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Soliman le Magnifique, bande dessinée de Julien Loiseau, Clotilde Bruneau, Esteban Mathieu, Christian Pacurariu

Par Louise Plun
Publié le 22/04/2015 • modifié le 27/04/2020 • Durée de lecture : 5 minutes

En effet, Soliman le Magnifique, publié en janvier 2015, relate les dernières années du règne de Soliman. Il regroupe le travail de plusieurs spécialistes : ’historien Julien Loiseau [1], apporte l’exactitude historique là où les deux scénaristes Mathieu Esteban [2] et Clothilde Bruneau, [3] ont collaboré à la structure artistique de l’ouvrage. Les dessins sont de Christian Pacurariu [4] et les couleurs d’Andrea Meloni.

Soliman le Magnifique

Soliman le Magnifique est né aux environs de 1495. Gouverneur de Manisa, Soliman est le seul fils survivant de Selim Ier, sultan de 1512 à 1520. Ce dernier lui laisse le commandement temporaire de l’Empire lors de ses campagnes militaires, destinées à repousser toujours plus loin les frontières du territoire ottoman. En 1520, il succède à Selim Ier, et devient le dixième sultan ottoman de la dynastie d’Osman (il porte également le titre religieux de calife). Peu nombreux sont ceux qui croient en ses capacités de successeur et héritier du trône. Alors que la Porte et les Janissaires nourrissent déjà des espoirs de rébellion, Soliman se révèle digne de son père. Il s’appuie pendant les premières années de son règne sur les conseils de son entourage et sur l’homme qui a partagé son éducation, Ibrahim Pacha, en le nommant en 1523 grand-vizir. Son règne se caractérise ainsi par une politique cohérente, rationnelle, énergique et glorieuse, du fait notamment de ses nombreuses conquêtes.
Son règne glorieux lui a valu le surnom de « Magnifique » de la part des Occidentaux, tandis que pour les Ottomans il demeure Kanunî, « le Législateur », en rappel de l’adoption d’un code de lois communes, le Kanunname, sous son règne.

Ses conquêtes

En effet, le règne de Soliman se distingue par la fougue de sa politique extérieure, marquée par les conquêtes. Celle-ci rompt avec celle de son père, qui avait destiné ses campagnes à soumettre le Shah d’Iran, tandis que Soliman se consacre à la conquête de l’Europe, tout en s’assurant de la soumission de son rival iranien. Il y est ainsi victorieux là où ses ancêtres avaient du rebrousser chemin [5]. En effet, Soliman prend Belgrade en 1521, puis la ville tant convoitée de Rhodes en 1522, et enfin matte une révolte en Egypte en 1524. Son seul échec temporaire est celui de la prise de Vienne, en 1529. Dans les années qui suivent, Soliman fait face à une révolte du pouvoir iranien contre son autorité. Il lance ensuite son armée à l’assaut de l’Anatolie, prend Tabriz en 1533 et Bagdad en 1534. Cependant, en l’honneur des califes précédents, la ville ronde [6] est épargnée. En 1553 « Soliman le guerrier » reprend la conquête de l’Iran, afin de contrer les rumeurs de révolte de ses janissaires qui menacent son autorité, au profit de son fils ainé et héritier, Mustafa. Ainsi, approchant les soixante ans, le sultan reprend les armes contre le Chah, fait assassiner son fils rebelle pour le bien de l’Empire et pour maintenir son autorité auprès se son armée, à qui il doit son pouvoir et sa légitimité. C’est à ce moment précis que débute la BD, mêlant campagnes militaires, conflits familiaux et luttes de pouvoir.

