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À l’ombre des crises qui secouent actuellement la région, un autre sujet s’impose progressivement à l’ensemble du Moyen-Orient : le réchauffement climatique, qui progresse à un rythme près de deux fois supérieur à la moyenne mondiale (I) et a des conséquences sur la vie et les activités humaines (II). Parallèlement, la croissance démographique de la région (III), parmi les plus rapides au monde, accroît encore la pression sur ces ressources et les sociétés locales (IV). Cette crise climato-démographique porte en elle les germes de facteurs de déstabilisation à travers la région, fortement dépendante aux énergies carbonées et structurellement déstabilisée par des crises et conflits persistants (V).
A l’exception d’une partie de la Turquie et du littoral levantin, le Moyen-Orient se caractérise pour une large part par des climats désertiques ou semi-arides, accompagnés de précipitations très faibles (alors que la France comptait 1 075 mm de cumul moyen de pluie en 2024, l’Irak en comptait par exemple 216 mm [1] et l’Arabie saoudite 59 mm [2]). La région dispose d’un peu moins de 1% des ressources d’eau douce mondiales, faisant qu’environ 83% de sa population vit dans des zones soumises à un stress hydrique sévère [3]. Ainsi, treize des vingt pays les plus frappés par le stress hydrique dans le monde sont moyen-orientaux ou nord-africains. Or, il apparait que le Moyen-Orient se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne planétaire [4]. Selon plusieurs modèles prévisionnels, les étés les plus frais durant la période 2070-2090 dans la région pourraient ainsi s’avérer plus chauds que les étés les plus chauds de la période 1961-1990 [5]. De fait, sans action d’ici la fin du siècle, la région devrait ainsi connaître un réchauffement de 5°C [6]. Concrètement, une hausse de 2°C se traduirait par une chute de l’accessibilité à l’eau douce allant de 15% (estimation basse) à 45% (estimation haute) en moyenne [7]. Au rythme actuel, la quantité d’eau disponible devrait dès lors passer d’ici 2050 sous le seuil de pénurie absolue, fixé à 500 mètres cubes par personne et par an, à travers la quasi-totalité des pays du Moyen-Orient [8].

Les vagues de chaleur sont devenues plus fréquentes et sévères ces dernières années, dépassant désormais régulièrement le seuil symbolique des 50°C : le pèlerinage à La Mecque de juin 2024 a par exemple connu des températures avoisinant les 52°C, à l’origine du décès de 1 301 personnes (par déshydratation et arrêts cardiaques notamment) et à la prise en charge médicale de milliers d’autres [9]. De ces vagues de chaleur découlera donc des problèmes de santé qui toucheront d’abord les plus vulnérables tels que les enfants, les personnes âgées et les femmes enceintes [10] ; les naissances prématurées auraient par exemple 4% de chances de plus de se produire pour chaque degré que gagne le climat, et 16% de plus lors des vagues de chaleur [11]. D’autre part, diverses études [12] ont ainsi démontré une corrélation entre l’augmentation des températures et la hausse des cancers chez les femmes, notamment ceux des ovaires, du col de l’utérus et du sein, de même que la mortalité de ceux-ci ; pour chaque augmentation de 1°C de la température, la prévalence des cancers chez les femmes augmenterait ainsi de 173 à 280 cas pour 100 000 personnes, selon un échantillon de femmes issues de dix-sept pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord [13].

De fait, cette évolution climatique et ses conséquences au Moyen-Orient vont toucher la vie et les activités humaines, d’abord du point de vue purement biologique : en raison d’une combinaison taux d’humidité/température extérieure trop élevée, certaines parties du littoral levantin, de l’Iran et des étendues désertiques de la péninsule arabique notamment (cf. carte ci-dessous) pourraient devenir potentiellement inhabitables pour l’espèce humaine d’ici 2070 [14].

