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Aujourd’hui complètement dégagé, le monument se trouve à environ 10 m en dessous du niveau de la surface actuelle et est entouré par la ville moderne. Deux des côtés du site sont protégés par un impressionnant mur de soutènement destiné à le protéger d’éventuels glissement de terrain et à l’isoler des rues environnantes.
On accède au site en partant de la corniche nilotique d’Esna et en empruntant une ruelle assez modeste, bordée principalement de boutiques pour touristes.

La ruelle débouche rapidement sur une place dominée par une large fosse au fond de laquelle se trouve donc le monument. Un escalier métallique permet aux visiteurs de descendre jusqu’au niveau du site.

Une grande cour où subsistent les maigres restes d’une petite chapelle chrétienne précède le monument proprement dit. Par son architecture, cette salle hypostyle rappelle fortement celle du temple de Dendérah.
Les murs tant à l’extérieur qu’à l’intérieur présentent une multitude de scènes d’offrandes. Serge Sauneron a attribué un numéro à chacune de ces scènes ainsi qu’à chaque zone d’inscriptions, en tout 646. Nous avons retenu ici cette numérotation.

La façade mesure environ 37 mètres de largeur pour une quinzaine de mètres de hauteur et fait face à l’est. Elle possède six colonnes engagées. Des murs arrivant à mi-hauteur occupent les espaces entre les colonnes.
47 Entablement de la façade, bandeau supérieur horizontal de l’entablement :

Sur la partie gauche se trouve l’inscription suivante :

Traduction [1] : « Il rend prospères les Deux Terres et la très grande, première capitale qu’il préfère (càd Rome), Celui qui tient les Deux Terres et Rome. Le Roi de Haute et Basse Égypte, Seigneur des Deux Terres, Claude. Fils de Rê, Seigneur des Apparitions, bien-aimé de Khnoum-Rê Seigneur d’Esna, doué de vie comme Rê, à jamais ».
Passage exceptionnel où Rome est nommée dans un texte hiéroglyphique du temple. « Qui tient les Deux Terres et Rome ». L’Égypte et Rome sont possessions de l’empereur. « Première capitale » - Rome est reconnue comme centre du pouvoir, supérieure même aux capitales égyptiennes. « Qu’il préfère » - nuance intéressante ! le roi choisit Rome…
À l’extrémité gauche de cette façade, on peut voir un roi sortant du palais :

52 Le roi « apparait à la porte du palais ». Il présente sept enseignes tenues alternativement par des croix ânkh (vie) et des sceptres Ouas (Pouvoir). Un enfant « Iounmoutef »se tourne vers la scène.
Au-dessus, l’empereur Claude devant Khnoum et Heka l’enfant :

51 Le roi en adoration, ici l’empereur Claude, reçoit une longue vie de Khnoum. Heka l’enfant est derrière.
Puis sur les panneaux situés sur les murs entre les colonnes, à gauche de l’ouverture, l’empereur Titus est purifié par Thot et Harsiésis (une forme d’Horus) :

67 Le roi est entouré par Harsiésis (Horus fils d’Isis) et Thot, Menhyt se tient à droite.
Selon un rituel fixé dès l’origine à Memphis, Horus et Thot font couler sur la tête royale une cascade de signe vie-pouvoir. C’est le rituel de la « lustration royale ».
Près de la porte, l’empereur Titus est présenté à Khnoum. Heka l’enfant, apparaît sur le symbole de l’union des Haute et Basse Égypte, le Sema-Taouy. De l’autre côté de l’entrée, les mêmes thèmes figurent en symétrie :

70 Le roi est entouré par Nekhbet (couronne blanche du sud) et Ouadjyt (couronne rouge du nord). Heka (sur le Sema Taouy) et Khnoum d’Esna se tiennent à droite. « Intronisation royale ».
A l’extrémité droite, un rite de fondation :

71 Le pharaon, ici l’empereur Vespasien, en adoration exécute un rite de fondation devant Neith. « Donner la maison à son maître »
La porte centrale présentait dans l’antiquité un tout autre aspect : elle était précédée d’un portique formant kiosque. Celui-ci jouait un rôle essentiel dans le culte et les fêtes d’Esna, puisque c’est ici que se réalisait l’union de la statue de Khnoum avec la divinité solaire, et qu’il constituait également le lieu où se déroulait, après cette union au disque, le mystère de la naissance divine. Son existence ne fait aucun doute : les textes l’attestent sans ambiguïté et des fragments architecturaux qui lui appartenaient ont été retrouvés aux abords du temple.
En longeant le temple par la droite, sur le mur nord, nous retrouvons une scène traditionnelle : le pharaon massacre ses ennemis, ici ceux du nord.

619 Le roi, avec derrière lui son ka, accomplit le rite du massacre les ennemis devant Khnoum d’Esna, Heka l’enfant, Nebtou et Neith.
Titre de la scène : « Massacrer les pays étrangers (les ennemis) ».
« Je t’apporte les chefs de tous les pays étrangers, ligotés dans mes mains, j’ai saisi leurs têtes, empoigné leurs cheveux, sans que l’on puisse entendre les supplications qu’ils m’ont adressées. Tu es une divinité excellente pour celui qui lui est dévoué, tout ordre t’appartient. Les Nubiens sont en prosternation, les Asiatiques sont sur leur face, les deux pays et les pays étrangers baissent la tête, leurs chefs sont tombés à terre, sans ressources en leurs corps, de peur de [… …]. »
De nombreuses scènes d’offrandes du roi à différentes divinités décorent ce mur.
Sur le mur sud, à l’exact opposé, on trouve aussi la même scène avec le roi, ici l’empereur Domitien, massacrant les ennemis. Cette fois il s’agit logiquement des peuples du Sud, les Nubiens :

570 Le roi, avec derrière lui son ka, accomplit le rite du massacre des ennemis devant Khnoum d’Esna et Menhyt.
On y trouve différentes scènes comparables à celles du mur nord dont le sacrifice d’un un oryx (ici l’animal symbolise Seth) que le roi égorge :

575 Le roi, ici l’empereur Titus, accomplit le rite du massacre l’oryx devant Menhyt.
« L’oryx est enchainé, l’ennemi-de-l ’œil-oudjat tombe sous le couteau ».
et à côté, le roi avec sa lance transperçant une tortue (associée à Seth) :

576 Le roi accomplit le rite du massacre la tortue « (ici l’animal symbolise Seth) devant Khnoum de la campagne assis.
À l’arrière, le mur ouest présente des scènes d’offrandes :

Mur ouest, côté nord.

Mur ouest, côté sud.
Des vestiges du reste du temple ptolémaïque, aujourd’hui détruit se trouvent sous plusieurs mètres de déblais :

Christian Mariais
Christian Mariais a effectué plus de soixante voyages en Égypte durant lesquels a pris plus de 40 000 clichés. Il est l’auteur de l’ouvrage « Les textes funéraires dans les tombes de la Vallée des Rois », qui offre une synthèse unique des textes funéraires royaux du Nouvel Empire.
Il a étudié de nombreuses tombes et publié le fruit de ses recherches sur des sites spécialisés.
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On accède à l’intérieur du temple d’Esna par la grande porte centrale, très dégradée de nos jours. L’intérieur du temple est sombre et les yeux mettent quelques minutes avant de s’acclimater à l’ambiance de la vaste salle. Dix huit colonnes hautes de plus de 13 mètres soutiennent le parfond.
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