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Voyageurs étrangers au Levant pendant l’entre-deux-guerres, promoteurs du rayonnement français ?

Par Anne-Lucie Chaigne-Oudin
Publié le 07/12/2010 • modifié le 02/03/2018 • Durée de lecture : 14 minutes

Cet attrait pour l’Orient est bien compris et utilisé par la France, puissance mandataire, qui a reçu de la Société des Nations des mandats sur la Syrie et sur le Liban à la suite de la Première Guerre mondiale. Elle accorde ainsi facilement des visas aux personnalités occidentales connues ou influentes - hommes politiques, écrivains, archéologues, chefs d’entreprise - dont elle suppose qu’ils feront l’éloge de sa politique au Levant. La France considère en effet que la venue de ces personnalités influentes serait de nature à faire connaître ses réalisations au Levant. Ces personnalités sont généralement disposées à tenir compte des suggestions et indications de la puissance mandataire pour la rédaction de leurs rapports ou articles et participent ainsi à promouvoir l’œuvre réalisée au Levant. En revanche, certains occidentaux, dont la France craint l’hostilité à son mandat ou à son œuvre, ne peuvent pas toujours entrer au Levant, la France examinant leurs demandes de séjour avec la plus grande attention. Les Italiens sont ainsi suspectés par la France de vouloir recréer le Mare Nostrum, et donc d’être hostiles à ses intérêts ; quant aux Britanniques, la France se méfie d’une éventuelle propagande à son encontre, renforcée par la proximité des mandats britanniques en Palestine, en Transjordanie et en Irak.

Personnalités politiques

Dans les premières années du mandat, des hommes politiques occidentaux visitent le Levant, le plus souvent à titre non officiel. En 1923, l’ambassadeur des Etats-Unis au Caire et son épouse se rendent au Liban pour y passer l’été [1] ; en 1925, lord Balfour se rend à Damas le 13 avril, en provenance de Palestine [2] ; le directeur du bureau oriental du ministre des Affaires étrangères du Reich, chargé du contrôle général des légations allemandes en Orient, effectue en 1927 un voyage d’inspection à Jérusalem, Beyrouth, Damas, Bagdad, Téhéran, avant de retourne à Berlin en passant par la Russie [3]. Il est reçu par un membre du haut-commissariat, qui l’invite à déjeuner avec le consul d’Allemagne, dans le principal hôtel de Beyrouth. Il se rend ensuite à Damas et à Palmyre, où il est reçu au mess des officiers méharistes, accompagné du baron Max von Oppenheim et du consul d’Allemagne [4].

Profitant d’une mission en Palestine, sir Alfred Mond visite le mandat français en février 1928. Il a été membre du parlement de Grande-Bretagne, ministre des Travaux publics de 1916 à 1921 et de l’Hygiène en 1921-1922 et est à la tête de plusieurs groupements industriels de Grande-Bretagne. Associé au mouvement sioniste, il se rend en Palestine pour présider la commission d’experts sur les possibilités de développement économique du pays. Celui-ci compte arriver le 5 février à Damas en automobile, venant de Tibériade, et repartir le 7 pour Bagdad. A son retour, il a l’intention de passer par Palmyre et par Damas puis en repartir Tibériade [5].

Le ministre plénipotentiaire Parini, chef du service des Italiens à l’étranger au Palais Chigi, visite Beyrouth en avril 1934, au cours d’un voyage dans les pays du Proche-Orient. Sa présence dans cette ville donne lieu à d’importantes manifestations au sein de la colonie italienne : réceptions à la Casa d’Italia, visite des œuvres locales, revues des jeunes fascistes… Arrivé le 26 avril et logé au consulat général d’Italie, ce haut fonctionnaire repart quelques jours après pour la Palestine, sans avoir effectué la moindre démarche de courtoisie auprès des autorités mandataires françaises, qui n’ont d’ailleurs pas été avisées de sa venue. Louis Barthou, ministre français des Affaires étrangères s’adressant à l’ambassadeur de France à Rome Chambrun, décrit que cette situation est courante : « cette attitude peu conforme aux usages ne constitue pas un fait exceptionnel. A plusieurs reprises, au cours de ces dernières années de hautes personnalités italiennes officielles ou privées, ont visité les Etats du Levant en évitant tout contact avec nos représentants. Ce fut le cas en 1931 de Monsieur di Modrome, sénateur du Royaume, l’année suivante celui de Monsieur Lago Bono, député et en 1933 de Monsieur Bernardo Barbiellini, également député. Cette attitude de réserve affectée à l’égard des représentants de la France comporte, au Levant, plus d’inconvénients que partout ailleurs. L’opinion syrienne et libanaise, que la propagande italienne s’attache depuis tant d’années à gagner, ne pouvait manquer d’en être impressionnée à la longue et d’en tirer des conclusions propres à affaiblir le prestige et l’autorité de la puissance mandataire » [6]. La France exprime ici la crainte récurrente tout au long de son mandat, étayée par de nombreux documents, de l’ingérence italienne dans les affaires du mandat et auprès des populations syriennes et libanaises. Mais elle ne réagit pas pour autant auprès du gouvernement italien pour lui faire part de l’attitude de ses représentants.

