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Reportage photo : le Golestan et le Khorassan : la force des armes et l’éclat du chiisme
Article publié le 18/09/2018

Par Gabriel Malek, en Iran

La visite des provinces du Golestan et du Khorassan, destinations peu prisées par les touristes (exceptés les religieux), permet pourtant de mieux comprendre l’histoire de l’Empire perse dans son ensemble et de contempler une magnifique nature. Le Golestan particulièrement est doté de paysages magnifiques, notamment à la frontière Nord.

Territoires-frontières au Nord-Est du pays actuel, le Golestan et le Khorassan dessinent un angle droit parfait pour séparer l’Iran du Turkménistan et de l’Afghanistan. Il convient de noter que les trois unités administratives qui constituent aujourd’hui le Khorassan ne correspondent absolument pas au Grand Khorassan historique qui englobait l’Afghanistan, le Turkménistan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. On retrouve de nouveau la même problématique qu’au Kurdistan et qu’en Azerbaïdjan iraniens, soit le contrôle par l’Etat des ambitions des grandes provinces historiques par le découpage administratif. Loin d’être une périphérie de l’Iran, ces territoires ont longtemps fourni à la Perse une partie de ces hommes les plus illustres, à l’image de l’empereur Nader Shah (1688-1747), du médecin médiéval Avicenne (980-1037) ou encore du poète Omar Khayyam (1048-1131).

Le choix de traiter au sein du même article ces deux provinces créées par Téhéran ne fait donc pas seulement écho à leur proximité spatiale, mais bien à l’histoire commune qu’elle ont pu connaître. En effet, véritable porte vers l’Orient, le Nord-Est de l’Iran a souvent été en première ligne face à la violence des conquêtes Mongoles, Timourides et bien plus récemment Russes. De plus, les changements d’allégeance politique nombreux que cette région a connu depuis la période Sassanide, y ont crée un sentiment de révolte. De fait, des conséquences les plus marquantes de la fragilité politique du Grand Khorassan et dans une moindre mesure du Golestan ont poussé à une militarisation de certains de ses peuples. C’est d’ailleurs au sein de la tribu des Afshar, dans le Khorassan, que le plus grand conquérant perse moderne est né : Nader Shah. Loin d’être un exemple singulier du savoir-faire militaire des Afghans qui peuplaient cette province, il s’inscrit dans un mouvement de conquête de l’Empire perse entier par les peuples venus du Nord-Est dès 1715. Seulement à la différence de nombreux conquérants, Nader Shah réussit à se faire sacrer et reconnaître par l’ensemble de l’empire comme le monarque légitime (voir article). Elu à la dignité de Shah en 1736, Nader Shah délaisse les charmes des jardins d’Ispahan pour installer sa capitale dans l’austère ville de Mashhad au Nord-Est.

Si le Khorassan a perdu sa puissance militaire et politique du XVIIIème siècle, sa capitale, la ville de Mashhad n’a jamais été aussi prospère et florissante. Deuxième plus grande ville d’Iran après Téhéran, elle est aussi dotée d’un aéroport international et d’une ligne de train considérée comme la plus confortable du pays. L’établissement d’une telle plateforme de correspondance ou hub dans un territoire excentré s’explique par la caractéristique sainte de la « ville aux mille visages » qui n’attire pas moins de 20 millions de pèlerins chaque année. Le nom même de la ville de Mashhad signifie « lieu du martyre » en raison de la mort par empoissonnement en 818 de Ali ar-Rida, huitième imam des chiites duodécimains, par le calife abbasside Al Ma’mûn. Cet assassinat politique s’inscrit dans la continuité du massacre de Karbala en 680 qui constitue une des bases historiques principales de la martyrologie chiite.

Ali ar-Rida est ainsi enterré dans un Shrine monumental au centre de Mashhad où se pressent les pèlerins venus de tout l’Iran mais aussi du reste du monde chiite comme le Liban, l’Irak ou encore le Yémen.

Crédit photo : Gabriel Malek

Le tombeau du prophète Khâled Nabi se dresse, seul, et marque la frontière entre le Golestan au Sud et le Turmékistan au Nord. Khâled ibn Sanân naquit en 530 au Yémen et contribua à propager le message du Christ aux Zoroastriens. Il est aujourd’hui une figure mystique en Iran, et des milliers de pèlerins d’y rendent chaque année.

Crédit photo : Gabriel Malek
Crédit photo : Gabriel Malek

Ces deux photographies ont été prises depuis le point de vue du sanctuaire Khâled Nabi et montrent bien la différence entre le paysage iranien (photographie du haut) et turkmène (photographie du bas). Il faut noter que cette frontière entre le Golestan et l’Etat du Turkménistan est peu matérialisée et les échanges humains y sont nombreux.

Crédit photo : Gabriel Malek

Tout près du sanctuaire Khâled Nabi, un cimetière étrange se dresse qui remonte à l’ère préislamique. Les tombes d’homme ont une forme de phallus et celle des femmes de poitrine. Il s’agirait peut être d’un exemple de culte de la fertilité et soulève des questionnements historiques encore de nos jours.

Crédit photo : Gabriel Malek

Dans les collines du Golestan, de nombreuses cultures agricoles sont pratiquées comme celle du blé. Par beau temps, on peut y faire du parapente.

Crédit photo : Gabriel Malek

Le Shrine de Ali ar-Rida, huitième imam des chiites duodécimains, est un monument énorme qui comprend des dizaines de bâtiments et notamment des mosquées. Cette photographie montre le tombeau, soit le cœur du Shrine, où les pèlerins se pressent pour aller toucher physiquement la tombe. A noter que les femmes entrent à droite et les hommes à gauche.

Crédit photo : Gabriel Malek

Au centre de la ville de Mashhad, un tombeau et un musée pour Nader Shah y ont été construits. Cependant, il faut noter que son véritable fief à la fin de sa vie fut la forteresse de Kalat, quelques dizaines de kilomètres au Nord de la ville. Mais c’est un enjeu politique pour Mashhad de montrer que Nader Shah l’avait élue comme capitale durable.

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