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Le temple d’Esna (3/4). L’intérieur

Par Christian Mariais
Publié le 11/06/2026 • modifié le 11/06/2026 • Durée de lecture : 6 minutes

Crédit photo : Christian Mariais

Voici un texte gravé sur le plafond :

« Puisses-tu (Khnoum) contempler ce beau monument qui fut fait pour toi par le Roi de Haute et Basse-Égypte,

Crédit : Christian Mariais
Crédit : Christian Mariais

Il construisit un grand et auguste avant-corps devant ton temple, en beau grès durable. Sa largeur et son étendue sont excellentes et parfaitement correctes. Ses colonnes en forme de papyrus sont des supports qui soulèvent Nout (le ciel), inscrits de textes hiéroglyphiques, magnifiant le prestige de l’Auguste Ba au sein d’Esna ».

Geb, la terre, Nout le ciel et Shou l’air, espace crée par les colonnes, Inou. Voila ce que symbolise cette salle hypostyle : le monde créé.

Crédit photo : Christian Mariais
Crédit photo : Christian Mariais

Du nord vers l’est. La qualité des décors est remarquable, la récente restauration a rendu son prestige à ce temple. Chaque colonne et son chapiteau pourrait faire l’objet d’une étude.
 

Les murs

Sur le mur est, donc l’envers de la façade, nous retrouvons l’autre face des 6 colonnes engagées avec la suite des textes hyroglyphiques.

Crédit : Christian Mariais
Crédit : Christian Mariais

 

Crédit photo : Christian Mariais
Crédit photo : Christian Mariais

Colonnes B et C et entrecolonnement C
141 Le roi dans un palanquin est porté par les âmes de Pé et les âmes de Nekhen.
Titre de la scène : « Procession en palanquin ».
 
 
La partie inférieure de l’entrecolonnement D est occupée par une petite chambre à laquelle on accède par une ouverture donnant sur la salle hypostyle. La scène 120 montre que cette petite chambre servait de dépôt pour les objets et le matériel de culte.

Crédit photo : Christian Mariais
Crédit photo : Christian Mariais

 
120 Le roi en adoration présente le grand encensoir dans le « bras d’Horus » devant Khnoum, acte rituélique de « Présenter le matériel du culte » dont le détail se trouve entre les deux personnages, reproduit ici :

Crédit : Christian Mariais
Crédit : Christian Mariais

 
Placées aux deux extrémités du mur, deux inscriptions cryptographiques symétriques sont particulièrement surprenantes :
 

 

Crédit photo : Christian Mariais Photo 103
Crédit photo : Christian Mariais
Photo 103
Crédit photo : Christian Mariais Photo 126
Crédit photo : Christian Mariais
Photo 126

  
 
L’une au sud comporte un texte presque uniquement composé de signes figurant un bélier, pourvu de divers attributs (n° 103), l’autre au nord recourt pareillement à la cryptographie avec un crocodile sous de multiples aspects (n° 126). On a utilisé jusqu’à l’extrême limite les jeux graphiques rendus possibles par le système hiéroglyphique d’époque romaine. La traduction est très incertaine, avec une difficulté supplémentaire : beaucoup de signes sont manquants. Cependant, nul secret n’est caché ici, l’usage de cette écriture était plutôt destiné à montrer le niveau d’érudition des officiants.
 
Entrecolonnement E

Crédit photo : Christian Mariais
Crédit photo : Christian Mariais

113 Le roi exécute un rite de fondation devant Khnoum d’Esna et Menhyt.
Titre de la scène ; « Verser le sable dans la fondation ».
 
Sur le mur nord (à droite par rapport à l’entrée principale), le roi, ici l’empereur Commode et différentes divinités tire un filet et capture ainsi quantité d’oiseaux dans les fourrés :
 

Crédit photo : Christian Mariais
Crédit photo : Christian Mariais

531 L’un des reliefs les plus célèbres du temple ; le « piège aux oiseaux ». Au centre, de droite à gauche, Haroéris (Horus), le roi et Khnoum actionnent le piège aux oiseaux. Thot sur la gauche donne le signal du départ de l’action. À l’extrême droite, Seshat coiffée d’une étoile à 7 branches. Sa représentation est très dégradée.
 
