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La religion en Jordanie

Par Delphine Froment
Publié le 13/05/2013 • modifié le 22/04/2020 • Durée de lecture : 6 minutes

Jordan : Jordan, Madaba Governorate, mosaics of Mount Nebo Church

MATTES RENÉ / HEMIS.FR / AFP

Une diversité de religions

L’Islam en Jordanie

L’immense majorité des musulmans jordaniens sont sunnites, et appartiennent plus particulièrement au chafiisme Ecole du sunnisme fondée et codifiée par le savant et juriste Muhammad bin Idris al-Shafi’i (767-820)., c’est-à-dire l’une des quatre écoles de jurisprudence du sunnisme : le chafiisme est très répandu au Moyen-Orient, notamment à l’Est de l’Egypte, en Jordanie, en Syrie, au Liban et en Irak. Outre le chafiisme, le hanafisme Ecole du sunnisme fondée et codifiée par le savant et juriste Muhammad bin Idris al-Shafi’i (767-820). est également représenté par les musulmans ouzbèques, circassiens et turcomans qui vivent en Jordanie. Le hanafisme ayant été l’école dominante sous l’Empire ottoman, on le retrouve donc dans les anciennes provinces ottomanes. Par ailleurs, une minorité de Druzes résident en Jordanie. Leur établissement dans le pays résulte notamment de la révolte syrienne de 1925, au cours de laquelle les druzes se révoltent contre le mandat français : de nombreuses familles syriennes migrent alors en Jordanie, dans des villages situés au nord, non loin de la frontière syrienne. Fondée par le calife fatimide al-Hakim bi-Amr Allah (996-1094), la religion druze apparaît comme une religion hétérodoxe au sein de l’Islam ; de telle sorte, d’ailleurs, que beaucoup de musulmans considèrent qu’il ne s’agit pas véritablement d’un groupe islamique.

Les fêtes religieuses musulmanes sont célébrées en Jordanie. Les deux plus importantes sont l’Aïd el-Fitr, pour la fin du Ramadan, et l’Aïd al-Adha, le 10ème jour du mois Dhou al hija et qui coïncide avec le pèlerinage annuel de La Mecque. Il est intéressant de noter qu’en Jordanie, l’Aïd al-Fitr est aussi parfois appelée par son équivalent turc, « Baïram », et « Baïram Qurban » pour l’Aïd al-Adha. Cela tient à la longue domination ottomane qui a laissé quelques traces dans le vocable jordanien. A l’occasion de ces deux fêtes, de nombreux rituels se perpétuent encore aujourd’hui : par exemple, pour l’Aïd al-Adha, un mouton est abattu, et partagé avec les pauvres. Traditionnellement, les familles mangent une partie du mouton, en font sécher une autre pour des repas ultérieurs, et donnent le reste aux pauvres, mais aujourd’hui, très peu de Jordaniens sèchent la viande grâce à l’arrivée du réfrigérateur : aussi, ceux qui pratiquent encore ce rituel le font par volonté de maintenir la coutume.

Le Mawlid est une autre fête religieuse, qui célèbre la naissance du prophète Mahomet, le 12ème jour du mois Rabia al awal. Même s’il s’agit d’une journée importante dans la liturgie musulmane, et que le jour est férié en Jordanie, très peu de choses ou de rituels peuvent être observés à cette occasion. Enfin, la fête d’Ashurah, célébrée le 10ème jour du mois Mouharram et qui serait inspirée du Jour du Grand Pardon juif (Yom Kippour), est aujourd’hui surtout une fête pour les enfants, et dont l’équivalent pourrait être à la fois Halloween et Noël : les enfants chantent de maison en maison pour recevoir des sucreries ou de l’argent. Il n’y a donc plus de célébration liturgique traditionnelle ; d’ailleurs, ce jour n’est pas férié en Jordanie.

Le Christianisme en Jordanie

Même si aujourd’hui l’Islam est la religion prépondérante en Jordanie, le Christianisme a laissé une empreinte particulière dans le pays. D’ailleurs, plusieurs récits du Nouveau Testament se déroulent dans la région, comme l’arrestation de Jean-Baptiste par le roi Hérode (vers la ville de Madaba, au sud d’Amman) ou certains miracles du Christ à Gadara, aujourd’hui Umm Qeis. De même, de nombreuses mosaïques découvertes à Madaba, Umm er-Rasas ou Petra attestent d’une civilisation chrétienne assez florissante en Jordanie.