En outre, la contraction - voire la disparition - des zones humides (comme les Marais de Mésopotamie, en Irak et en Iran [15]) rend également inhospitalières des régions qui étaient autrefois des bassins de vie, tant pour l’être humain que la biodiversité : l’assèchement des cours d’eau, la salinisation des sols et l’accroissement des températures et de la sécheresse ont par exemple poussé les Iraniens à abandonner plus de 12 000 villages entre 2002 et 2017, quelque 70% d’entre eux étant jugés comme à risque d’être désertés à leur tour dans les prochaines années [16].
Par ailleurs, le dérèglement climatique pèse de plus en plus sur les activités économiques : alors qu’il coûtait environ 0,4% à 1,3% du PIB des pays du Moyen-Orient en 2022, ce chiffre pourrait atteindre 14% d’ici 2050 [17]. En effet, outre ses impacts sur les ressources et les infrastructures économiques, en raison par exemple de la diminution des ressources en eau, essentielle à l’agriculture, l’industrie et le secteur énergétique, ou encore la fragilisation des infrastructures de transport et d’énergie sous l’effet de températures très chaudes ou d’événements climatiques puissants (à l’instar de l’Irak dont l’accroissement des températures locales provoque de plus en plus de coupures de courant durant les mois les plus chauds de l’année, les chaleurs excessives et les tempêtes de sable rendant inopérantes certaines centrales électriques [18]), le dérèglement climatique pourrait induire des risques pour les travailleurs eux-mêmes, en particulier ceux dont le métier est physique ou implique des activités en extérieur, comme le secteur du bâtiment [19].
D’autre part, le Moyen-Orient dans sa quasi-totalité doit faire face à une autre crise qui, quelle qu’en soit son ampleur dans les années à venir, va faire croître significativement les effets de la première : la crise démographique. En effet, selon les démographes de l’ONU [20], la population de la plupart des pays de la région devrait continuer de croître significativement d’ici au moins 2100. L’Égypte devrait voir par exemple sa population quasi doubler d’ici à la fin du siècle et atteindre plus de deux cents millions de personnes ; le Yémen et l’Irak, tous deux forts d’une quarantaine de millions d’habitants, devraient connaître un taux de croissance démographique fulgurant et croître à plus d’une centaine de millions d’habitants d’ici 2100, dépassant largement les deux poids lourds qu’étaient jusqu’ici l’Iran et la Turquie.

L’émigration et les guerres n’ont qu’un impact marginal dans ces courbes démographiques à la hausse : dans le cas de l’Irak par exemple, qui a abrité jusqu’à 400 000 réfugiés ces dernières années [21], sa population a gagné plus de 15 millions de personnes de 2011 à 2025, alors même que des dizaines de milliers d’Irakiens avaient trouvé refuge durant cette période en Turquie. Les dynamiques démographiques régionales sont très majoritairement poussées par une natalité galopante, bien plus que par la guerre ou l’émigration. La seule exception notable est celle du Liban, qui a connu de très fortes vagues d’immigration et émigration ces dernières années, en lien notamment avec les conflits régionaux et les nombreuses crises que traverse le pays. Les démographes de l’ONU lui prédisent pourtant une croissance démographique de presque 25% entre 2024 et 2051.
Cet accroissement substantiel des populations locales s’accompagne quasi-mécaniquement d’un très fort taux d’urbanisation de la population : 35% dans les années 1960, 66% en 2021 [22]. Les villes, toujours plus peuplées, continuent donc de s’étendre : la superficie bâtie du Caire a par exemple augmenté de 110 km² (Paris intra-muros s’étend sur 105 km², à titre de comparaison) sur les plateaux désertiques, et de 55 km² au détriment des terres agricoles de la vallée du Nil, pour la période de 1995 à 2007 [23]. La capitale égyptienne s’étend aujourd’hui sur 606 km². Cette expansion massive des villes se caractérise bien souvent par une urbanisation incontrôlée où la priorité est donnée à l’érection de nouveaux bâtiments davantage qu’à leur durabilité, la pertinence de leur localisation ou leur impact sur l’environnement : la dilatation urbaine d’Amman, Riyad ou du Caire s’est par exemple accompagnée de la création d’îlots de chaleurs et d’une véritable désertification, interne comme périphérique : la croissance du Caire de 1990 à 2016 s’est par exemple accompagnée d’une perte de 7,7% de sa couverture végétale [24], participant à une hausse de sa température de surface moyenne de 31°C en 1986 à 36°C en 2017 et, potentiellement, 38°C en 2030 [25].
