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Vision 2030 Arabie Saoudite et Visions 2030 Abu Dhabi : quels points communs, quelles différences (1/3) ?

Par Justine Clément
Publié le 18/11/2021 • modifié le 23/11/2021 • Durée de lecture : 15 minutes

People stand next to the Ruyaa (vision) 2030 pavilion at the Gitex 2017 exhibition at the Dubai World Trade Center in Dubai on October 8, 2017.

GIUSEPPE CACACE / AFP

Aperçu des visions

« Vision 2030 » de l’Arabie saoudite
La « Vision 2030 » de l’Arabie saoudite, portée par le prince héritier Mohammed ben Salmane, est lancée le 25 avril 2016. Elle fait suite aux difficultés rencontrées par le pays lors de l’effondrement des cours du pétrole entre 2014 et 2016. Elle s’articule autour de trois piliers, que sont « une société vibrante » (réaffirmation de la place de l’islam, transmission de l’héritage national et amélioration du cadre de vie) ; « une économie prospère » (investissement de nouveaux domaines, privatisation de l’économie et attractivité régionale et internationale) ; et « une nation ambitieuse » (réformes législatives, amélioration de l’efficacité et responsabilité des instances gouvernementales). Financée à la fois par le gouvernement, par le fonds souverain national (Public Investment Fund) et par le secteur privé, elle s’organise autour de 13 programmes et 96 objectifs.

Plans, visions et stratégies 2030 de l’émirat d’Abu Dhabi
Les Émirats arabes unis ne disposent pas d’une vision économique nationale de long-terme. Cependant, l’émirat d’Abu Dhabi – dont la dépendance à la rente pétrolière se rapproche du modèle saoudien – lance en 2008 une série de visions, stratégies et plans pour accompagner sa croissance jusqu’en 2030. Le développement futur de l’émirat s’articule autour du « Surface Transport Master Plan 2030 » et de la « Abu Dhabi Transportation Mobility Management Strategy » (repenser le réseau de transports publics, avec une focalisation particulière sur leur durabilité) ; du « Plan Abu Dhabi 2030 » (réorganisation urbaine) ; de la « Abu Dhabi Economic Vision 2030 » (diversification et privatisation de l’économie) et de la « Environment Vision Policy 2030 » (pour le développement durable). À l’instar de l’Arabie saoudite, les différentes stratégies sont financées par le gouvernement à travers les fonds souverains émiratis (Abu Dhabi Investment Authority (ADIA), Mubadala…), ainsi que le secteur privé.

I. Diversifier l’économie nationale pour contrecarrer le piège de la rente pétrolière

A. Le pétrole, une « bénédiction » (ni’ma) et une « punition » (niqma)

1. Le pétrole, moteur de développement socio-économique

L’économie pré-pétrolière saoudienne s’appuie principalement sur le pastoralisme, l’agriculture d’oasis, et le commerce établi le long des routes du pèlerinage. La découverte des premiers gisements de pétrole en 1938 bouleverse l’avenir du pays – bien que son exploitation soit directement perçue comme une « bénédiction » (ni’ma) et une « punition » (niqma) [2]. Pourtant, les hydrocarbures permettent au Royaume d’entreprendre, à partir des années 1970, une réelle modernisation de ses infrastructures via le lancement de plans quinquennaux. Le premier plan (1970-1975) se focalise sur le développement des infrastructures nationales, multiplie par dix la capacité des ports saoudiens et par vingt-huit la production énergétique [3]. Les trois plans quinquennaux suivants (1975-1980 ; 1980-1985 et 1985-1990) se concentrent sur le développement social du pays, en investissant dans l’éducation, le domaine médical et les services sociaux [4]. Face au « boom » démographique des années 1990 [5] et l’augmentation de la population diplômée, l’État consacre ses cinquième (1990-1995) et sixième plan (1995-2000) à la création d’opportunités pour les nationaux [6], via une « saoudisation » du marché du travail. Ce développement économique, mais surtout social entrepris par l’Arabie saoudite depuis une cinquantaine d’années, ne permet cependant pas à l’État de se détacher des revenus liés aux hydrocarbures qui représentent toujours 42% de son PIB [7] en 2021. En février 2021 – et malgré le contexte sanitaire mondial – le Royaume produisait toujours près de 8,147 millions de barils par jour [8], avec des réserves estimées à 268 milliards de barils.

