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Oasis du désert de Syrie au nord-est de Damas, Palmyre abrite les ruines monumentales d’une grande ville qui fut l’un des plus importants foyers culturels du monde antique. Mais durant la guerre syrienne, la cité antique, tout comme la ville moderne adjacente, ont subi des dommages majeurs. Aujourd’hui encore, faute d’une protection suffisante, Palmyre demeure exposée aux pillages.
Depuis Homs, la route vers Palmyre (« Tadmor » en arabe) s’enfonce dans le désert dans une ligne droite infinie. Sur 160 kilomètres, c’est un défilé continu d’armoises, qui poussent sur le sol aride syrien.
Soudain, tel un mirage, l’oasis apparaît. Derrière la ville moderne aux petites bâtisses grisâtres, les ruines antiques dorées dominent l’espace. Vu de loin, le paysage nourrit tous les fantasmes. En réalité, après 14 années de guerre, Palmyre est une cité brisée.

Palmyre a prospéré pendant des siècles, grâce à son rôle d’oasis et d’étape incontournable pour les caravanes empruntant la Route de la soie. Elle connaît son âge d’or au IIème siècle après J-C. Selon l’UNESCO, « l’art et l’architecture de Palmyre unirent aux Ier et IIe siècles les techniques gréco-romaines aux traditions locales et aux influences de la Perse ».


Dans Palmyre, l’irremplaçable trésor, l’historien français Paul Veyne présente Palmyre comme un site archéologique exceptionnel, symbole du métissage culturel de l’époque. La cité était un lieu où se mêlaient influences araméennes, arabes, perses, grecques et romaines, créant une identité singulière. La pluralité des cultes à Palmyre résultait tant de sa position de carrefour économique et culturel que de l’implication des grandes familles de notables dans l’administration et le financement de certains sanctuaires.
Paul Veyne explique que les habitants de Palmyre se sont « hellénisés » sans compromettre leur singularité. Pour l’auteur, cette capacité à intégrer des influences étrangères est une force créatrice pour les habitants de la cité.
Selon l’UNESCO, la splendeur des ruines de Palmyre « témoigne de la réalisation esthétique unique d’une oasis caravanière prospère, tour à tour indépendante et soumise à Rome du Ier au IIIe siècle. (…) Longue de 1100 m, la grande colonnade constitue l’axe monumental de la ville qui, avec d’autres rues secondaires perpendiculaires également bordées de colonnes, relie les principaux monuments publics dont le temple de Bel, le Camp de Dioclétien, l’Agora, le Théâtre, d’autres temples et des quartiers d’habitations. L’ornementation architecturale, qui présente notamment des exemples uniques de sculpture funéraire, associe les formes de l’art gréco-romain à des éléments autochtones et à des influences perses dans un style profondément original ». Palmyre finira par décliner au IIIème siècle.
En 2015, Palmyre tombe entre les mains de l’Organisation État islamique (OEI), qui provoque l’effroi mondial en pulvérisant plusieurs structures historiques. Les monuments datant de la période préislamique sont considérés comme impies par Daesh. Du temple de Baal-Shamin, « temple de Bêl », qui avait été consacré le 6 avril 32 apr. J.-C., il ne reste plus que la porte, désormais entourée d’immenses décombres.


A Palmyre, l’État islamique n’est cependant pas le seul responsable des destructions. La façade du théâtre romain a été lourdement endommagée par des bombardements, tout comme le musée de Palmyre, dans l’enceinte duquel une bombe non explosée gît encore. La Russie, alliée de Bachar al-Assad avait frappé la ville quand elle était encore aux mains de Daesh.

Au total, « 12 monuments ont subi des destructions majeures » selon le rapport du Conseil supérieur de la recherche scientifique, le CSIC, qui a étudié les destructions sur le site antique. En périphérie du site, la palmeraie, également classée à l’UNESCO, a été décimée par le régime de Bachar al-Assad et ses alliés.


En 2016, le régime d’al Assad reprend la ville des mains de Daesh, qui tombe de nouveau sous le joug de l’OEI fin 2016, pour finalement être reprise définitivement par les loyalistes en 2017.
Outre le symbole de la reprise du site antique, la ville de Palmyre, dans sa partie moderne, constitue un axe de communication vital vers Deir-ez-Zor, à l’est, à la frontière avec l’Irak. C’est un point de contrôle stratégique en plein désert syrien. Pendant plusieurs années, elle sert de base militaire au régime de Damas et aux milices pro-iraniennes et devient une cible pour Israël. La partie moderne de la ville est lourdement bombardée par l’armée israélienne, notamment au moment de la chute du régime al-Assad.
Avant la guerre, Palmyre était un site touristique majeur. Les hôtels de luxe, bijoux d’architecture, ont fleuri sur la cité antique. Ils ont été détruits durant la guerre.


Dans ces bâtisses pulvérisées, comme seuls vestiges de ce temps, on trouve des notes de frais des clients et des piscines salies par les explosions.
Aujourd’hui, la cité antique est quasi déserte, seuls quelques vendeurs, originaires de la région, déambulent dans l’espoir de vendre des babioles aux rares visiteurs, quelques touristes et des journalistes.


Fin 2024, alors que le régime syrien va s’effondrer, la ville moderne et les hôtels du site antique où sont basés les forces d’al-Assad et ses alliés, notamment le Hezbollah, sont intensément bombardés par l’aviation israélienne.



Dans la ville moderne de Palmyre, rares sont les bâtiments épargnés par les destructions aujourd’hui. Au total, « 80% des bâtisses ont été détruites ou courent un risque de démolition du à la guerre » selon l’ONG syrienne Heritage for Peace (Héritage pour la paix), qui pointe aussi les « dommages dévastateurs sur le site antique durant l’occupation de l’État islamique ».
Malgré la fin des destructions de l’OEI et des bombardements aériens, la cité antique est encore menacée. Les pillages des trésors archéologiques du site, récurrents pendant la guerre, se poursuivent aujourd’hui.

Ines Gil
Ines Gil est Journaliste freelance basée à Beyrouth, Liban.
Elle a auparavant travaillé comme Journaliste pendant deux ans en Israël et dans les territoires palestiniens.
Diplômée d’un Master 2 Journalisme et enjeux internationaux, à Sciences Po Aix et à l’EJCAM, elle a effectué 6 mois de stage à LCI.
Auparavant, elle a travaillé en Irak comme Journaliste et a réalisé un Master en Relations Internationales à l’Université Saint-Joseph (Beyrouth, Liban).
Elle a également réalisé un stage auprès d’Amnesty International, à Tel Aviv, durant 6 mois et a été Déléguée adjointe Moyen-Orient et Afrique du Nord à l’Institut Open Diplomacy de 2015 à 2016.
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