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La Royal Air Force et l’Irak 1918-1922 (4/6). Penser le désengagement : vers la Conférence du Caire

Par Yves Brillet
Publié le 12/01/2016 • modifié le 08/03/2018 • Durée de lecture : 27 minutes

George Nathaniel Curzon of Kedleston (Kedleston Hall, Derbyshire, 1859 - London, 1925) British politician, Viceroy of India from 1898 to 1905, Secretary of State for Foreign Affairs from 1919 to 1923.
Photo12 / AFP

Les interrogations britanniques : désengagement militaire ? Structure ministérielle dédiée au Moyen-Orient ? Quel chef irakien ?

En décembre 1920, Churchill annonce la nécessité dans laquelle il se trouve de prévoir une rallonge budgétaire de 33-34 millions de livres pour son ministère et que cette somme record est principalement due au coût des opérations en Mésopotamie, le War Office devant faire face à des charges financières générées par des politiques sur lesquelles il n’a que peu de contrôle (1).
Prenant en compte l’aspect politique de la question, Churchill allègue que l’opposition à la politique du gouvernement est de plus en plus forte, particulièrement dans les rangs qui lui sont les plus favorables et que l’opinion publique pousse au retrait des forces militaires stationnées en Perse et en Mésopotamie (2). Celle-ci passerait ainsi sous administration arabe épaulée par une force militaire recrutée localement et encadrée (3) par des officiers britanniques, les troupes stationnées dans le nord de la Perse étant évacuées au printemps dès que l’état des routes le permettrait. La zone occupée et administrée directement par la Grande-Bretagne serait ainsi strictement limitée. La Conférence des Ministres rappelle que le haut-commissaire britannique Cox s’occupe activement de la mise en place d’une administration arabe et que la situation ne peut favorablement évoluer que si un modus vivendi peut être trouvé avec les kémalistes, empêchant ainsi une alliance entre ces derniers et les bolcheviques, Mustafa Kemal étant perçu comme favorable à une négociation avec la Grande-Bretagne. En tout état de cause, aucune déclaration sur un désengagement éventuel ne doit être faite avant d’avoir consulté Cox à Bagdad, l’insurrection de juin-octobre 1920 n’ayant été possible qu’en raison de la perception par l’opinion publique mésopotamienne qu’un retrait de la Grande-Bretagne était le signe de sa faiblesse. La Conférence décide en outre de télégraphier à Cox pour l’enjoindre d’estimer le nombre minimum de troupes britanniques et indiennes nécessaires au maintien de l’ordre pour l’année 1921-1922 ainsi que les réductions possibles pour les années suivantes (4). Lors d’une réunion consacrée à la préparation du budget pour l’année financière 1921-1922, le Cabinet rappelle la nécessité de réduire les dépenses militaires tout en préservant la sécurité nationale et les intérêts impériaux de la Grande-Bretagne. Le Proche et le Moyen-Orient sont les zones reconnues qui pourraient permettre les économies indispensables. En Mésopotamie, le Cabinet considère que l’objet de la politique britannique est de développer les ressources de la région, de mettre en place une administration arabe et de substituer une armée arabe aux forces impériales (5). La rébellion a freiné le processus de réduction des forces sur place mais le Cabinet encourage l’action de Cox visant à la création d’un Etat et d’une armée recrutée localement qui faciliterait ainsi le désengagement militaire de la Grande-Bretagne (6).

Le 13 décembre, le Cabinet examine la réponse de Cox selon lequel, au 31 mars 1921, deux divisions et une brigade de cavalerie sont nécessaires pour contrôler les zones occupées, sans compter les troupes en Perse. En outre, les estimations de l’état-major sont de trois divisions et six régiments de cavalerie, les projections de dépenses chiffrées du War Office étant de 25 millions pour l’année 1921. En raison de l’importance de cette somme, l’état-major, suivi en cela par le War Office, propose de procéder à l’évacuation du nord de la Perse, de Mossoul et de Bagdad, et de se retirer sur une zone couvrant Bassora et les gisements pétroliers situés en Perse, une seule division étant ainsi suffisante pour assurer la sécurité de la zone pour un montant n’excédant pas 8 millions de livres. L’opinion qui prévaut à l’état-major est que le nord de la Perse et la Mésopotamie n’ont pas de valeur intrinsèque pour la défense de l’Inde et que les fonds seraient mieux employés pour financement de chemins de fer stratégiques ou pour l’amélioration des conditions en Inde (7).

Les acteurs sur le terrain sont cependant d’avis que le retrait et le redéploiement proposés coûteraient aussi cher que le dispositif en vigueur et que le dispositif envisagé entrainerait la fin du mandat et l’effondrement du gouvernement arabe de Bagdad et que les Turcs et les Bolcheviques viendraient immédiatement combler le vide laissé par les Britanniques.
Le Cabinet se réunit une seconde fois dans l’après-midi du 13 décembre pour entendre l’avis d’A.T.Wilson sur la question. Ce dernier considère que le scenario envisagé par l’état-major coûterait autant que le maintien dans les provinces de Mossoul et de Bagdad et ne permettrait pas d’économies substantielles (8). Dans le cas où des considérations financières exigeraient la fin de l’occupation de ces provinces, il recommande un retrait au-delà d’une ligne allant d’Amara à Nasiriya couvrant ainsi la zone de Bassora et les gisements pétroliers perses. Interrogé sur l’hypothèse d’une installation de Fayçal à la tête d’un gouvernement arabe en Mésopotamie, il objecte que les populations n’ont pas beaucoup d’intérêt pour un régime arabe, que Fayçal n’est pas seulement étranger mais sunnite dans une région où ces derniers ne forment qu’un tiers de la population. Il doute enfin qu’il puisse obtenir le soutien de la population kurde.

