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L’élection présidentielle du 25 mai 2008 au Liban

Par Anne-Lucie Chaigne-Oudin, Yara El Khoury
Publié le 15/02/2009 • modifié le 11/06/2015 • Durée de lecture : 4 minutes

Le Liban est sans président depuis 2007, mais la crise politique remonte à l’automne 2004, au moment où le mandat du président Lahoud arrive à son terme. Le 3 septembre 2004, vingt jours avant son départ prévu de la présidence, les parlementaires libanais reconduisent Emile Lahoud dans ses fonctions par 96 voix contre 29. Ce vote résonne comme un défi à la communauté internationale qui, la veille, par la résolution 1559 du Conseil de Sécurité, a lancé un appel pour la souveraineté du Liban et le « retrait de toutes les troupes étrangères de son sol », allusion aux troupes syriennes. Le gouvernement a pesé de tout son poids pour le que le président Lahoud demeure en poste. Le 1er octobre 2004, Marwan Hamadé, député proche du leader druze Walid Jomblatt et ministre du gouvernement démissionnaire de Rafic Hariri, échappe à un attentat à la voiture piégée en plein cœur de Beyrouth. Le 14 février 2005, l’assassinat de Rafic Hariri provoque le départ hâtif des troupes syriennes du Liban. Il est suivi d’une série d’attentats qui vont coûter la vie à des personnalités opposées à l’influence syrienne au Liban. Malgré la situation sécuritaire instable, les élections législatives ont lieu au cours du mois de mai 2005, produisant une majorité parlementaire composée de formations politiques hostiles à la Syrie.

Le 11 novembre 2006, après un été pendant lequel Israël a mené une opération militaire de grande envergure au Liban, les six ministres pro-syriens du gouvernement de Fouad Siniora démissionnent, refusant la création, sur proposition de l’ONU, d’un tribunal spécial chargé de juger les meurtriers présumés de l’ex Premier ministre Rafic Hariri.

A ce contexte très troublé entre la majorité sunnite anti-syrienne et l’opposition chiite du Hezbollah, s’ajoutent deux difficultés majeures à élire le président de la République, même si, grâce au consensus entre la majorité et l’opposition, le candidat est déjà choisi : il s’agit du général Sleimane, maronite, chef des armées depuis 1998.

La première difficulté est constitutionnelle. Le pays est régi par la Constitution du 26 mai 1926 mise en place sous le mandat français. Inspirée du modèle du régime de la troisième République française, cette Constitution a été modifiée par plusieurs lois constitutionnelles : celles du 17 octobre 1927, du 8 mai 1929, du 7 décembre 1943, et du 21 janvier 1947. La Constitution n’a pas été remise à jour depuis 1947, exception faite des amendements apportés par les accords de Taëf de 1990. La Constitution prévoit, selon l’article 49, que « le président de la République est élu au scrutin secret à la majorité des deux tiers des suffrages, par la chambre des Députés. Après le premier tour de scrutin, la majorité absolue suffit. La durée de la magistrature du président est de six ans. Il ne pourra être réélu qu’après un intervalle de six années ». Il est donc nécessaire que sur 128 députés, 64 votent en faveur du candidat. Or, ce quorum n’a jamais été atteint, expliquant les quatorze tours de scrutin infructueux. La Constitution prévoit également qu’un représentant de l’armée ne puisse être élu à la présidence de la République, sauf s’il a quitté ses fonctions deux ans auparavant.

La seconde difficulté est la constitution du futur gouvernement, l’opposition dirigée par le Hezbollah demandant à la majorité des garanties sur sa formation. Le 1er décembre 2006, les partis de l’opposition occupent le centre-ville de Beyrouth, et y installent leurs partisans dans un campement qui recouvre et paralyse de larges espaces du centre de la capitale. Les contestataires réclament la formation d’un gouvernement dans lequel l’opposition détiendrait le tiers des portefeuilles, afin d’assurer ce que le secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, appelle un « tiers de garantie » face à la majorité. Cette dernière récuse ces méthodes et parle d’un « tiers de blocage » destiné à paralyser l’action gouvernementale. Sur la colline du Sérail qui surplombe le campement de l’opposition, le Premier ministre Siniora et son gouvernement amputé de six ministres continuent à gérer les affaires publiques. Ils constituent le dernier pouvoir encore en état de fonctionner. En effet, depuis la prorogation de son mandat, le président Lahoud a perdu toute légitimité : les représentants des chancelleries occidentales ne se rendent plus au palais présidentiel. De plus, le chef du législatif, le chiite Nabih Berri, interdit l’accès des députés au parlement et suspend l’activité parlementaire sous prétexte que le gouvernement est devenu illégitime depuis que les ministres de l’opposition l’ont quitté.

Dans le même temps, les diplomaties occidentales et arabes tentent de trouver une solution à cette crise politique. Après l’entrée en fonctions du président français Nicolas Sarkozy, son ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner se rend au Liban afin de tenter des médiations. Les protagonistes sont conviés à se réunir au château de la Celle Saint-Cloud, dans les Yvelines, fin juillet 2007, afin de débattre d’une issue au blocage politique du Liban. L’échec de ces rencontres laisse penser qu’un affrontement armé est possible : il est déclenché à partir du 7 mai 2008. L’opposition arrive à occuper les quartiers sunnites de Beyrouth et détruit les locaux de la télévision détenue par la famille Hariri. Dans la montagne druze, en revanche, elle est mise en échec par les partisans de Walid Joumblatt.

Une issue est finalement trouvée à Doha au Qatar, où des négociations se tiennent du 16 au 21 mai 2008 entre les représentants des factions politiques libanaises. Le 21 mai, un accord prévoyant l’élection immédiate du président de la république et la formation d’un gouvernement d’union nationale est signé. Le Parlement élit donc Michel Sleimane à la présidence de la République le 25 mai, par le vote de 118 députés sur 127. Fouad Siniora est confirmé dans ses fonctions de Premier ministre. Le 11 juillet, celui-ci choisit un gouvernement composé de trente membres dont seize ministres de la majorité anti-syrienne, onze ministres de l’opposition chiite du Hezbollah, et trois autres ministres nommés par le président de la République et par le président de la Chambre Nabih Berri.

Publié le 15/02/2009


Anne-Lucie Chaigne-Oudin est la fondatrice et la directrice de la revue en ligne Les clés du Moyen-Orient, mise en ligne en juin 2010.
Y collaborent des experts du Moyen-Orient, selon la ligne éditoriale du site : analyser les événements du Moyen-Orient en les replaçant dans leur contexte historique.
Anne-Lucie Chaigne-Oudin, Docteur en histoire de l’université Paris-IV Sorbonne, a soutenu sa thèse sous la direction du professeur Dominique Chevallier.
Elle a publié en 2006 "La France et les rivalités occidentales au Levant, Syrie Liban, 1918-1939" et en 2009 "La France dans les jeux d’influences en Syrie et au Liban, 1940-1946" aux éditions L’Harmattan. Elle est également l’auteur de nombreux articles d’histoire et d’actualité, publiés sur le Site.


Yara El Khoury est Docteur en histoire, chargée de cours à l’université Saint-Joseph, chercheur associé au Cemam, Centre D’études pour le Monde arabe Moderne de l’université Saint-Joseph.
Elle est enseignante à l’Ifpo, Institut français du Proche-Orient et auprès de la Fondation Adyan.


 


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