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Revue Moyen-Orient n° 13, spécial "Islam et démocratie"

Par Lisa Romeo
Publié le 30/01/2012 • modifié le 20/04/2020 • Durée de lecture : 5 minutes

Ce treizième numéro débute par un rappel de l’actualité dans la région et par une analyse d’Olivier Roy qui revient sur la victoire des Frères musulmans en Tunisie et en Egypte et sur leurs perspectives politiques dans ces deux pays. Un entretien avec Malek Chebel sur la place de l’islam dans le monde arabe et européen introduit ensuite la problématique du dossier « islam et démocratie ».

Charles Saint-Prot revient, dans un premier temps, sur les notions d’islam et de démocratie. Il met alors en garde contre les représentations biaisées des principes religieux et appelle au respect des différences entre les nations. Les préceptes du Coran, qui organisent la vie sociale et politique, sont en effet loin d’être rigides et demandent un effort continu d’interprétation. La religion islamique n’impose aucun modèle de gouvernement mais exige seulement que le dirigeant se mette au service de l’intérêt général et pratique la consultation. Ces principes s’intègrent donc parfaitement aux valeurs d’un système démocratique élargi.

L’islamologue Luz Gomez Garcia développe ensuite les concepts d’islamisme et de réislamisation, selon lesquels l’islam est la « raison d’être de l’Etat ». Leur action est pourtant de nature différente et la réislamisation, qui s’affirme régulièrement en période de crise, peut être utilisée par les autorités comme une arme contre l’islamisme. L’équilibre entre ces deux forces déterminera alors l’avenir démocratique des pays arabes en mutation. Frantz Glasman complète cet article en brossant un portrait des principaux partis islamistes du Moyen-Orient. Il explique, par ailleurs, dans la rubrique Points chauds, la complexité de la reconstruction et de la pacification de la Libye profondément fragmentée entre libéraux, islamistes, ex-kadhafiste et confrontée aux 140 tribus et clans qui composent le pays.

Clément Steuer s’intéresse, par ailleurs, aux mouvements islamistes égyptiens qui obtiennent pour la première fois avec la chute de Moubarak, un accès libre et légal au jeu politique du pays. Ce nouveau rapport au politique crée cependant un certain malaise parmi les dirigeants des Frères musulmans et divise la confrérie qui doit également subir la concurrence accrue des salafistes.

L’opinion internationale considère souvent la place de la femme dans les sociétés arabes comme une preuve de démocratisation et d’ouverture. Margaux Thuriot analyse alors le rôle des Algériennes ainsi que leur long combat, depuis la guerre d’indépendance, pour obtenir une meilleure représentation sociale, politique et économique dans le pays. Le mouvement trouve cependant ses limites dans les divergences entre féministes laïques et islamiques et dans le manque d’implication de la nouvelle génération.

Jean Marcou se penche quant à lui sur les particularités du « modèle turc », souvent cité comme exemple d’association efficace entre l’islam modéré, la laïcité et la démocratie. Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan et son Parti de la justice et du développement (AKP) ont su progressivement établir une vraie démocratie parlementaire, vidée de l’influence des militaires. Certain craignent cependant que l’AKP réussissent à confisquer l’ensemble du pouvoir et à favoriser l’essor des religieux dans le pays. La particularité d’un islam à la turque et de l’histoire du pays dans le monde musulman peut par ailleurs compliquer l’application du « modèle turc » dans la région.

En outre, le renouvellement des acteurs politiques dû aux « printemps arabes » met en lumière une fraction ultra-orthodoxe et transnationale des idéaux islamistes : les salafistes. Le terme de salafiste regroupe toutefois différentes tendances. Suivant les courants, le radicalisme envers l’Occident et les régimes arabes varient.

Dans un entretien, l’anthropologue John R. Bowen, auteur de L’islam à la française, observe les possibilités d’intégration de l’islam au sein de la république française. Il insiste, lui aussi, sur la compatibilité entre les valeurs islamiques et républicaines. Selon lui, il est indispensable de briser les reflexes politiques mis en avant dès qu’il s’agit de la religion musulmane et de cesser de percevoir les musulmans français à travers l’idée d’une origine éloignée.