L’économie pré-pétrolière des Émirats arabes unis s’appuie, elle, principalement sur le commerce de perles et la pêche, notamment avec l’Inde, qui dès 1904 lui ouvre ses routes commerciales. C’est en 1958 que sont découverts les premiers puits de pétrole, dans le champ d’Umm Shaif, puis en 1960 dans le désert de Murban. La production est rapidement amorcée – dès 1962 en offshore (en mer) et dès 1963 en onshore (sur terre) – par la British Petroleum Company, associée à la Compagnie française des pétroles. Après leur indépendance en 1971, les Émirats arabes unis, et particulièrement l’émirat d’Abu Dhabi, suivent un schéma presque inverse à celui de l’Arabie saoudite. Le gouvernement fédéral se focalise très vite sur sa diversification économique, en investissant avant tout dans le secteur industriel. Il développe sa production en aval (downstream) [9], c’est-à-dire la raffinerie, la transformation, la distribution et la commercialisation des hydrocarbures. ADNOC (compagnie nationale pétrolière) créé en 1978 la ADNOC Gas Processing, chargée du traitement, de la commercialisation et de la distribution de gaz liquéfié. Deux ans plus tard, l’entreprise pétrolière nationale, en partenariat avec TOTAL inaugure la Ruwais Fertilizer Industry (FERTIL), spécialisée dans la production d’engrais. Plus récemment, Abu Dhabi investit dans le domaine des transports avec la création de la Strata, entreprise spécialisée dans l’aéronautique et de Zarooq Motors en 2015, dans la construction automobile. Ce développement du secteur industriel permet à l’émirat de jouir de nouvelles sources de revenus et de limiter les conséquences de la volatilité des prix du pétrole, même si les domaines investis restent extrêmement dépendants des hydrocarbures. En 2020, les secteurs pétrolier et gazier représentaient 32% du PIB des Émirats arabes unis [10], dont les réserves sont estimées, en 2020, à 98 milliards de barils de pétrole [11].

La diversification économique amorcée par l’Arabie saoudite et Abu Dhabi laisse pourtant un poids prépondérant du secteur des hydrocarbures qui, victime de crises et de la volatilité des prix, fragilise d’autant plus les deux économies rentières.

2. La volatilité des cours de pétrole : une déstabilisation économique presque constante

Les différentes stratégies de l’émirat d’Abu Dhabi ainsi que la « Vision 2030 » de l’Arabie saoudite interviennent après des contextes de crises pétrolières, anciennes comme récentes. En 1973, le jour du jeûne de Yom Kippour, l’Égypte et la Syrie lancent une offensive surprise dans le Sinaï et sur le plateau du Golan, territoires occupés par Israël depuis la guerre des Six Jours (1967). La défaite des pays arabes face à Israël – soutenu par les États-Unis – provoque la colère des pays producteurs qui, via l’OPAEP, s’accordent sur diverses sanctions contre les pays consommateurs soutenant Israël (États-Unis et Pays-Bas). Le prix du baril est quadruplé, passant de 2,59 dollars à 11,65 dollars [12], la production diminue de 5% par mois et un embargo est instauré contre la puissance américaine.

