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Florian Louis, Incertain Orient, le Moyen-Orient de 1876 à 1980
Article publié le 06/10/2016

Compte rendu de Mathilde Rouxel

Pour répondre à la nouvelle question du programme du CAPES et de l’agrégation d’Histoire 2016, « Le Moyen-Orient de 1876 à 1980 », Florian Louis, agrégé d’histoire, doctorant au Centre de recherches historiques (CRH) de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS, Paris) et auteur d’une Géopolitique du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (PUF, 2012, avec T. Josseran et F. Pichon) livre avec Incertain Orient, le Moyen-Orient de 1876 à 1980 une synthèse argumentée, pédagogiquement éclairante et intelligemment pensée pour les étudiants sur cette difficile question d’une définition et d’une histoire de ce que l’on appelle « Moyen-Orient ». Publié aux Presses Universitaires de France, cet ouvrage offre une série d’outils indispensables aux candidats aux concours, mais également à tout lecteur désireux d’approfondir cette période.

Chaque chapitre comporte une bibliographies, riches et précieuses. Le corps du texte s’enrichit d’encadrés permettant de revenir sur une biographie, de préciser une décision politique ou de résumer un événement historique important. De nombreux graphiques, cartes et tableaux exposent les idées présentées. En fin d’ouvrage, une chronologie récapitulative, un glossaire et un index viennent compléter le développement argumenté du texte.

Florian Louis se soumet aux bornes chronologiques imposées par le programme, et ne couvre donc pas le fort occidentalo-centré « long XIXe siècle » que théorisait Erich Hobsbawm en le faisant courir de 1798 (expédition d’Egypte) à 1939. Le Moyen-Orient de la fin de la décennie 1870 est en pleine ébullition, tiraillé par les influences et l’interventionnisme des grands empires qui, des Empires perses et ottomans aux forces françaises et britanniques, conçoivent l’importance stratégique de cette région à contrôler. L’évolution des aires d’influence et la découverte des gisements de pétrole, permettent également de comprendre le glissement sémantique et conceptuel qui a amené à parler non plus de « Proche » mais de « Moyen-Orient » pour désigner la région.

Dans le premier chapitre, « Le Moyen-Orient en mutation (1876-1914) », l’auteur interroge les raisons du déclin de l’Empire ottoman, miné de l’intérieur par les nationalismes et de l’extérieur par l’influence grandissante des puissances européennes, bien décidées à s’installer dans la région. Analysant conjointement l’expérience ottomane et l’expérience perse, des similitudes évidentes apparaissent : l’absence d’un pouvoir central fort incite au développement des nationalismes ; la menace britannique et française qui plane au-dessus de l’Empire ottoman trouve en Perse son pendant russe, désireux d’accéder aux mers chaudes aux abords de l’Empire indien, chasse gardée des Britanniques. Le développement des technologies et des infrastructures modernes (transports, télégraphe) est apparu comme une solution pour sauver le pouvoir impérial, un réseau tout entier soutenu par les puissances européennes, détentrices de ces technologies. En Egypte, le projet du canal de Suez est en marche. Les influences se renforcent : les jésuites s’installent à Beyrouth, les Russes diligentent plusieurs missions orthodoxes en Syrie et se présentent comme les défenseurs des Arméniens. Ce qui est encore le Proche-Orient se définit sur la base d’une mosaïque ethnico-confessionnelle dont l’union est difficile à justifier, et donc à maintenir comme telle. La légitimité du sultan ottoman est contestée, et des provinces, comme celle de l’Egypte de Mehmet Ali, tentent de s’émanciper. Des réformes sont faites pour favoriser la cohabitation des communautés, le statut de millet est créé pour reconnaître officiellement et ainsi protéger (ou se protéger d’elles) les minorités religieuses.