Le 23 décembre, un échange de télégrammes entre le War Office et le commandant en chef des forces britanniques en Mésopotamie montrent que la situation est train d’évoluer vers une évacuation rapide des troupes stationnées en Perse qui doit être effectué avant le mois d’avril 1921, afin que le retrait n’interfère pas avec la conduite des événements en Mésopotamie (9).
Dans la deuxième partie, le télégramme indique que le Cabinet est désireux de réduire les dépenses en Mésopotamie et envisage de retirer les troupes sur Bassora. Ce retrait est conditionné par le désengagement des troupes en Perse et le War Office s’interroge sur la possibilité d’accélérer les opérations par un retrait partiel et l’évacuation de la province de Mossoul, ceci avant où en même temps que le retrait des forces stationnées en Perse. Le Ministère demande au commandement en chef en Mésopotamie de lui fournir un échéancier pour les opérations de repli sur la zone de Bassora, la considération prioritaire du gouvernement étant la réduction des coûts induits par l’occupation. En dernier lieu, le War Office rappelle le plan défini lors des conférences du 1 et 13 décembre : le contrôle d’une zone située au sud de la ligne d’Ahwaz-Kurma-Nasiriyah avec une division, deux régiments de cavalerie et deux bataillons.

Le Cabinet se réunit à nouveau le 31 décembre pour envisager les différentes options concernant la politique à mener en Mésopotamie. Churchill annonce tout d’abord que la situation est contrôlée par les forces armées et que 35.000 armes ont été saisies chez les rebelles. Il ajoute que le retrait des unités stationnées en Perse prévu au printemps précédera l’évacuation de la province de Mossoul. Si le Cabinet conclut au retrait de la plus grande partie de la Mésopotamie et opte pour une concentration sur la province de Bassora, ceci ne pourra être effectué qu’à l’été 1921 (10).
En cas de troubles et d’attaques menées conjointement par les Turcs, les Arabes et les Bolcheviques, Churchill estime que les opérations se poursuivront jusqu’en mars 1922. Il estime aussi que si tout se déroule normalement, les dépenses estimées s’élèveront à 20-22 millions de livres pour l’année financière 1921-1922, et reconnait cependant qu’une rallonge budgétaire sera difficile à obtenir du parlement. Pour conclure, Churchill considère qu’il n’y a que deux politiques possibles : le maintien d’une présence britannique à Bassora sans autre considération avec pour conséquence l’instauration d’un état d’anarchie dans le nord, ou la création et la mise en place d’un ministère autonome chargé de la mise en forme et de l’exécution de la politique britannique au Moyen-Orient (11). Lors de la discussion qui suit l’exposé de Churchill, une troisième voie est évoquée, la première étant qualifiée de faute politique. Il s’agit de réduire les engagements militaires dans un délai de deux ans après la mise en place d’un gouvernement arabe à Bagdad, et l’aboutissement positif des négociations avec la Turquie. Le Cabinet ajoute que ce serait une erreur de se saisir du seul port de la Mésopotamie et de laisser un état d’anarchie se développer dans le nord ; il mentionne le télégramme de Cox du 27 décembre dans lequel ce dernier suggère que la candidature de Fayçal à la tête du gouvernement pourrait servir à apaiser le sentiment national. Il serait alors possible de réduire l’armée d’occupation à une division pour la zone située entre Bagdad et Mossoul et une brigade pour la région d’Amara, Kurna, Nasiriyah et Bassora. L’accession de Fayçal permettrait en outre de réduire les causes de friction avec les nationalistes en Syrie et dans les autres territoires arabes (12).

La suite de la discussion du 31 décembre porte sur l’opportunité de mettre en place un ministère autonome chargé du Moyen-Orient. Le nouvel organisme pourrait couvrir Constantinople, la Perse, la Mésopotamie, Aden, l’Arabie, la Palestine et l’Egypte. Aux yeux du Cabinet, la solution la plus appropriée serait la mise en place d’un organisme indépendant mais cette solution est écartée d’emblée en raison de l’opposition du Parlement, la seconde possibilité étant l’instauration d’un sous-secrétariat d’Etat dépendant du Foreign Office ou du Colonial Office. Tenant compte des divergences d’opinion, le Cabinet renvoie à plus tard sa décision tout en se déclarant favorable à une solution qui donnerait au Colonial Office la responsabilité de la mise en œuvre de la politique britannique dans la région. Toutefois, le Secrétaire d’Etat aux Colonies sera chargé de mettre en place un comité interministériel destiné à définir les contours du nouveau ministère (13). Avant de clore la réunion, le Cabinet considère une fois encore l’éventualité et l’opportunité d’une candidature de Fayçal et décide de consulter le représentant britannique à Bagdad quant à la recevabilité de cette candidature auprès de l’opinion.

Le 3 janvier 1921, Churchill fait circuler pour avis un télégramme du chef de l’état-major impérial qui rappelle l’urgence d’une décision concernant le retrait des troupes stationnées en Perse, dans la mesure où une évacuation rapide permettrait une concentration des troupes en Mésopotamie sur Bassora dès le mois de juillet 1921 au lieu de mars 1922 (14). Au document est jointe la copie du télégramme à l’intention du Commandant britannique en Mésopotamie rappelant de façon détaillée la position du Cabinet (15).

