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En lien avec l’actualité en Irak et le retrait des troupes américaines : la guerre d’Irak de 2003-2011
Article publié le 26/12/2011

Par Lisa Romeo

Alors que les derniers soldats américains viennent de quitter l’Irak en décembre 2011, l’heure semble d’avantage au pessimisme selon les observateurs quant aux défis laissés au pays pour se stabiliser et se solidifier. Déjà, les attentats se multiplient et la crise politique parait imminente, rappelant les temps les plus sombres des neuf années de présence américaine dans le pays. Il s’agit alors de revenir sur les origines et le déroulement de cette guerre d’Irak, extrêmement meurtrière, déclenchée le 20 mars 2003 par la coalition dirigée par les Etats-Unis.

Saddam Hussein : ennemi à abattre

La volonté américaine de se débarrasser du président irakien Saddam Hussein (1937-2006), au pouvoir depuis 1979, n’est pas nouvelle lorsque le président américain Georges W. Bush lance une longue campagne diplomatique et médiatique destinée à convaincre son pays et la communauté internationale de la nécessité d’une intervention armée contre le dictateur irakien au printemps 2002. Washington avait en effet déjà inspiré plus ou moins directement, en vain, diverses tentatives de renversement du régime tout au long des années 1990. A l’aube du nouveau millénaire, cette volonté reste essentiellement relayée par l’idéologie des néo-conservateurs qui détiennent une bonne partie des postes clés de l’administration Bush. Certains d’entre eux appelaient d’ailleurs déjà en janvier 1998 le gouvernement Clinton à écarter définitivement Saddam Hussein du pouvoir. Les attentats du 11 septembre 2001, qui font près de 3 000 victimes et créent un profond traumatisme dans la société américaine, montrent aux Etats-Unis la menace que représente le président irakien, accusé, à tord, d’entretenir des liens avec al-Qaïda et d’avoir participé aux évènements. La guerre contre le terrorisme est déclarée. Pour les néo-conservateurs, l’immobilisme politique, économique et social des Etats arabes représente la source de l’émergence de l’extrémisme qui compromet gravement la paix. Dans son discours sur l’état de l’Union du 29 janvier 2002, Georges W. Bush désigne l’Irak, au même titre que la Corée du Nord et que l’Iran, comme faisant partie de « l’axe du Mal ». Il devient alors clair pour eux que la seule alternative contre le terrorisme, force qui échappe à toute tentative de dissuasion, est de l’anticiper par le biais de frappes préventives à l’égard des gouvernements qui le soutiennent. Ainsi faut-il promouvoir dans la région la démocratie et le libéralisme économique. Le régime de Saddam devient alors clairement la cible des Etats-Unis qui vont tout mettre en œuvre pour le renverser.

Le bras de fer diplomatique : la course à la guerre

Derrière l’objectif de renverser le régime irakien, l’argumentation officielle des Etats-Unis pour la mise en œuvre d’une intervention militaire préventive en Irak s’échelonne tout au long de l’année 2002, autour de deux principales accusations : la complicité de Saddam avec les organisations terroristes et la poursuite des programmes de production d’armes de destruction massive (d’autant plus dangereuses qu’elles pourraient être utilisées à des fins terroristes). Washington et son principal allié britannique se lancent conjointement dans une surenchère et une multiplication de « preuves », de révélations et autres déclarations contre le régime irakien, qui seront toutes démenties par la suite. Alors que l’armée américaine commence à préparer ses troupes, les tractations sont virulentes à l’ONU où l’administration Bush cherche à légitimer une éventuelle attaque et exige que l’Irak accepte le retour des inspecteurs sans conditions sur son territoire afin d’y rechercher les armes de destruction massive. Contre toute attente, Saddam y répond par l’affirmative le 17 septembre 2002. Les négociations se déroulent au Conseil de sécurité autour de la rédaction d’une résolution. Le front d’opposition au recours à la force est mené par la France, la Russie, la Chine et l’Allemagne alors que l’Espagne et l’Italie s’allient aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne. L’Arabie Saoudite refuse quant à elle l’établissement des forces américaines sur ses terres contraignant ainsi ces dernières à se positionner au Koweït, au Qatar et à Bahreïn.

Le 8 novembre, la résolution 1441 est finalement votée à l’unanimité appelant à un accès sans restriction à tous les sites irakiens sous peine de lourdes conséquences. Après un premier rejet, Saddam Hussein accepte la résolution le 13 novembre tout en affirmant avoir détruit ses stocks d’armes chimiques durant les années 1990. Le 25 novembre, 270 inspecteurs arrivent à Bagdad sous la direction de Hans Blix dans le cadre de la commission UNMOVIC de l’ONU crée en décembre 1999. La commission doit rendre son rapport le 27 janvier 2003 au Conseil de sécurité de l’ONU. Entre temps, le 11 octobre 2002, le président américain obtient l’aval du Congrès pour une action militaire en Irak sans le soutien de l’ONU. En décembre, les Etats-Unis poursuivent leur préparation en organisant la réunion de 300 opposants irakiens au régime baassiste dans la capitale britannique.