Le monde du XIXe siècle est un monde de progrès ; sans modernisation effective de son système, l’Empire ottoman ne peut pas subsister. Entre 1839 et 1976, un « train de réformes (…) dans le but de moderniser et de rationaliser le fonctionnement administratif de l’Empire ottoman » (p.68) est adopté : les Tanzimat. Renforçant un pouvoir central fort, elles ont pour objectif d’enrayer les nationalismes et de favoriser l’entrée de l’Empire dans la modernité du nouvel ordre mondial. Leur échec amène un durcissement de la politique ottomane avec l’arrivée au pouvoir d’Abdühamid II qui dirige l’Empire avec autorité de 1876 à 1909 : c’est la fonction califale, donc musulmane, que celui-ci décide de remettre en valeur, contre l’influence intellectuelle venue d’Europe. Sa politique sanglante ne permet pas d’éteindre les nationalismes ; les Jeunes-Turcs s’organisent contre le sultan, qu’ils renversent à l’été 1908. Un vent de liberté se fait sentir, qui ravive les nationalismes et freine la puissance de l’Empire : les Bulgares proclament leur indépendance le 5 octobre 1908, la Bosnie et l’Herzégovine sont annexées par l’Autriche-Hongrie. Du côté perse, les réformes de Nasser ed-Din (au pouvoir de 1848 à 1896) n’aboutissent pas à plus de succès, et la découverte en 1908 du premier gisement pétrolier du Moyen-Orient dans le Khouzistan n’amenuise pas les appétits occidentaux, contre lesquels il s’agit pour la Perse de lutter. Les Britanniques parviennent à maintenir leur influence.

D’un point de vue culturel, les centres intellectuels du Caire et de Beyrouth ne sont pas en reste de ce vent de réforme. Le nationalisme arabe y trouve son développement, dans une Nahda inspirée des modèles de pensée européens. En regard de celle-ci, le développement d’une première pensée salaf (nom des premiers musulmans), œuvrant à une véritable réforme de l’Islam, relu à la lumière d’un monde modernisé. Avec la Nahda arabe renaît aussi le passé mythifié des sionistes, et avec lui, l’idée de créer un Etat juif sur un terrain arabe, qui ne leur semble marqué par aucune identité particulière, en tout cas non « palestinienne », sur l’idée que les nationalités arabes ne se définissent pas comme nous le concevons aujourd’hui.

Un deuxième chapitre, « La dissolution de l’ordre ottoman (1914-1923) » présente la situation du Moyen-Orient dans la Première Guerre mondiale. Ce que l’auteur appela « l’empilement des alliances » (p.123) est, semble-t-il, à l’origine du démantèlement de l’empire : alors que celui-ci se rapproche de l’Allemagne, qui compte utiliser un appel au jihad de la part du sultan turc pour soulever les populations musulmanes contre l’ennemi britannique et français, les minorités continuent de se soulever, conduisant aux massacres que l’on connaît des Arméniens en Anatolie. Les accords Sykes-Picot, signés dans le secret en 1916 entre Paris et Londres, divisent par ailleurs la région en cinq zones – zone A, zone B, zone bleue, zone rouge, zone brune – qui ne seront, en vérité, jamais respectées comme telles. Par ailleurs, durant la guerre, les fronts ottomans se multiplient – le front caucasien en Anatolie, le front des Détroits en mer Noire, les fronts arabes de Mésopotamie, d’Egypte et du Hedjaz – et mènent, en raison des pressions qu’ils font peser sur les populations et le mécontentement qu’ils provoquent, à la dissolution de l’Empire en 1918. La Perse, de son côté, joue la carte de la neutralité dans la guerre, tout en laissant à l’Allemagne un certain champ libre sur son aire géographique et auprès des populations. En janvier 1919, la conférence de Paris conduit Français et Britanniques à décider de l’avenir de l’Empire. Court-circuités par l’Américain Wilson, armé de sa défense du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, les nationalistes arabes trouvent leur place à la conférence de Paris pour défendre leurs intérêts. La commission King-Crane, dirigée par des Etats-Unis relativement désintéressés, est tenue en juillet 1919 et propose, à partir d’une interrogation de la volonté des peuples, un découpage qui respecte ethnies et critères confessionnels pour un découpage plus juste de la région. Mais les mandats français (Liban-Syrie) et britanniques (Palestine et Mésopotamie, et la région de Mossoul) ne tiennent pas compte de cette étude et divisent les peuples, dans l’espoir de mieux régner.