Retrait militaire de Perse

Le 4 janvier 1921, le Cabinet se réunit à nouveau pour réfléchir aux modalités du retrait des troupes en présence du Premier ministre, de Chamberlain, de Curzon, de Montagu, de Milner, de Churchill et de Geddes. Il est rappelé que le retrait des troupes en Perse au printemps 1921 a été annoncé au Parlement et qu’au cours des réunions du Comité des Finances, la question d’un retrait anticipé associé à l’évacuation des vilayets de Mossoul et de Bagdad, ainsi qu’un repli général sur la province de Bassora a été abordée. Le Cabinet remarque qu’aucune décision formelle n’a été prise (16).

Curzon prend la parole pour mettre en garde contre un retrait prématuré et hâtif des troupes stationnées en Perse, craignant que cela n’entraine un effondrement de l’influence britannique et n’engendre un mouvement de panique et demande l’annulation des ordres de repli, si de tels ordres ont été donnés. Churchill répond qu’aucun ordre de la sorte n’a été transmis et que les télégrammes destinés aux autorités militaires en Mésopotamie n’avaient comme objet que l’obtention de renseignements concernant la situation générale dans la région. Le principe du retrait des troupes et de la population civile résidant en Perse n’est cependant pas remis en cause, quelle que soit la nature de la décision prise concernant la Mésopotamie (17).
Dans la seconde partie de la discussion, la candidature possible de Fayçal à la tête du futur Etat irakien est évoquée, suite à un télégramme de Cox du 2 janvier. Curzon informe le Cabinet de conversations avec les autorités françaises, évoque de fortes objections de leur part et demande que l’on sursoie à toute décision le concernant.

Discussions sur la mise en place du département Moyen-Orient du Colonial Office

Ainsi, au début de l’année 1921, les décisions concernant la Perse sont prises, tandis que l’avenir de la Mésopotamie fait toujours débat. En parallèle à ces discussions, la réflexion avance suite à la décision du Cabinet du 31 décembre sur l’avenir du Moyen-Orient. Le 11 janvier une Commission interministérielle composée de représentants du Trésor, du Colonial Office, du Foreign Office, du War Office et de l’India Office sous la responsabilité du Ministre de la Guerre Churchill et non plus du Ministre en charge du Colonial Office, est installée à la demande du Premier ministre et chargée d’émettre des propositions suite à la décision du Cabinet de former un nouveau Département sous l’autorité du Colonial Office chargé de l’administration des territoires sous mandat britannique au Moyen-Orient (18).

Le rapport en 64 points de la Commission sur la future organisation sous l’autorité du Colonial Office est remis à Churchill le 31 janvier et celui-ci le fait circuler auprès des membres du Cabinet le 7 février.
La Commission aborde tout d’abord la question de la définition de la sphère territoriale où s’exercera la compétence du futur Département ministériel. Elle estime, en se basant sur l’absence de continuité territoriale entre la Palestine, la Mésopotamie et la Palestine que cette autorité doit englober l’ensemble des zones arabes du Moyen-Orient, afin de permettre un traitement politique et administratif global de l’ensemble de la zone, selon la décision du 31 décembre, à l’exception du Kurdistan, du Golfe Persique et du Royaume du Hedjaz (19). La Commission estime que l’ensemble de la péninsule arabique, sauf le Hedjaz, doit relever de la responsabilité du futur Ministère dont la sphère de compétence territoriale devra comprendre l’ensemble des zones situées au sud et à l’est de la démarcation entre le mandat français de Syrie et les territoires sous mandat britannique de Palestine et de Mésopotamie, étant à l’ouest bordée par la Méditerranée, au sud-ouest par la frontière égyptienne et la Mer Rouge, au sud et au sud-est par l’Océan indien, au nord-est par la frontière avec la Perse et le littoral arabe du Golfe Persique (20). La Commission insiste sur la nécessité pour le nouvel organisme de reprendre à son compte tous les traités antérieurs passés par les gouvernements avec les différents chefs arabes de la péninsule. Concernant le Golfe Persique, les points 9 à 12 du rapport suggèrent que le Colonial Office prenne la responsabilité politique de l’ensemble des relations avec Ibn Saud, tout en insistant sur la nécessité de maintenir la présence d’un Résident politique nommé par le Government of India.
Le nouveau service dépendant du Colonial Office aura autorité pour la Mésopotamie, la Palestine et Aden en matière politique et administrative, sera responsable des questions politiques pour les autres territoires arabes situés dans la sphère d’influence britannique ainsi que de la délimitation des frontières entre la sphère britannique et les territoires des chefs arabes indépendants ; il sera en outre responsable des dépenses civiles et militaires induites par la présence et l’action de la Grande-Bretagne dans sa sphère de compétence (21).

Le rapport aborde dans la troisième partie la question des relations entre le Colonial Office, l’Air Ministry et le Ministère de la Guerre, ainsi que leurs attributions respectives. La situation selon laquelle ces deux organismes supportent le coût des opérations militaires en Mésopotamie et en sont comptables devant le Parlement sans avoir le pouvoir politique de décision ne parait pouvoir être maintenue en l’état, un nouveau partage des responsabilités paraît donc nécessaire. Après avoir analysé les différentes configurations possibles, la Commission conclut en recommandant que le Ministère de la Guerre et le Ministère de l’Air continuent d’être responsables de l’ensemble des opérations militaires sous l’autorité du Colonial Office (22).