Suivant le calendrier de la commission, Hans Blix remet son rapport à l’ONU le 27 janvier 2003. Il ne fait part d’aucune arme de destruction massive en Irak. Les Etats-Unis n’abandonnent pas pour autant leur politique. Après une ultime tentative au Conseil de sécurité le 14 février, ils décident de passer à l’action sans son l’aval. Dans les capitales européennes et dans le monde, les manifestations contre l’intervention des Etats-Unis en Irak se multiplient entre le 13 et le 16 février. A l’ONU, l’opposition qui appelle à la poursuite des inspections est également vive. La France menace notamment d’utiliser son droit de véto et la Turquie refuse le déploiement 60 000 soldats sur son sol ne laissant aux Etats-Unis que leurs bases dans le Golfe (300 000 hommes). Le 17 mars, Georges W. Bush lance finalement un ultimatum au président irakien, le sommant de quitter le pouvoir sous 48 heures. A la veille des combats, près de 50 % des Américains considèrent que Saddam Hussein est responsable des attentats du 11 septembre.

La fin de trente ans de dictature en vingt et un jours de combats

Les opérations sont alors dirigées par le général américain Tommy Franks, à la tête d’une coalition regroupant trente pays et équipée d’un impressionnant arsenal militaire à la supériorité technologique écrasante. Le 20 mars 2003, les hostilités sont déclenchées avec la mise en œuvre de l’opération « Liberté de l’Irak » qui visent directement le chef d’Etat et ses fils à Bagdad. Sans résultats, les combats s’enchainent sous le nom de « Choc et stupeur ». La coalition rencontre cependant une forte résistance. Elle s’assimile toutefois plus à une guérilla qu’à une lutte réelle avec l’armée irakienne qui, fortement affaiblie, se montre peu encline à combattre. Le 8 avril, la coalition s’empare de Bassorah, le 9 de Bagdad, le 10 de Kirkouk, le 11 de Mossoul et le 14 de la région natale de Saddam Hussein, Tirkit. La fin des hostilités est officiellement déclarée de 1er mai alors que l’Etat irakien, déjà extrêmement affaibli, s’écroule définitivement. Le pays s’enfonce dans le chaos alors que Saddam Hussein et ses fils demeurent introuvables.

Le difficile retour à la paix et le défi de la reconstruction : le bourbier américain

Enfin libérée de près de trente ans d’une sanguinaire dictature, les Irakiens vivent une nouvelle ère de liberté. Les journaux et les partis politiques (plus de 70) se multiplient, les ex-opposants en exil rentrent au pays, les sanctions qui pesaient sur le pays depuis près de treize ans sont levées avec la résolution 1483 (sauf sur les armes), les premiers dirigeants baassistes sont arrêtés. Mais parallèlement à ce nouveau vent de liberté, les Irakiens sont dorénavant privés d’électricité, d’eau potable et sont en proie à une insécurité permanente. Les pillages finissent de mettre à sac le pays et ravagent le Musée archéologique de Bagdad. Par ailleurs, si le soulagement des Irakiens est certain, on est loin des scènes de liesse attendues par les libérateurs. Les fameuses images de la statue de Saddam Hussein assaillie par « une foule » dissimulent le fait que se sont les chars américains qui finissent par détruire le monument et que cette scène de joie et hautement symbolique n’est vécue que par quelques centaines d’Irakiens. La méfiance est en effet grande face à ces nouveaux occupants. Une guérilla antiaméricaine, sunnite notamment, se met rapidement en place. La violence de la répression va rendre jour après jour de plus en plus impopulaire la présence américaine dans le pays. La mort de Oudaï et Qoussaï, les deux fils détestés de Saddam le 22 juillet puis la capture du dictateur le 13 décembre 2003, ne parviendra pas à calmer la situation.

L’impréparation des Etats-Unis face une société irakienne minée par les rivalités tribales, ethniques et confessionnelles, va rendre la pacification et la reconstruction du pays extrêmement délicate. Le défi de l’après-guerre est alors très lourd. C’est seulement neuf ans plus tard que les derniers soldats quittent le pays.

VOIR EGALEMENT LES ARTICLES PUBLIES DANS LES CLES DU MOYEN-ORIENT :

- En lien avec l’actualité en Irak et le retrait des troupes américaines : l’occupation américaine en Irak (2003-2011)
- Irak, 2002-2011 : leçons d’hier pour le temps présent
- Fiche pays Irak

Bibliographie
- Alain Gresh, Dominique Vidal, Les 100 clés du Proche-Orient, Paris, Hachette Littératures, 2006.
- Henry Laurens, L’Orient arabe à l’heure américaine, de la guerre du Golfe à la guerre d’Irak, Paris, Armand Colin, 2005.
- Pierre-Jean Luizard, La question irakienne, Paris, Fayard, 2004.
- Emmanuel Saint-Martin, L’Irak, de la dictature au chaos, Toulouse, Editions Milan, 2005.

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