En 1978, l’Iran fait face à une grève dans la raffinerie d’Abadan pour protester contre la politique du Shah. En seulement une journée, la perte est estimée à 60 millions de dollars, alors que l’Iran est le second producteur de pétrole mondial [13]. Face à l’importance du mouvement social, le gouvernement iranien décide de limiter la production aux besoins nationaux, soit à 1,5 million de barils par jour, contre 5 millions auparavant [14]. La quantité de pétrole sur le marché mondial s’effondre, provoquant la rareté de la ressource et l’augmentation immédiate du prix du baril. Le nouveau gouvernement instauré par la Révolution islamique de 1979 ne permet pas au pays de retrouver son niveau de production pré-1978. En guerre contre l’Occident et particulièrement contre les États-Unis, l’Iran refuse le retour d’une politique d’exportation massive. Entre 1978 et 1979, le prix du baril est triplé, passant de 13 à 35 dollars, jusqu’à atteindre 40 dollars en 1980 [15]. La demande chutant et pour contrecarrer cette offre excédentaire, les pays de l’OPAEP réduisent leur production, comme l’Arabie saoudite qui passe de 1980 à 1985 d’une production de 10 millions de barils à 3 millions par jour [16]. Cette baisse drastique conduit finalement à un contre-choc pétrolier, avec l’effondrement du prix du baril entre 1985 et 1986, de 25 à 10 dollars [17]. Plusieurs petits chocs apparaissent après cette période, notamment en 1990 et 2003, lors des deux guerres d’Irak. En 1990, les opérations militaires américaines réduisent la production de 4,3 millions de barils par jour [18]. En 2003, la production baisse à son tour de 2,3 millions de barils par jour [19].

Pensée à partir du début des années 2000, la stratégie pour 2030 du gouvernement d’Abu Dhabi répond à un contexte économique particulier. À partir de 2003, une instabilité du cours du pétrole est observée, pour atteindre un prix record le 3 mars 2008 s’élevant à 144,27 dollars le baril [20], soit cinq fois plus qu’en 2003. Ce choc d’offre pousse le gouvernement d’Abu Dhabi – qui détient près de 90% des réserves du pays – à assurer la pérennité et durabilité de son économie via une réelle diversification économique. De son côté, l’Arabie saoudite, qui lance plus tardivement sa « Vision 2030 », est particulièrement touchée par la baisse des prix entre 2014 et 2016. En 2014, alors que le pays produit près de 9,7 millions de barils par jour [21], le prix du baril chute de 65%, passant de 110 dollars à 35 dollars. Pour cause, le ralentissement de la croissance chinoise, qui stagne à 7,4% en 2014 contre 14,2% en 2007 [22], ne permet plus au pays consommateur de garder son niveau d’importations. Le développement de la production de pétrole non-conventionnel – le pétrole de schiste – par les Etats-Unis entraîne en plus une surproduction par rapport à la demande. Les États-Unis produisent dès lors près de 11 millions de barils par jour, alors que l’OPEP maintient son niveau de production à 30 millions par jour. Les conséquences sont significatives pour l’Arabie saoudite : la dette gouvernementale s’élève à 1,6% du PIB en 2014, 5,8% en 2015 et 13,1% en 2016 [23]. La bourse saoudienne perd plus de la moitié de sa valeur, et les réserves de change, qui maintiennent en confiance les marchés financiers, diminuent progressivement. En 2014, elles représentent près de 730 milliards de dollars de liquidités contre 630 milliards en 2016 et 464 milliards en 2020 [24].

Finalement, la récente pandémie de Covid-19 réaffirme l’urgence d’une réelle diversification économique. Alors que la consommation chinoise de pétrole chute, les pays de l’OPEP se réunissent et s’engagent à réduire de 1,5 millions de barils par jour leur production. Ils demandent aux membres de l’OPEP+, dont la Russie, de suivre cet engagement afin de faire remonter les prix du cours du pétrole. Cependant la Russie, qui souhaite concurrencer l’industrie américaine de gaz de schiste à qui profite les prix bas du pétrole, refuse de s’aligner sur les pays producteurs. L’Arabie saoudite répond en abaissant le prix du pétrole brut, tout en augmentant sa production afin d’inonder le marché et faire céder la Russie. Bien que les deux pays nient toute guerre économique, les cours du pétrole enregistrent une baisse de 25% dès le 9 mars 2020, surnommé « Lundi Noir ». Les États membres de l’OPEP+ parviennent finalement à un accord en avril 2020 en statuant sur une baisse de 9,7 millions de barils par jour, soit « la plus grande baisse de production de l’histoire » [25]. Sur l’ensemble de l’année 2020, le prix moyen du baril s’élève à 42 dollars, soit 35% de moins que son prix moyen en 2019 (64,3 dollars) [26]. L’Arabie saoudite est particulièrement affaiblie par cette nouvelle chute du cours du pétrole et voit son PIB contracté à -4,1%, avec un déficit de 12,0% pour l’année 2020, soit 79 milliards de dollars [27]. Pour cause, en 2020, le Royaume vendait près de 1,69 million de barils par jour à la Chine, soit 25% de ses exportations [28].