En effet, la longue histoire de la campagne militaire de Soliman ne s’achève qu’en Europe, en Hongrie. Alors que sa renommée militaire effraie déjà les rois d’Europe, François Ier en France, Charles Quint, souverain du l’Empire germanique, puis son successeur Maximilien II, Soliman quitte Istanbul en mai 1566 pour mener sa treizième et dernière guerre, appelée « campagne auguste ». Cette campagne le mène jusqu’aux portes de la ville de Szigetvar en Hongrie, où il trouve la mort, approchant les 70 ans. A sa mort, l’Empire ottoman s’étend du Golfe persique à l’Autriche. En effet, « de même qu’il n’y a qu’un seul Dieu, il ne pouvait y avoir qu’un seul empereur en ce monde » [7].

Les luttes fratricides

L’Empire ottoman est multiethnique et multiconfessionnel, le souverain est à la foi sultan, c’est-à-dire souverain de l’Etat, mais également calife, chef suprême des musulmans. Le souverain jouit alors d’un pouvoir fort, soutenu par l’armée. Cependant, de nombreuses crises successorales viennent gâter cette légitimité. Le règne de Soliman le Magnifique est en effet terni par les luttes fratricides. Sous l’Empire ottoman, le principe successoral n’est pas défini, dès lors, chaque descendant mâle, qu’il soit fils de concubine ou d’épouse du sultan, peut prétendre au titre d’héritier. Osman, considéré comme le fondateur de la dynastie ottomane avait en effet rompu avec la tradition tribale qui faisait du membre le plus âgé de la famille l’héritier légitime. Ainsi, cette absence de règle conduit les princes héritiers à avoir recours à l’assassinant de leur concurrents, leurs propres frères, cousins, oncles…. Les mères de ces héritiers se joignent souvent aux complots afin de favoriser l’accession au pouvoir de leur propre fils. Le sultan Mehmed II institutionnalise cette pratique par une règle, « la loi du fratricide », prescrite pour la pérennité de l’Etat. Soliman le Magnifique a eu quatre fils, princes de sang. Mustafa, l’aîné et gouverneur de Karamanie, puis trois autres fils de sa concubine Hürrem Sultane surnommée Roxelane, qui devient son épouse : Jihangir, atteint d’une maladie mentale ; Selim, qui est « dévoué » et en cela représente le « choix le plus prudent » pour l’Empire ; Bayezid, excellent militaire et guerrier. A cette époque, le critère de la force et de la maitrise des armes l’emporte souvent.

La BD plonge le lecteur dans cette lutte familiale mettant en scène trahison, guerre et tristesse paternelle. Au fil des épopées, les couleurs choisies pour les dessins s’assombrissent ou s’éclaircissent, teintant la lecture d’une dimension animée et pleine de suspens. Toute l’intensité de ces intrigues apparait à la fin de la BD, relatant la mort du sultan Soliman, dissimulée un temps jusqu’à ce que son fils s’assure le pouvoir afin d’éviter une rébellion des janissaires.

L’héritage de Soliman

Le règne de Soliman marque une sorte d’âge d’or pour les institutions économiques, politiques, administratives, mais également culturelles. Un âge d’or dont notre temps garde les témoignages. Soliman le Magnifique s’entoure en effet de l’architecte Mimar Sinan, qui réalise le complexe de la Süleymaniye (mosquée, madrasas, hôpital et soupe pour les pauvres) en l’honneur du sultan, qui devait surpasser la beauté de la basilique Sainte-Sophie.
A la suite du récit de Soliman le Magnifique, la BD offre un complément et dossier historique sur le sultan et l’Empire ottoman.
Soliman reste le sultan le plus célèbre de la dynastie ottomane, pour ses conquêtes et pour son règne réputé juste et sage. Soliman le Magnifique mérite ainsi tout à fait sa place, la BD nous le confirme, auprès de ceux qui « ont fait l’Histoire ».

Julien Loiseau, Clotilde Bruneau, Esteban Mathieu, Cristian Pacurariu, Soliman le Magnifique, Paris, Editions Glénat et Fayard, janvier 2015.

Publié le 22/04/2015


Louise Plun est étudiante à l’Université Paris Sorbonne (Paris IV). Elle étudie notamment l’histoire du Moyen-Orient au XX eme siècle et suit des cours sur l’analyse du Monde contemporain.


 


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