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Les Croisades (1096-1291) : le choc de la rencontre entre deux mondes (2/3)
Article publié le 29/11/2018

Par Yara El Khoury

Yara El Khoury est docteur en Histoire de l’Université Saint-Joseph et titulaire d’un DEA en Résolution des Conflits de l’Institut Catholique de Paris. Elle est chargée de cours à l’Université Saint-Joseph et chercheur associé au CEMAM, Centre d’études pour le monde arabe moderne.

Signification et origines des Croisades

Le mot « Croisades » renvoie à des opérations militaires menées au nom de la foi. La Reconquista, reconquête progressive de l’Espagne des mains des musulmans, est une forme de Croisade. Chaque fois que l’Église va en guerre contre des groupes qu’elle considère comme hérétiques ou des juifs, on parle de Croisade. Le mot a donc un sens extensif. Notre propos va porter sur un aspect très particulier, les Croisades en Orient. Ce sont les huit campagnes militaires principales parties d’Occident vers l’Orient afin de reconquérir la Terre Sainte et qui ont duré près de deux siècles avec l’établissement d’entités politiques appelées les Etats latins, ce qui s’apparente à une entreprise de colonisation, car l’Europe sort de ses frontières et part à la conquête de toute une région.

L’idée de Croisade n’était pas inconnue ; elle est fondée sur la pratique du pèlerinage. Depuis qu’Hélène la mère de Constantin avait retrouvé des reliques de la croix du Christ, les pèlerinages en Terre sainte se sont développés, sans pour autant faire l’unanimité. Parmi les Pères de l’Eglise, Saint Jérôme et Saint Augustin les ont condamnés et ont tenté de dissuader les fidèles d’entreprendre de tels voyages dans des contrées lointaines, le plus souvent au péril de leur vie, en laissant derrière eux des familles réduites à la misère. En revanche, Saint Augustin contribue par sa pensée à paver la voie à la guerre faite au nom de la religion en définissant le postulat de la « guerre juste » menée pour les besoins de la conversion des infidèles. Avec lui, l’Église admet que des chrétiens fassent la guerre pourvu qu’il y ait des aspirations religieuses qui transcendent le combat. Dans la société féodale où l’Eglise omniprésente a le devoir d’assurer le salut des hommes, les chevaliers prêtent serment sur l’Évangile. L’Eglise définit le cadre de l’activité militaire, en instaurant des jours où il est licite de se battre, et les autres appelés « Trêve de Dieu ». Ce faisant, elle contribue à circonscrire l’énergie des chevaliers et à limiter les rixes répétées qui se produisaient et nuisaient à la sécurité de la population et à la marche des affaires. Le départ de centaines de chevaliers en Croisade va créer un climat propice à l’émergence du pouvoir central et accélérer le phénomène d’extension de l’autorité des rois. Enfin, la période des Croisades connaîtra l’essor des cités marchandes de la Méditerranée dont la plus renommée sera Venise. A la faveur du développement du commerce entre les rives de la Méditerranée, des villes s’affranchissent du pouvoir royal et la bourgeoisie fait son apparition en Europe.

La Croisade des pauvres gens

Comme la Croisade est une campagne militaire d’inspiration religieuse, elle est décidée par les autorités de l’Eglise. C’est un pape français, Urbain II, qui, en 1095, proclame la première Croisade en Orient lors du concile de Clermont. Dans son discours rapporté par des témoins, il appelle les chrétiens à partir en Croisade en réponse à un appel qui lui avait été adressé par l’empereur byzantin Alexis Comnène dont l’Empire était menacé par l’avancée des Turcs. Dans son appel, le pape promet aux chevaliers qui partiront en Croisade la remise des pénitences auxquelles ils auraient dû être soumis en raison de leurs péchés. Dans la perspective de la campagne militaire qui s’annonce, les chevaliers font coudre sur leur habit militaire une croix qui indique qu’ils sont au service du Christ. Durant le temps qu’ils mettent à se préparer, des prédicateurs s’en vont prêcher la Croisade par les villages. Encouragés par leur zèle, des milliers de pauvres gens se lancent sur les routes. Dans leur traversée de l’Europe centrale, ils se rendent coupables d’exactions contre des populations juives, ce qui ravive l’antisémitisme. Après un passage rapide par Constantinople, ils arrivent en Anatolie où ils seront massacrés à leur tour par les troupes turques.