En octobre 1934, Winston Churchill (homme politique britannique et futur Premier ministre de 1940 à 1945) effectue un voyage d’agrément en Méditerranée orientale, sur le Yacht Rosaura à bord duquel il est l’hôte de lord Moyne, ami de Churchill et homme politique britannique. Le 6 octobre, les voyageurs font escale à Tripoli afin de visiter le Krach des Chevaliers, puis débarquent à Beyrouth. Churchill exprime son désir d’être traité en touriste. Mais les journalistes locaux ne font pas preuve de la même discrétion. A Damas, un représentant du journal al-Ayam lui demande audience. Churchill, tout d’abord prêt à le recevoir, se ravise après s’être entretenu de la question avec le consul de Grande-Bretagne. Il ne peut cependant échapper à l’obligation de faire une déclaration à un groupe de journalistes. Interrogé sur le sort des pays du Levant, Churchill rappelle à ses interlocuteurs la compétence de la Commission des mandats en la matière. On lui demande ensuite d’exprimer son opinion sur la possibilité d’édifier un grand Empire arabe. Il répond qu’aucun projet n’est irréalisable, mais il souhaite que la plus parfaite entente règne entre la France et la Grande-Bretagne [7]. Les Echos de Damas du 10 octobre 1934 relatent la venue de Churchill dans cette ville, ses visites des monuments et des mosquées, et de l’entrevue de Churchill avec le président du Conseil syrien [8].

Le docteur Schacht, ministre allemand de l’Economie et directeur de la Reichbank se rend en novembre 1936 au Proche-Orient. Venant de Bagdad, il arrive à Damas et visite Baalbeck et Beyrouth. Il refuse l’invitation du haut-commissaire, voulant donner à son voyage au Levant un caractère privé, et éviter tout ce qui pourrait être interprété comme une rencontre officielle entre autorités française et allemande. Il repart ensuite en direction de Rhodes [9].

Marins et officiers britanniques et italiens

Les navires de guerre britanniques et italiens font escale dans les ports du Levant, mettant ainsi en évidence leur puissance militaire et diplomatique : pendant l’entre-deux-guerres en effet, la Grande-Bretagne possède la première flotte mondiale et l’Italie se dote d’une importante flotte de guerre afin d’asseoir sa politique dans la Mare Nostrum. Si certaines visites ont pour objectif d’établir des relations plus cordiales et de resserrer les liens avec la France et les principales personnalités levantines, appelées escales « solennelles », d’autres sont de simples escales destinées au repos des équipages, appelées escales ordinaires [10].
Ainsi, en 1927, plusieurs navires britanniques se rendent au Levant : le Royal Oak à Alexandrette du 17 au 26 septembre ; le Conquest, petit croiseur et trois sous-marins à Beyrouth du 19 au 26 septembre ; le destroyer Flotilla à Tripoli du 30 septembre au 10 octobre [11]. Ces escales prévues en septembre 1927 sont des escales de repos et ne comportent pas de manifestations officielles en dehors des visites de courtoisie réglementaires [12].
En octobre 1929, des navires britanniques se rendent dans les ports d’Alexandrette et de Beyrouth MAE, E-Levant, Syrie-Liban, vol. 423, fol. 114, Le ministre à Ponsot, Beyrouth, le 13 août 1929.. A l’occasion de la venue de l’un d’eux à Alexandrette, un bal est donné par le vice-consul de Grande-Bretagne et un thé dansant par la municipalité d’Alexandrette où sont conviés le contre amiral et ses officiers. Des visites d’Alep et d’Antioche ont également été proposées aux marins [13].

