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Crédit photo : Ines Gil
Aux petites maisons carrées adaptées au climat méditerranéen qui composent l’essentiel de la ville, s’ajoutent une multitude de bâtisses marquant la singularité de la capitale libanaise. A l’image du pays multiconfessionnel, Beyrouth est d’abord une combinaison de quartiers communautaires qui portent l’héritage de la guerre civile. D’un district à l’autre, et même d’un sous-quartier à l’autre, on a le sentiment de changer de cité. Ces espaces entretiennent des liens, s’imbriquent tel un puzzle aux pièces inégales et divergentes, tout en préservant des particularismes. Mais où qu’on soit à Beyrouth, le constat est presque toujours le même, des bâtisses dissemblables se côtoient dans un paysage bien étrange qui dénote une certaine anarchie dans l’urbanisme, mais qui fait aussi le charme de la capitale libanaise. Ici, une église ou une mosquée faisant face à un gratte-ciel. Là, des immeubles modernes entourent de vieilles maisons datant du XIXème siècle. Plus loin, des bâtiments résidentiels côte à côte avec des bâtisses inachevées et trouées de balles depuis la Guerre du Liban (1975-1990).
La capitale libanaise porte en elle une histoire riche, qui s’inscrit de manière singulière dans l’urbanisme. Parfois, on tombe sur une bâtisse datant des Ottomans et dans certains sous-quartiers, les influences du mandat français habitent les lieux. Mais la ville est avant tout marquée par la guerre civile et ses lendemains. Le centre-ville presque entièrement détruit à la fin de la Guerre du Liban et reconstruit avec l’argent injecté par Solidere n’a plus grand chose à voir avec son charme d’avant-guerre. Il n’a pas été rebâti pour reloger les locataires et réaliser un travail de mémoire, mais pour attirer les visiteurs aisés. Cela se voit aujourd’hui dans son urbanisme artificiel. Non loin, Saifi village semble vouloir, peut-être maladroitement, recréer l’ambiance des villages du sud européen ou des quartiers historiques du centre de l’Europe avec ses couleurs pastels et ses ruelles pavées et sinueuses, mais il invite avant tout à la consommation pour une clientèle dollarisée. Un peu plus au nord, la place des Martyrs constitue un autre héritage de la guerre. Avant le conflit débuté en 1975, les vieilles photos des années Chehab empreintes de nostalgie montrent un point de promenade charmant entouré de palmiers. Ces récentes années, elle avait aussi constitué un lieu de rendez-vous pour les manifestants opposés à la gouvernance du pays. Le poing révolutionnaire trône toujours étrangement sur la place, symbole d’une nostalgie si présente dans la société libanaise, mais cette fois, une nostalgie du 17 octobre 2019, d’une révolution inachevée. Aujourd’hui, la place des Martyrs n’est presque plus qu’un grand parking.
Récemment, une campagne pour sauver la vieille maison aux volets rouges de Beyrouth menacée de destruction a été lancée par l’architecte Samir Rebeiz. On peut penser que le patrimoine est menacé dans la ville, tant les bâtisses ont du mal à passer les siècles, mais même là, l’urbanisme est inégal. Contre toute attente, le quartier ancien de Gemmayzé a pu être reconstruit en accord avec les règles de respect du patrimoine après l’explosion de Beyrouth [1]. Les lieux de culte ont d’ailleurs été les premiers reconstruits car ils peuvent mobiliser mieux que les autres des fonds de l’étranger.
Il est difficile de photographier Beyrouth et d’en décrire l’esprit tant elle offre des paysages divergents et même incohérents. Mais ces quelques clichés ne visent qu’à donner un petit aperçu de la ville et de son esprit.


Le quartier Saifi village rappelle l’architecture des villages européens, en plein centre de Beyrouth. La clientèle des quelques boutiques est aisée et les passants sont plutôt rares. Avril 2023

Le centre-ville a été reconstruit au lendemain de la Guerre du Liban. Il a longtemps attiré les touristes aisés avec ses boutiques de luxe. Il a aujourd’hui perdu son attractivité avec la crise. Avril 2023

Les bureaux d’affaires modernes cohabitent avec les vieilles bâtisses et avec les immeubles délaissés depuis la fin de la guerre ou après le début de la crise financière. Avril 2023

Après la Guerre du Liban, Beyrouth a constitué un lieu privilégié d’investissements. Les grattes ciel ont poussé dans la ville, et cohabitent avec les nombreuses bâtisses religieuses. Avril 2023

Le bâtiment qui renfermait autrefois des bureaux a été détruit dans l’explosion du port. Près de trois ans plus tard, sa reconstruction est encore en cours. Avril 2023

La place des Martyrs, lieu de promenade avant la guerre, devenue ces récentes années le rendez-vous privilégié des manifestants, sert aujourd’hui de parking pour les voitures de passage. Avril 2023

La construction de la tour Murr a commencé en 1974. Base pour les milices pendant la bataille des hôtels, elle a été rachetée par Solidere après la guerre, mais jamais achevée. Avril 2023


La maison rouge, dont une partie date du 18eme siècle, est un des bijoux architectural du quartier Hamra. Aujourd’hui délaissée, elle pourrait être prochainement détruite. Avril 2023


Depuis 1882, la Maison rose domine l’ancien Manara. La batisse a inspiré de nombreux peintres depuis le 19eme siècles. Avril 2023

Le quartier Manara surplombe la colline de Ras Beyrouth. Avril 2023

Collège grec-orthodoxe des trois docteurs partiellement détruit durant l’explosion du port. Comme pour d’autres bâtisses religieuses, des fonds ont été rapidement mobilisés pour la reconstruction. Avril 2023

Dans la ville, des styles architecturaux très différents s’entremêlent avec anarchie. La capitale libanaise est traversée par de grandes artères qui rendent le déplacement à pied difficile. Avril 2023
Ines Gil
Ines Gil est Journaliste freelance basée à Beyrouth, Liban.
Elle a auparavant travaillé comme Journaliste pendant deux ans en Israël et dans les territoires palestiniens.
Diplômée d’un Master 2 Journalisme et enjeux internationaux, à Sciences Po Aix et à l’EJCAM, elle a effectué 6 mois de stage à LCI.
Auparavant, elle a travaillé en Irak comme Journaliste et a réalisé un Master en Relations Internationales à l’Université Saint-Joseph (Beyrouth, Liban).
Elle a également réalisé un stage auprès d’Amnesty International, à Tel Aviv, durant 6 mois et a été Déléguée adjointe Moyen-Orient et Afrique du Nord à l’Institut Open Diplomacy de 2015 à 2016.
Notes
[1] Avant tout grâce à la mobilisation de la société civile contre la démolition totale et grâce aux aides internationales mobilisées.
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