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La situation en Syrie (4/4). La problématique du gaz interfère-t-elle dans la situation syrienne ?

Par David Rigoulet-Roze
Publié le 03/05/2013 • modifié le 21/07/2020 • Durée de lecture : 5 minutes

Map of northern Europe showing the route of the planned South Stream and Nabucco gas pipelines

LAURENCE SAUBAUDU GR / AFP

On peut d’abord relever que la Syrie de Bachar al-Assad n’a pas toujours été vouée aux gémonies, y compris par ceux-là mêmes - comme la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite - qui semblent aujourd’hui les plus empressés à hâter sa chute. Elle fut même un partenaire économique courtisé par le fait que le pays constitue, à bien des égards, une sorte de hub entre le Machrek et l’Europe, en termes énergétiques notamment. Le fait est que le Qatar, qui partage avec l’Iran l’un des plus grands champs du monde - appelé North Dome du côté qatari et South Pars du côté iranien - n’était pas satisfait de se trouver a priori plus ou moins contraint, pour exporter son gaz [1], de passer par le détroit ultra-sensible d’Ormuz largement sous la surveillance de l’Iran. Doha avait donc éprouvé la tentation de trouver une autre voie moins soumise aux aléas géopolitiques induits par la crise sur le nucléaire iranien. Sans parler des tensions existant entre les deux pays relatives au partage parfois inéquitable de cette manne gazière, le Qatar pompant le champ commun au détriment de l’Iran qui se trouve pénalisé par les sanctions internationales pour exploiter ce qui lui revient [2]. En 2009, le Qatar avait, de fait, envisagé le tracé d’un gazoduc « sunnite » terrestre courant du Golfe Persique jusqu’à la Turquie et susceptible de se raccorder in fine au projet du Nabucco afin d’exporter ce gaz vers l’Europe [3], un tracé transitant d’abord par l’Arabie saoudite, puis par la Jordanie, enfin par la Syrie. C’est sans doute d’ailleurs une des raisons qui avaient conduit Doha à se rapprocher du régime de Damas avec lequel les relations n’avaient pas toujours été aisées [4]. Rappelons qu’en février 2010, le Qatar avait même été jusqu’à signer un éphémère pacte de défense avec la Syrie.

Or, Bachar al-Assad avait finalement refusé de signer ce projet, privilégiant un accord avec son allié régional iranien, et aussi pour ménager les intérêts, entre autres énergétiques, de son vieil allié russe, premier fournisseur gazier de l’Europe qui se trouve, de fait, en situation de dépendance prononcée en cas de crise comme en janvier 2009 avec l’interruption des livraisons de gaz à l’Ukraine, qui sert depuis l’époque soviétique de hub continental de redistribution pour le compte de Gazprom à destination de nombreux pays européens [5]. Toujours est-il qu’en juillet 2011, était formalisé un contrat entre l’Iran perse chiite, l’Irak post-Saddam et la Syrie alaouite en vue d’établir un gazoduc « chiite » ou IGS (Islamic Gas Pipeline) à horizon de 2016 [6].

Cela ne saurait faire les affaires du Qatar. Et ce, d’autant moins que les Saoudiens n’ont pas validé le projet qatari de transit via l’Arabie saoudite pour rejoindre le Nabucco qui avait pourtant été mis à l’étude. Riyad en effet, irritée par son turbulent voisin, a finalement fait obstruction à tout développement terrestre du pipeline envisagé [7].

Le Qatar a donc sans doute son propre agenda qui converge peut-être avec celui de la Turquie sur cette question. On comprend alors peut-être mieux les soutiens affirmés à l’option « frériste » sur l’échiquier syrien dans la perspective de l’après-Bachar. Et aussi peut-être le positionnement de certains acteurs européens, dont la France, d’autant plus en pointe sur le dossier syrien que les relations avec le Qatar sont relativement étroites depuis l’« affaire libyenne ».

Lire les parties précédentes :
- La situation en Syrie (1/4). La situation du régime syrien aujourd’hui
- La situation en Syrie (2/4). Qui constitue l’opposition syrienne, caractérisée par sa fragmentation ?
- La situation en Syrie (3/4). Les soutiens du gouvernement syrien et de l’opposition, les raisons historiques et/ou stratégiques. La Syrie est-elle devenue un théâtre d’affrontement confessionnel sunnites-chiites et d’une guerre par procuration ?

Publié le 03/05/2013


David Rigoulet-Roze, docteur en Sciences politiques, est enseignant et chercheur, ainsi que consultant en relations internationales, spécialisé sur la région du Moyen-Orient et rédacteur en chef de la revue Orients Stratégiques. Il est chercheur à l’Institut Français d’Analyse Stratégique (IFAS) où il est en charge depuis 2006 d’une veille stratégique entre l’Iran et les pays arabes particulièrement préoccupés de l’éventuelle accession de l’Iran au statut de puissance nucléaire. Il est également chercheur associé à l’Institut de Recherches Internationales et Stratégiques (IRIS) ainsi qu’à l’Institut européen de recherche sur la coopération Méditerranéenne et Euro-arabe (MEDEA) de Bruxelles. Outre de nombreux articles, il a notamment publié Géopolitique de l’Arabie saoudite : des Ikhwans à Al-Qaïda (Armand Colin, 2005) et L’Iran pluriel : regards géopolitiques (l’Harmattan en 2011). Il enseigne également la Géopolitique et les Sciences Politiques dans le supérieur.


 


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