Cette croissance démographique, autrefois vue comme un vecteur de puissance économique et militaire, revêt ici les attributs d’une crise pour le Moyen-Orient, voire d’un « danger » selon les propres termes du président égyptien al-Sissi [26] : en effet, ces populations toujours plus nombreuses vont exercer une pression accrue sur des ressources déjà limitées, de plus en plus contraintes par le changement climatique et par les activités humaines et, pour un grand nombre d’entre elles, d’ores et déjà en déclin, notamment l’eau [27]. Par ailleurs, les besoins énergétiques de ces populations vont s’accroitre, augmentant aussi les émissions de gaz à effet de serre : en 2024, 95% de l’électricité de la région était issue d’énergies fossiles et donc polluantes [28].
Sans même parler des hypothétiques - mais pas improbables [29] - « guerres de l’eau », une telle crise climato-démographique n’est pas sans créer des tensions. Depuis deux décennies, le marché du travail peine à absorber l’afflux massif de jeunes actifs induit par la forte croissance démographique régionale : en 2023, le taux de chômage des 15-29 ans au Moyen-Orient et en Afrique du Nord était de l’ordre de 25% [30], un taux supérieur à la moyenne mondiale (12.4% [31]). Ce taux de chômage, couplé à une inflation et des pénuries alimentaires, hydriques ou énergétiques, nourrit un désarroi populaire pouvant devenir le terreau de tensions socio-économiques, voire de conflits : par exemple, la grande sécheresse de 2006-2010 en Syrie a fortement déstabilisé l’agriculture syrienne, poussant des milliers de Syriens à migrer des campagnes vers des zones de pauvreté urbaines ; la mauvaise gestion de cette crise a contribué à bien des égards à favoriser et aggraver la guerre civile qui allait éclater en mars 2011 [32].
De fait, cette pression croissante sur les ressources et les conditions de vie pourrait entraîner, dans les prochaines décennies, des mouvements de populations à l’intérieur même des États moyen-orientaux, voire entre États voisins. Le dérèglement climatique agit en effet comme un « multiplicateur de menaces » : la raréfaction de l’eau, la baisse des rendements agricoles, la désertification ou encore la multiplication des épisodes climatiques extrêmes tendent à fragiliser les espaces ruraux et à accélérer les migrations vers les centres urbains, déjà fortement saturés. Ainsi, selon la Banque mondiale, les régions du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord pourraient compter plusieurs dizaines de millions de déplacés climatiques internes d’ici 2050 si aucune politique d’adaptation ambitieuse n’est mise en œuvre [33]. Or, ces dynamiques migratoires risquent d’exacerber les tensions socio-économiques existantes : pression sur les logements, les infrastructures urbaines, les réseaux d’eau et d’électricité, concurrence accrue sur le marché du travail ou encore développement de quartiers informels particulièrement vulnérables aux risques sanitaires et climatiques [34]. Dans des États où les capacités institutionnelles demeurent parfois limitées et où les équilibres sociaux apparaissent déjà fragiles, ces déplacements de population pourraient ainsi devenir un facteur supplémentaire de déstabilisation politique et territoriale.

