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Portrait de Amel Brahim Djelloul, chanteuse lyrique

Par Amel Brahim Djelloul, Clémence Guinot
Publié le 14/08/2015 • modifié le 03/05/2020 • Durée de lecture : 5 minutes

Amel Brahim Djelloul

© Ashraf Kessaïssia

Pouvez-vous nous présenter votre parcours professionnel ?

Je suis chanteuse lyrique. C’est tout un chemin qui m’a mené là où je suis aujourd’hui. J’ai démarré mes études de chant à Alger. Après mon bac, deux voies se dessinaient : la chirurgie dentaire ou la musique. J’ai finalement opté pour une licence de musicologie et ai enseigné une année au lycée. Ensuite, je suis arrivée en France pour poursuivre l’apprentissage du chant, d’abord à l’École nationale de musique de Montreuil auprès de Frantz Petri, puis au CNSMD de Paris en 2000 dans la classe de Peggy Bouveret. A l’issue de mes trois années d’études, j’ai démarré ma carrière.

Quel a été le point déterminant de votre orientation ?

J’ai toujours aimé chanter. Quand on fait de la musique (j’ai commencé très tôt par le violon), on chante aux cours de solfège. Pendant ma licence en musicologie, j’ai eu un cours de techniques vocales. C’est dans ce cadre que mon professeur (Abdelhamid Belferrouni) m’a proposé de me faire travailler un peu plus que les autres : il entendait un potentiel et avait noté mon intérêt pour le chant. Je lui ai dit : « Je veux chanter, mais faire du chant lyrique » ! Je me suis accrochée, travaillant avec lui trois fois par semaine. Il restera toujours mon premier professeur, celui qui a cru en moi et qui m’a vraiment accompagnée.

Il y a des choses qui sont du domaine de la volonté, du mérite et des compétences réelles, et il y a des choses qui nous dépassent : de l’ordre de la belle étoile ! Ce qui a tout déclenché est un stage de 15 jours à l’académie de musique d’été de Nice, offert par l’ambassade de France lors de mon cursus à l’Ecole normale. L’école désignait les élèves qui avaient le plus de mérite, et j’ai eu la chance d’effectuer ce stage. J’ai ainsi entendu pour la première des chanteurs lyriques. Je suis arrivée avec deux trois partitions, et me suis présentée comme mezzo-soprano. On ne peut pas savoir très bien où va la voix lorsqu’elle démarre. A Nice, une professeure anglaise, Noëlle Barker, m’a accompagnée tout le long. Pendant un cours privé, elle m’a dit « Tu sais Amel, je pense que tu n’es pas mezzo-soprano mais que tu es soprano. Je vais te prouver que tu es soprano » et elle m’a fait faire des vocalises, m’a fait monter et m’a déclaré : « Tu vois un mezzo soprano ne monte pas aussi facilement, tu pourrais aller prendre les partitions d’une telle… et demander à ton professeur de travailler ça… ça et ça… ». Elle savait que je n’avais pas les moyens de bien travailler en Algérie. Elle a été d’une grande humanité avec moi : elle aurait pu faire sa master classe, me laisser avec mes trois-quatre chants et passer le temps. Et non, j’ai fait une vraie rencontre. Cette dame est décédée l’année dernière. J’avais coché son nom au hasard et suis tombée sur une grande dame avec qui j’ai gardé contact et je lui dois beaucoup.

Quelles réalisations font votre fierté ?

Même si j’ai été formée à la Musique Classique (d’abord le violon, puis le chant lyrique), j’ai grandi avec la musique traditionnelle algérienne. J’ai développé un peu plus tard le pan de l’interprétation de musiques traditionnelles par un premier projet avec mon frère Rachid, mon ainé de 10 ans. Il est violoniste, musicologue et s’est beaucoup intéressé à la musique traditionnelle. Il a beaucoup travaillé avec des chanteuses judéo-espagnoles, et a très vite vu les influences entre la musique espagnole et la musique arabo-andalouse. Il a donc commencé à créer des liens pour lancer l’ensemble Amedyez qu’il dirige, jusqu’au jour où je lui ai confié mon souhait de faire un projet avec lui. On a donc monté un programme avec plusieurs concerts : de la musique de chambre traditionnelle où les musiciens apprennent tout oralement, c’est un autre système de pensée et d’exécution dans lequel il n’y a pas de partitions, mais on imite un mouvement. J’ai beaucoup apprécié le rapport avec les autres musiciens, les rythmes, la base de l’Andalousie de l’avant XVème siècle. Et je crois que le public a également beaucoup apprécié d’entendre du chant traditionnel interprété par une chanteuse lyrique. C’est une grande chance de passer d’un répertoire à l’autre : l’un fait du bien à l’autre !

Cependant, ne pas chanter dans ma langue maternelle était parfois frustrant : je chantais en italien, en allemand, en anglais, en français, en espagnol, en portugais. Ni l’opéra ni le chant lyrique ne font partie de la culture arabophone. C’est pourquoi chanter de la musique traditionnelle m’a donné la possibilité de chanter dans ma langue maternelle. Cela créé également un espace sonore de résonnance dans le corps différent vocalement. Cette empreinte était belle à retrouver pour le reste : elle est liée au cœur et aux tripes.

Quels sont vos projets à venir ?

En ce moment, j’ai un projet avec un compositeur libanais, Zad Multaka. Il a comme moi la double culture.

Je l’ai rencontré l’année dernière, ayant monté une pièce de sa composition, assez difficile, pas toujours très consonante mais bien construite. C’était un peu un rêve d’entrer dans une création taillée pour moi et d’interagir avec un compositeur. Je souhaitais le rencontrer car son profil m’intéressait : je désirais que quelqu’un me compose quelque chose en arabe, mais que ce ne soit pas « Mozart l’égyptien ».

Nous sommes en train de monter une création avec différentes petites pièces dans lesquelles je chanterai en langue arabe, le texte sera écrit ou choisi d’un poète existant. En octobre prochain, nous ferons un premier concert en région parisienne.

Quelles sont vos motivations ?

Ce qui est intéressant est de varier les répertoires, les styles et les genres, rencontrer des gens d’horizons différents. Quand on travaille dans différentes maisons et orchestres, on est en contact avec des personnes de nationalités et de cultures différentes. Je trouve l’interaction de chacun extrêmement intéressante.

Au début de ma carrière, j’ai fait une tournée mondiale de jeunes chanteurs avec William Christie (chef d’orchestre baroque en France, très connu, d’origine américaine). Avec son orchestre « Les Arts florissants », nous avons voyagé dans des pays différents et avec des gens différents. Cette expérience a été très forte humainement, musicalement et artistiquement. Et j’ai, depuis, la chance de continuer à faire de très belles rencontres qui mènent parfois à la réalisation de beaux projets artistiques et/ou à de belles amitiés.

Publié le 14/08/2015


Amel Brahim Djelloul est une chanteuse lyrique d’origine algérienne. La musique traditionnelle est à l’Orient ce que l’Opéra est à l’Occident, et malgré la singularité de sa décision de carrière, elle a eu raison de faire confiance à sa bonne étoile : aujourd’hui, elle a en effet chanté sur les plus belles scènes du monde (Opéra de Paris, de Berlin, de Genève …) et interprété les rôles majeurs de son Répertoire.



 


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