La Croisade des barons

C’est la première Croisade qui compte nombre de chevaliers mais pas de rois. Le roi de France Philippe Ier était excommunié pour cause d’adultère. Parmi les chevaliers qui participent à cette Croisade, certains vont s’illustrer plus particulièrement. Ainsi, Godefroy de Bouillon, archétype du preux chevalier, sera amené à fonder le royaume de Jérusalem dont son frère, Baudouin de Boulogne, va finir par ceindre la couronne après avoir fondé le comté d’Edesse. Le comte de Toulouse, Raymond de Saint- Gilles, sera à l’origine du comté de Tripoli. Parti en croisade avec son épouse, il aura un fils en Terre sainte et le fera baptiser dans le Jourdain en lui donnant le nom d’Alphonse Jourdain. Enfin, Bohémond de Tarente qui vient de Sicile, tient ses aptitudes guerrières de ses ancêtres normands, les Vikings, qui ont déferlé sur l’Europe au IXème siècle.

Partis en 1096, les Croisés arrivent à Jérusalem en 1099. Une Croisade est une entreprise très longue ; elle est commandée par la lenteur des moyens de transport de l’époque et les aléas du climat. Si les chevaliers font le trajet à cheval, la foule qui les accompagne se déplace à pied. Souvent les épouses et la famille sont du voyage. A partir de la troisième Croisade, quand Venise prêtera ses bateaux, les déplacements seront plus rapides. Dans les conditions de l’époque, les Croisades s’accompagnent d’une mortalité élevée. Ainsi, sur les 7000 combattants partis d’Europe, 1200 arrivent à Jérusalem.

Au moment de la traversée du Bosphore, les Croisés arrivent à Constantinople chez le Basileus Alexis Comnène qui les retient longtemps et tente de les persuader de proclamer son autorité sur les territoires qu’ils vont conquérir. Epuisés par les pourparlers et pressés de partir, les Croisés finissent par lui faire des promesses qu’ils ne tiendront pas une fois sur place.

La première Croisade est un succès et son œuvre principale est la création de quatre Etats latins. Le premier est le comté d’Édesse, actuelle Urfa dans le Sud de la Turquie, aux frontières de l’Irak. Il a été fondé par Baudouin de Boulogne qui épousa la princesse du petit royaume arménien et s’imposa comme héritier du trône. Très éloigné de Jérusalem et ne disposant pas d’ouverture sur la mer, ce comté sera le premier des Etats latins à disparaître. A Antioche, après la prise de la ville à laquelle il a énergiquement contribué, Bohémond de Tarente décide de ne plus poursuivre la route et fonde une principauté. La traversée de la côte libanaise se révéla ardue en raison notamment des promontoires rocheux qui plongent dans la mer. Les Croisés auraient reçu une aide de la part des maronites qui seraient descendus de leurs montagnes et venus à leur rencontre à ‘Arqa dans le ‘Akkar. De la rencontre entre les maronites et les Croisés surviendra à la fin du XIIème siècle l’adhésion de cette Eglise d’Orient à la catholicité romaine, une adhésion qui se fera au prix d’une guerre civile au sein même de la communauté maronite divisée à son sujet. Le 15 juillet 1099, la ville de Jérusalem, objectif des Croisades, tombe dans un bain de sang qui n’épargnera pas les chrétiens de la ville. Dans leurs écrits, les chroniqueurs ne pourront s’empêcher d’établir la comparaison avec l’entrée pacifique du calife Omar Ibn al-Khattab dans la Ville sainte au VIIème siècle. Après que les ardeurs guerrières des Croisés se furent déployées sur les habitants de Jérusalem, Godefroy de Bouillon est nommé roi par ses pairs, mais il refuse de porter le titre qu’il considère revenant au Christ, seul roi de Jérusalem à ses yeux. Lui portera le titre plus modeste d’« avoué du Saint Sépulcre ». A sa mort qui surviendra un an plus tard, son frère Baudouin de Boulogne quitta Edesse pour prendre les rênes du royaume de Jérusalem, devenant le dépositaire du titre et des fonctions royales.

Le dernier des Etats latins à voir le jour est le comté de Tripoli fondé par Raymond IV de Toulouse, comte de Saint-Gilles, qui serait tombé littéralement sous le charme de la côte libanaise. A l’entrée Est de la ville de Tripoli, une imposante citadelle portant le nom de Saint-Gilles continue de perpétuer son souvenir.

