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Point de situation : cinq ans après, quel bilan pour l’intervention saoudienne au Yémen ? (1/2)

Par Emile Bouvier
Publié le 17/06/2020 • modifié le 22/06/2020 • Durée de lecture : 4 minutes

I. Une coalition affaiblie et amoindrie par cinq ans de guerre

Après cinq ans, la coalition n’a accompli aucun des objectifs qu’elle s’était fixée, en particulier la restauration du gouvernement officiel, renversé après le coup d’Etat mené par les rebelles houthis en septembre 2014. Cela est en partie dû au fait que la Coalition n’est pas parvenue à maintenir sa cohésion ; plusieurs dates-clés figurent à cet égard comme autant de jalons de la fracturation progressive de l’alliance militaire menée par l’Arabie saoudite.

La première fissure s’est produite au sein du Conseil de coopération du Golfe en juin 2017, lors de la crise ayant opposé - et opposant toujours - le Qatar à l’Arabie saoudite. Le royaume wahhabite a en effet suspendu la participation du Qatar aux opérations militaires, provoquant par la même occasion une première scission au sein de la coalition et le départ d’environ un millier de soldats [3]. En mesure de rétorsion, le Qatar s’est alors employé à utiliser son empire médiatique (Al Jazeera par exemple) afin de discréditer les opérations de la Coalition et la légitimité de sa présence au Yémen [4].

D’autres pays ont par la suite quitté la coalition, au fur et à mesure de l’incapacité de cette dernière à justifier le maintien de ses opérations. Le Conseil de souveraineté intérimaire du Soudan, sous la pression de l’opposition, a ainsi commencé à réduire ses forces en octobre 2019, puis à accélérer leur retrait en décembre [5] et à nouveau en janvier 2020 [6]. Ce retrait représentait la plus large réduction d’effectifs pour la coalition : de 40 000 soldats soudanais au début de l’année 2017, ce contingent est passé à 657 en janvier 2020 [7]. Les soldats encore présents sont un geste symbolique vis-à-vis de la Coalition et de l’Arabie saoudite, et témoignent du soutien soudanais à son allié saoudien [8].

De façon plus notable encore, les Emirats arabes unis (EAU) ont annoncé le 8 février 2020 le retrait complet de leurs forces de la Coalition [9]. Ce retrait s’inscrit dans la suite logique d’un processus entamé en 2018 lors des pourparlers avec les Houthis en septembre 2018 [10], puis d’un rapprochement irano-émirati durant la crise du Golfe persique entre l’Iran et les Etats-Unis en 2019 [11]. Les discussions entamées entre Téhéran et Abou Dhabi ont mené à une relative détente entre les Emirats arabes unis et les Houthis [12]. Selon le Lieutenant-général émirati Eissa Al-Mazrouei [13], les forces émiraties ont contribué à la coalition à hauteur de 15 000 soldats et conduit plus de 130 000 sorties aériennes (frappes mais aussi - et surtout - vols de reconnaissance).

II. Une fragmentation des forces sur le terrain

Cette fracture au sein de la coalition reflète par ailleurs le soutien direct ou indirect de plusieurs pays au profit de groupes politiques et militaires concurrençant le gouvernement légitime. Le territoire yéménite est ainsi fragmenté en plusieurs zones de contrôle dépassant la simple opposition houthis/forces gouvernementale. Dans les cas des Houthis par exemple, leur Conseil politique suprême, formé en juillet 2016, a créé le Gouvernement de salut national en novembre 2016 [14]. Ensemble, ils contrôlent Sanaa et d’autres territoires tenus par les Houthis dans le nord. En 2017, les EAU ont quant à eux soutenu l’établissement du « Conseil de transition du Sud » [15], qui exerce son pouvoir à Aden et dans certaines parties isolées des provinces du sud, limitant la portée du pouvoir du gouvernement légitime dans ces zones. Le Parlement yéménite - le même que celui élu en 2003 - s’est également fragmenté en deux factions : tandis que la première soutient les Houthis et se trouve basée à Sanaa, l’autre est restée loyale au gouvernement légitime, tenant une session parlementaire dans la cité de Sayoun dans la province de l’Hadramaut le 13 avril 2019 [16].

Au cours des dernières années, la coalition - en particulier les EAU, le principal adversaire des Frères musulmans yéménites - a également commencé à soutenir différents groupes militaires opérant indépendamment du gouvernement légitime. En addition à ces soutiens au sécessionniste Conseil de Transition du Sud (CTS), Abou Dhabi a commencé à soutenir le Brigadier-général Tareq Saleh. Ce dernier a en effet arrêté de se battre contre la coalition et a même, au contraire, commencé à la soutenir après que les Houthis ont tué son oncle, l’ancien président yéménite Ali Abdullah Saleh, le 4 décembre 2017. Avec le soutien des Emirats arabes unis, Tareq Saleh a ainsi formé le 21 avril 2018 la « Force de résistance nationale » [17], une force bien entraînée [18] comprenant d’anciens membres de la Garde républicaine yéménite et qui, malgré leur loyauté ostensible à l’égard du gouvernement de Abed Rabbo Mansour Hadi (à la tête du gouvernement yéménite officiel, soutenu par l’Arabie saoudite), n’ont pas à suivre ses ordres dans la lutte contre les insurgés houthis.

Le retrait de l’essentiel des forces soudanaises et émiraties du théâtre yéménite a encouragé l’Arabie saoudite à changer de stratégie, en abandonnant son soutien à une armée nationale yéménite et en privilégiant, à la place, une initiation des pourparlers avec les Houthis [19]. Cet aveu d’impuissance a discrédité davantage encore la coalition, laissant plus d’espace aux forces militaires locales pour consolider et accroître leur contrôle au Yémen.

Lire la partie 2

Publié le 17/06/2020


Emile Bouvier est étudiant à l’Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne, où il prépare les concours de la fonction publique. Diplômé d’un Master 2 en Géopolitique, il a connu de nombreuses expériences au Ministères des Armées, notamment au Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO), à l’Etat-major des Armées dans une cellule d’analyse géopolitique, ou encore en Mission de Défense (MdD) en Turquie. Son grand intérêt pour la Turquie et la question kurde l’ont amené à voyager à de nombreuses reprises dans la région et à travailler sur les problématiques turques et kurdes à de multiples occasions.


 


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