Les scènes de capture d’oiseaux au filet sont très fréquemment représentées dans les tombes de l’Égypte ancienne. Dans les temples, cette chasse prend une forte dimension symbolique. On la retrouve notamment dans les temples de Karnak, Edfou et Esna.
 
Comme souvent dans l’art égyptien, l’artiste condense en une seule image les différentes phases de l’action. Ici, le filet est représenté grand ouvert et tendu horizontalement au-dessus d’un paysage marécageux stylisé, mais les oiseaux sont déjà pris. Â gauche, Thot, en tant que maître du temps cosmique et de l’ordre (Maât), joue ici un rôle essentiel. Une fois qu’un nombre suffisant d’oiseaux est engagé dans la zone, Thot donne le signal de la fermeture du filet. Le pharaon, Horus et Khnoum tirent alors la corde et le piège se referme brutalement « en portefeuille ». Les nombreux oiseaux capturés, le plus souvent des oies, des canards ou des vanneaux, symbolisent les ennemis, les rebelles, les forces de Seth ou le chaos cosmique, Isfet. À droite, Seshat[1] observe et entérine le résultat de l’action.
 
Près de cette scène, le roi exécute l’un des rituels de fondation du temple :
 

Crédit photo : Christian Mariais
Crédit photo : Christian Mariais

530 Le roi exécute un rite de fondation devant Khnoum d’Esna et Menhyt.
Titre de la scène : « Construire le temple ».
À l’aide d’un levier, le roi fait basculer la première pierre dans la tranchée de fondation. La position du roi évoque le signe hiéroglyphique  qui signifie « construire ».
 
Sur le mur sud se trouve un grand tableau très intéressant d’un point de vue historique :
 

Crédit photo : Christian Mariais
Crédit photo : Christian Mariais

496 Au centre, l’empereur Septime Sévère avec derrière lui l’impératrice Julia Domna, ses deux fils, Caracalla et Geta (effacé), reçoit la vie lors du jubilé par Khnoum avec derrière lui Nebtou et Heka
 
C’est l’un des reliefs les plus célèbres du temple d’Esna : la scène représente l’ensemble de la famille impériale de Septime Sévère, incluant l’impératrice Julia Domna ainsi que leurs deux fils, Caracalla et Geta. À la mort de Septime Sévère, Caracalla et Geta deviennent co-empereurs en février 211. Mais la haine entre les deux frères est extrême. Le 26 décembre 211, Caracalla fait assassiner Geta dans les bras de leur mère Julia Domna. C’est probablement pour acter de la disparition de Geta que son image a ici été effacée.
 
Comme ailleurs, le mur présente de nombreuses scènes d’offrandes :
 

Crédit photo : Christian Mariais
Crédit photo : Christian Mariais

490 Le roi, ici l’empereur Septime Sévère, présente les pièces d’étoffes devant Neith et Toutou (Tithoès)
Titre :

Crédit : Christian Mariais
Crédit : Christian Mariais

« Celui qui cache son corps dans l’œuvre des tisserands ».
 
C’est sur le mur ouest que subsiste la façade ptolémaïque et son portail :

Crédit : Christian Mariais
Crédit : Christian Mariais

 
 

Façade ptolémaïque

Crédit photo : Christian Mariais
Crédit photo : Christian Mariais

Mur ouest, partie d’époque ptolémaïque.
14 Le roi présente deux sistres devant Neith.
Titre : « Offrande des deux sistres ».

Crédit photo : Christian Mariais
Crédit photo : Christian Mariais

Le portail ptolémaïque qui donnait accès au temple aujourd’hui disparu
 
 

Façade époque romaine

 
Au-dessus du portail ptolémaïque :
 

Crédit photo : Christian Mariais
Crédit photo : Christian Mariais

546 Deux groupes de quatre personnages, l’un à droite, l’autre à gauche d’un disque, sont en adoration devant Khnoum. Le premier personnage du groupe de droite à une tête de singe.
 