L’Arabie saoudite et Abu Dhabi ont donc historiquement été touchés par des crises pétrolières puis économiques fortes. De plus, la concurrence du pétrole non-conventionnel américain et l’urgence climatique – au cœur de l’agenda mondial – s’avèrent être des arguments supplémentaires pour entamer une réelle diversification économique, au cœur des visions 2030 des deux voisins du Golfe.

B. D’une « économie pétrolière » à une « économie du savoir »

1. Investir dans de nouveaux domaines en s’appuyant sur le secteur privé

Dans leurs stratégies pour 2030, l’Arabie saoudite et Abu Dhabi s’orientent vers une « économie du savoir », c’est-à-dire une économie basée sur la production, la distribution et l’utilisation du savoir et de l’information comme principales sources de performance. Ces économies investissent massivement dans les hautes technologies et dans l’éducation, afin d’obtenir une main d’œuvre de plus en plus qualifiée, mais surtout de l’adapter rapidement aux nouveaux secteurs économiques qui sont en perpétuelle transformation [29].

Pour ce faire, le secteur privé – dont la compétitivité plus élevée et la réactivité plus forte permettent plus d’innovation – est largement investi. L’Arabie saoudite mise sur le développement des petites et moyennes entreprises (PME), par le biais de programmes d’accompagnement (notamment pour faire face aux obstacles administratifs) et de financement. Le gouvernement saoudien espère, pour 2030, que la contribution des PME au PIB passe de 20% (en 2015) à 35% [30]. Pour appuyer leur rayonnement, le Royaume prévoit aussi de favoriser l’export des produits et le e-commerce, en développant des partenariats avec des entreprises internationales. Ici, le fonds souverain d’Arabie saoudite, le Public Investment Fund (PIF) en est le principal levier. Il prévoit d’augmenter sa capacité financière de 400 milliards de dollars (2020) à plus de 2000 milliards de dollars en 2030 [31]. En 2021, le PIF prévoyait d’investir près de 2 milliards de dollars au sein de la plateforme de e-commerce Noon sur les trois à quatre prochaines années, pour permettre à la compagnie de moderniser ses infrastructures et accélérer ses délais de livraison [32]. Les domaines priorisés par le gouvernement saoudien sont le secteur manufacturier, touristique et de loisirs, technologique, financier, de la défense et minier.

Plus concrètement au niveau du secteur touristique, la « Vision 2030 » lance le Red Sea Project, un gigantesque complexe touristique sur un archipel de 90 îles, dont le coût est estimé à près de 30 milliards de dollars. En 2030, ce site devrait accueillir 8 000 chambres d’hôtels réparties sur 48 établissements [33]. Ensuite, le gouvernement souhaite nationaliser progressivement son secteur de la défense. Alors que le Royaume est le premier importateur d’armes au monde [34], seulement 2% de ses dépenses militaires sont investies dans des entreprises nationales, limitées à sept compagnies [35]. D’ici 2030, le gouvernement souhaite localiser 50% de ses dépenses militaires à l’intérieur du royaume [36]. Cette stratégie a déjà été impulsée par le PIF, qui crée en 2017 la Saudi Arabian Military Industries (SAMI), afin d’atteindre cet objectif. Enfin, du côté des finances, l’Arabie saoudite possède déjà sa bourse Tadawul, la plus grande parmi les pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) et l’une des plus grandes au monde. En 2000, la Tadawul accueillait 75 entreprises, contre 169 en 2014 et 203 en 2020.