La Deuxième Croisade (1147-1149)

Avec la fondation des Etats latins, les Croisades se révèlent être une entreprise politique, mais elles sont d’emblée marquées par une fragilité liée à l’exiguïté de leurs entités territoriales baignant dans un environnement hostile et ne disposant que de la mer et des contacts avec l’Occident pour assurer leur survie.

Dans les Etats latins, les Croisés mettent en place le système féodal qui était le leur en Occident. La conquête a entraîné un déplacement des populations musulmanes, juives et chrétiennes orientales vers l’intérieur, ce qui laisse les latins et leurs descendants, grossis par les arrivages successifs de populations d’Europe, disposer du sol et des ressources des nouveaux Etats. Bien avant la découverte de l’Amérique, l’Orient fait figure d’Eldorado et attire les Occidentaux appâtés par des perspectives d’enrichissement et par l’aventure. Des générations issues de ces colonisateurs avant l’heure naissent et vivent en Orient sans connaître la terre de leurs ancêtres qui viennent des différentes contrées du continent européen ; on les appellera les Poulains, produits d’un phénomène d’acculturation perceptible dans leur mode de vie largement inspiré des coutumes de l’Orient. Leurs relations avec les vagues successives de Croisés ne se feront pas sans mal, un fossé culturel faisant désormais barrage entre eux, alimenté par les erreurs que vont commettre les nouveaux venus, dues à leur méconnaissance de la région.

Après avoir semblé inerte face à la déferlante de la première Croisade, l’Islam se ressaisit et reconstitue une force de frappe digne des temps premiers de la conquête du VII° siècle. Tombée dans l’oubli à l’époque prospère des débuts de l’Empire abbasside, la notion de Djihâd refait surface de manière à contrer celle de guerre sainte qui sous-tend spirituellement les Croisades. Renouant avec une vieille tradition guerrière, le monde musulman voit apparaître des dynasties qui vont se relayer dans une entreprise de reconquête longue de deux siècles. C’est ainsi qu’en 1144, le comté d’Edesse tombe entre les mains de l’émir Zanki, nommé atabeg (vice-roi) d’Alep et de Mossoul par les Seldjoukides en 1127.

La perte du comté d’Edesse situé à la frontière nord des Etats latins fragilise considérablement ces derniers, notamment le royaume de Jérusalem où la reine Mélisende assure la régence pour son fils, le jeune Baudouin III âgé de 13 ans. Pour reconquérir le comté perdu, une deuxième Croisade est nécessaire. Décidée par le pape Eugène III, elle est prêchée par Saint Bernard de Clairvaux qui a été à l’origine d’une réforme monastique en Europe, la réforme cistercienne, du nom de l’abbaye de Cîteaux qui a inspiré par son architecture l’abbaye de Belmont érigée par les Croisés sur les collines du Mont-Liban donnant sur la mer, et qu’on appelle aujourd’hui Balamand.

Partis en Croisade en 1147, le roi de France Louis VII et l’empereur germanique Conrad III conduisent les Croisés à travers le même itinéraire suivi par les combattants de la première Croisade, mais ils font le voyage en deux convois séparés. Autour de Louis VII, de nombreux chevaliers viennent d’Aquitaine, le duché de son épouse la reine Aliénor. La Deuxième Croisade restera fameuse dans les annales par les robes emportées par la reine Aliénor d’Aquitaine très soucieuse de paraître à son avantage à la cour de Constantinople où ils devaient s’arrêter. Par ailleurs, le prince d’Antioche est lui aussi aquitain. C’est Raymond de Poitiers, frère cadet du duc Guillaume X d’Aquitaine, le père de la reine Aliénor et, par conséquent, l’oncle de cette dernière. Mais leur différence d’âge minime, seulement de huit ans, les avait rendus inséparables au cours de leur enfance qu’ils ont passée ensemble à Bordeaux, au palais de l’Ombrière. Au cours du séjour que l’armée de Louis VII effectue à Antioche, la complicité entre la reine Aliénor et son oncle qui conversent des heures durant dans la langue d’Oc non parlée par le roi finit d’entraîner la rupture du couple royal qui se sépare dès son retour en France. Moins d’un an après le divorce, Aliénor d’Aquitaine épouse le roi d’Angleterre Henri II Plantagenêt et lui apporte en dot le duché d’Aquitaine, générant par là les origines de la Guerre de Cent ans.