Concernant les relations entre les autorités civiles et militaires, le haut-commissaire en Mésopotamie a le titre de Commandant en chef, sans commandement effectif au niveau opérationnel, cette charge étant détenue par l’Officier General commandant les forces britanniques et nommé conjointement par le War Office et le Colonial Office. Il communique avec le Ministère de la Guerre (23) par le truchement du haut-commissaire, directement pour les questions liées au renseignement et à la préparation des troupes. Ils se communiquent les télégrammes d’intérêt mutuel.

Poursuite du débat sur la Mésopotamie : les contraintes budgétaires, l’alternative représentée par la RAF, le choix du futur chef irakien

Le 10 février, Churchill fait parvenir au Cabinet un mémoire dans lequel il demande l’approbation des points suivants : pour l’ensemble de la politique britannique au Moyen-Orient, sa mise en œuvre et son suivi seront du ressort du Secrétaire d’Etat aux Colonies ; une conférence se tiendra en Egypte dans les premiers jours de mars 1921 afin de lui permettre de rencontrer les autorités civiles et militaires britanniques en Mésopotamie. Il demande aussi que le Cabinet lui fasse connaître le montant de la subvention fixée à partir de l’évacuation de la Mésopotamie par la plus grande partie des troupes britanniques, c’est-à-dire l’année financière 1922-1923. Il considère que 7 millions de livres pendant trois ans à partir de l’année 1922 constituent la somme minimale pour une administration effective du mandat sur la Mésopotamie (24). Churchill joint à ce mémoire une série de télégrammes privés échangés avec Cox et Haldane concernant l’évolution de la situation militaire et politique en Mésopotamie et la mise en place des mesures permettant le maintien des intérêts de la Grande-Bretagne à un coût supportable pour ses finances. Les télégrammes couvrent la période du 8 janvier au 7 février 1921 et Churchill insiste sur la nécessité de réduire de façon drastique les frais occasionnés par l’occupation. Il rappelle que si rien n’est fait à cet égard, la seule solution sera le repli sur la zone littorale (25).

Le 10 janvier, il demande à Cox de réduire au minimum le nombre d’unités nécessaires à la protection des points stratégiques, ainsi que l’artillerie. Il lui fait part de l’envoi de deux escadrilles supplémentaires afin de pouvoir mettre en place le plus rapidement possible le contrôle aérien. Le 13 janvier, Haldane fait savoir à Churchill ses doutes quant à l’efficacité d’un tel système, mettant en avant les faiblesses du dispositif et l’incapacité de la Royal Air Force de mener à bien toutes les missions qui lui incomberont (26). Haldane ajoute que dans les régions de Mossoul et de Kirkuk, la proximité de la frontière turque rendra les aérodromes vulnérables à une attaque. Le 15 janvier, Cox fait savoir à Churchill qu’il est d’accord avec les vues d’Haldane concernant l’utilisation des forces aériennes. Il estime en outre qu’une évacuation et un repli sur la zone côtière conduiraient inévitablement au chaos (27). Le 23 janvier, Churchill fait parvenir un long courrier à Cox dans lequel il tente d’apaiser les craintes de ce dernier et réitère les axes de sa politique en Mésopotamie. Concernant le volet financier, il répète que les estimations de Cox (14 millions de livres par an) n’ont absolument aucune chance d’être acceptées par le Chancelier de l’Echiquier. En second lieu, il rappelle l’importance de considérer à leur juste valeur les propositions de la Royal Air Force comme solutions alternatives à une occupation classique par des troupes d’infanterie et d’artillerie (28). Enfin, il ne doute absolument pas qu’un repli sur Bassora sera préféré par le Cabinet si la réduction des dépenses ne permet pas de descendre en dessous des 12 ou 14 millions de livres par an.

Les échanges entre Cox et Churchill ne portent pas seulement sur la question financière et ses conséquences sur les options militaires. Le 24 janvier, Cox transmet à Churchill deux documents dans lesquels il retrace l’évolution de la situation politique, l’évolution des opinions quant au choix d’un chef pour le futur Etat, et les manœuvres des personnalités locales. Les tribus chiites préfèrent selon lui un membre de la famille chérifienne, tandis qu’une fraction de l’opinion est favorable à la candidature d’un prince ottoman. Les candidats sont ainsi classés dans l’ordre suivant : un prince turc, un fils du Chérif, le Naqib de Bagdad et Sayyed Talib en dernière position. Cox est favorable à la candidature de Fayçal dans la mesure où il estime qu’un chérifien obtiendrait le soutien de la grande majorité du peuple irakien, qu’il s’agisse de Fayçal ou de son frère Abdallah (29).

Le 7 février, Churchill informe Cox qu’il ne lui sera pas possible de se rendre à Bagdad et qu’une conférence se tiendra en Egypte en mars au cours de laquelle seront examinées les questions concernant la Mésopotamie dans le cadre de la réorganisation ministérielle du Colonial Office. L’ordre du jour de la Conférence est ainsi établi : choix d’un chef du futur Etat, taille, organisation et nature de la future garnison, fixation de la subvention de fonctionnement, délimitation du territoire sous contrôle et administration britannique.