Malgré certaines initiatives notables engagées par plusieurs États du Moyen-Orient afin de répondre aux enjeux environnementaux et climatiques - à l’instar de la Turquie, où les énergies renouvelables représentaient 36 % du mix énergétique en 2024 [35] -, les politiques énergétiques et environnementales de la majorité des pays de la région demeurent contraintes par quatre obstacles. Le premier d’entre eux réside dans la dépendance profonde des économies régionales à la rente pétrolière et gazière [36] ; la région concentre environ 55% des réserves mondiales prouvées de pétrole ainsi que plus de 40 % des réserves mondiales de gaz naturel [37], ce qui a contribué, depuis les années 1970, à l’émergence de modèles d’« États rentiers » fondés sur la redistribution des revenus issus des hydrocarbures. Dans plusieurs monarchies du Golfe, les hydrocarbures ne constituent pas seulement une ressource économique stratégique, ils assurent directement le financement des budgets publics, des infrastructures, des systèmes de subventions et d’une partie substantielle de l’emploi public [38]. En Arabie saoudite par exemple, les revenus liés à l’exploitation des hydrocarbures représentent environ 62 % des recettes publiques [39]. Cette proportion atteint environ 83 % au Qatar [40] et près de 93 % au Koweït [41]. Les politiques de subvention des carburants, de l’électricité et parfois même de l’eau ont installé des modèles de consommation caractérisés par une énergie abondante et faiblement coûteuse [42]. Dans ces conditions, toute transition écologique ambitieuse implique des réformes particulièrement sensibles sur le plan politique et social : réduction des subventions énergétiques, augmentation des prix de l’énergie, diversification de l’économie, etc. Or, les gouvernements régionaux redoutent qu’une transformation trop rapide ne fragilise le contrat social sur lequel repose leur stabilité politique [43]. De fait, la baisse des cours du pétrole entre 2014 et 2020 illustre cette vulnérabilité structurelle : les recettes pétrolières des États du Golfe ont diminué d’environ 45 % entre 2016 et 2020 [44], entraînant ralentissements économiques, déficits budgétaires et reports de projets d’investissement. Même les programmes de diversification économique, tels que la stratégie « Vision 2030 » [45] mise en œuvre par l’Arabie saoudite, demeurent largement financés par les revenus issus des hydrocarbures [46].

Le deuxième obstacle relève de la dimension géopolitique des hydrocarbures au Moyen-Orient : depuis les chocs pétroliers de 1973, le pétrole et le gaz constituent non seulement des ressources économiques essentielles, mais également des instruments majeurs de puissance régionale et internationale [47]. Les revenus tirés des exportations d’hydrocarbures financent les budgets militaires, les politiques d’influence, les investissements internationaux, etc. Les monarchies du Golfe disposent notamment de fonds souverains de très grande ampleur, investis dans des secteurs variés tels que la finance, l’immobilier, les infrastructures, les technologies ou encore le sport à l’échelle mondiale [48]. Or, cette capacité d’investissement dépend directement des revenus fossiles. Dans un espace régional marqué par les rivalités géopolitiques de toute nature, les crises politiques, les conflits ainsi que les enjeux stratégiques liés au contrôle des routes maritimes - notamment le détroit d’Ormuz -, de nombreux dirigeants considèrent qu’un abandon prématuré des hydrocarbures risquerait d’affaiblir leur position géopolitique. Cette logique s’accompagne d’un raisonnement pragmatique : dans la perspective d’un déclin futur de la demande mondiale en pétrole, il conviendrait de maximiser les exportations tant que les prix et la demande demeurent élevés [49]. Il en résulte une stratégie duale caractéristique de plusieurs États de la région : le développement simultané des énergies renouvelables et le maintien, voire l’extension, des capacités de production pétrolière et gazière. L’Arabie saoudite illustre cette ambivalence à travers le développement de projets tels que NEOM ou de vastes infrastructures solaires, tout en demeurant l’un des principaux producteurs mondiaux de pétrole [50]. De même, les Émirats arabes unis cherchent à renforcer leur image d’acteur engagé dans la transition climatique tout en poursuivant des investissements substantiels dans les hydrocarbures [51].