Les volontés arabes de créer une grande Syrie incluant la Palestine se heurtent par ailleurs aux volontés sionistes d’établir un Etat juif dans la région ; les tensions se multiplient sur le territoire palestinien, où les musulmans commencent à attaquer le Yishouv en opposition au dialogue des sionistes avec les Britanniques sur l’établissement d’un Etat juif indépendant. En Egypte, la révolution égyptienne de 1919 pousse le Royaume-Uni à proclamer en 1922 l’indépendance de l’Egypte, qui devient une monarchie parlementaire. Sur le front irakien, la révolte des groupes comme les « Gardiens de l’indépendance » ou « Le Serment » conduit à la révolte antibritannique de l’été 1920, qui mobilise par-delà les clivages religieux. La révolte est réprimée par un bombardement intensif de la part des Britanniques. Cet échec de la révolution entache malgré tout l’image des Britanniques dans les mémoires. Londres, face à ces troubles, choisit la voie d’une autonomie contrôlée plutôt que d’une indépendance complète, et propose à l’émir Fayçal, allié de longue date pour la révolution hachémite contre les ottomans, la couronne de ce nouveau « royaume d’Irak » (p.186). Du côté turc, l’installation au pouvoir de Mustapha Kemal après les conférences de Lausanne de 1923 mène à l’instauration de la République de Turquie.

Un troisième chapitre, « L’incubateur mandataire (1923-1946) » suit le processus mandataire au Moyen-Orient. Les Britanniques, en jouant la carte hachémite, favorisent la pacification de la Transjordanie. Le roi Abdallah, qui règne sur la rive gauche du Jourdain, affiche cependant une volonté expansionniste dangereuse pour les régions palestiniennes, syriennes, et les mandataires qui les administrent. En Palestine, le conflit s’envenime, les Palestiniens s’enfonçant dans « ce que la mythologie nationaliste a qualifié de « Grande Révolte » (1936-1939) » (p.212) contre les Britanniques, les juifs et les Arabes qui travaillaient avec eux. Une véritable guerre civile est calmée en 1939 au prix d’un divorce définitif entre Arabes et sionistes, mais aussi avec les Britanniques. A l’autre extrémité, dans le Golfe, les Britanniques tentent également d’installer leur influence ; en vertu du principe d’indirect rule, ils en assurent ainsi la sécurité et la stabilité, en échange de leur bienveillance. Ils renforcent également leurs liens avec Téhéran, la Perse préférant toujours un allié Britannique aux Russes. Les Français, quant à eux, ne disposent que de la Syrie ; son influence est donc moins étendue dans la région. Leurs méthodes, par ailleurs, sont loin d’être similaires : la création en 1920 d’un Etat du grand Liban séparé du reste de la Syrie ravive les velléités arabes, qui tentaient depuis la dislocation de l’Empire ottoman, de proposer l’établissement d’une grande Syrie. Opposant « les confessions contre la nation » (p.230), les Français imposent un système administratif confessionnel au Grand Liban et assument l’idée que « la Syrie devait être comme un vitrail dont le plomb serait français » (Robert de Caix (1869-1970), p.232). La Syrie est elle-même divisée en plusieurs Etats, et ce n’est qu’en 1922 que les Etats de Damas, d’Alep et des alaouites s’associe, au sein d’une « Fédération des Etats de Syrie », refondée en 1925 en « Etat de Syrie » - des concessions françaises qui n’empêchent pas la révolte d’éclater en 1925. Craignant que la faiblesse affichée du mandataire avive les tensions au Maghreb, la France refuse les compromis avec la Syrie et la révolte est matée en 1926, mais un dialogue est ouvert. En 1930, une Constitution reprenant l’essentiel d’un texte élaboré par les députés syriens est adoptée. Les révoltes reprennent en 1937, un an après que les Britanniques ont signé avec l’Egypte un traité lui permettant d’accéder à l’indépendance ; les traités d’indépendance syriens et libanais engagés en France par Léon Blum en 1936 commencent également à s’appliquer sur le terrain, mais se font moins vite que prévu – notamment en raison de la chute du gouvernement de Léon Blum à l’été 1937.