Le Cabinet se réunit le 14 février pour examiner le mémoire du 10 février et le rapport de la Commission interministérielle qui conclut qu’il ne peut y avoir de politique arabe cohérente sans que le ministère responsable ne soit en charge de l’ensemble des questions arabes. En ce qui concerne la situation particulière du Hedjaz, Churchill convient qu’une étroite coopération avec le Foreign Office s’avèrera nécessaire. Au sujet du Golfe Persique, la coopération devra être établie avec l’India Office. Churchill envisage la création d’un Etat kurde dans le périmètre de compétence du Colonial Office, constituant ainsi une barrière de protection contre les Turcs et les Russes (30).
A propos de la Mésopotamie, Churchill informe le Cabinet que la structure du commandement militaire sera modifiée dès que la réduction des troupes aura été effective et qu’il estime à 7 millions de livres par an le montant requis pour l’administration du mandat. La critique de Curzon est immédiate et porte en premier lieu sur la responsabilité du nouveau ministère chargé du Moyen-Orient. Curzon s’oppose à une extension de ses compétences qui sortirait le Colonial Office de son rôle d’administrateur et en ferait le maître d’œuvre de la politique britannique dans l’ensemble de la région (31).

Curzon n’est pas le seul à émettre des critiques. Dans un rapport sur l’action de la Royal Air Force en Mésopotamie au cours de l’insurrection et remis au Cabinet le 19 février par Churchill, Haldane passe en revue les difficultés rencontrées pour faire fonctionner ensemble les forces terrestres et aériennes et met l’accent sur les insuffisances de l’aviation, dans les domaines de la reconnaissance, de la coopération tactique et des communications. Il reconnaît que l’aviation permet essentiellement de mener des opérations de reconnaissance du terrain et de renseigner sur l’état des moyens et des voies de communication, grâce à l’utilisation de la photographie aérienne. Il insiste cependant sur le fait que les actions de reconnaissance ne sont pleinement fiables qu’en milieu ouvert. Prenant l’exemple du Kurdistan et de son relief collinaire, il remarque que la nature du terrain ne permet pas à l’aviation de repérer les activités au sol et n’est donc d’aucune utilité en matière de renseignement ou de bombardement. Il note aussi qu’en l’absence de cartes détaillées et fiables, le rôle de l’aviation et son utilité sont limitées. Ces limites sont aussi observées dans le cadre de vols de reconnaissance et d’appui aux colonnes au sol. Concernant la coopération tactique entre l’aviation et les troupes au sol, (observation, mitraillage et bombardement, réglage de l’artillerie) Haldane remarque qu’une des insuffisances essentielles de l’aviation provient de la difficulté à maintenir un contact prolongé avec les forces terrestres. L’efficacité des moyens aériens est donc limitée en raison des problèmes de synchronisation avec les troupes au sol, ceci étant aussi dû à la faiblesse des systèmes de communication. En l’absence de synchronisation, l’utilisation des moyens aériens se borne à des opérations de reconnaissance. La puissance de frappe de l’aviation intervient lorsque les colonnes ne peuvent poursuivre les insurgés en raison de la nature du terrain. Haldane insiste cependant sur le fait que les reconnaissances menées ne permettent pas toujours de déterminer les cibles avec précision. En dernier lieu, l’importance de l’aviation comme élément de dissuasion est reconnue. Haldane conclut en rappelant que les forces aériennes doivent agir comme auxiliaires des troupes au sol et que le contrôle aérien seul ne permet pas de maîtriser une insurrection (32). Cet avis est corroboré par la note du vice-chef d’état-major impérial datée du 16 février adressée au chef d’état-major des forces aériennes et qui fait suite au rapport d’Haldane (33). Le 18 février, Trenchard réfute les arguments de l’état-major impérial en soulignant l’inefficacité des colonnes punitives dans les opérations menées au Kurdistan et dans la province de Mossoul. Il considère que seule l’intervention de l’aviation en support de troupes arabes auxiliaires au sol est susceptible de pacifier les zones rebelles. Trenchard répète qu’il est convaincu que la Royal Air Force peut jouer un rôle déterminant dans le maintien de l’ordre en Mésopotamie (34).

Le même jour, le Cabinet reçoit du nouveau Secrétaire d’Etat à la Guerre un mémoire de l’état-major au sujet des avantages et inconvénients d’une candidature de Fayçal au trône du futur Etat mésopotamien, prenant en compte les objections françaises en Syrie et les répercussions éventuelles sur l’ensemble de la région. Parmi les objections françaises, le rapport note l’antagonisme entre Fayçal, la famille hachémite et la France depuis la signature des accords Sykes-Picot considérés comme contraires à l’esprit et à la lettre de la correspondance entre Mc Mahon et Hussein. Le rapport note l’hostilité du Général Gouraud à la candidature de Fayçal au trône d’Irak, craignant qu’il ne devienne un instrument aux mains des Britanniques après avoir été expulsé de Damas par les troupes françaises (35). L’état-major estime qu’un engagement de Fayçal à user de son influence auprès des tribus présentes dans les zones frontalières avec la Syrie sous mandat français, assorti d’une garantie du gouvernement britannique devrait permettre de circonvenir les réticences françaises. Le rapport insiste en outre sur les effets que cette accession à la tête de l’Etat mésopotamien pourrait avoir sur la situation au Nedjd, au Yémen et au Djebel Shammar, l’adversaire le plus déterminé de la famille hachémite étant Ibn Saud (36). Ce dernier ne désire pas en effet être pris en tenaille entre Hussein sur son flanc ouest et Fayçal au sud-est qui pourrait s’allier avec Ibn Rashid à Hail. Selon l’état-major, la nomination de Fayçal à la tête du futur Etat aurait des effets bénéfiques pour l’image et la réputation de la Grande-Bretagne dans le monde musulman, sa candidature serait recevable à la fois par les communautés sunnite et chiite, il constituerait un rempart contre le bolchévisme et aurait un effet stabilisateur sur l’ensemble du Moyen-Orient. L’état-major émet donc un avis favorable à son accession au trône d’Irak (37).