Le troisième obstacle tient au paradoxe climatique et environnemental auquel la région est confrontée. Comme vu précédemment, le Moyen-Orient figure parmi les espaces les plus vulnérables aux effets du réchauffement climatique, notamment en raison de l’augmentation des températures extrêmes, du stress hydrique, de la désertification et de la dégradation progressive des terres agricoles. Toutefois, ces contraintes environnementales tendent paradoxalement à accroître les besoins énergétiques régionaux : dans les États du Golfe, une part particulièrement importante de la consommation électrique est consacrée à la climatisation, notamment durant les périodes estivales où les températures dépassent régulièrement les 45 °C ; l’approvisionnement en eau potable repose par ailleurs largement sur le dessalement de l’eau de mer, procédé fortement consommateur d’énergie. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la climatisation représente aujourd’hui environ 50% de la consommation d’électricité au Moyen-Orient lors des pics estivaux de demande [52] ; quant à la désalinisation, elle devrait représenter 15% de la consommation finale d’énergie dans la région d’ici à 2040 [53]. Ainsi, plus les conditions climatiques deviennent difficiles, plus les besoins énergétiques augmentent, ce qui complique la réduction de la consommation d’hydrocarbures. À cela s’ajoute un modèle d’urbanisation développé depuis plusieurs décennies autour de la voiture individuelle, de la climatisation permanente et d’une énergie abondante et peu coûteuse : des métropoles telles que Dubaï, Riyad ou Erbil ont ainsi été conçues dans le cadre d’un modèle énergétique fondé sur les combustibles fossiles. La transformation de ces infrastructures urbaines représente donc un coût économique considérable.
Enfin, les conflits régionaux renforcent ces difficultés structurelles : dans des contextes marqués par l’instabilité politique, les conflits armés ou les tensions sociales, les gouvernements sont souvent conduits à concentrer leurs ressources politiques, financières et institutionnelles sur des postes de dépenses jugés davantage prioritaires. Les enjeux climatiques tendent alors à être relégués au second plan face à des priorités jugées plus immédiates, telles que la sécurité intérieure ou la reconstruction des infrastructures détruites durant les conflits [54] ; il apparaît ainsi peu surprenant que la Syrie d’Ahmed al-Charreh ait décidé de relancer l’industrie pétrolière et gazière afin de financer la reconstruction du pays [55] plutôt que d’investir dans la transition écologique [56]. Ce phénomène est aussi observable à travers le reste du monde [57], comme en Europe où, afin de faire face à une situation économique dégradée, de nombreux pays ont réduit ces derniers mois le budget alloué aux enjeux environnements et écologiques [58]. Cette situation complique également la mise en place d’accords régionaux durables : la coopération climatique repose généralement sur un niveau minimal de stabilité et de confiance politique, et sur une capacité à définir des objectifs communs à long terme ; or, dans un environnement régional fragmenté et marqué bien souvent par la méfiance entre acteurs étatique et l’éclosion régulière de crises l’élaboration de stratégies collectives apparaît particulièrement difficile, malgré l’existence de vulnérabilités environnementales largement partagées [59].
En définitive, la crise à laquelle le Moyen-Orient se trouve confronté ne saurait être réduite à une simple juxtaposition de difficultés environnementales et démographiques distinctes ; elle s’apparente davantage à une dynamique systémique dans laquelle ces phénomènes se renforcent mutuellement et produisent des effets susceptibles d’affecter durablement les équilibres régionaux. D’un côté, l’accélération du réchauffement climatique dans une région déjà caractérisée par une forte aridité structurelle accentue la raréfaction des ressources, fragilise les conditions de vie et accroît les risques sanitaires, économiques et sociaux ; de l’autre, la croissance soutenue de la population et l’urbanisation rapide augmentent considérablement la demande en eau, en énergie, en infrastructures et en emplois, dans des sociétés dont les capacités d’adaptation demeurent inégales. L’enjeu dépasse ainsi la seule question environnementale : il touche directement aux problématiques de développement, de gouvernance, de sécurité humaine et de stabilité politique ; l’expérience récente de plusieurs États de la région a déjà mis en évidence la manière dont des facteurs environnementaux peuvent agir comme multiplicateurs de vulnérabilités préexistantes et contribuer à aggraver des tensions économiques ou sociales déjà présentes. Dans le même temps, les réponses politiques apportées jusqu’à présent apparaissent souvent contraintes par des considérations économiques immédiates, par des modèles de développement fortement dépendants des hydrocarbures ou encore par la fragmentation politique qui caractérise une partie de l’espace moyen-oriental. Cette situation ne signifie toutefois pas que la région soit condamnée à une trajectoire de déstabilisation inévitable : elle souligne plutôt l’ampleur des transformations nécessaires dans les domaines de la gestion des ressources, de l’aménagement urbain, de la diversification économique et de la coopération régionale. Dans cette perspective, l’enjeu central des prochaines décennies pourrait moins résider dans l’existence même de la crise climato-démographique que dans la capacité des États à anticiper ses effets et à y apporter des réponses structurelles durables.
