de Wilayat Sinaï, ont su profiter de l’instabilité chronique du Sinaï et du contrôle réduit de l’Etat égyptien sur cette région pour y établir leur fief. À partir de leur base, ils s’en prennent aussi bien à l’armée égyptienne, jugée responsable de la déposition du président islamiste Mohammed Morsi en juillet 2013, qu’à Israël, notamment via la destruction de pipelines reliant les deux pays.

Les Partisans de Jérusalem, forts du soutien financier et militaire de l’EI, maintiennent un climat de terreur dans le Sinaï. Leurs cibles prioritaires demeurent pour le moment l’armée et la police (plusieurs centaines de soldats et de policiers ont été tués dans des affrontements). Le 12 avril 2015, les djihadistes ont notamment organisé un triple attentat contre les forces de police, faisant 12 victimes [20].

Algérie Jusqu’en 2014, la mouvance djihadiste algérienne dépendait principalement d’al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI). Le 4 juillet 2014, AQMI rejette d’ailleurs dans un communiqué la proclamation du califat par al-Baghdadi. Cependant, Abdelmalek Gouri, cadre local d’AQMI, en désaccord avec la déclaration de l’organisation, choisit de la quitter. En septembre, il fonde son propre groupe, Jund al-Khalifah fi Ard al-Jazayer (les Soldats du Calife), et proclame sa bay’ah (son allégeance) envers l’Etat islamique. Son principal fait d’arme reste à ce jour l’enlèvement le 22 septembre 2014 du français Hervé Gourdel et sa décapitation deux jours plus tard. Cet acte aurait été commandité par l’EI dans le but d’inciter le gouvernement français à cesser les frappes aériennes en Irak [21]. L’armée algérienne a alors lancé des opérations pour empêcher l’expansion du groupe, et est parvenue à tuer Abdelmalek Gouri le 22 décembre.

L’influence de l’EI en Algérie n’est donc pas de la même ampleur qu’en Libye et en Egypte. Néanmoins, la capacité d’al-Baghdadi à attirer des groupes dissidents d’al-Qaida a prouvé que l’Algérie, malgré sa stabilité politique, n’échappe pas à l’influence de l’Etat islamique.

Tunisie Le 19 mars 2015, l’Etat islamique a revendiqué l’attentat perpétré la veille contre le musée du Bardo, à Tunis. Déclarant dans son communiqué que la mort des 20 touristes étrangers n’était que le début d’une longue série d’attentats en Tunisie, l’EI affirme avoir ordonné à deux djihadistes tunisiens passés par des camps d’entrainement libyens de « semer la terreur dans le cœur des infidèles » [22]. L’acte ne témoigne pas ici d’une volonté d’implantation ou de conquête territoriale, mais d’une stratégie terroriste plus traditionnelle visant à créer un climat d’insécurité.

Parallèlement, Katibat Okba Ibn Nafaâ, un des principaux groupes terroristes tunisiens affiliés à AQMI, a déclaré en septembre 2014 apporter son soutien à l’EI (sans toutefois lui prêter allégeance) [23]. Basée au nord-ouest de Kasserine, à la frontière algérienne, l’organisation est responsable de plusieurs attentats contre l’armée tunisienne. Le samedi 28 mars, la brigade anti-terrorisme a tué huit de ses membres et déclaré la « quasi-décapitation » du groupe [24].

Nigéria Le 7 mars 2015, Aboubakar Shekau, chef de Boko Haram, a proclamé sa bay’ah à Abou Bakr al-Baghdadi. Ses effectifs étant estimés entre 7 000 et 10 000 membres [25], la secte nigériane est le plus grand groupe terroriste à s’être rallié à l’Etat islamique. Cette alliance marque également l’entrée en scène de l’EI en Afrique subsaharienne.
L’importance de cette bay’ah doit toutefois être relativisée. La coalition militaire composée du Nigéria, du Tchad, du Niger et du Cameroun a fait subir plusieurs défaites à Boko Haram, qui aurait alors saisi l’occasion d’officialiser son soutien à al-Baghdadi afin d’obtenir de l’aide. A ce jour, le lien entre les deux organisations semble donc surtout être une tentative de diversion [26].

Yémen Le vendredi 20 mars 2015, l’Etat islamique a organisé deux attentats contre des mosquées fréquentées par des musulmans chiites, tuant plus de 142 personnes [27]. Le Yémen s’est transformé en quelques années en terrain d’affrontement entre extrémismes religieux. Depuis le printemps arabe et la fuite du président Saleh en 2011, la situation est devenue chaotique. Al-Qaida dans la Péninsule Arabique (AQPA), malgré les offensives de l’armée yéménite et les frappes de drones américains, est parvenue à rester solidement implantée dans le pays. L’insurrection des Houthis, issus du nord-ouest du pays et désirant rétablir un imamat zaydite (branche du chiisme), a débuté en 2004. Fin septembre 2014, les insurgés sont parvenus à prendre Sanaa, la capitale. En mars 2015, ils ont poursuivi leur marche vers le sud et ont menacé Aden. Soupçonnant l’Iran de soutenir la rébellion afin d’accroitre l’influence du chiisme dans la péninsule en majorité sunnite, l’Arabie saoudite s’est placée à la tête d’une coalition de la ligue arabe et a commencé à bombarder des positions houthistes.