Quant à la marine italienne, le croiseur Trieste se rend à Beyrouth du 20 au 24 août 1929. Mais la venue de ce navire construit en 1926 et considéré comme l’un des plus beaux de la flotte italienne paraît inopportune aux autorités mandataires françaises, car aucun navire de guerre français d’un type moderne n’est venu à Beyrouth depuis deux ans [14]. Le ministre français des Affaires étrangères Briand fait néanmoins savoir au gouvernement italien que le gouvernement français n’a pas d’objection à ce que le croiseur Trieste séjourne à Beyrouth [15]. Il est cependant décidé que le navire de guerre français La Motte-Picquet effectue une croisière dans les ports du Levant, en même temps que le Trieste. Rétrospectivement, le séjour du Trieste s’est parfaitement déroulé [16]. Poursuivant ses escales au Levant, le navire italien se rend dans le port de Tripoli le 5 septembre. A cette occasion, le vice-consul d’Italie organise un dîner au consulat d’Italie. Des visites d’établissements italiens sont également organisées le 6 septembre : le consul d’Italie, le commandant du croiseur et son état-major visitent ainsi l’hôpital italien, la banque di Roma et l’établissement des Pères carmes [17].

Enfin, citons à titre anecdotique la venue d’un colonel britannique au Levant, le 27 mars 1933. Ancien officier du service des renseignements de l’armée britannique lors des campagnes de Palestine et de Syrie, devenu par la suite chef de la section politique du corps d’occupation de la Grande-Bretagne, il ne se consacre plus officiellement qu’à la botanique et à l’ornithologie et souhaite donc parcourir les territoires sous mandat français pour y collectionner les oiseaux et les plantes. Selon le haut-commissaire Ponsot, il apparaît que son activité scientifique ne parait pas l’avoir complètement détourné de ses anciennes préoccupations [18].

Chefs d’entreprise et hauts fonctionnaires à la recherche de nouveaux marchés

Des chefs d’entreprise occidentaux se rendent également au Levant afin de trouver de nouveaux marchés ou investir au Levant, témoignant ainsi de la puissance économique occidentale.

En 1925, une mission commerciale française de la société d’automobile André Citroën se rend au Levant, afin de développer et de favoriser en Syrie, en Palestine, en Irak et en Iran des ventes de voiture Citroën. Parallèlement à cette mission et pour en intensifier la portée, un convoi d’automobiles part de Beyrouth le 25 juillet vers Bagdad et Téhéran [19]. Il est à noter que Citroën, mais également Peugeot constituent des réseaux afin de développer leurs ventes à l’étranger, aux Etats-Unis, à Cuba, en Amérique Latine [20]. Plusieurs industries, dont celles automobiles, tentent ainsi de s’implanter et utilisent divers procédés pour se faire connaître (films publicitaires ou des convois d’automobiles). Mais la crise de 1929 remet en cause cette situation et les exportations des grandes sociétés sont en recul. Citroën dépose notamment le bilan en 1934 et est repris par Michelin.
Ralph Chesbrough, consul américain à Beyrouth pendant la Première Guerre mondiale, se rend à Beyrouth en 1929 à bord du navire américain Exford, avec sa famille. Officier du département américain du commerce au Caire, il souhaite faire de Beyrouth son quartier général pour quelques mois pour étudier les conditions commerciales en Syrie, Liban, Irak, Palestine et Perse. Le consul américain Brandt précise que Chesbrough est un ami personnel de longue date, et demande à la France toutes les facilités pour celui-ci [21].

Professeurs et étudiants, journalistes et cinéastes

Des intellectuels, des professeurs et des étudiants américains, italiens et britanniques se rendent au Levant, ainsi que des journalistes et des cinéastes. Pour la France, leur but, non clairement exprimé, est de faire rayonner leurs propres cultures auprès des populations du Levant. Cependant, certains, particulièrement francophiles, participent à faire connaître dans leur pays les réalisations de la puissance mandataire au Levant.