Du côté turc, l’autoritarisme de Mustapha Kemal conduit à une république au parti unique, inspirée du nationalisme allemand en plein développement. Par un souci de renforcement de la cohésion du peuple, celui qui se fait rapidement appeler Atatürk favorise une évolution du statut des femmes dans la société. Il impose une certaine forme de laïcité et adapte, à la turque, un certain nombre de principes occidentaux. L’Iran, admirateur de cette politique turque, tente de suivre le même parcours, et le shah Reza Khan se lance dans le développement de grandes infrastructures pour moderniser la société de ce qui s’appelle désormais l’Iran.

Partout au Moyen-Orient, les mobilisations se font de plus en plus fortes, les médias d’opposition – et la radio, très populaire et démocratique, gagne une place de choix – se font entendre. Les idéologies circulent et de nombreux partis communistes commencent à éclore. Parallèlement, l’islam, lui aussi, se politise ; les Frères musulmans s’imposent chez les sunnites et le clergé chiite, en Irak, entre en politique. Au moment où la Seconde Guerre mondiale éclate, le Moyen-Orient britannique penche pour une alliance vers l’Axe, mais la région tient malgré tout un rôle beaucoup moins important que pendant la Première Guerre mondiale ; les Britanniques s’allient aux Russes pour faire tomber Reza Shah, allié à l’Allemagne, et la menace de l’Egypte, voisine de la Libye contrôlée par l’Italie et qui voit en l’Axe un moyen de se débarrasser de la tutelle britannique, est matée par les troupes envoyées par Londres. En Syrie et au Liban, le retrait de la France de la SDN au moment de la collaboration en 1941 ôte au pays toute légitimité mandataire ; cependant, les indépendances ne seront pas discutées avant la fin de la guerre ; elles sont proclamées en 1946.

Les Etats-Unis, qui ont commencé à s’intéresser au Moyen-Orient dans les années 1930 par le biais de leurs compagnies de pétrole, apparaissent désormais comme le nouvel allié providentiel, notamment des pays du Golfe ou du nouveau shah d’Iran, Mohammad-Reza.

Le quatrième et dernier chapitre, « Le mirage panarabe (1947-1980) » revient sur les nationalismes arabes sous la guerre froide qui opposaient Moscou à Washington après la Seconde Guerre mondiale. Les pays du Moyen-Orient n’ont en effet jamais su se détacher de l’influence des deux grands, ni vraiment à se décider. La partition de la Palestine au profit de la création d’un Etat d’Israël provoque par ailleurs d’énormes déplacements de population et le début d’une série de sanglantes guerres civiles. Le désengagement britannique, qui pour protéger son mandat a dû refuser que les milliers de réfugiés juifs arrivés sur les côtes palestiniennes pendant la guerre, entrent et s’installent sur le territoire ; les sionistes se tournent donc vers les Américains pour obtenir un soutien. Une guerre civile éclate en novembre 1947 ; en 1948, les alliés arabes viennent en aide aux Palestiniens sur leur territoire. Ce « soutien » permet à la Transjordanie d’Abdallah de s’emparer de la Cisjordanie, et à l’Egypte de prendre le contrôle de la bande de Gaza. Les Palestiniens exilés se heurtent rapidement à une interdiction de retour de la part des sionistes : ils doivent s’installer dans les pays alentours, dans des camps à partir desquels ils s’organisent pour continuer la lutte. C’est ce que l’on appelle la Nakba (la catastrophe). La résurrection (Baas) est proposée en politique et adoptée en Syrie et en Irak. En Egypte, Nasser impose l’idée d’un nationalisme arabe, qui convainc en 1958 la Syrie, avec laquelle l’Egypte s’unit pour créer la République Arabe unie, dirigée par Nasser. Mais les inégalités se font rapidement sentir et les Syriens quittent le navire panarabe en 1961, marquant l’échec de cette idéologie. Le deuxième échec arabe, égyptien lui aussi, est la défaite de 1967, cuisante pour les alliés de la Palestine. Menée par Nasser avec les alliés syriens et jordaniens, cette guerre devait prendre Israël de court ; c’est finalement Tsahal, l’armée israélienne, qui attaque la première, s’emparant du Golan syrien, du Sinaï égyptien et de Jérusalem-Est, où est menée une politique de peuplement rendant l’annexion irréversible. Victoire toutefois empoisonnée pour Israël, qui perd les bienveillances internationales, apparaissant comme une puissance oppressive et violente. Cet échec, du côté arabe, mène à la création de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) par Yasser Arafat en 1969. L’OLP devient en 1973 le « seul représentant du peuple palestinien » pour la Ligue des Etats Arabes. 1973 est aussi l’année de la guerre du Kippour organisée par Anouar el-Sadate, au pouvoir en Egypte à la mort de Nasser en 1970, qui affaiblit pour la première fois l’ennemi israélien. Les pays pétroliers du Golfe décident par ailleurs d’un commun accord une hausse unilatérale du prix du pétrole suivie d’une baisse des quantités produites, menant à une crise pétrolière sans précédent. Les casques bleus de l’ONU, envoyés faire tampon dans le Golan et le Sinaï, ne permettent pas la victoire souhaitée par les Arabes ; cependant, dans les mentalités, l’ennemi sioniste est touché et la fierté arabe recouvrée. La division arabe, toutefois, persiste : la démarche de Sadate qui s’engage à reconnaître l’existence d’Israël et à signer des accords de paix avec son voisin sioniste provoque une profonde déception du côté arabe : sans l’allié égyptien, une guerre israélo-arabe semble impossible.