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Michel Isidore
(publiant auparavant sous le nom de plume Émile Bouvier) est consultant en sûreté internationale, analyste des risques (politiques, sécuritaires et économiques) et chercheur indépendant, spécialisé sur le Moyen-Orient, en particulier la Turquie et son voisinage proche-oriental. Formé en géopolitique à l’Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne, il a développé une expérience reconnue au sein d’environnements étatiques et privés, en France comme à l’étranger. Il accompagne les décideurs et organisations de toute nature dans l’analyse des environnements complexes, l’anticipation des menaces et la sécurisation de leurs activités.
Notes
[3] United Nations, The United Nations World Water Development Report 2024 : Water for Prosperity and Peace. UNESCO, Paris.
[4] https://www.aa.com.tr/en/middle-east/arab-region-warming-twice-as-fast-as-global-average-un-weather-agency-warns/3762025
[5] BAYRAM, Hasan et ÖZTÜRK, Ayşe Bilge. Global climate change, desertification, and its consequences in Turkey and the Middle East. In : Climate change and global public health. Cham : Springer International Publishing, 2020. p. 445-458.
[6] Christoph Duenwald, Yasser Abdih, Kerstin Gerling, Vahram Stepanyan, Abdullah Alhassan, Gareth Anderson, Anja Baum, Sergejs Saksonovs, Lamiae Agoumi, Chen Chen, Mehdi Benatiya Andaloussi, Sahra Sakha, Faten Saliba, and Jesus Sanchez. "Feeling the Heat : Adapting to Climate Change in the Middle East and Central Asia", Departmental Papers 2022, 008 (2022), accessed 1/14/2026, https://doi.org/10.5089/9781513591094.087
[7] Waha, K., Krummenauer, L., Adams, S. et al. Climate change impacts in the Middle East and Northern Africa (MENA) region and their implications for vulnerable population groups. Reg Environ Change 17, 1623–1638 (2017). https://doi.org/10.1007/s10113-017-1144-2
[8] De Waal, Dominick ; Khemani, Stuti ; Barone, Andrea ; Borgomeo, Edoardo. 2023. The Economics of Water Scarcity in the Middle East and North Africa : Institutional Solutions. © World Bank. http://hdl.handle.net/10986/39594 License : CC BY 3.0 IGO.”
[10] https://www.who.int/news/item/05-06-2024-experts-warn-of-serious-health-impacts-from-climate-change-for-pregnant-women--children--and-older-people
[11] Lakhoo DP, Brink N, Radebe L, Craig MH, Pham MD, Haghighi MM, Wise A, Solarin I, Luchters S, Maimela G, Chersich MF ; Heat-Health Study Group ; HIGH Horizons Study Group. A systematic review and meta-analysis of heat exposure impacts on maternal, fetal and neonatal health. Nat Med. 2025 Feb ;31(2):684-694. doi : 10.1038/s41591-024-03395-8. Epub 2024 Nov 5. PMID : 39500369 ; PMCID : PMC11835737
[12] A l’instar de celle-ci : https://www.preventionweb.net/news/study-links-rising-temperatures-increased-womens-cancer-rates-middle-east
[13] https://www.washingtonpost.com/climate-environment/2025/05/27/climate-change-heat-cancer-women/
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[18] https://www.france24.com/en/middle-east/20250811-nationwide-power-outage-hits-iraq-as-heatwave-pushes-grid-to-breaking-point
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[56] https://carnegieendowment.org/research/2025/11/building-climate-resilient-systems-in-post-war-syria
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