Lire également :
- La Royal Air Force et l’Irak 1918-1922 (1/6). Considérations de doctrine : la RAF dans le cadre de la stratégie impériale britannique et son utilisation dans la gestion de la situation mésopotamienne

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- - La Royal Air Force et l’Irak 1918-1922 (6/6). Les résultats de la conférence du Caire : l’accession de Fayçal au trône d’Irak et la prise de commandement des opérations par la RAF : l’adoption de l’Air Control

Notes :
(1) Conclusions of a Conference of Ministers held in Mr. Bonar Law’s Room, House of Commons, on Wednesday, December 1st, 1920.(TNA, CAB/23/38).
“The Supplementary Estimates, the amount of which was greater than anything within his experience, was in the main due to expenditure in Mesopotamia. This additional expenditure in Mesopotamia had largely been incurred on behalf of the Indian Government, but other Departments such as the FO were also affected.
Proceeding further, the Secretary of State for War mentioned the following Mesopotamian items included in the Supplementary Estimates : Persia : £11,000,000, Stores : £2,000,000, Railway stock : £1,600,000 ”.
(2) Ibid., “The view was generally accepted that the House of Commons would only grant the Supplementary Estimates on receiving an assurance that this represented the end of the military expenditure, particularly in the Near East. Criticism of the Government’s expenditure was becoming everyday more insistent, particularly from the Government’s own supporters and it was clear that the country would demand that the permanent military expenditure of the future should be vigorously reduced.”
(3) Ibid., La Conférence mentionne l’opinion du Ministre de la Défense dans la nouvelle administration mésopotamienne, Jaffar Pacha, selon lequel la force nécessaire serait inférieure à la taille de la garnison stationnée en Mésopotamie à l’époque de la domination ottomane.
(4) Ibid., Telegram from Secretary of State to Civil Commissioner in Mesopotamia dated 1st December, 1920.
“ Situation here is really serious in view of universal and often unreasoning demand for economy in all directions and I foresee great difficulty in securing continued support for our Mesopotamian policy either from Parliament or my colleagues in the Cabinet unless I can hold on to them some assured prospect of progressive retrenchment.[…]It is essential that I should be able to state at present juncture what is minimum of military force required for Mesopotamia supposing all goes well and you are in complete civil and military control, i.e. minimum without which it would be useless for us to stay in the country.”
(5) Conclusions of a Meeting of the Cabinet held at 10, Downing St., S.W. on Wednesday 8th December 1920, at 11-30 a.m (TNA, CAB/23/23).
(6) Ibid., : “We hope that within a reasonable time, an Arab Government will have taken over the administration and defence, the Imperial forces will have been reduced to a small nucleus garrison, and Mesopotamia, a country with great potential resources, will be self-supporting.”
(7) Conclusions of a Meeting held at 10, Downing Street on Monday, 13th December, 1920 (TNA, CAB23/23).
(8) Conclusions of a Meeting of the Cabinet held in Mr Bonar Law’s Room, House of Commons, on Monday, December 13, 1920, at 5-30p.m. (TNA, CAB23/23) “He considered that the proposal to retire to a line covering Basra and the Anglo-Persian oilfields would cost almost as much as the retention of Mosul and Baghdad, since these regions would very soon come under definitely hostile influence. The tribes in the Basra region were closely connected with those in the Baghdad and Mosul vilayets.”
(9) Cabinet. Withdrawal from Persia and Mesopotamia. (TNA, CAB/24/117, CP2306). “We have been urging for a long time previously the importance of withdrawing from Persia before the winter came on, in order that questions of general policy in Mesopotamia might not be fettered by difficulties of withdrawing from Persia during the winter, but for questions of high policy the Cabinet decided to remain there till the spring. They have, however, now decided that the question of withdrawing the force from Persia at an earlier date than April 1st must be fully examined.”
(10) Conclusions of a Meeting held at 10, Downing Street, S.W.1. on Friday, December 31st, 1920, at 11a.m.(TNA, CAB/23/23).
(11) Ibid., “If the Cabinet recoiled from the drastic policy outlined in (i) above, and its consequences, then the only alternative was to create at once a Department the ministerial head of which would be responsible for the policy and for obtaining the money to carry out that policy.”
(12) Ibid., “The trouble in Mesopotamia came mainly from outside, and if the countries around were pacified, Mesopotamia would probably settle down and would be comparatively easy to administer.”
(13) Ibid., “The Cabinet agreed :
(a) That responsibility for the whole of the administration of the mandatory territories of Mesopotamia and Palestine should be concentrated in a single department which should bear on its financial Votes the whole of the expenses both Civil and Military :
(b) That, as a counsel of perfection, the best plan would be the establishment of a new ministry for the purpose, but that art the present time this proposal would not be acceptable by Parliament :
© (By a majority) That the new Department should be set up as a branch of the Colonial Office, which would be given some title, such as the “Department for Colonies and Mandated Territories” :
(d) That the Secretary of State for the Colonies, in consultation with the heads of the other Departments
concerned (Foreign Office, India Office, War Office, and Treasury) should appoint an Inter-departmental Committee to work out details, including the date of the transfer :
(e) That, in the meantime, the responsibility should remain as at present.”
(14) Evacuation of Persia. Memorandum by the Secretary of State, (TNA, CAB/24/118, CP2407).
(15) Ibid., 1a From War Office to General Officer Commanding-in-Chief, Mesopotamia. 23rd December, 1920
