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Reportage photo : la province de Kerman en Iran : désert et châteaux de sable

Par Gabriel Malek
Publié le 05/09/2018 • modifié le 05/09/2018 • Durée de lecture : 4 minutes

Le désert du Dasht-e-Lut, Iran

Crédit photo : Gabriel Malek

La province de Kerman est indéniablement un des plus anciennes d’Iran et abrita des civilisations humaines, pour certaines vieilles de plus de deux millénaires avant Jésus-Christ. Au temps de l’Age de bronze (Xème au IVème avant Jésus-Christ), cette province était connue sous le nom de Carmanie. Ce serait le lieu de développement de la civilisation Jiroft. La découverte récente de sites archéologiques dans la province de Kerman fait état d’une administration développée et d’un artisanat du vase en chlorite au temps de la dynastie Achéménide (550-330 avant Jésus-Christ). Ainsi, dès les premières organisations politiques en Perse, la province de Kerman semble bien intégrée au reste de l’Empire.

La grande province du Sud-Est se dote d’une nouvelle capitale éponyme, Kerman, créée par le fondateur de la dynastie Sassanide nommé Ardashir. En effet, sa victoire sur le dernier roi parthe, Artaban V, lui confère le contrôle politique d’une partie de l’ancien Empire achéménide écrasé par Alexandre. Ainsi, Ardashir règne sur la Perse de 226 à 241 et décide de mettre en valeur l’axe commercial du Sud-Est de l’Iran qui passe par la province de Kerman. Cependant, le développement de la nouvelle capitale, Kerman, se fait logiquement au détriment de Sīrjān qui fut le chef lieu de la province durant l’ère Jiroft.

Si la province de Kerman prospère largement sous la dynastie des Seldjoukides sous le commandement d’une branche cadette de la famille royale (XIème au XIIIème siècles), cette bonne fortune économique n’est que de courte durée. En effet, les invasions Ghuz puis Mongoles du XIIIème ruinent le commerce du Sud-Est de l’Iran. Après avoir retrouvé un semblant de sa prospérité antique sous les Safavides et notamment le fameux Shah Abbas qui encouragea les échanges commerciaux, Kerman est de nouveau mise à sac par les invasions afghanes de 1715-1720. La reconquête de l’ancien territoire safavide par Nader Shah une dizaine d’année plus tard n’améliore pas la condition de la grande province du Sud-est. En effet, ce Prince d’esprit belliqueux délaisse quelque peu le commerce pour la guerre. Ainsi, la période moderne s’avère compliquée pour la province de Kerman qui peine à retrouver la paix politique propre au développement commercial.

De même, l’instabilité politique qui règne en Iran suite à la mort de Nader Shah en 1747 n’épargne pas la grande province du Sud-Est de la Perse. En effet, le territoire politique est morcelé au Nord entre la tribu des Qadjars et au Sud par celle des Zand qui prend pour capitale la ville de Shirâs et s’appuie sur la ville de Kerman pour contrôler l’Est. Le premier souverain de la nouvelle dynastie régnante Agha Moḥammad Khān Qādjār fait punir les habitants de la capitale de Kerman pour avoir soutenu son rival lors de sa prise effective de pouvoir. En 1794, Agha Moḥammad en fit aveugler 20 000 et en vendit autant comme esclaves.

Au XIXème siècle, la province de Kerman ne s’attire donc pas les faveurs de la dynastie Qadjars régnante et est soumise à de réguliers pillages de la part des Baloutches. De même au début du XXème siècle, de multiples conflits religieux troublent la paix de la province qui se spécialise dans l’exploitation de charbon et de minerai de fer à destination d’Ispahan. Ainsi, de nos jours, la province de Kerman, autrefois prospère, ne joue qu’un modeste rôle dans l’économie iranienne.

En dépit de cette place politique modérée que Kerman tient dans le système de la République islamique, y voyager permet de contempler l’ancienne puissance de la province. En effet, d’importantes forteresses en terre cuite se dressent sur son territoire ainsi que des caravansérails propres au commerce. La province abrite aussi le vaste désert du Dasht-e-Lut qui est un des deux endroits les plus chauds de la planète, avec des températures maximales avoisinants les 70 degrés.

crédit photo : Gabriel Malek

Place forte du commerce dans la Perse des Sassanides et des Seldjoukides, on peut trouver aux environs de Kerman de nombreux bazars, abritant de larges cours magnifiquement ornées.

crédit photo : Gabriel Malek

Dotée d’une riche culture, il est possible de trouver au centre de la ville de Kerman d’anciens cafés traditionnels. Le musicien au premier plan joue du Zarb, un instrument traditionnel.

En s’éloignant des quelques villes parsemant le territoire de la province de Kerman, il est aisé de trouver des villages abandonnés en bordure du Dasht-e Lut. Le climat sec et chaud qui y sévit, propre au désert, a découragé de nombreux habitants qui ont cherché refuge dans les grandes villes.

crédit photo : Gabriel Malek

La citadelle de Rayen est une des plus impressionnantes de toute la province et date de plus d’un millénaire. Il est particulièrement intéressant de la visiter pour mieux comprendre des méthodes de construction peu utilisées en Europe.

crédit photo : Gabriel Malek

La ville de Bam abrite encore aujourd’hui le plus grand château en argile du monde qui fait la fierté de ses habitants. Sa construction ayant commencé au Vème siècle avant Jésus-Christ, cette gigantesque ville-citadelle restera une étape sur la route de la soie jusqu’en 1850. Cependant, le tremblement de terre du 26 décembre 2003 a ravagé la ville et a fait plus de 40 000 victimes. Une vaste entreprise de reconstruction est en cours pour tenter de rendre à la ville son éclat architectural d’antan.

crédit photo : Gabriel Malek

Le désert du Dasht-e-Lut est un des plus chauds et arides du monde, et est absolument magnifique à visiter.

crédit photo : Gabriel Malek

En conclusion, la visite de la province de Kerman permet de connaître un voyage orientaliste au pays des grands châteaux d’argile, reflet de la gloire moderne et antique du Sud-Est de l’Iran, aujourd’hui une des provinces les moins aisées de l’Iran.

Publié le 05/09/2018


Gabriel Malek est étudiant en master d’histoire transnationale entre l’ENS et l’ENC, et au sein du master d’Affaires Publiques de Sciences Po. Son mémoire d’histoire porte sur : « Comment se construit l’image de despote oriental de Nader Shah au sein des représentations européennes du XVIIIème siècle ? ».
Il est également iranisant.


 


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