L’auteur présente donc, à ce stade de son ouvrage, la décennie 1970 comme celle d’un « Moyen-Orient en ordre dispersé » (p.345). Dans les années 1970 arrivent au pouvoir des hommes autoritaires, sous l’égide du parti Baas : Hafez al-Assad en Syrie, Saddam Hussein en Irak. La politique d’ouverture (Infitah) choisie en Egypte provoque un retournement des alliances au profit des Etats-Unis ; la libération par Sadate des Frères musulmans emprisonnés par Nasser provoque aussi le retour d’un islam politique dans le pays. En Jordanie et au Liban, c’est le fardeau palestinien qui pèse le plus lourd ; organisés pour poursuivre la résistance, les réfugiés déstabilisent les Etats d’accueil. Parant une tentative de coup d’Etat, le roi Hussein choisit la force pour réprimer les fedayin : le « Septembre noir » tue plus de 5000 Palestiniens. Au Liban, les milices chrétiennes commencent à s’opposer, arme au poing, à la présence palestinienne au Liban, déclenchant en 1975 une guerre civile qui dure plus de quinze ans. La Turquie, elle aussi, se trouve dans une période d’instabilité, avivée par les révoltes kurdes. En 1971, les émirats d’Abou Dhabi, d’Akman, de Sharjah, et Dubaï, de Fujaïrah, de Ras el Khaïman et d’Oumm al-Qaïwan se réunissent sous le nom d’« Emirats arabes unis ». De leur côté, en Iran, excédés par la répression effectuée par Mohammad-Reza, les islamistes prennent le pouvoir en 1979, suite à la révolution menée par celui qui devient l’ayatollah Khomeiny. L’OPEP, née en 1960, permet aux pays producteurs de pétrole de garder le contrôle de leur production, et peuvent faire pression sur les pays occidentaux : « les chocs pétroliers successifs de 1973 et 1979 participent d’un basculement du centre de gravité de l’Orient qui, vu d’Europe, n’apparaît plus seulement étrange mais étranger » (p.377).

C’est sur une série de réflexion découlant de cette idée que Florian Louis conclut son ouvrage, exposant le déplacement du centre de l’Orient au Proche-Orient mitoyen de l’Europe à un territoire s’étalant jusqu’au Golfe et aux confins de l’Iran, à l’écart jusque-là du grand jeu. L’histoire du Moyen-Orient se résume finalement à l’adage présenté par l’auteur pour finir son étude : « ce que tu as enterré dans ton jardin ressortira dans celui de ton fils » (p.382).

Florian Louis, Incertain Orient, le Moyen-Orient de 1876 à 1980, Paris, Presses universitaires de France, 2016, 419 p.

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