Professeurs et étudiants de l’université se rendent au Levant, ainsi que des intellectuels. Ainsi, un ancien répétiteur d’anthropologie à l’université d’Harvard entreprend en Syrie, en Arabie et en Egypte des recherches anthropologiques pour le bureau de recherches internationales de l’université d’Harvard. Il se rend à Beyrouth vers le 21 novembre 1928, puis à Tripoli et à Lattaquié [22]. De même, dans le cadre de la politique de Mussolini, des étudiants italiens séjournent au Levant, afin de découvrir les territoires de la Mare Nostrum. Les étudiants de l’université de Trévise, en voyage en Méditerranée orientale en août et septembre 1929, se rendent en Syrie et au Liban du 27 août au 1er septembre [23]. En 1933, une américaine visite la Syrie ainsi que l’Egypte et la Turquie. Elle est considérée comme une amie de la France, car elle exprime ses sentiments de sympathie à son égard lors de conférences aux Etats-Unis et dans des ouvrages, dont celui intitulé La France légendaire. Dans ces conditions, la puissance mandataire estime avoir tout intérêt à faciliter son voyage en Syrie, pour lui permettre d’établir des observations en faveur de l’exercice du mandat français [24]. Un autre exemple est donné pour l’année 1938. Un professeur de l’université de Cambridge se rend également en Syrie pour achever les études préparatoires qu’il poursuit en vue d’un ouvrage sur l’histoire des croisades. Il est le fils d’un ministre britannique ayant exercé plusieurs portefeuilles dans divers gouvernements depuis 1907, et qui s’est retiré de la vie politique au moment de la démission du cabinet Baldwin. Le professeur est très instamment recommandé aux autorités françaises du Levant par Paris pour lui faciliter son séjour [25].

Le but des journalistes et des cinéastes au Levant est de découvrir et de faire découvrir ces pays. S’il leur est facile d’enquêter discrètement sur la manière dont la France gère son mandat pendant leurs reportages, les exemples suivant mettent en évidence l’opinion positive qu’ils ont de la France et de son œuvre au Levant.
En 1921, se rendant en Egypte, deux journalistes américains prévoient une escale à Beyrouth en mars, d’où ils adresseront des correspondances au Chicago Daily News et au New York World. Ils sont signalés comme animés des meilleures dispositions à l’égard de la France, au moment où le projet de mandat vient d’être communiqué au gouvernement des Etats-Unis et où l’opinion américaine manifeste un intérêt pour les questions orientales [26]. Les appréciations de ces journalistes revêtent une importance particulière pour l’image de la puissance mandataire : une opinion positive des Etats-Unis est en effet capitale, à l’époque des tractations pour la mise en place du mandat. Toute publicité faite en faveur de la France par ces deux journalistes est ainsi accueillie très favorablement par la diplomatie française qui s’attache à leur accorder toutes les facilités de voyage.
Par ailleurs, reporters et équipes cinématographiques allemandes montrent leur intérêt pour le Levant. L’agence Scherl, qui depuis plusieurs années organise des croisières faisant escale à Beyrouth, propose de faire tourner un film sur la Syrie, ses richesses économiques et son développement. Cette agence désirerait obtenir un visa gratuit pour trois personnes, et diverses facilités pour l’entrée des bagages de l’expédition. Bien que cette agence ait fait preuve d’hostilité dans le passé à l’égard de la France, André François-Poncet, ambassadeur de France à Berlin, estime qu’il est nécesssaire d’examiner dans quelle mesure la France peut répondre à cette demande [27].
Dans le même sens, un journaliste allemand est chargé d’un voyage d’études en Syrie pour un journal berlinois. Ses travaux et publications (il écrit dans divers journaux allemands, dont La Gazette de Cologne, et a publié un livre sur la Société des Nations) montrent une grande admiration pour la France [28]. Ce journaliste se déclare très heureux de la manière dont il a été reçu au Levant, et donne son témoignage dans un journal habituellement hostile à la France, le Boersen Zeitung. Il décrit tout d’abord la beauté du pays, et s’attache à en dépeindre le pittoresque. Il s’étend également sur l’administration française du mandat, et se fait l’avocat de la légitimité de la France au Levant, par le rappel des événements fondateurs de 1860 et du protectorat catholique qui en découle. Il estime que la position de la France au Levant est désintéressée, étant donné qu’elle n’a dans ce territoire aucun intérêt économique ni colonial, le centre de son empire colonial se trouvant en Afrique [29]. Cet article favorable à la France tranche avec le ton généralement hostile de la presse allemande à l’égard de la politique française au Levant.
Enfin, l’Universum Film-Aktiengesellschaft, société de production de Berlin, souhaite envoyer une équipe en Irak et en Arabie Saoudite pour y tourner un film documentaire sur la culture de ces pays. L’équipe désirerait, à l’occasion de son passage en Syrie et au Liban, prendre également une série de vues photographiques [30]. Le haut-commissaire Damien de Martel ne voit pas d’objection à la venue de l’UFA dans les Etats du Levant. Cependant, afin d’éviter que ces opérateurs allemands ne prennent des vues susceptibles de fournir un élément à la propagande anti-française, il leur prescrit un itinéraire déterminé et les fait accompagner par un membre du haut-commissariat [31].