 

Crédit photo : Christian Mariais
Crédit photo : Christian Mariais

Mur ouest, partie d’époque romaine.
485 Le roi, ici Caracalla, présente les deux vases de vin devant Min et Triphis.
Titre :

Crédit photo : Christian Mariais
Crédit photo : Christian Mariais

Offrande de vin.
 

Crédit photo : Christian Mariais
Crédit photo : Christian Mariais

520 Le roi, ici Trajan, exécute la danse de Chou devant Menhyt et Nebtou.
Titre : « Danser pour Menhyt et Nebtou par le roi de Haute et Basse-Égypte ».
L’empereur Trajan accomplit un rituel qui consiste à danser devant Menhyt et Nebtou. Cette danse est la danse que Shou accomplit pour apaiser Tefnout, fille de Rê, qui s’était enfuie en Nubie. Ce rituel est propre à Esna.


 
Les colonnes

Crédit photo : Christian Mariais
Crédit photo : Christian Mariais

 
 Colonnes engagées de la façade
 
Les colonnes de la façade répondent au même principe de décoration que les colonnes intérieures que nous verrons plus loin, à deux détails près : le bandeau supérieur est dédoublé, un second bandeau séparant le décor supérieur des grands textes verticaux, d’autre part, les scènes d’offrande de la partie inférieure sont supprimées (en raison du passage des entre-colonnements), et cèdent leur place au grand texte, qui descend ainsi jusqu’au bandeau inférieur.
 

Crédit photo : Christian Mariais
Crédit photo : Christian Mariais

Colonnes A, B, C ET D, de droite à gauche
 
 
 Les 18 colonnes de la salle hypostyle
 
Voilà ce que dit Serge Sauneron de ces colonnes :
 
« Ainsi, à quelques rares incertitudes près, je crois pouvoir affirmer qu’aucun des nombreux textes disparates figurant sur les colonnes de l’hypostyle d’Esna ne se trouve réellement indépendant, tous entrent dans l’exposé d’immenses rituels de fêtes, et en particulier dans celui de la fête du 1er Phaménôth, fête du soulèvement du ciel et de la création de la vie
 
 

Crédit photo : Christian Mariais
Crédit photo : Christian Mariais

Colonne 17, 382 L’empereur Trajan exécute la danse de Shou comme dans la scène 520.
 
 

Crédit photo : Christian Mariais
Crédit photo : Christian Mariais

Colonne 16, scène 395.Titre : « [Offrir] le tour de potier à son Seigneur ».
« Prends le très grand tour de potier, que tu aimes ; c’est par son travail que tu as peuplé cette terre ».

Crédit photo : Christian Mariais
Crédit photo : Christian Mariais

Colonne 16, scène 394 : Hymne à Khnoum, petit extrait du texte : « Toute existence advint par son existence. Le plus grand des grands, le plus éminent des éminents, il est le plus grand de toutes les divinités ! Mystérieux de forme, il se distingua au-delà des divinités. Façonneur des façonneurs, l’aîné des primordiaux, père des pères, mère des mères, qui fit ce qui est en haut, et créa ce qui est en bas ».
 
 

Crédit photo : Christian Mariais
Crédit photo : Christian Mariais

Colonne 10, rituel du temple d’Esna. Petit extrait : « Lorsque la troisième heure du jour arrive, l’astronome annonce l’heure ; les prêtres-prophètes se purifient dans le lac sacré de ce temple, et arrivent en état de pureté. On récite le rituel de l’apparition par le Grand Prêtre-Lecteur ».
 
Quelques chapiteaux
 

Crédit photo : Christian Mariais
Crédit photo : Christian Mariais

Colonne 7

Crédit photo : Christian Mariais
Crédit photo : Christian Mariais

Colonne 8

Crédit photo : Christian Mariais
Crédit photo : Christian Mariais

Colonne 14
 

Publié le 11/06/2026


Christian Mariais a effectué plus de soixante voyages en Égypte durant lesquels a pris plus de 40 000 clichés. Il est l’auteur de l’ouvrage « Les textes funéraires dans les tombes de la Vallée des Rois », qui offre une synthèse unique des textes funéraires royaux du Nouvel Empire.
Il a étudié de nombreuses tombes et publié le fruit de ses recherches sur des sites spécialisés.


 


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