Part2-2 “The Cabinet are anxious to reduce expenditure in Mesopotamia by withdrawal at the earliest possible moment to a position covering Basra. So far as we can judge, the date of withdrawal from Persia is the limiting factor, though it is for consideration whether time might not be gained by a preliminary withdrawal from the Mosul Vilayet, before or simultaneously with the withdrawal from Persia, to a position covering railheads. In forwarding an approximate time-table for complete withdrawal to the Basra position, you will no doubt take this into consideration. It is understood that the Cabinet regard the necessity for the early reduction of expenditure by the withdrawal of military forces as entirely over-ruling any consideration for the internal security of the country after our troops have left.”
(16) Conclusions of a Meeting held at 10, Downing Street, on Tuesday, 4th January, 1921 (TNA, CAB/23/24).
(17) Ibid., “The Cabinet agreed :
That identical instruction should be issued by the Secretary for Foreign Affairs and the Secretary of State for War to the British Minister at Teheran and General Haldane respectively, based on the following conclusions :
(1) The combatant troops in North Persia should be in a position to begin their actual withdrawal on April 1st.
(2) Prior to this date, all military impedimenta should be withdrawn.
(3) Civilians should be warned at once that if they wish to withdraw, from Teheran via Hamadan, they must leave North Persia in time for the road to be clear by April 1st.
(4) All details to be arranged between the British Minister at Teheran and the General Officer Commanding in North Persia.”
(18) Report of the Interdepartmental Committee on the Middle East. (TNA, CAB/24/119, CP2545) : “To make recommendations for implementing the Cabinet decisions of 31st December in regard to the formation of a new Department under the Colonial Office, to deal with the administration of British mandated territories in the Middle East, this department to comprise, in principle, Mesopotamia, Aden and Palestine.
The Committee to recommend in outline the steps to be taken to form a Middle Eastern Service for the administration of such territories and the discharge of British responsibilities in regard to them.”
(19) Ibid., Middle East. Report of the Interdepartmental Committee.
Point 4- “In considering the steps to be taken to form a new Department to deal with the administration of Mesopotamia, Aden and Palestine, we have found it essential to take into account the future of the intervening areas, and the special difficulties arising out of the absence of clearly defined boundaries. We have assumed that it was the underlying intention of the Cabinet decisions of 31st December last that all administrative and political responsibilities which will be devolved upon his majesty’s Government in respect of the Arab areas of the Middle East should, as far as possible, be places under the control of one Department.”
(20) Ibid., Point 6
(21) Ibid., Point 16.
(22) Ibid., Military Arrangements. Relations between the Colonial Office, and the War Office and the Air Ministry. “22. We recommend during the transitional period that the War office and the Air ministry should continue to be the departments responsible for advising as to the forces required to carry out the general policy decided upon. We trust that the Secretary of State for the Colonies, with the concurrence of the Secretary of State for war and the Secretary of State for Air have the advice of the departments of the War Office and the Air Ministry concerned on all questions affecting their respective forces.
23. Further, we recommend that the War Office and Air Ministry should act as agents for the Colonial office in maintaining such regular forces, and in conducting such military and air operations as may be required in Mesopotamia during the transitional period.”
(23) Ibid., “We think that these arrangements, which give effect to the principle of the ultimate responsibility of the military to the civil authority, will regulate satisfactorily the relations of the departments concerned, and that they should be adopted from the date on which the Colonial Office takes over the control of Mesopotamia.”
(24) The Cabinet. Middle-Eastern Affairs. Memorandum by the Secretary of State for War. (TNA, CAB/24/119, CP2571).
(25) Ibid., Mesopotamia, Private Telegrams, From Secretary of State to High Commissioner, Mesopotamia, 8th January 1921. “It is impossible for us to throw upon the British taxpayer the burdens for military expenditure which are entailed by your present scheme for holding the country. Unless some better method can be devised and brought into operation within the financial year 1921-1922, retirement and contraction to then coastal zone is inevitable and must be accomplished as soon as possible.”
(26) Ibid., From General Haldane, Mesopotamia, to Secretary of State, 13th January 1921 : “Though a valuable auxiliary, I do not consider the Royal Air Force can yet be considered as a primary force. For final restoration of order in any disturbed area and for protection of communication, land forces are essential, and until the Royal Air force are in a position to carry out the functions of transporting troops, and war material, all communication to air stations must be adequately guarded.”
(27) Ibid., From High Commissioner, Mesopotamia, 15th January 1921 : “I can assure you that premature evacuation, or even talks of evacuation, especially at the moment when we are by no means free from menace of hostilities from the north in the spring will inevitably be cause of the collapse not only of the present provisional government but of the whole machinery of civil administration in Baghdad and Mosul vilayets now in critical state of transition.”
(28) Ibid., From Secretary of State to High Commissioner, Mesopotamia, 23rd January 1921. “Why should you assume that ordinary regular troops organized in divisions and brigades, with their lavish and ponderous staffs, are the only form in which the requisite element of force can be supplied ? Surely it is worthwhile considering whether a smaller number of men of much higher individual quality would not be just as effective and less costly to maintain. Again, Air Marshal Trenchard, who has great experience not only of the air, but of the Mohammedan population of West Africa, has elaborated in full detail a scheme for maintaining control once peace and order have been re-established.”