Du côté d’Abu Dhabi, même si l’émirat est en surplus commercial, il entre en déficit de commerce non-pétrolier en 2006, avec près de 21 milliards de dollars [37]. L’objectif de la « Abu Dhabi Economic Vision 2030 » est d’atteindre en 2028 [38] un équilibre entre commerce pétrolier et non-pétrolier. En matière d’économie du savoir, l’émirat souhaite se focaliser sur l’aviation, la recherche spatiale, l’industrie pharmaceutique, le tourisme, l’éducation, la finance et les services de télécommunication. Abu Dhabi souhaite voir une croissance de près de 7,5% par an dans ces secteurs, jusqu’en 2030 [39]. Pour l’aviation (qu’elle soit commerciale ou militaire), Abu Dhabi veut étendre son influence en devenant une référence mondiale à la fois dans la maintenance, la réparation et la production manufacturière d’avions. Au niveau de l’industrie pharmaceutique, l’émirat souhaite concentrer son investissement dans le secteur de la recherche et du développement (R&D), et attirer de nouveaux partenaires et laboratoires internationaux. En 2019, il créé la Abu Dhabi Research and Development Authority (ADRDA), chargée de l’extension de l’activité dans l’émirat. En matière d’attractivité touristique, Abu Dhabi souhaite devenir un pôle régional majeur. Dès 2008, l’émirat a déjà ouvert plusieurs agences de tourisme en Grande-Bretagne, Allemagne et France afin de se promouvoir comme destination incontournable. De nombreux hôtels – notamment de renommée internationale – ont déjà ouvert dans la capitale, comme le Ritz Carlton (2011) ou le Rixos Saadiyat Island (2018). Côté loisirs et divertissements, Abu Dhabi a accueilli sur l’île de Yas les parcs d’attraction Ferrarri World (2010), Yas Waterworld (2013) et Warner Bros. World (2018). Enfin, il a aussi développé de nouveaux centres commerciaux comme le Galleria Mall (2013) et le Yas Mall (2014).

Finalement, ces stratégies de diversification économique, avec un appui particulier sur le secteur privé, doivent aboutir à un objectif précis : celui de l’augmentation des revenus non-pétroliers dans l’économie. En ce sens, l’Arabie saoudite souhaite augmenter ses revenus non-pétroliers de 44 milliards de dollars (2016) à 266 milliards de dollars pour 2030 et augmenter la part du secteur privé de 40% (2016) du PIB à 65% (2030). Abu Dhabi souhaite, de son côté, une contribution à hauteur de 64% des secteurs non-pétroliers dans son PIB.

2. Augmenter leur attractivité et développer leur influence internationale

Afin d’appuyer leur stratégie de diversification économique et augmenter leur influence sur la scène internationale, Abu Dhabi et l’Arabie saoudite souhaitent d’abord attirer une nouvelle population expatriée. Le Royaume saoudien prévoit d’étendre la possibilité de la propriété à tous ses expatriés, d’améliorer leur qualité de vie (création de nouveaux quartiers, services pour les enfants, augmentation des écoles internationales) et de faciliter les procédures de visas et de permis de résidence. Pareillement, le « Plan Abu Dhabi 2030 » prévoit la construction de nouveaux quartiers réservés aux expatriés, dans les standards de construction internationaux, ainsi que la mise en place de services de proximité (restaurants, commerces, crèches, infrastructures de sport). La « Abu Dhabi Economic Vision 2030 », à l’instar de son voisin saoudien, prévoit aussi une facilitation des procédures et des critères de délivrance des visas.