Le projet de Louis VII et Conrad III de reprendre Edesse échoue face aux attaques des Seldjoukides. Les armées croisées se dirigent alors plus au sud vers Damas, cité très riche et d’importance stratégique considérable. Elle était dirigée par l’émir Unur, de la dynastie turque des Bourides, le seul dirigeant musulman de la région qui n’était pas en guerre contre le royaume de Jérusalem. La ville faillit tomber dès le premier jour, mais ses habitants, une fois revenus de leur surprise face à une attaque à laquelle ils ne s’attendaient pas, résistèrent au siège, contraignant les Croisés à se retirer vaincus le 28 juillet 1148.

Bataille de Hittîn - La chute de Jérusalem

L’échec de la Deuxième Croisade renforce les Etats musulmans dans leur volonté de mettre fin aux Etats latins. L’effort guerrier s’accompagna d’une réunification croissante du monde musulman qui se fit au prix de guerres internes. Ainsi, en 1154, Noureddine, fils de l’émir Zanki, parvint à unifier la Syrie en prenant le contrôle de Damas. Puis il envoya son lieutenant Shirkûh et le neveu de ce dernier, Saladin, conquérir l’Egypte en 1169. Déjà moribond, le califat fatimide finit par disparaître en 1171. Ainsi se retrouva constituée sous l’autorité de Noureddine une unité territoriale et politique de toutes les zones limitrophes aux Etats francs d’Orient.

Devenu vice-roi d’Egypte à la mort de son oncle, Saladin, loin de se comporter comme un subordonné, donna très vite la mesure de son ambition. Nourrissant le projet de devenir le maître incontesté de l’Egypte, il va saboter toutes les campagnes militaires menées par Noureddine contre le royaume de Jérusalem, faisant de cette entité un Etat tampon entre la Syrie et l’Egypte et entérinant de fait son propre séparatisme.

Noureddine meurt le 15 mai 1174, laissant son royaume entre les mains d’un régent, son fils al-Sâlih étant âgé seulement de onze ans. La régence sera de courte durée, car, au mois d’octobre, Saladin occupe Damas, s’autoproclame régent avec le titre de sultan et prend pour épouse la veuve de Noureddine. La mort d’al-Sâlih en 1181 à Alep, empoisonné selon toute vraisemblance, fait de Saladin le souverain définitif et le fondateur d’une nouvelle dynastie, les Ayyoubides. Longtemps considéré comme un usurpateur, il devient un héros à la suite de la reconquête de Jérusalem en 1187.

Saladin avait conçu le projet de reprendre la cité de Jérusalem, troisième lieu saint de l’Islam. En 1187, il se lance à l’assaut de Tibériade suite à l’attaque d’une caravane de musulmans par le baron Renaud de Châtillon. Guy de Lusignan, roi de Jérusalem, se porte au secours des Francs assaillis par les troupes de Saladin avec tous les chevaliers que compte sa suite, ce qui a pour effet de vider Jérusalem de ses défenseurs. Le 3 juillet, ils s’arrêtent pour la nuit dans le lieu-dit Hittîn, et le lendemain, ils se retrouvent encerclés. Le roi de Jérusalem est fait prisonnier et la majorité de ses soldats sont massacrés. Renaud de Châtillon est égorgé par Saladin lui-même qui voulait punir les intrépidités de ce baron à qui il avait déjà eu affaire notamment pour le détourner d’une entreprise de conquête de La Mecque.

La reddition de Jérusalem aux mains de Saladin a lieu le 2 octobre 1187. Toutes les dames franques auront la vie sauve, y compris la veuve de Renaud de Châtillon. Elles pourront quitter la ville avec leurs enfants sans être inquiétées. Le comportement de Saladin va le rapprocher du modèle du chevalier tel qu’il était connu en Occident. Courtois envers les dames, il se rend maître de Jérusalem sans provoquer de bain de sang. Il rétablit le culte musulman tout en conservant le culte chrétien. Parvenue en Occident, la nouvelle de la chute de Jérusalem va être le déclencheur de la troisième Croisade.

Lire la partie 1 :
Les Croisades (1096-1291) : le choc de la rencontre entre deux mondes (1/3)
- Les Croisades (1096-1291) : le choc de la rencontre entre deux mondes (3/3)

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