(29) Ibid., From High Commissioner, Baghdad, 24th January 1921 : “I suggested Feisal, not because I have any personal knowledge of any of them, but because I think that his experience during the war made him the most competent and effective for the urgent role of creating an army, and because I thought he had the most prestige.”
(30) Cabinet. Conclusions of a Meeting held at 10, Downing Street, S.W. on Monday 14th February, 1921. (TNA, CAB/23/24) : “In short, he (Churchill) would strongly press for the right to initiate and regulate policy in Arabia.[…] In the case of Kurdistan, it was proposed that this district should fall within the sphere of the new Department, and he contemplated its re-organisation as a friendly State providing a barrier against Turks and Russians.”
(31) Ibid., “The Secretary of State for Foreign Affairs pointed out that the decision of the Cabinet had only contemplated placing the mandated territories in the Middle East under the new Department, and that the proposals now before the Cabinet involved a considerable extension of this decision. He emphasized the very serious difficulties which would certainly arise if the proposal that in future the Colonial Office should have the right of initiating and controlling all Arabian policy was adopted. It should be quite impossible to transfer the King of the Hejaz, who was an Independent Sovereign ; a signatory of the Treaty of Versailles and a member of the League of Nations, from the Foreign Office to the Colonial Office. Moreover, questions such as the choice of an Arab ruler for Mesopotamia raised issues in international politics of the first magnitude, and he could not contemplate a situation where His Majesty’s Government might be committed by the Colonial office to a definite policy without the knowledge and support of the Foreign Office.”
(32) The Work of the Royal Air Force in Mesopotamia. (TNA, CAB/24/120, CP2652) : “In conclusion, I wish to point out that aeroplanes as an auxiliary to troops on the ground are of great value, but I do not consider that as a primary force they have the qualities which will enable them without the assistance of land forces to bring into subjection tribes who have committed themselves to insurrection. In this view, I am aware that the Royal Air force do not concur.”
(33) Ibid., Note by Deputy Chief of Imperial General Staff. “The General Staff fully endorse the conclusion arrived at by General Haldane as to the great value of aeroplanes throughout the operations, but they wish to emphasise the fact that it is as an auxiliary to troops on the ground that their value has been shown. They entirely agree with the Officer Commanding-in-Chief in considering that for the present, while they are an essential adjunct to military operations, aircraft cannot to any great extent replace troops as the permanent controlling force in the government of the country.”
(34) Ibid., “The Air Force, in sufficient strength and correctly used, will undoubtedly, with the assistance of local levies, be able to undertake a great deal of the work which in the past had been done by the Army. This can only be proved if it is tried, but I consider that the Royal Air Force have shown in Mesopotamia that they are in a position without assistance from other arms to lend adequate support to local levies in the maintenance of order, and that a sufficient force of the Royal Air Force, supported by a small number of first-class military units, primarily for garrison duties, would afford effective protection at less expense than any alternative scheme of defence.” On peut consulter à cet égard, Chamier, J.A., Wing Commander, The Use of the Air Force for Replacing Military Garrisons, Royal United Service Institution Journal, 66 (1921:Feb. /Nov.) p. 205 La conférence donnée le 12 janvier 1921 présente l’ensemble des arguments en faveur de la substitution des forces aériennes aux forces terrestres en Mésopotamie.
(35) The Proposed Kingdom of Mesopotamia. Memorandum by the Secretary of State for War. (TNA, CAB/24/120, CP2607) : “General Gouraud, whose views command widespread support throughout France, is frankly alarmed at the possibility of Feisal being utilized by His Majesty’s Government in Mesopotamia. General Gouraud was convinced of the essential falseness of Feisal’s character, quoting in support of which the alleged remark of Feisal to him that he, Feisal, was quite willing to combine with Gouraud in turning out the English.”
(36) Ibid., “If Feisal is proclaimed King of Mesopotamia, there is great possibility of a conflagration flaring up throughout the Arabian Peninsula, the intensity of which is dependent on the view that Ibn Saud takes of the appointment. This would apply equally if Abdullah, or any other son of King Hussein were appointed.”
(37) Ibid., “In conclusion, although the disadvantages of Feisal’s appointment to Irak are grave, the chief of them being the objections of the French, yet kit is the opinion of the General Staff that the advantages distinctly outweigh the disadvantages ; and that the accession of Feisal as King of Mesopotamia would produce beneficial results.”

Publié le 12/01/2016


Yves Brillet est ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure de Saint Cloud, agrégé d’Anglais et docteur en études anglophones. Sa thèse, sous la direction de Jean- François Gournay (Lille 3), a porté sur L’élaboration de la politique étrangère britannique au Proche et Moyen-Orient à la fin du XIX siècle et au début du XXème.
Il a obtenu la qualification aux fonctions de Maître de Conférence, CNU 11 section, a été membre du Jury du CAPES d’anglais (2004-2007). Il enseigne l’anglais dans les classes post-bac du Lycée Blaringhem à Béthune.


 


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