Le dossier « islam et démocratie » se clôt sur un article de Nabil Ennarsi sur l’Arabie saoudite, seul pays à avoir basé sa législation uniquement sur la Charia (absence de Constitution) et à se fonder sur l’islam wahhabite. Le royaume saoudien joue également un rôle primordial dans la représentation de l’islam mondial. Pourtant, dans un souci de redorer l’image de son pays fortement détériorée depuis les attentats du 11 septembre 2001, le roi Abdallah ben Abdulaziz al-Saoud, au pouvoir depuis 2005, semble prêt à quelques mesures d’ouvertures prudentes, notamment sur la question des femmes qui luttent pour obtenir le droit de conduire.

Dans la rubrique géopolitique, Moyen-Orient s’intéresse à la situation irakienne ainsi qu’aux changements que doivent opérer les diplomaties occidentales face à la redistribution des pouvoirs par les révoltes arabes.

Marina Ottaway dresse, tout d’abord, le bilan de la situation politique irakienne qui, à l’heure du retrait des dernières troupes américaines, ne s’apparente toujours pas à une démocratie. En analysant les étapes de la reconstruction politique du pays depuis la chute du régime de Saddam Hussein en 2003, elle constate, en effet, que la page de l’autoritarisme est encore loin d’être tournée. Le nouveau système politique est aujourd’hui menacé par le sectarisme et le régionalisme qui empêchent la formation d’un pouvoir exécutif fort ainsi que par les luttes entre différentes personnalités politiques. Ce « pluralisme non-démocratique » et les nombreuses difficultés économiques et sociales auxquelles sont confrontées les populations font aujourd’hui craindre un nouveau regain de violence.

En ce qui concerne la redéfinition des relations entre les Etats occidentaux et les nouveaux régimes arabes, Fréderic Charillon évoque les leçons qui doit tirer l’Occident dans l’établissement de nouveaux rapports face à un monde arabe dynamique et aux réalités diverses. Le soutien américain et européen aux révoltes arabes les oblige également à repenser leurs relations avec leurs alliés traditionnels dans la région (Arabie saoudite, Israël…). Il se penche par ailleurs sur le cas de la France dont l’attitude ambivalente a été critiquée.

Pierre Blanc, dans la rubrique « Géoéconomie », s’intéresse à la place que tiennent les questions agraires et hydrauliques pour le régime baas en Syrie. Une fois au pouvoir, dans les années 1960, le Baas s’est soigneusement attelé à redistribuer les terres, inégalement réparties, et à intégrer les classes paysannes dans son système dans le but de contrôler l’espace. Il a développé parallèlement une grande politique d’irrigation de certaines régions. Toutefois, le bilan est aujourd’hui mitigé. Le gouvernement a échoué dans sa mission de parvenir à l’indépendance alimentaire et hydraulique et reste grandement tributaire de ses voisins libanais et turcs avec qui il partage les eaux de l’Oronte et de l’Euphrate.

L’article de Omar Saghi fait découvrir les rites du Hajj, le pèlerinage musulman à La Mecque, qui constitue un des piliers de l’Islam. La multiplication du nombre de pèlerins au cours des dernières décennies tend alors à homogénéiser et à régulariser le Hajj qui illustre parfaitement aujourd’hui les évolutions des sociétés musulmanes et plus particulièrement arabes.

En lien avec le cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie, Moyen-Orient présente un article de Florence Deprest sur le rôle des géographes dans la conquête territoriale de l’Algérie au XIXè siècle.

Le magazine s’achève par un extrait de la bande dessinée Zahra’s Paradise de Amir et Khalil ainsi que par des conseils de lecture en faisant le point sur les nouveaux ouvrages publiés sur la région.

Publié le 30/01/2012


Lisa Romeo est titulaire d’un Master 2 de l’université Paris IV-Sorbonne. Elle travaille sur la politique arabe française en 1956 vue par les pays arabes. Elle a vécu aux Emirats Arabes Unis.


 


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