Cette stratégie d’attractivité s’inscrit finalement dans un objectif plus global, qu’est le statut de pôle régional de référence. L’Arabie saoudite, dont la position stratégique est primordiale, a annoncé l’ouverture de nouvelles routes maritimes et l’extension de ses partenariats internationaux, notamment en allégeant sa législation sur les transports aériens et maritimes de marchandises. Ainsi, la « Vision 2030 » prévoit d’augmenter sa position dans l’index de performances logistiques, passant de 49ème à 25ème [40]. Elle prévoit aussi d’augmenter la part des exports non-pétroliers dans le PIB non-pétrolier à 50% de contribution (2030), contre seulement 16% actuellement [41]. Pour renforcer ses partenariats internationaux, moteurs des investissements directs à l’étranger (IDE), Riyad a annoncé (et contre toute attente) le 15 février 2021 que les agences et institutions publiques saoudiennes cesseraient toute activité avec les entreprises internationales n’ayant pas de siège régional en Arabie saoudite, à partir de 2024 [42]. Le gouvernement saoudien souhaite créer un environnement favorable au commerce, en léguant certains de ses capitaux immobiliers aux entreprises ou encore aux écoles (afin de développer de nouvelles formations). La « Vision 2030 » insiste de même sur la collaboration des banques, pour délivrer aux entreprises dans le besoin de nouveaux crédits de développement. Pour faciliter l’implantation d’entreprises privées internationales, le Royaume prévoit la création de zones spéciales, où les lois économiques sont plus libérales. Finalement, l’Arabie saoudite souhaite passer de la 25ème position dans l’index de compétitivité globale au Top 10 [43]. Elle souhaite de même augmenter la part des investissements directs étrangers dans le PIB de 3,8% (2015) à 6,7% (2030) [44]. La coopération interrégionale est aussi favorisée par la « Vision 2030 », puisque l’Arabie saoudite souhaite s’affirmer comme leader du Conseil de Coopération du Golfe (CCG), en coordonnant l’implantation d’un marché régional, avec une harmonisation des politiques économiques et des partenariats renforcés [45].

Du côté d’Abu Dhabi, l’ouverture à l’international est moins priorisée, de par la position déjà centrale du pays dans la région. Cependant, comme le déclare le Centre des statistiques d’Abu Dhabi, « les Émirats cherchent à réduire leur dépendance vis-à-vis du pétrole, et reconnaissent de plus en plus la nécessité de promouvoir les investissements étrangers comme l’un des instruments de la diversification économique ». Ainsi, Abu Dhabi a déjà commencé (et souhaite continuer) à établir un environnement favorable pour l’installation d’entreprises étrangères, avec des taxes dont les taux sont les plus bas au monde. De plus, dans sa vision économique pour 2030, l’émirat souhaite agrandir et créer de nouvelles ZonesCorp, zones industrielles sans taxe. Cependant, le pays cherche aussi à préserver ses industries locales, en plafonnant la possession d’actions par des étrangers dans les entreprises émiraties à 49% [46]. Cela permet de développer une interaction entre locaux et internationaux, tout en favorisant l’innovation.

Finalement, l’Arabie saoudite et Abu Dhabi misent sur des stratégies semblables en termes de diversification économique. En souhaitant attirer une nouvelle population expatriée, développer de nouveaux partenariats internationaux et attirer les investissements étrangers, les « meilleurs ennemis » se lancent dans une certaine compétition. Pour Amjab Ahmad, de l’Atlantic Council, « la compétition entre les deux voisins est saine et accélèrera les réformes dans les deux économies » [47].

Lire la partie 2

Publié le 18/11/2021


Justine Clément est étudiante en Master « Sécurité Internationale », spécialités « Moyen-Orient » et « Renseignement » à la Paris School of International Affairs (PSIA) de Sciences Po Paris. Elle a effectué un stage de 5 mois au Centre Français de Recherche de la Péninsule Arabique (CEFREPA) à Abu Dhabi en 2021, où elle a pu s’initier au dialecte du Golfe. Elle étudie également l’arabe littéraire et le syro-libanais.


 


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