La grande majorité des Chrétiens de Jordanie appartient à l’Eglise orthodoxe. Si celle-ci se divise en plusieurs sectes différentes, la plupart des Jordaniens appartiennent à la branche orthodoxe principale qui reconnait le Patriarche de Constantinople. Néanmoins, l’Eglise jordanienne a progressivement pris davantage d’autonomie. Par ailleurs, elle s’est arabisée, notamment au niveau du langage, où l’arabe est pratiqué dans la liturgie : ainsi, tous les prêtres doivent être arabophones. Outre les Orthodoxes, d’autres petits groupes minoritaires de Chrétiens coexistent dans le pays : l’église orthodoxe arménienne, par exemple, du fait de l’arrivée, en 1915, de nombreux Arméniens ; les Catholiques, pour la plupart parmi les communautés palestiniennes de Jordanie ; des groupes de Protestants (luthériens, baptistes ou presbytériens) chez les Palestiniens. Notons enfin que la Jordanie est l’un des rares pays du Moyen-Orient où certains Bédouins sont chrétiens : ceux-là vivent surtout dans les environs de Kerak, et se proclament les descendants directs de la tribu des Bani Ghassan, qui dominait la région sous l’égide des Byzantins jusqu’à l’arrivée de l’Islam en 630.

Comme elle reconnaît qu’une partie de la population est chrétienne et appartient aux différentes branches de cette religion, la Jordanie a établi un compromis pour la célébration publique des diverses fêtes religieuses : Noël de l’Eglise d’Occident [1] et Pâques de l’Eglise orthodoxe, soit les deux fêtes respectivement les plus importantes pour chaque religion, sont officiellement célébrées en Jordanie, même si chaque communauté peut librement célébrer les autres fêtes non-officielles. Ainsi, les banques ferment pour Noël, et les employés chrétiens reçoivent un jour de congé à l’occasion de ces différentes célébrations.

Les religions dans la société et dans la politique

De manière générale, les relations nouées entre les différentes communautés religieuses ont été plutôt bonnes, et l’histoire jordanienne ne semble pas avoir été entachée par des hostilités et des violences interconfessionnelles. Contrairement à d’autres pays où la ségrégation est de mise, Musulmans et Chrétiens cohabitent et se tolèrent la plupart du temps. Une discrimination – légère, certes – est néanmoins à relever, puisque certains postes du gouvernement sont réservés aux Musulmans.
Car malgré cette tolérance des communautés chrétiennes, l’islam est la religion d’Etat. C’est d’ailleurs surtout le hanéfisme qui prédomine, avec par exemple la loi de 1951 qui est largement inspirée des préceptes hanéfites. De plus, cette proclamation de l’islam comme religion d’Etat se voit avec la rétribution par l’Etat des chefs religieux et des fonctionnaires de l’administration islamiques : depuis 1962, l’entretien des mosquées est financé par le gouvernement, par exemple.

Mentionnons par ailleurs les Frères musulmans qui, contrairement aux autres pays arabes, sont tolérés : l’organisation des Frères musulmans est ainsi considérée comme une organisation politique régulière. Avec 20 sièges aux élections de 1989 et 16 en 1992, ils participent ainsi activement à l’activité politique de Jordanie, et y jouent même un rôle assez important. L’Islam est donc un levier important de la société jordanienne, comme l’atteste cette réussite électorale. Il est par ailleurs intéressant de constater que lorsque la reine Noor s’est mariée au roi Hussein en 1978, elle a estimé nécessaire de se convertir à l’Islam afin d’obtenir la faveur du peuple jordanien. Pourtant, et c’est là un autre signe de la tolérance religieuse à l’œuvre en Jordanie, le roi de Jordanie est libre d’épouser une personne appartenant à l’une des religions monothéistes. D’ailleurs, en 2006, le gouvernement a publié le International Covenant on Civil and Political Rights : l’article 18 confirme la liberté de confession.
Les Jordaniens, Musulmans ou Chrétiens, sont assez conservateurs : de nombreuses femmes portent ainsi le voile (souvent un simple foulard), et ce, qu’elles soient chrétiennes ou musulmanes. La société reste ainsi très attachée aux coutumes et aux valeurs traditionnelles (comme l’honneur), qu’elle justifie souvent par la religion.

Conclusion

Ainsi, en Jordanie, les diverses communautés religieuses cohabitent sans provoquer de tensions particulièrement notables : si la ségrégation dans des quartiers au sein de quelques villages et la discrimination pour certains postes existent, elles restent très limitées en comparaison des pays limitrophes de la Jordanie (comme le Liban, l’Egypte, la Syrie ou le Yémen). Cela a été particulièrement notable à la suite des massacres de Sabra et Chatila en 1981, lorsque les Imams des mosquées jordaniennes ont appelé leurs fidèles à l’apaisement, interdisant toute vengeance envers la communauté chrétienne. Aussi, la Jordanie est un Etat musulman conservateur mais tolérant, dans lequel les minorités ne sont pas sujettes à une quelconque persécution.

Bibliographie :
- Article « Jordanie », Encyclopædia Universalis [en ligne], http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/jordanie/.
- Article « Jordanie : religion », Encyclopædia Britannica [en ligne], http://global.britannica.com/EBchecked/topic/306128/Jordan/256321/Religion.
- John A. Shoup, Culture and Customs of Jordan, Westport, Greenwood Press, 2007, 131 pages.

Publié le 13/05/2013


Agrégée d’histoire et élève à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm, Delphine Froment prépare actuellement un projet doctoral. Elle a largement étudié l’histoire du Moyen-Orient au cours de ses études universitaires, notamment l’histoire de l’Islam médiéval dans le cadre de l’agrégation.


 


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