Le Levant, étape attractive pour les sportifs et les aventuriers

Outre son attraction culturelle et historique, le Levant, carrefour entre l’Occident et l’Orient, constitue un point de passage pour de nombreux sportifs ou aventuriers. Ces aventuriers se démarquent par l’originalité de leurs démarches.
Des équipées sont ainsi organisées par des Britanniques, des Allemands et des Américains, en deux roues, en avion, en voiture, en ballon, mettant en évidence l’esprit d’aventure de l’entre-deux-guerres.
Entreprenant en 1927 le tour du monde en « auto-cyclette » (bicyclette à pétrole), deux Britanniques traversent les Etats sur mandat français pour se rendre ensuite à Bagdad [32]. En 1927 également, l’aviateur allemand Koennecke, parti de Cologne à bord de l’avion Germanior, fait une étape à Alep. La presse syrienne dresse un panégyrique de l’aviateur dans un article du Journal de Syrie, qui le décrit comme « un as allemand, fort connu en aviation », et notamment pour ses exploits en vol : il a obtenu le record de Cologne à Angora sans atterrissage en dix huit heures de vol. Après Alep, ses prochaines étapes sont Bassorah, Bombay, Calcutta, Hong-Kong, puis la traversée du Pacifique pour se rendre en Amérique. Il se montre très heureux de l’accueil des autorités françaises, en particulier du général Marty commandant des forces d’Alep, et des officiers aviateurs [33]. La même année, Clarence Stinnes, âgée de 26 ans, fille d’un célèbre industriel allemand, entreprend le tour du monde en voiture. Son itinéraire se compose d’un double trajet à travers la Syrie. D’une part, venant d’Angora, elle se rend en Egypte en traversant la Syrie, et en revenant du Caire, elle arrête à Damas pour gagner Bagdad. Ce voyage fera aussi l’objet d’un film, où Clarence Stinnes s’engage à insérer toute prise de vue, documentaire ou pittoresque sur le Levant [34]. En 1933, deux Américains réalisent un tour du monde à bicyclette, en partant de Londres. Après avoir traversé l’Europe, ils arrivent en Turquie, en Syrie, en Irak, et reviennent par la Syrie. Dans une lettre de remerciements au haut-commissaire, ils se disent très heureux de l’accueil reçu au Levant et font l’éloge de la bonne administration du mandat [35]. En 1934, un aéronaute allemand effectue un voyage en ballon libre, pour lequel il a déjà obtenu l’autorisation de survol de la Syrie, de la Tunisie et du littoral algérien. Il pilote le ballon libre Wilhelm Von Opel de 2200 m3 et il est accompagné d’un autre allemand [36].

Parmi les Occidentaux qui se rendent au Levant, certains sont motivés par la perspective de découvrir de nouveaux territoires, de nouvelles coutumes, de mettre en œuvre des projets économiques ou culturels ou de répondre à un besoin d’aventure, mais d’autres, si l’on en croit les notes diplomatiques de l’époque, paraissent avoir d’autres objectifs. Venir au Levant, même à titre touristique, peut être considéré comme suspect par les autorités françaises, qui craignent de possibles actions pouvant nuire à leur politique et à leur rayonnement.

Publié le 07/12/2010


Anne-Lucie Chaigne-Oudin est la fondatrice et la directrice de la revue en ligne Les clés du Moyen-Orient, mise en ligne en juin 2010.
Y collaborent des experts du Moyen-Orient, selon la ligne éditoriale du site : analyser les événements du Moyen-Orient en les replaçant dans leur contexte historique.
Anne-Lucie Chaigne-Oudin, Docteur en histoire de l’université Paris-IV Sorbonne, a soutenu sa thèse sous la direction du professeur Dominique Chevallier.
Elle a publié en 2006 "La France et les rivalités occidentales au Levant, Syrie Liban, 1918-1939" et en 2009 "La France dans les jeux d’influences en Syrie et au Liban, 1940-1946" aux éditions L’Harmattan. Elle est également l’auteur de nombreux articles d’histoire et d’actualité, publiés sur le Site.


 


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