L’apparition de l’Etat islamique s’est donc fait dans un contexte extrêmement complexe. L’organisation d’al-Baghdadi défie al-Qaida dans le pays où elle est le mieux implantée [28]. Partageant la volonté commune de stopper l’expansion chiite, les deux groupes ne parviennent ni ne souhaitent toutefois synchroniser leur action. AQPA, après les attentats du 20 mars 2015, a d’ailleurs réaffirmé son refus de s’attaquer à des mosquées et à des marchés afin de ne pas tuer des « innocents ».

Certains membres d’Ansar al-Charia, le principal soutien et auxiliaire d’AQPA au Yémen, ont demandé un rapprochement avec l’EI [29], jugeant nuisible la compétition entre les deux organisations terroristes. Si l’EI perpétue à nouveau de telles démonstrations de force, AQPA risque en effet de perdre le leadership djihadiste dans la région. L’éventuelle disparition d’AQPA n’est toutefois pas encore une réalité. Le 17 avril 2015, l’organisation a en effet saisi un dépôt d’armes dans le port de Mukalla et s’est procuré plusieurs douzaines de tanks [30].

Autres déclarations d’allégeance

L’Etat islamique, grâce à ses succès militaires fulgurants en 2014, a accru sa notoriété et attiré l’attention d’une myriade de groupes terroristes dans le monde. De nombreuses allégeances ont été prêtées, sans toutefois être de la même ampleur ou bénéficier de la même reconnaissance que dans les six pays précédemment évoqués.

Au Levant :
• Dans la bande de Gaza, al-Baghdadi a refusé début février 2015 l’allégeance du Conseil des Moudjahidines des Environs de Jérusalem, arguant que le cercle djihadiste dans ce territoire n’était pas encore assez organisé [31].
• Au Liban, Liwa Ahrar al-Sunna a déclaré sa bay’ah le 30 juin 2014 [32].

Dans la péninsule arabique :
• En Arabie saoudite, certains cadres d’AQPA ont, tout comme au Yémen, émis leur désir de s’associer à l’Etat islamique, et plus de 2000 djihadistes seraient partis rejoindre les rangs de l’organisation en Irak et en Syrie [33].

En Afrique orientale :
• Au Soudan, al-I’tisam of the Quran and Sunnah a prêté allégeance le 1er août 2014 [34].

En dehors de la sphère arabe, certains groupes terroristes se sont également rapprochés de l’EI, notamment en Asie centrale et en Asie du Sud-Est :

• Au Pakistan, des dissidents du Mouvement des talibans du Pakistan (Tehrik el Khilafat, Jamat-ul Ahrar) sont venus rejoindre les rangs de l’EI [35].
• En Afghanistan, le mollah Omar et ses talibans semblent continuer d’exercer leur leadership sur les djihadistes de la région. L’EI se servirait donc surtout du pays comme plateforme du trafic d’héroïne afin de financer ses activités [36].
• En Inde, Ansar al-Tawhid in India fait sa bay’ah le 4 octobre 2014 [37].
• Aux Philippines, Ansar al-Khilafah déclare son allégeance le 14 août 2014 [38].
• En Indonésie, Mujahideen Indonesia Timor prête allegeance le 1er juillet 2014 [39].

Conclusion

L’Etat islamique se concentre pour le moment sur le monde arabe, mais n’écarte pas pour autant les opportunités de s’implanter durablement dans d’autres régions, telles que l’Asie du Sud-Est. En abandonnant son appellation d’Etat islamique en Irak et au Levant, l’organisation d’al-Baghdadi est sortie du cadre mésopotamien et prétend désormais à un leadership universel. Al-Qaida, souvent jugée en perte de vitesse depuis la mort de Ben Laden en 2011, peine à réagir face à la montée en puissance de son ancienne branche irakienne. Ainsi, plus de trente groupes ont prêté allégeance ou apporté leur soutien à Abou Bakr al-Baghdadi [40], nombre d’entre eux ayant pour cela quitté la sphère d’influence d’al-Qaida.

La coalition internationale contre l’Etat islamique se concentre pour le moment sur ses bases irakienne et syrienne. Néanmoins, la menace de l’EI ne se résume justement plus à ces deux pays. Début mars 2015, Ashton Carter, Secrétaire de la Défense des Etats-Unis, a d’ailleurs comparé le groupe terroriste à un cancer qui métastaserait dans le monde entier [41]. Le 8 mars, Ashton Carter, John Kerry, secrétaire d’Etat, et Martin Dempsey, chef d’Etat-Major des armées, ont présenté devant le Sénat la nouvelle doctrine « d’autorisation de l’usage de la force militaire contre des terroristes » (AUMF - Authorization for Use of Military Force Against Terrorists). Les trois hommes ont expliqué que « la nouvelle AUMF prendrait en compte le fait […] que l’Etat islamique est une organisation amenée à évoluer stratégiquement, à se transformer, à s’associer avec d’autres groupes terroristes [42] ». Selon Ashton Carter, s’imposer des limites géographiques face une organisation qui n’en a pas ne peut pas être une solution viable pour éradiquer l’Etat islamique. La possibilité pour les Etats-Unis d’intervenir militairement en dehors du cadre mésopotamien, c’est-à-dire dans n’importe quel pays où des djihadistes de l’EI apparaitront, semble donc ouverte.

Notes : 

[42Ibid.

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